La matinée du 12 mai est consacrée à visiter les sources de l’oued

de Tozzer, qui coule entre deux berges de terrain argilo-sableux

assez compact. Son cours est interrompu de distance en distance par

des barrages dont il est facile de reconnaître l’origine romaine

et d’où partent les divers canaux qui servent à l’irrigation

des jardins de l’oasis. A deux kilomètres environ en amont, nous

atteignons la tête de l’oued, c’est-à-dire le point d’où

sortent les principales sources qui le forment. Ces sources, très

nombreuses, s’échappent toutes au même niveau, soit à environ

quinze mètres au-dessous des terrains environnants. Elles sourdent

d’une puissante masse de sable (évidemment le terrain aquifère

même) à son contact avec le terrain argileux qui la recouvre et

dont la nature compacte ne permet à l’eau de s’échapper que par

des fissures ou des érosions. Au-dessus de cette plaque argileuse

s’étendent d’autres couches argilo-sableuses, puis, surmontant

le tout, des sables mouvants au milieu ou au-dessus desquels gisent

des lambeaux de grès calcaire coquillier ou de poudingues graveleux

souvent imprégnés de fer. C’est le régime normal de toutes les

eaux potables qui alimentent les oasis de cette contrée, et qui

sont à une température de 21 à 23 degrés centigrades. Cette nappe

paraît être le produit de l’écoulement souterrain des eaux qui

tombent sur les pentes des montagnes et se perdent dans les sables

ou s’infiltrent sous les terrains argileux des plaines. Quant aux

sources thermales qui sont à une température de 33 à 40 degrés,

comme celles de la piscine de Gafsa et celles de l’oasis d’El-Hamma

dont nous avons déjà parlé, nous admettons sans difficulté que

leur origine est très différente et beaucoup plus profonde. Il ne

faut donc pas confondre celles-ci avec les sources qui alimentent les

oasis. Or il résulte pour nous d’un examen attentif du régime

et du niveau de ces dernières la conviction que, pour détruire

entièrement et en peu de temps les oasis du Djerid, il suffirait de

pratiquer une saignée continue au-dessous du niveau de sortie des

eaux qui arrosent les oasis. Un canal qui joindrait la Méditerranée

au Chott El-Gharsa, dans le but de conduire les eaux de la mer dans

le bassin des grands chotts et de les transformer en mer intérieure,

ne serait autre que cette saignée si redoutable pour l’existence

des oasis, véritable collecteur de drainage dans lequel toutes les

eaux douces du pays viendraient s’épancher au niveau de la mer en

tarissant toutes les sources qui sortent aujourd’hui par des orifices

situés à un niveau supérieur. Un résultat aussi déplorable que le

dessèchement et la ruine de toute la contrée du Djerid nous paraît

être un motif suffisamment sérieux pour faire abandonner un projet

dont les avantages sont plus que problématiques à tous les points

de vue.

Après avoir visité en détail le point intéressant qui était le

but principal de notre course, éclairés maintenant sur la véritable

origine des sources de l’oued de Tozzer, nous regagnons la ville par

une chaleur suffocante en traversant dans toute sa longueur le curieux

faubourg construit par une colonie d’Arabes venus d’Algérie. Nous

y rencontrons, mais exécuté avec moins d’art et de soin, le

système de palissades entourant les maisons et servant de parc aux

animaux, que nous avons déjà signalé à Melitta dans la petite

île Kerkenna. Cette course se termine d’une façon intéressante

par une série de détours que nous sommes forcés de faire dans les

rues et dans les impasses de la vieille ville de Tozzer. Le retard que

nous causent à chaque instant des obstacles imprévus est largement

compensé par la rencontre d’un grand nombre de ces maisons ornées

de dessins en briques en relief, qui donnent à la ville un aspect si

particulier. Quelle est l’origine de ce genre d’architecture que

nous n’avons encore rencontré qu’à Tozzer et qui ne subsiste

que dans les maisons de construction déjà ancienne ?

Rentrés en ville, nous sommes reçus et traités tout à fait à

l’orientale par le lieutenant de Florac, chef des affaires arabes,

lequel nous donne de curieux renseignements sur le pays et les

mœurs indigènes. Nous voyons aussi avec intérêt, dans la cour

et les dépendances de la maison qu’il occupe, plusieurs animaux

vivants, entre autres deux jeunes Fennecs, des Gazelles, un Hérisson

qui diffère sensiblement de celui d’Europe, et des Cerfs vivants

provenant du Nefzaoua ; ces cerfs doivent être rapportés au _Cervus

Elaphus_ var. _Barbarus_ qui, je crois devoir le rappeler, ressemble

beaucoup par sa taille et ses bois grêles à la variété qui vit

dans les grands maquis de la côte orientale de la Corse.

Les documents zoologiques que nous avons recueillis à Tozzer, soit

par nous-mêmes, soit auprès des officiers français, méritent

d’être consignés ici.

Outre les Gerboises qui abondent dans ces parages, nous trouvons le

Surmulot (_Mus Decumanus_) à Tozzer même. Nous constatons aussi

l’existence dans cette région de quatre espèces d’Antilopes dont

les cornes nous ont été présentées ; ce sont : _Antilope Addax_,

_A. Bubalis_ ou _Bubalis Mauritanica_, _A. Dorcas_ (Gazelle ordinaire)

et la seconde espèce de Gazelle, dite de montagne, plus grande et dont

les cornes sont plus en forme de lyre que celles de la première. Ces

quatre espèces appartiennent également au Sahara algérien. Une

peau de Guépard (_Cynailurus guttatus_ ou _Guepardus jubatus_) nous

est indiquée comme venant aussi du Nefzaoua ; nous voyons également

la peau d’un Chat tué dans l’oasis. Des Fennecs (_Canis Zerda_)

vivants, pris dans les environs, sont élevés, comme nous l’avons

dit, dans la cour intérieure de la maison de M. de Florac en compagnie

de plusieurs Hérissons (_Erinaceus Algirus_ ou _E. deserti ?_),

espèce plus petite et plus élégante que celle d’Europe. Parmi

les oiseaux nous signalerons plusieurs espèces d’Alouettes, entre

autres l’_Alauda Dupontii_ et le _Certilauda deserti_, un grand

nombre de Traquets, des Vautours et autres rapaces que nous n’avons

pu déterminer, ne les ayant vus qu’au vol, l’Outarde Hubara ;

tous ces oiseaux se montrent depuis Gafsa jusqu’à Tozzer. Dans

cette ville même abonde le charmant Fringille désigné dans le pays

sous le nom de Bou-Habibi, lequel habite familièrement les maisons,

qu’il égaye par son chant d’une extrême douceur. Il nous est

aussi présenté deux peaux du Guêpier de Savigny (_Merops Savignyi_),

espèce d’Égypte et accidentellement du Sud de l’Europe.

Les reptiles, les sauriens principalement, sont très abondants dans

les sables désertiques de cette région, mais nous ne capturons

que les espèces précédemment trouvées. Parmi les ophidiens,

les Cérastes pullulent, et nous avons déjà signalé à Gourbata

le _Periops parallelus_.

Aux insectes déjà pris à Gafsa, parmi lesquels le _Brachinus

Africanus_ est le plus abondant, viennent s’ajouter plusieurs

espèces du Souf algérien ; nous citerons : _Heteracantha depressa_,

_Ocnera grisescens_, _Brachyestes Gastonis_, _Pimelia confusa_,

etc. On est frappé, par contre, de l’abondance dans l’oasis de

certains types européens. Une Guêpe, qui se trouve partout sur

les fleurs de _Daucus_, est le _Vespa Gallica_. Le _Blaps Gigas_

y est aussi abondant qu’à Tunis même. Sous toutes les mottes de

terre on y trouve un Carabique commun dans l’Europe entière, le

_Harpalus griseus_. Le _Pimelia obsoleta_ y est aussi commun qu’à

Sfax, mais dès que l’on gagne les dunes environnantes, on retombe

dans la faune entomologique du Souf algérien. Les coléoptères y

abondent, mais on est surpris de la rareté des espèces appartenant

à d’autres ordres.

Les eaux de l’oasis recèlent, dans les Characées qui y vivent,

une Crevette (_Palæmon varians_) qui y est en grande abondance, ainsi

que des mollusques appartenant aux genres _Melania_, _Melanopsis_,

_Bithynia_, _Paludinella_ et _Planorbis_. Quant aux mollusques

terrestres, ils sont très nombreux au pied des Dattiers, notamment

les Hélices des groupes _Pisana_ et _maritima_.

Une seconde course à cheval, poussée au delà de l’oasis

jusqu’à la rencontre des marécages du Chott El-Djerid, complète la

journée. Revenant ensuite vers les sources que nous avons visitées le

matin, nous traversons une vaste plaine salée couverte d’_Anabasis_

et autres Salsolacées, et à l’extrémité de laquelle nous trouvons

une large dépression où nous rencontrons, gisant éparses sur le

sol, un grand nombre de Mélanies et de Mélanopsides subfossiles

analogues à celles qui vivent actuellement dans les eaux de

l’oasis. Quelques vieux pieds de Dattiers isolés et complètement

décrépits se dressent sur divers points de cette dépression, dans

laquelle nous n’avons pas de peine à reconnaître une ancienne

portion de l’oasis aujourd’hui desséchée et ruinée par suite

de la disparition ou du retrait des eaux qui coulent maintenant à un

niveau plus bas et dans un lit plus profond. Aux coquilles fluviatiles

que nous venons de signaler sont associées quelques valves d’un

_Cardium_ voisin du _C. edule_, mais nous ne tardons pas à avoir la

preuve que ces valves sont d’un âge bien antérieur aux coquilles

fluviatiles citées plus haut, car nous trouvons les analogues

encore en place dans les lambeaux de grès coquillier grossier qui

émergent du milieu des sables ; ils sont donc fossiles et ne peuvent

nullement servir d’argument en faveur de l’existence d’une mer

intérieure contemporaine de l’époque actuelle. Rentrés en ville

par la route de Nefta, nous passons notre dernière soirée au bordj

avec nos aimables hôtes, le capitaine du Couret, le docteur Collignon

(archéologue distingué) et les autres officiers de la garnison,

dont nous ne saurions oublier le cordial accueil. Comme pendant les

précédentes soirées, des éclairs sillonnent l’horizon occupé

au nord et au sud par des masses nuageuses épaisses, phénomène

dont la fréquence insolite pour cette contrée caractérise cette

année exceptionnellement pluvieuse. Nous jouissons du reste, pendant

la soirée et la nuit, d’une fraîcheur tout à fait anormale.

L’oasis de Tozzer offrant un assez grand intérêt, nous croyons

devoir donner une liste assez longue bien qu’incomplète des

récoltes que nous y avons faites ; cette liste viendra s’ajouter à

celle que notre collègue M. Letourneux a dressée dans son exploration

beaucoup plus complète que la nôtre.

Ranunculus muricatus L.

Hypecoum Geslini Coss. et Kral.

Malcolmia Ægyptiaca Spreng. _var._ longisiliqua.

Koniga Libyca R. Br.

Capsella procumbens Koch.

Helianthemum sessiliflorum Desf.

Reseda Duriæana J. Gay.

Frankenia pulverulenta L.

Saponaria Vaccaria L.

Malva parviflora L.

Zizyphus Spina-Christi Willd., sans doute cultivé.

Melilotus parviflora Desf.

Astragalus Gyzensis Delile.

Medicago laciniata All.

Lotus pusillus Viv.

Hedysarum carnosum Desf.

Neurada procumbens L.

Tamarix pauciovulata J. Gay.

Cucumis Colocynthis L.

Polycarpæa fragilis Delile.

Polycarpon alsinæfolium DC.

Aizoon Canariense L.

Orlaya maritima Koch.

Apium graveolens L.

Rubia tinctoria L. (subspontané).

Ifloga spicata Schultz. Bip.

Inula viscosa Ait.

—— crithmoides L.

Chlamydophora pubescens Coss. et DR.

Rhanterium suaveolens Desf.

Tanacetum cinereum DC.

Calendula stellata Cav. _var._ hymenocarpa Coss.

Atractylis citrina Coss. et Kral.

Centaurea furfuracea Coss. et DR.

Zollikoferia resedifolia Coss.

Kœlpinia linearis Pall.

Ambrosia maritima L.

Cynanchum acutum L.

Echium humile Desf.

Heliotropium undulatum Vahl.

Lippia nodiflora Rich.

Statice pruinosa L.

—— globulariæfolia Desf.

Limoniastrum Guyonianum DR.

Plantago ciliata Desf.

Asphodelus pendulinus Coss. et DR.

Potamogeton pectinatus L.

Aristida Adscensionis L.

Polypogon Monspeliensis Desf.

Festuca Memphitica Coss.

Adianthum Capillus-Veneris L.

Ajoutons qu’à l’ombre des Dattiers, dont les variétés sont très

nombreuses à Tozzer, on cultive presque tous les arbres fruitiers

d’Europe, y compris un Pommier buissonnant et la Vigne, qui y

est d’une grande vigueur et y donne d’énormes grappes. C’est

aussi sous l’abri des Dattiers que viennent les céréales et une

grande variété de légumes, cultivés avec succès dans des jardins

abondamment arrosés par les eaux des dérivations du torrent qui

fertilise cette merveilleuse oasis.

Nous quittons Tozzer le 13 mai, à huit heures du matin, malgré

l’insistance aimable de nos hôtes, qui voudraient nous garder plus

longtemps, et leurs offres de nous conduire à Nefta, offres que nous

accepterions avec enthousiasme s’il nous restait plus de temps pour

réaliser notre itinéraire obligatoire. Sous la conduite d’un

sous-lieutenant indigène au physique quelque peu grotesque et qui

paraît peu satisfait de se déranger pour accompagner la Mission,

nous nous dirigeons vers les oasis d’El-Oudian, laissant à gauche

El-Hamma et, à droite, les bords du Chott El-Fedjedj dont la nappe

blanche et unie s’étend au delà de la portée de notre vue. Un

trajet de deux heures à travers une plaine sablonneuse nous conduit

à l’entrée de Sedada, village arabe encastré entre des talus

élevés et abrupts de terre argilo-sableuse. Les maisons et les murs

d’enceinte y sont construits en terre battue, ce qui ne laisse pas

que de leur donner un aspect fort original. Là, l’officier indigène

nous remet aux mains d’un cavalier du pays qui doit nous guider

jusqu’à la rencontre de la route qui rejoint celle de Gouifla.

Vers onze heures du matin, nous faisons halte sous l’ombrage des

Palmiers au bord de la belle source d’Aïn Sbebia, sortant d’un

rocher, au pied d’un monticule calcaire sur le flanc duquel existe

un édifice romain en ruine. C’est là que passe l’un des derniers

tracés du canal Roudaire, coupant à cet endroit un relief de plus

de 70 mètres d’altitude au-dessus de la mer. Les eaux de la source

sont abondantes, mais légèrement saumâtres et à une température de

18 degrés. Elles sont peuplées de Mélanies et de Paludinelles. Le

rocher au pied duquel elles sourdent contient des fossiles (_Pecten_,

_Ostrea_, etc.) et de petits Oursins.

Après un repos d’une heure, nous gravissons le coteau par un chemin

scabreux aboutissant à un plateau aride où gisent quelques silex

taillés. Déviant ensuite à droite, en dépit du mauvais vouloir

de notre guide, nous gagnons, par un ravin décharné, les pentes du

Djebel Droumès.

Cette montagne est fort intéressante en raison des innombrables

fossiles qu’elle recèle et qui en jonchent le sol. Ils se

détachent des strates de marnes schisteuses fortement chargées

de fer qui forment en cet endroit le fond du terrain sénonien. Je

dois à M. Rolland la détermination de ce terrain et celle des

_Ostrea dichotoma_ et _proboscidea_, qui y forment de véritables

bancs dans lesquels nous avons également recueilli quelques dents

de Squales que nous croyons appartenir au genre _Notidanus_. Peu

avant d’arriver au Djebel Droumès, le relief de Kriz, au pied

duquel s’échappe la source abondante d’Aïn Sbebia, nous avait

fourni, dans un calcaire jaunâtre, des échantillons d’une espèce

d’_Inoceramus_, associés à des _Janira_, des _Echinobrissus_ et

des valves de _Pecten_. Nous avons recueilli aussi quelques bonnes

espèces de plantes sur ce point où nous nous sommes attardés

malgré une chaleur suffocante, et nous y mentionnerons un reptile

intéressant, le Fouette-queue (_Uromastix Acanthinurus_).

Par un sentier très frayé, passant au pied de crêtes dentelées

et traversant de puissantes couches de marnes remplies d’huîtres

fossiles, nous rejoignons, près d’un redir conservant encore l’eau

des dernières pluies, le chemin que nous avions abandonné et qui

doit nous conduire à Gouifla, où nous n’arrivons qu’à la nuit,

après avoir longtemps erré dans la plaine sans pouvoir retrouver

la véritable direction de ce poste.

Le 14, nous regagnons Gourbata, mais en nous écartant sensiblement

de la route que nous avions suivie quelques jours avant ; il en

résulte d’autant plus de retard que l’une des charrettes du train

s’enfonce, au passage de l’oued, dans des sables détrempés dont

on ne peut la faire sortir qu’à grand’peine. Nous ne pouvons

plus dès lors espérer atteindre Gafsa dans cette même journée,

comme nous avions compté le faire, et nous devons coucher de nouveau

dans nos cellules de Gourbata.

Le 15, dès six heures du matin, nous nous mettons en route pour

Gafsa ; à environ deux kilomètres du bordj, une borne milliaire

romaine, encore en place, attire notre attention ; elle est assez bien

conservée et indiquait la route de Gafsa à Tozzer ; il en existe

une autre un peu plus loin, mais en moins bon état de conservation

et sans doute déplacée.

Tandis que M. Valéry Mayet se livre à la chasse des reptiles et

des insectes, l’apparition de deux Outardes me fait faire un grand

détour dans la plaine ; mais, selon leur manœuvre habituelle, elles

fuient devant moi dès que je suis près d’arriver à portée de

fusil, et je les poursuis longtemps, mais sans pouvoir les tirer.

Les abords de l’oasis de Gafsa se signalent par la réapparition du

_Zizyphus Lotus_ et du _Thymelæa microphylla_, que l’on ne rencontre

plus dans la direction de Tozzer. Vers midi, nous entrons enfin dans

les plantations d’Oliviers auxquelles succèdent les magnifiques

massifs de Dattiers qui entourent la ville. Nous retrouvons en bon

état les hommes et le campement que nous y avions laissés, et

nous apprenons dès notre arrivée que l’on a acquis la certitude

que le maraudeur sur lequel notre spahi Abd-er-Rahman avait fait

feu à l’Oued Eddedj est allé mourir quelques jours après à

Bled-Sened, son domicile. Ce fait donne lieu à une instruction et à

un interrogatoire de notre spahi, à la suite desquels j’adresse

mon rapport au colonel commandant supérieur, qui nous félicite

d’avoir donné cette rude leçon aux maraudeurs et délivré ainsi,

pour quelque temps du moins, la région du Tahla des bandes pillardes

qui en inquiétaient les douars.

Notre excursion de Gafsa à Tozzer avait duré huit jours ; bien que

trop rapide, elle a eu pour nous une réelle importance, car elle

nous a permis de constater la différence profonde qui existe entre la

nature du Djerid et celle des pays que nous avions déjà parcourus,

ainsi que de ceux que nous avions encore à explorer. Elle nous a,

en outre, fourni des données positives et _de visu_ relativement

au projet de création d’une mer intérieure dans le bassin des

grands chotts. Notre conviction, déjà contraire à cette conception,

n’a fait que s’accentuer en considérant les difficultés et les

désavantages attachés à la réalisation de ce projet chimérique.

OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES FAITES ENTRE GAFSA ET TOZZER.

* * * * *

OUED GOURBATA, 9 mai, 5h 45 matin.

Baromètre holostérique no 2 753mm,7

Baromètre Fortin 754mm,0

Thermomètre du baromètre + 16°,5

Thermomètre frondé + 15°,8

Minima de la nuit + 12°,5

Vent. — Nord sans force (1).

État du ciel. — Beau (4), quelques cumulus.

GOUIFLA, 10 mai, 6 heures matin.

Baromètre holostérique no 2 763mm,4

Baromètre Fortin 764mm,4

Thermomètre du baromètre + 19°,8

Thermomètre frondé + 19°,0

Minima de la nuit + 18°,4

Vent. — Nul (0).

État du ciel. — Couvert (9), strato-cumulus.

EL-HAMMAM. — Température des sources thermales + 39°,0

Violent orage à 1h de l’après-midi.

TOZZER, 12 mai.

Minima de la nuit + 14°,5

TOZZER, 13 mai, 7h 30 matin.

Baromètre holostérique no 2 763mm,2

Baromètre Fortin 764mm,6

Thermomètre frondé + 24°,0

Minima de la nuit + 16°,3

Vent. — Est faible (2).

État du ciel. — Très beau (0).

----

Pendant notre séjour à Tozzer les 10, 11, 12 et 13 mai, nous

avons observé chaque soir des orages lointains au nord et au sud,

de 7 heures à 9 heures du soir.

GOUIFLA, 14 mai, 5h 45 matin.

Baromètre holostérique no 2 763mm,0

Baromètre Fortin 763mm,5

Thermomètre du baromètre + 17°,7

Thermomètre frondé + 16°,3

Minima de la nuit + 15°,4

Vent. — Nul (0).

État du ciel. — Beau (1).

OUED GOURBATA, 15 mai, 6 heures matin.

Baromètre holostérique no 2 756mm,2

Baromètre Fortin 755mm,5

Thermomètre du baromètre + 17°,2

Thermomètre frondé + 16°,0

Minima de la nuit + 12°,5

Vent. — Est modéré (3), frais.

État du ciel. — Beau (2).

GAFSA, 16 mai, 9 heures matin.

Comparaison des instruments de l’hôpital militaire avec les

nôtres :

Baromètre Fortin de l’hôpital no 731 739mm,5

Thermomètre + 29°,6

Baromètre Fortin de la Mission no 104 739mm,8

Thermomètre + 29°,5

Thermomètre minima de l’hôpital (Maisonneuve, Marseille) + 25°,8

Thermomètre Baudin de la Mission no 9645, frondé + 26°,2

GAFSA, 17 mai, 6h 15 matin.

Baromètre holostérique no 2 744mm,0

Sommet du DJEBEL HATTIG, 3h 15 soir.

Baromètre holostérique no 2 689mm,1

Thermomètre frondé + 23°,4

Vent. — Est modéré (3).

État du ciel. — Nuageux (4).

=V=

=Séjour à Gafsa. — Ascension du Djebel Hattig.=

Quelques jours de repos nous étant indispensables avant de reprendre

notre route vers Gabès, nous utilisons de notre mieux le temps que

nous laissent notre ravitaillement et les soins nécessaires à nos

collections, en explorant l’oasis et les environs de Gafsa.

Gafsa, qui, en 1874, avait été le point extrême de mon voyage au

Sud, m’avait fourni à cette époque une ample récolte de plantes

parmi lesquelles plusieurs types de Desfontaines qui n’y avaient

pas été revus. Mais j’avais dû renoncer à aborder les montagnes

voisines, notamment le Djebel Hattig, une des plus élevées. Pour

combler cette lacune dans mes recherches antérieures, le 17 mai,

accompagnés de M. Gessard, pharmacien militaire, M. Valéry Mayet et

moi, nous entreprenons l’ascension de cette montagne, qui se dresse

au sud-ouest de Gafsa, pour se relier à la longue chaîne allant

rejoindre, au sud de l’Algérie, le massif des monts Aurès. Partis

dès six heures du matin, et évitant, sur la recommandation pressante

d’un officier, les balles de la compagnie franche en train de tirer

à la cible, nous abordons peu après les terrains dolomitiques

riches en plantes qui constituent les premières pentes abruptes

de la montagne. Tournant ensuite un second mamelon, nous suivons,

à mi-flanc, des assises de roches, formant gradins du côté de

la plaine, et par lesquelles nous espérons atteindre facilement le

sommet. Nous n’avons malheureusement pas compté sur une succession

dissimulée de coupures semblables aux feuillets d’un paravent à

demi fermé, qui allonge considérablement notre parcours, en offrant

partout de sérieuses difficultés de passage. Après plusieurs heures

de cette monotone et fatigante gymnastique, nous nous arrêtons pour

reprendre quelques forces, puis, las de voir surgir indéfiniment ces

malencontreuses coupures, nous nous décidons à gagner la crête

en gravissant des rochers presque à pic. Nous évitons ainsi la

chaleur intense que vient modérer une agréable brise et pouvons

nous diriger vers le point culminant, plus sûrement et avec moins

de fatigue ; cependant, à une heure, nous sommes encore loin du

but, et ce n’est qu’après avoir franchi une dernière et plus

profonde coupure que nous finissons par escalader péniblement le

véritable sommet où nous ne parvenons qu’à trois heures du soir,

c’est-à-dire après neuf heures d’une marche très pénible. De

ce point, la vue embrasse un immense espace de pays, au nord, à

l’est et au sud, l’horizon étant borné à l’ouest par les

montagnes qui se succèdent dans la direction de Feriana.

Le baromètre holostérique marque 689 millimètres, et le thermomètre

frondé 23°,4, ce qui donne une altitude d’environ 950 mètres. La

température, modérée, est rendue encore plus agréable par la brise

soufflant de l’est. Les broussailles abritent quelques plantes

intéressantes, beaucoup d’insectes et de nombreux sauriens. Des

Gundis s’enfuient rapidement à notre approche ; quelques empreintes

de fossiles se montrent dans la roche dolomitique, mais les mollusques

vivants sont très rares. Nous nous applaudissons d’avoir poursuivi

jusqu’au bout notre ascension, malgré la lassitude à laquelle

succombe notre spahi Abd-er-Rahman ; les Arabes sont peu aptes à

gravir les hauteurs ; de même, en 1874, lors de l’ascension que

j’ai faite du Djebel Arbet, à mi-chemin du sommet, les guides du

pays renoncèrent à me suivre.

Après quelques instants de halte, nous effectuons notre retour,

en gagnant par des pentes de roches inclinées, glissantes et

dangereuses, le fond d’une vallée creusée entre le Djebel Hattig

et les montagnes situées à l’ouest. Là nous trouvons un sentier

frayé, mais qui nous oblige à contourner entièrement la montagne,

et ce n’est qu’après une marche forcée de près de trois heures

que nous rentrons au camp, harassés et accablés par la chaleur et

la soif, mais en revanche très satisfaits de notre excursion.

Nos récoltes botaniques au Djebel Hattig nous ont fourni un grand

nombre d’espèces parmi lesquelles nous citerons :

Notoceras Canariense R. Br.

Farsetia Ægyptiaca Turr.

Moricandia suffruticosa Coss. et DR.

Matthiola oxyceras DC. _var._ basiceras Coss. et Kral.

Cleome Arabica L.

Reseda Duriæana J. Gay.

—— propinqua R. Br.

Silene tridentata Desf.

Lavatera maritima L

Erodium arborescens Willd.

Fagonia Sinaica Boiss.

Rhamnus lycioides L.

Rhus oxyacanthoides Dum.-Cours.

Argyrolobium uniflorum Jaub. et Spach.

Anagyris fœtida L.

Pteranthus echinatus Desf.

Ferula Vesceritensis Coss. et DR.

Rapport sur une mission botanique exécutée en 1884 dans la région saharienne, au nord des grands chotts et dans les îles de la côte orientale de la Tunisie · 第 7 / 14 段