Thermomètre frondé + 19°,0
Minima de la nuit + 10°,3
Vent. — Est-sud-est faible (2).
État du ciel. — Beau (2), stratus à l’Est.
OUED EDDEDJ, 25 avril, 8h 30 matin.
Baromètre holostérique no 2 740mm,0
Baromètre Fortin 738mm,0
Thermomètre du baromètre + 23°,0
Thermomètre frondé + 18°,0
Vent. — Nord-est faible (2).
État du ciel. — Très beau (2), quelques stratus.
----
Il avait fait un violent coup de vent dans la nuit, de 11 heures
du soir à 6 heures du matin. — Quelques gouttes de pluie à 6
heures du matin.
BOU-HEDMA, 26 avril, midi.
Baromètre holostérique no 2 744mm,0
Baromètre Fortin 746mm,4
Thermomètre du baromètre + 26°,0
Thermomètre frondé + 23°,2
Minima de la nuit + 14°,3
Maxima de la journée + 26°,4
Vent. — Est modéré (3).
État du ciel. — Beau (2), quelques strato-cirrus.
BOU-HEDMA, 27 avril, 8 heures matin.
Baromètre holostérique no 2 744mm,2
Baromètre Fortin 744mm,5
Thermomètre du baromètre + 15°,6
Thermomètre frondé + 13°,0
Minima de la nuit + 12°,0
Maxima de la journée + 13°,0
Vent. — Nord-nord-est fort (5).
État du ciel. — Couvert (10), nimbus. — Grande pluie.
----
Pendant la nuit il avait fait un violent ouragan accompagné de
forte pluie. La pluie ne cesse pas de la journée et devient presque
torrentielle jusqu’à 1 heure du matin, avec un vent impétueux à
partir de 3 heures du soir.
BOU-HEDMA, 28 avril, 8h 30 matin.
Baromètre holostérique no 2 749mm,2
Baromètre Fortin 749mm,4
Thermomètre du baromètre + 18°,5
Thermomètre frondé + 17°,5
Minima observé à 6 heures du matin + 11°,0
Vent. — Sud-sud-ouest modéré (3), soufflant par rafales.
État du ciel. — Nuageux (4), fracto-cumulus.
Campement dans la plaine du TAHLA, 29 avril, 8 heures matin.
Baromètre holostérique no 2 752mm,4
Baromètre Fortin 752mm,9
Thermomètre du baromètre + 21°,0
Thermomètre frondé + 16°,4
Minima de la nuit + 4°,6
Vent. — Nul.
État du ciel. — Beau (3), stratus au Sud et à l’horizon Nord.
EL-AÏEÏCHA, tente-baraque du poste, 29 avril, 5 heures soir.
Baromètre holostérique no 2 708mm,0
Baromètre Fortin 710mm,3
Thermomètre du baromètre + 20°,0
Baromètre Fortin du poste (Salleron no 756) 703mm,5
Thermomètre + 17°,5
Thermomètre frondé + 17°,5
Le baromètre du poste a dû perdre du mercure dans le transport.
EL-AÏEÏCHA, 30 avril, 9h 30 matin.
Baromètre holostérique no 2 710mm,0
Baromètre Fortin 710mm,3
Baromètre Fortin du poste 702mm,4
Thermomètre + 15°,7
Thermomètre du baromètre + 15°,8
Thermomètre frondé + 14°,2
Minima de la nuit + 9°,5
Vent. — Nul.
État du ciel. — Nuageux (4), fracto-cumulus.
KSAR CEKET, 1er mai, 8 heures matin.
Baromètre holostérique 718mm,2
Baromètre Fortin 718mm,5
Thermomètre du baromètre + 13°,8
Thermomètre frondé + 12°,2
Thermomètre frondé à 5h 30 matin + 8°,5
Vent. — Nord modéré (3) frais.
État du ciel. — Beau (2), cumulus à l’Est.
Pic d’EL-BIADA, 1er mai, 3 heures soir.
Baromètre Fortin 689mm,7
Thermomètre frondé + 17°,5
Vent. — Ouest assez fort (4).
État du ciel. — Nuageux (6), strato-cumulus.
BLED SENED, 2 mai, 9h 30 matin.
Baromètre holostérique no 2 717mm,2
Baromètre Fortin 717mm,9
Thermomètre du baromètre + 21°,3
Thermomètre frondé + 15°,5
Minima de la nuit + 9°,0
Vent. — Nord-est faible (2).
État du ciel. — Beau (2), quelques stratus.
Il avait fait un vent violent toute la nuit.
AÏN SEGOUFTA, 3 mai, 9 heures matin.
Baromètre holostérique no 2 724mm,5
Baromètre Fortin 725mm,1
Thermomètre du baromètre + 22°,5
Thermomètre frondé + 19°,5
Minima de la nuit + 11°,0
Vent. — Sud faible (2).
État du ciel. — Très beau (0).
Il a fait un coup de vent vers 2h du matin.
OGLET MOHAMED, 4 mai, 9 heures matin.
Baromètre holostérique no 2 736mm,9
Baromètre Fortin 738mm,9
Thermomètre du baromètre + 26°,0
Thermomètre frondé + 19°,0
Vent. — Ouest modéré (3).
État du ciel. — Beau (1) brumeux.
=IV=
=Voyage à Tozzer et retour à Gafsa.=
Dès le jour de notre arrivée à Gafsa nous avions combiné
l’itinéraire d’une course rapide à Tozzer, indispensable pour
l’étude comparative de l’ensemble de la flore et de la faune de
la contrée située au nord des chotts El-Fedjedj et El-Djerid. La
question de la création d’une mer intérieure devant remplacer les
grands chotts, question encore à l’ordre du jour, et le désir de
nous rendre compte par nous-mêmes des avantages ou des inconvénients
qui pourraient en résulter pour le pays, n’étaient pas non plus
étrangers au projet que nous avions formé. Nous profitons donc
du départ d’un convoi militaire commandé par un officier des
compagnies mixtes, heureux hasard qui nous offre une occasion trop
favorable pour que nous ne nous empressions pas de la mettre à
profit. Nous n’avons qu’à nous louer de cette détermination,
car nous trouvons dans le lieutenant Legouahec, non seulement un
guide expérimenté, mais encore le plus aimable compagnon de route.
Le 8 mai, à cinq heures du matin, nous partons, laissant à la garde
du brigadier de notre escorte la plus grande partie de nos effets
de campement, n’emmenant avec nous que deux hommes du train, nos
deux spahis, nos montures personnelles et tout juste le nombre de
mules nécessaire au transport d’un bagage très restreint. Après
avoir traversé une partie de l’oasis entièrement complantée
d’Oliviers, nous entrons dans un vaste désert de sable couvert de
broussailles basses parmi lesquelles dominent toujours les _Anabasis_
que nous avions déjà observés dans la plaine de la Madjoura. Nous
avons à droite une longue chaîne de hauteurs désignée sous le nom
de Djebel Metlouna, laquelle, se prolongeant à l’ouest, paraît
aller rejoindre, au sud de l’Algérie, le grand massif des montagnes
de l’Aurès. Des pentes dénudées de cette chaîne descendent
quelques oueds dont les eaux à cours interrompu se réunissent à
celles de l’Oued Baïech pour se perdre en grande partie dans les
sables, avant d’atteindre les marais qui bordent le Chott El-Gharsa.
Un ciel légèrement nuageux et un vent que la pluie abondante de
la nuit dernière a rendu très frais favorisent notre marche ; le
sol est émaillé de fleurs, le désert charmant, le trajet facile
et agréable ; aussi, vers neuf heures du matin, nous avons rejoint
sans fatigue le convoi militaire parti près de deux heures plus tôt
que nous, et, avant midi, nous atteignons le petit bordj construit par
les Français sur les bords de l’Oued Gourbata, affluent de l’Oued
Baïech. C’est là que nous devons faire halte jusqu’au lendemain
matin. Deux petites chambres nous offrent un abri suffisamment commode,
où nous nous empressons de dresser nos lits de camp. Le reste de la
journée est fructueusement employé à explorer des terrains argileux
sillonnés de coupures profondes dues à l’écoulement rapide des
eaux de pluies torrentielles, et à parcourir les dunes de sable
avoisinant le lit de l’oued qui est bordé de nombreux _Tamarix_,
seule végétation presque arborescente de cette localité.
Le pays est giboyeux ; le Lièvre y est assez abondant ainsi que
la Perdrix, et l’Outarde Hubara s’y montre fréquemment. On y
rencontre de nombreux terriers de Gerboises ; une foule de petits
oiseaux, appartenant aux genres Alouette, Traquet et Becfin,
s’agitent au milieu des broussailles qui servent d’abri à de
nombreux reptiles et à d’innombrables insectes. Cette station
serait des plus agréables si l’eau y était meilleure et si nous
n’avions à subir un violent coup de siroco.
Le 9, dès six heures du matin, nous avons quitté Gourbata et nous
cheminons toujours à travers une plaine fleurie. Le _Limoniastrum
Guyonianum_, l’_Echiochilon fruticosum_, diverses espèces de
_Silene_, de nombreux _Helianthemum_, le _Moricandia suffruticosa_
et une foule d’autres jolies plantes émaillent la plaine des
couleurs variées de leurs fleurs. Le curieux _Calligonum comosum_
se montre à nous pour la première fois. Comme nous traversons un
pays où abondent les Vipères-à-cornes (_Cerastes Ægyptius_),
les ordres sont donnés en vue de leur recherche, mais, malgré une
chasse active, on ne parvient à s’en procurer qu’un très petit
nombre, par suite de la fraîcheur relative de la température. En
revanche, nous recueillons quelques silex taillés, épars dans les
endroits pierreux. A midi et demie, nous nous rapprochons du lit de
l’oued que nous franchissons après avoir cherché le passage le
moins dangereux, et nous faisons halte au Bordj Gouifla, où nous
devons passer la nuit, non plus comme la veille, dans des chambrettes
closes, mais bien sous deux petits hangars ouverts, où nous avons
à subir les piqûres des moustiques et des puces.
Les environs du petit bordj de Gouifla sont relativement boisés,
grâce à de hauts et vigoureux _Tamarix_ que nous fouillons
scrupuleusement durant tout l’après-midi. L’oued, par suite des
grandes pluies des jours précédents, débite en ce moment une assez
abondante quantité d’eau qui tombe en petites cascades d’une
grande limpidité sur les roches gypseuses qui forment son lit ;
malheureusement cette eau appétissante est rendue impotable par
un degré de salure et une amertume trop prononcés. Sur certains
points de l’oued existent de grandes flaques d’eau, restes
de la récente crue, et dans ces réservoirs se montrent quelques
poissons dont malheureusement nous ne pouvons pas faire la capture,
les sables d’alentour étant imbibés à tel point que l’on s’y
enfonce immédiatement en y posant le pied ; j’en fais moi-même
la périlleuse expérience, et, sans l’aide de mes compagnons,
nul doute que je n’eusse été dans l’impossibilité de me tirer
de l’une de ces fondrières. Après cet incident, nous continuons
notre exploration des environs, qui nous paraissent moins giboyeux
et moins riches en insectes que ceux de Gourbata, mais plus peuplés
encore de Gerboises. Rentrés au bordj, nous y trouvons nos hommes
en train de procéder à la grillade d’un mouton entier (_mechoui_)
qui constitue notre repas du soir, après lequel nous disputons notre
sommeil aux attaques réitérées des moustiques.
Les plantes les plus intéressantes observées dans les deux étapes
de Gourbata et de Gouifla sont les suivantes :
Delphinium pubescens DC. _var._ dissitiflorum (Gourbata).
Sisymbrium coronopifolium Desf. _var._ ceratophyllum (Gouifla).
Ammosperma cinereum Hook.
Lonchophora Capiomontiana DR. (Gouifla).
Moricandia suffruticosa Coss. et DR. (Gouifla).
Malcolmia Ægyptiaca Spr. _var._ longisiliqua (Gouifla).
Reseda neglecta Muell. Arg. (Gouifla).
—— Arabica Boiss. (Gouifla).
Silene villosa Forsk. _var._ micropetala (Gouifla), nouveau pour
la Tunisie.
Dianthus serrulatus Desf. _var._ grandiflorus (Gouifla).
Erodium glaucophyllum Ait. (Gouifla).
Fagonia glutinosa Delile (Gouifla).
Astragalus Gyzensis Delile (A. Hauarensis Boiss.) (Gouifla),
nouveau pour la Tunisie.
—— corrugatus Bert. _var._ tenuirugis (Gouifla).
Hippocrepis bicontorta Lois. (Gouifla).
Hedysarum carnosum Desf. (Gouifla et Gourbata).
Tamarix pauciovulata J. Gay (Gouifla), nouveau pour la Tunisie.
Polycarpæa fragilis Delile (Gouifla), nouveau pour la Tunisie.
Pteranthus echinatus Desf. (Gourbata).
Reaumuria vermiculata L. (Gourbata).
Daucus pubescens Koch (Gouifla).
Scabiosa arenaria Forsk. (Gouifla).
Nolletia chrysocomoides Cass. (Gouifla).
Pyrethrum trifurcatum Willd. (Gouifla).
Chlamydophora pubescens Coss. et DR. (Gouifla).
Tanacetum cinereum DC. (Gouifla), nouveau pour la Tunisie.
Centaurea furfuracea Coss. et DR. (Gouifla).
—— omphalodes Coss. et DR. (Gouifla), nouveau pour la Tunisie.
Lithospermum callosum Vahl (Gouifla).
Anarrhinum brevifolium Coss. et Kral. (Gourbata), spécial à
la Tunisie.
Plantago ciliata Desf. (Gouifla).
Calligonum comosum L’Hérit. (Gouifla).
Euphorbia cornuta Pers. (Gouifla).
Asphodelus pendulinus Coss. et DR. (Gouifla).
—— viscidulus Boiss. (Gourbata).
Cyperus conglomeratus Rottb. (Gourbata).
Carex extensa Good. (Gouifla).
Panicum turgidum Forsk. (Gouifla) [Égypte, Chypre, Palestine,
Arabie pétrée, Perse], découvert dans le Sahara algérien par le Dr
Reboud, dans la vallée de l’Oued El-Arab ; nouveau pour la Tunisie.
Danthonia Forskalii Trin. (Gouifla).
La Vipère-à-cornes (_Cerastes Ægyptius_) abonde dans ce pays
désertique. A Gourbata, outre les reptiles précédemment rencontrés,
nous avons pris le _Periops parallelus_, Couleuvre commune en Égypte,
mais nouvelle pour la Tunisie.
Les insectes appartiennent aux espèces déjà récoltées dans les
parties désertiques que nous avons explorées.
Les Outardes (_Otis Hubara_) sont abondantes, ainsi que plusieurs
espèces de Traquets. Nous observons aussi le _Certilauda desertorum_
des Alouettes Dupont et des quantités de Bruant Proyer.
Le 10 au matin, nous quittons, en même temps que la colonne, le bordj
de Gouifla, nous dirigeant vers le sud-est, à travers une plaine
monotone. L’horizon est borné de ce côté par des hauteurs aux
sommets déchiquetés, formés de couches horizontales de grès dont
la nature ferrugineuse se trahit même à distance. Cette chaîne de
collines assez élevées cache à nos regards la plaine et les oasis
d’El-Oudian ainsi que le Chott El-Fedjedj. A droite s’étend,
à perte de vue, la dépression du Chott El-Gharsa. Le ciel étant
couvert et la température supportable, une grande partie de la route
est faite à pied, en chassant tout à la fois plantes, insectes et
reptiles. Une Vipère-à-cornes est capturée vivante, avec une rare
hardiesse, par le nègre conducteur de nos chameaux.
Arrivés au pied des collines, en un point de la route où les
caravanes venant du Djerid étaient jadis fréquemment attaquées
et pillées par les Hammema embusqués derrière les rochers, nous
rencontrons un certain nombre d’amas de pierres distants les uns
des autres d’environ deux à trois cents mètres ; nous croyons
qu’ils marquent les endroits où des hommes ont été tués et
sans doute enterrés ; actuellement tout danger a disparu depuis
l’occupation. Peu après, nous commençons à descendre vers la
dépression sablonneuse dont l’oasis d’El-Hamma occupe le fond ;
cette oasis tire son nom des belles sources chaudes qui en font une
station balnéaire très fréquentée. C’est à un effondrement des
couches horizontales de grès ferrugineux qu’est due la dépression
d’El-Hamma, dépression que les sables mouvants ont en partie
comblée. Des falaises abruptes, simulant à s’y méprendre des
murs ruinés de vieux édifices, et quelques gros blocs écroulés,
qui émergent encore des sables, en sont les preuves évidentes.
L’oasis d’El-Hamma est relativement peu considérable, mais les
Dattiers, qui y sont généralement beaux et vigoureux, forment,
avec les plantes grimpantes s’entrelaçant dans leurs cimes,
un fouillis inextricable au bord d’un véritable torrent d’eau
d’une température élevée. Nous visitons successivement le bain des
hommes et celui des femmes, un café maure établi d’une façon toute
primitive sous un toit de feuilles de Dattiers, et la kouba octogone
servant de zaouïa (école). Les eaux sortent à gros bouillons de la
source principale à une température de 39 degrés, et le ruisseau
qu’elles alimentent est peuplé de poissons insaisissables, de
batraciens et de nombreux testacés appartenant principalement aux
genres _Melania_ et _Melanopsis_.
Aux abords de l’oasis croissent :
Sisymbrium Irio L.
Malcolmia Ægyptiaca Spr. _var._ longisiliqua.
Frankenia thymifolia Desf.
Malva parviflora L.
Fagonia glutinosa Delile.
Argyrolobium uniflorum Jaub. et Spach.
Hedysarum carnosum Desf.
Aizoon Canariense L.
Reaumuria vermiculata L.
Atractylis microcephala Coss. et DR.
Lithospermum callosum Vahl.
Linaria laxiflora Desf.
Scrophularia deserti Del.
Statice globulariæfolia Desf.
—— pruinosa L.
Euphorbia Chamæsyce L.
Pennisetum ciliare L.
Arthratherum obtusum Nees, etc.
A Gouifla, nous avions eu la visite du lieutenant de Florac et des
officiers du bureau arabe ; ici, nous trouvons à notre arrivée
le capitaine du Couret, commandant du poste de Tozzer, qui est
venu à notre rencontre avec quelques officiers ; il nous souhaite
courtoisement la bienvenue et nous offre sous les Palmiers un excellent
déjeuner dont, surtout après les repas plus ou moins rudimentaires
des jours précédents, nous ne manquons pas d’apprécier la
succulence.
A notre grand regret, nos aimables hôtes nous quittent pour nous
précéder à Tozzer, et bien leur en prend, car, tandis que nous
explorons l’oasis dont les charmes nous séduisent, de gros nuages
chargés d’eau et d’électricité s’accumulent sur nos têtes
et, au moment même où nous allons mettre le pied à l’étrier,
un orage d’une extrême violence éclate avec un épouvantable
fracas. Cherchant vainement, en nous blottissant au pied des Dattiers,
un abri que leurs frondes flexibles ne peuvent nous fournir, nous
essuyons durant près de trois quarts d’heure le tonnerre, le
vent et une pluie torrentielle qui transperce nos couvertures et nos
vêtements ; ce qu’il y a de pire, c’est que nos bagages et nos
chères récoltes subissent le même sort que nous ; aussi avons-nous
hâte d’arriver à Tozzer pour les mettre en papier sec le plus
tôt possible.
Le ciel paraissant s’éclaircir, nous nous mettons en route sans
plus tarder et franchissons bientôt un large oued, qui, une heure
avant, n’offrait qu’un lit de sable à sec et qui est devenu une
véritable rivière. La traversée de ces eaux, coulant avec rapidité
et que la force du vent rebrousse en sens inverse de leur courant,
produit sur nous un effet physique des plus étranges : nous éprouvons
une sorte de vertige qui nous fait perdre absolument le sentiment de
la direction. Sur le sol ferme, nous retrouvons l’équilibre de nos
sens, mais les terres argileuses du chemin étant partout devenues
glissantes et présentant de nombreuses flaques d’eau, nous sommes
obligés de lutter tout à la fois contre le pas mal assuré de nos
montures et contre leur tentation de s’abreuver à chaque instant à
cette eau d’une saveur délicieuse que l’orage a prodiguée sur
leur route. Après environ deux heures de marche, nous découvrons
enfin Tozzer, au moment où les nuages gris, qui n’ont cessé de
voiler le ciel, laissent échapper de nouvelles gouttes de pluie.
Malgré le temps sombre, l’aspect de la ville, qui se détache
devant nous sur le fond vert d’une immense oasis, est réellement
saisissant. Le terrain déclive qui nous conduit aux premières
maisons est parsemé de blocs argilo-sableux, lambeaux du sol du
plateau perdus au milieu d’une véritable mer de sable. Des minarets
carrés et quelques édifices importants ornementés de dessins en
relief formés de briques blanches, se font remarquer au milieu de la
masse des maisons carrées, basses et plates. C’est la première fois
que nous rencontrons ce genre d’ornementation architecturale empreint
d’élégance et dénotant un certain goût artistique. Ayant franchi
le mur d’enceinte, le faubourg et la place des souks (marchés),
nous arrivons devant un énorme bâtiment de forme rectangulaire,
construit sous la direction du capitaine du Couret, et actuellement
occupé par les officiers de la garnison et les soldats de la compagnie
mixte qui en ont été les constructeurs. Au moment où nous allons
passer sous le portail de cette vaste caserne, nous remarquons un
peloton de soldats manœuvrant face au mur ; on nous explique que
c’est le peloton de discipline et que ce genre de punition produit
sur ces hommes les meilleurs effets moraux, d’où nous concluons
qu’ici comme ailleurs les hommes sont de grands enfants.
Le 11 mai, le clairon nous éveille à la pointe du jour ; la pluie
n’a cessé de tomber durant une grande partie de la nuit, mais le
soleil se lève dans un beau ciel d’Afrique et fait étinceler comme
autant de diamants les gouttes d’eau encore suspendues aux brins
d’herbe. Le Bou-Habibi, ce charmant petit oiseau naturellement
familier, objet d’un juste et religieux respect de la part des
Arabes, fait entendre son chant mélancoliquement amoureux ; une
fraîcheur exceptionnelle pour le pays et pour la saison semble nous
inviter à la promenade ; aussi, dès que nous avons donné à nos
récoltes les soins qu’elles exigent impérieusement, nous nous
empressons de faire, sous la conduite des officiers de la garnison,
une première reconnaissance à cheval dans l’oasis ; nos guides,
avec une courtoisie toute française, semblent faire assaut de bonnes
grâces pour nous rendre plus faciles nos recherches. Trois heures
durant, nous parcourons en tous sens ce merveilleux massif de Dattiers,
par des chemins frais et ombreux, bordés de rigoles où coule à
flots une eau limpide et vivifiante donnant à la végétation une
ampleur et une magnificence qui impriment à l’oasis de Tozzer
un aspect enchanteur et en font un véritable Éden au milieu des
sables du désert. La plume la plus féconde, le style le plus
coloré, le pinceau le plus habile, ne sauraient donner une idée
vraie des splendeurs de ce coin du monde où, sous l’ardeur d’un
soleil brûlant et dans un sol souvent formé de sable pur, arbres et
plantes croissent avec une incomparable vigueur. On ne peut se lasser
d’admirer l’élégance et la variété de formes qu’offrent
les nombreuses races de Dattiers, parmi lesquelles se font remarquer
les Degla, qui produisent la meilleure qualité des célèbres dattes
du Djerid. Près d’une habitation indigène, perdue au milieu des
Dattiers, nous nous extasions devant les gigantesques proportions
d’un Jujubier (_Zizyphus Spina-Christi_) qui doit compter plusieurs
siècles d’existence, a en juger par la grosseur du tronc et par
le développement énorme de ses branches auxquelles sont encore
suspendus quelques gros fruits.
Un petit marais, que nous traversons en regagnant Tozzer, nous offre
en abondance le _Lippia nodiflora_ ; plus loin nous rencontrons
l’_Ambrosia maritima_, dont le feuillage, moins l’odeur, simule
à s’y méprendre celui du _Pelargonium capitatum_ d’où l’on
extrait la fausse essence de rose. Les Pommiers, les Poiriers,
les Cognassiers, les Pêchers, les Abricotiers, les Citronniers,
les Orangers, les Figuiers, les Vignes, les Tomates, les Poivrons,
les Oignons et autres plantes maraîchères, le Blé, le Fenugrec
ou Elba des Arabes, etc., croissent à l’ombre des Dattiers. Mais
l’heure du repas a sonné, et nous rentrons en ville après avoir
franchi l’oued sur un barrage d’origine romaine.
Dans l’après-midi, nous retournons à l’oasis où nous faisons
une chasse fructueuse de mollusques terrestres et fluviatiles,
d’insectes, de petits crustacés des eaux douces ou saumâtres,
de poissons et de reptiles, et le soir nous jouissons, du haut de la
terrasse qui surmonte les bâtiments militaires, du beau spectacle
d’un orage accompagné d’éclairs qui illuminent tout le sud-ouest
et le sud-est du ciel. Enfin, après le repas qui termine cette
journée si bien remplie, nous regagnons le logis qui nous a été
offert et où nous éprouvons une véritable satisfaction à nous
trouver dans de vraies chambres munies de véritables lits et de
draps, confort dont nous avons perdu l’habitude depuis que nous
avons quitté Sfax.