M. Wilkie se taisait, comme s’il eût délibéré sur la conduite à tenir.

--Si mon père est raisonnable, décida-t-il enfin, je le serai... Je

choisirai pour arbitre entre nous deux, un de mes amis, un homme carré,

comme moi, le marquis de Valorsay.

--Mon Dieu!... vous le connaissez!...

--C’est-à-dire, qu’il est un de mes intimes, cet excellent bon!...

Mme d’Argelès était devenue très-pâle.

--Malheureux!... s’écria-t-elle, vous ne savez donc pas ce que c’est que

le marquis, vous ne savez donc pas...

Elle s’arrêta court... Encore un mot, et elle livrait le secret des

projets de Pascal Férailleur, dont elle avait été informée par le baron

Trigault... Avait-elle ce droit, même pour mettre son fils en garde

contre un homme qu’elle jugeait le plus dangereux des scélérats?...

Assurément non.

--Eh bien?... insista M. Wilkie surpris.

Déjà Mme d’Argelès avait repris son sang-froid.

--Je voulais simplement, répondit-elle, vous engager à vous défier un

peu du marquis de Valorsay... Sa position est admirable, mais la vôtre

va être plus brillante encore... Il est sur son déclin et vous

débutez... Tout ce qu’il regrette, vous l’espérez... Peut-être va-t-il

vous jalouser secrètement et essayer de vous pousser à quelque fausse

démarche...

--Lui!... Ah! vous ne le connaissez guère, ce cher ami...

--Enfin, vous voilà prévenu...

M. Wilkie avait pris son chapeau, mais au moment de sortir l’embarras le

clouait sur place; il comprenait confusément qu’il ne pouvait quitter sa

mère ainsi.

--J’espère, commença-t-il, que j’aurai bientôt de bonnes nouvelles à

vous apporter...

--Avant ce soir j’aurai quitté cet hôtel.

--Naturellement... mais, vous, allez me, donner votre nouvelle

adresse...

--Non...

--Comment, non!...

Elle hocha tristement la tête, et d’une voix à peine distincte:

--Nous ne nous reverrons plus, prononça-t-elle.

--Allons donc!... Et les deux millions que j’ai à vous verser!

--M. Patterson vous les réclamera... Quant à moi, dites-vous que je suis

morte... Vous avez brisé le seul lien qui m’attachait à la vie, en me

prouvant l’inutilité du plus horrible des sacrifices... Mais je suis

mère, je vous pardonne...

Et comme il ne bougeait toujours pas, comme elle sentait que ses forces

allaient la trahir, elle sortit ou plutôt se traîna dehors, en

murmurant:

--Adieu!...

La vie infernale 1. Pascale et Marguerite; 2. Lia d'Argelès · 第 123 / 138 题