--De grâce, cher marquis, bégayait-il, ménagez-moi!... vous me
comblez... parole d’honneur!... vous me comblez...
Mais M. de Valorsay ne se déridait point.
--De mon côté, reprit-il, je suis allé, ainsi que je vous l’avais
promis, aux informations. Je le regrette presque; tout ce que j’ai
découvert est... singulier.
--Bah!...
--Je le disais encore à Coralth, quand vous êtes entré.... C’est à ce
point qu’il me serait pénible de me trouver mêlé à cette affaire...
Aussi, ai-je donné rendez-vous ici aux gens de qui je tiens mes
renseignements... Vous allez les entendre et ensuite vous déciderez...
Il sonna sur ses mots, et un domestique étant accouru:
--Faites entrer M. Casimir, commanda-t-il.
Le domestique se retira pour exécuter l’ordre, et le marquis poursuivit:
--Casimir était le valet de chambre du comte de Chalusse... C’est un
brave garçon, probe, intelligent, très-entendu, tel qu’il vous en faut
un. Je ne vous cacherai pas que l’espoir d’entrer à votre service a
beaucoup contribué à lui délier la langue.
Il s’arrêta.
M. Casimir entrait la bouche en cœur, l’échine en cerceau,
ministériellement vêtu de noir, le cou serré dans un carcan de
mousseline blanche.
--Mon brave, lui dit M. de Valorsay en lui montrant M. Wilkie, monsieur
est l’unique héritier de votre ancien maître... Une preuve de dévouement
peut le déterminer à vous garder près de lui... C’est lui qu’intéresse
ce que vous m’avez dit; voyez s’il vous convient de le lui répéter...
Très-préoccupé de trouver une bonne place, M. Casimir s’était adresser à
M. de Valorsay, il avait beaucoup causé, et le marquis avait eu l’idée
d’en faire, sans qu’il l’en doutât, le complice de ses desseins...
--Je ne renie jamais mes paroles, prononça-t-il, et puisque Monsieur est
l’héritier, je lui dirai qu’on a détourné des sommes immenses de la
succession de défunt M. le comte de Chalusse...