Douter de l’empressement du baron Trigault à se mettre à ses ordres et à
accepter les yeux fermés toutes les mesures qu’il lui proposerait,
était, de la part de Pascal, un pur enfantillage...
Il eût dû se rappeler que leurs intérêts étaient les mêmes, qu’ils
haïssaient d’une haine pareille les mêmes ennemis, qu’ils étaient
semblablement altérés de vengeance.
Et certes, les événements survenus depuis leur entrevue n’étaient pas de
nature à modifier les intentions du baron.
Depuis, il avait assisté à la scène qui avait eu lieu entre Mme
d’Argelès et le spirituel M. Wilkie, scène honteuse et abominable où il
avait reconnu la scélératesse du vicomte de Coralth.
Mais le malheur rend timide et soupçonneux...
Les dernières défiances de Pascal ne s’évanouirent qu’à la rue de la
Ville-l’Évêque.
A la façon dont le reçurent les domestiques, il put comprendre en quelle
estime le tenait le baron Trigault... car il serait plus simple qu’il ne
convient, celui qui, au seul accueil des valets, ne saurait pas
exactement à quoi s’en tenir sur les dispositions du maître à son égard.
--Que Monsieur prenne la peine de me suivre, lui dit, après un
respectueux salut, le domestique auquel il remit sa carte, M. le baron
est en affaires, mais peu importe, M. le baron a recommandé d’introduire
Monsieur dès qu’il se présenterait.
Pascal, sans mot dire, suivit...
La physionomie de l’hôtel Trigault était toujours celle qu’il lui avait
vue, et qui l’avait frappé... C’était toujours le même luxe, éclatant en
toutes choses, prodigue, insoucieux, royal... Les gens,--une véritable
armée--allaient et venaient, s’empressant lentement... Une paire de
chevaux de mille louis, attelés à un léger coupé trois quarts, le coupé
de la baronne--piaffait au milieu de la cour... Les fleurs du vestibule
renouvelées du matin embaumaient...
Seulement, à sa première visite, Pascal n’avait vu que le
rez-de-chaussée de l’hôtel. Cette fois, son guide lui annonça qu’il
allait le conduire au premier étage, au cabinet de M. le baron.
Il gravissait lentement l’escalier de marbre, à rampe de bronze doré,
admirant le tapis magnifique, les fresques, les précieuses statues,
quand un grand frou frou de soie retentit au-dessus de lui... Il n’eut
que le temps de se jeter de côté, et une femme passa rapidement, sans
détourner la tête, sans daigner le voir...
Elle paraissait à peine quarante ans, et était très-belle encore, avec
ses cheveux d’un blond ardent, relevés très-haut sur la nuque en un
énorme chignon... Son costume, voyant à faire cabrer les chevaux de
fiacre, et de la coupe la plus excentrique et la plus hasardée, seyait
admirablement à son genre de beauté...
--C’est Mme la baronne, souffla le domestique à l’oreille de Pascal.
Il n’avait pas besoin qu’on le lui dît... Il ne l’avait vue qu’une fois,
l’espace d’une seconde, mais en de telles circonstances qu’il ne devait
l’oublier de sa vie...
En ce moment, d’ailleurs, et après ce qu’il savait, il s’expliqua
l’impression terrible et jusqu’alors inexpliquée qu’il avait ressentie
en la voyant...
Mlle Marguerite était comme un portrait vivant de cette femme, à la
couleur des cheveux près...
Qu’eût-ce donc été, si la baronne eût consenti à rester telle qu’elle
était! Car ses cheveux étaient noirs naturellement, comme ceux de
Mlle Marguerite, et noirs elle les avait portés jusqu’à trente-cinq
ans. Elle, n’était rousse que depuis que la mode de cette couleur sévit
avec la violence d’une épidémie... Et même, tous les quatre jours, son
coiffeur venait lui enduire la tête d’une certaine préparation, après
quoi elle avait la patience de rester plusieurs heures à sécher au
soleil, ce qui donne une nuance plus dorée...
N’importe! Pascal était encore tout bouleversé de cette rencontre, quand
le domestique lui ouvrit la porte du cabinet du baron, une pièce
immense, grande à elle seule comme un appartement de trois mille
francs, et meublée avec le faste particulier des gens assez riches pour
satisfaire sur-le-champ toutes leurs fantaisies...
Là était le baron, fort affairé au milieu de plusieurs messieurs
très-occupés à mettre en ordre des montagnes de paperasses...
Dès que parut Pascal, il se leva vivement, et s’avançant vers lui, la
main largement tendue:
--Ah!... vous voici, monsieur Mauméjan!... dit-il.
Ainsi, il n’avait pas oublié le nom sous lequel se cachait Pascal!... Ce
détail était du plus favorable augure.
--Je viens, monsieur... commença le jeune homme...
--Oui, je sais, je sais, interrompit le baron... arrivez, nous avons à
causer ensemble...
Et, lui prenant le bras, il l’entraîna dans sa chambre à coucher,
séparée de son cabinet par une porte double, dont les battants avaient
été enlevés et remplacés par une portière...
Une fois là, et après avoir fait signe qu’on pouvait être entendu de la
pièce voisine et qu’il fallait parler bas:
--Vous venez, dit-il, chercher les cent mille francs que j’ai promis à
ce cher marquis de Valorsay...
--En effet, monsieur...
--Eh bien!... je vais vous les remettre... Je vous attendais et je les
ai préparés; ils sont là...
Il ouvrit son secrétaire, en effet, et en retira une liasse de trente
billets de mille francs et un bon de soixante-dix mille francs sur la
Banque de France, qu’il tendit à Pascal en disant:
--Voilà!... Regardez si le compte y est bien...
Mais Pascal, devenu tout à coup plus rouge que le feu, se taisait...
C’est qu’au contact de ces valeurs une idée lui était venue, toute
simple, toute naturelle, et qui pourtant ne s’était point encore
présentée à son esprit.
--Qu’est-ce? interrogea le baron, surpris de cet embarras si soudain et
si visible, qu’est-ce qui vous prend?
--Rien, monsieur, rien! Seulement, je me demande... je ne sais trop...
si je dois, si je puis accepter cette somme...
--Bah! Et pourquoi?...
--C’est que, si vous la prêtez à M. de Valorsay, elle est peut-être
perdue.
--Peut-être?... Vous êtes poli!
--Oui, vous avez raison, monsieur, c’est perdue certainement que
j’aurais dû dire. De là le trouble où vous me voyez... N’est-ce pas
uniquement à cause de moi que vous sacrifiez cette somme qui serait une
fortune pour bien des gens, pour moi tout le premier?... Évidemment
si... Eh bien! je me demande s’il m’est bien permis d’accepter un tel
sacrifice, ne sachant pas si je pourrai le reconnaître... Aurai-je
jamais cent mille francs à vous rendre?...
--Cependant cet argent vous est indispensable pour pénétrer dans
l’intimité de Valorsay et forcer sa confiance...
--C’est vrai... et s’il m’appartenait, je n’hésiterais pas...
Le baron estimait singulièrement le caractère de Pascal, et cependant
cet excès d’une délicatesse ombrageuse, ces scrupules d’une probité
parfaite l’émurent...
Comme tous les gens effroyablement riches, il ne connaissait guère de
pauvres que ceux qui portent leur pauvreté sans honneur ni dignité, et
qui volontiers ramassent les pièces de vingt francs où elles se
trouvent, même dans le ruisseau, et au besoin avec leurs dents...
--Eh bien!... cher monsieur Férailleur, prononça-t-il, rassurez-vous, ce
n’est pas à votre intention que je fais ce sacrifice.
--Oh!...
--Je vous en donne ma parole d’honneur... Sans vous, je prêterais encore
les cent mille francs à Valorsay, et si vous ne vouliez pas les lui
porter, je les lui enverrais par un autre...
Après cela, Pascal eût eu mauvaise grâce à discuter...
Il prit la main que lui tendait le baron et la serra énergiquement en
prononçant ce seul mot, qui par son accent valait toutes les
protestations:
--Merci!...
Le baron, lui, haussa les épaules, d’un mouvement cordial, en homme qui
ne voit à ce qu’il fait aucun mérite, ni que cela vaille même le moindre
remercîment...
Puis, de ce ton un peu bourru qui allait si bien à sa large carrure:
--Et vous savez, cher monsieur, reprit-il, vous emploierez cette somme à
votre guise, et au mieux de vos intérêts qui sont les miens... Vous la
remettrez à M. de Valorsay quand et comme vous le jugerez utile, dans
une heure ou dans un mois, en une fois ou en cinquante et aux conditions
que vous voudrez... Servez-vous de ces cent mille francs comme de la
corde qu’on passe autour du cou d’un chien qu’on veut noyer...
Sous sa triviale bonhomie, le baron dissimulait la plus habile
pénétration. Pascal le comprit en se sentant deviné.
--Vous me comblez, monsieur! fit-il.
--Bien!... bien!...
--Ce que vous m’offrez là, je venais vous le demander.
--Vraiment!... Alors tout est pour le mieux!
--Souffrez du moins que je vous explique mes intentions...
--Inutile, cher monsieur...
--Permettez!... Pour suivre mon plan, je vais être forcé d’invoquer
votre volonté, de vous attribuer des sentiments, des paroles, des actes
même que vous désavoueriez peut-être, et pour ma tranquillité...
D’un geste insouciant, accompagné d’un claquement de doigts, le baron
lui coupa la parole...
--Marchez toujours, prononça-t-il, et ne vous inquiétez de rien... Tout
ce que vous ferez sera bien fait, qui aura pour but de démasquer ce cher
marquis et Coralth, son digne acolyte... Mettez-moi en scène comme vous
voudrez, je m’en bats l’œil... Qui serez-vous pour Valorsay? Le sieur
Mauméjan, un de mes hommes d’affaires, n’est-ce pas? Je puis toujours
vous désavouer...
Et comme s’il eût tenu à prouver qu’il devinait jusqu’en ses détails le
plan de son «jeune ami»:
--D’ailleurs, ajouta-t-il, on sait bien ce qu’est l’homme d’affaires
d’un millionnaire. C’est le morne revers d’une médaille éblouissante...
Un millionnaire qui n’est pas un sot, doit toujours, et à n’importe
quelle demande d’argent, sourire et répondre: «Oui, certes, comment
donc, trop heureux!...» Seulement il ajoute, «Entendez-vous avec mon
homme d’affaires...» C’est ce dernier, qui est chargé de discuter,
d’avouer que son client est gêné pour le moment, et finalement de
répondre: «Non...»
Pascal insistait encore, mais le baron était têtu...
--Oh! assez!... fit-il. Ne gaspillons pas un temps précieux en
discussions oiseuses... Les jours n’ont que vingt-quatre heures, et tel
que vous me voyez, je suis si pressé que depuis avant-hier je n’ai pas
touché une carte... C’est que je prépare à Mme Trigault, à ma fille
et à M. mon gendre une surprise assez délicate, si j’ose dire, et que je
crois réussie.
Il riait, le malheureux homme, mais de quel rire!...
--C’est que, voyez-vous, poursuivit-il, j’en ai assez de payer tous les
ans des centaines de mille francs pour être berné par ma femme, bafoué
par ma fille, «jobardé» par mon gendre et brutalisé et vilipendé par
tous les trois... Je veux bien payer encore, «casquer,» comme dit mon
gendre, mais à la condition qu’on me donnera pour mon argent, sinon la
réalité, du moins les apparences de l’amour, du dévouement, de
l’affection, du respect, de tout ce qui m’eût rendu heureux, enfin!...
Et ces apparences, sacrebleu! je les aurai... Oui, moi, Trigault, je
serai choyé, cajolé, dorloté ou... bernique, je suspens mes payements...
C’est un de mes vieux amis, un parvenu comme moi, dont j’ai envié
pendant des années le bonheur domestique, qui m’a enfin donné sa
recette...
«Moi, mon cher, m’a-t-il dit, je suis dans ma maison, entre ma femme,
mes enfants et mes gendres, comme un mylord dans une auberge... Je me
suis commandé un bonheur de première qualité à tant par mois... Si on me
le sert, je paye... si on ne me le sert pas, bonsoir, je ferme le
guichet aux pièces de cent sous... Quand on m’invente des gâteries de
supplément, je les règle à part, sans marchander... Donnant donnant...
Fais comme moi, mon vieux camarade, tu t’en trouveras bien... Un tarif!
il n’y a plus que cela.»
--Et je ferai comme lui, M. Férailleur, car je vois que son système est
bon, qu’il est pratique et bien «dans le mouvement,» comme on dit... Et,
pour en arriver là, j’ai mon idée.... J’ai assez joué les père Dindon,
comme cela!... J’aurai pour mes derniers jours une existence de
patriarche, ou par le saint nom de Dieu, je laisse tous les miens crever
de faim!...
Sa face s’empourprait et les veines de son front se gonflaient, autant
de colère que par suite de la contrainte qu’il s’imposait en parlant
presque bas.
Il respira longuement, puis d’un ton plus calme:
--Mais il faut que vous réussissiez, M. Férailleur, reprit-il, et
vite... et que la... jeune fille que vous aimez, recueille l’héritage de
son père... Vous ne savez pas en quelles mains indignes l’héritage du
comte de Chalusse est près de tomber...
Sans doute il allait apprendre à Pascal l’histoire de Mme Lia
d’Argelès et de l’aimable M. Wilkie, lorsqu’il fut interrompu par le
bruit d’une assez vive discussion dans le vestibule.
--Oh!... commença-t-il, qui est-ce qui se permet chez moi...
Mais il entendit s’ouvrir la porte de son cabinet, et aussitôt une voix
flûtée et enrouée crier:
--Quoi!... personne, c’est trop fort!...
Le baron eut un geste de colère.
--C’est Kami-Bey, fit-il, ce Turc avec qui j’ai lié cette grosse
partie... Le diable l’emporte!... Mais il viendrait nous relancer ici...
rejoignons-le, monsieur Férailleur...
De retour dans le cabinet, Pascal vit un gros homme à barbe rare, au nez
aplati, très-rouge, avec de fort petits yeux en biais et d’énormes
lèvres sensuelles ou plutôt bestiales...
Il était vêtu d’une manière de tunique noire boutonnée et coiffé d’un
fez, ce qui lui donnait l’aspect d’une bouteille pansue cachetée de cire
rouge...
Tel était Kami-Bey, le type accompli de ces étrangers chargés d’or comme
un galion, barbares à peine frottés de civilisation parfois, qu’attirent
à Paris, non les splendeurs et les gloires de la grande ville, mais ses
corruptions et ses hontes, qui arrivent persuadés que tout y est à
vendre, et qui s’en retournent souvent avec la même conviction...
Seulement, celui-ci était plus impudent, plus cynique et plus arrogant
que les autres... qui le sont prodigieusement d’ordinaire. Étant plus
riche, il avait été plus entouré, plus fêté, plus flatté, plus
caressé... Il avait été plus exploité aussi, par toute cette tourbe
d’intrigants et de filles de la haute vie, pour qui tout étranger est
une proie.
Il parlait passablement le français, ou plutôt l’argot des cabinets
particuliers et des tripots, mais avec un accent abominable.
--Enfin, vous voilà, vous!... s’écria-t-il, quand entra le baron,
j’étais inquiet...
--Et de quoi, prince!...
On appelait Kami prince sans que personne sût pourquoi... ni lui non
plus. Peut-être, parce que le laquais qui avait ouvert sa voiture à son
arrivée au Grand-Hôtel l’avait salué de ce nom...
--Comment de quoi?... répondit-il... Vous me gagnez en ce moment plus de
300,000 fr.... je me suis dit: Ferait-il Charlemagne!...
Le baron fronça le sourcil et du coup supprimant le titre de prince...
--Il me semble, cher monsieur, fit-il, que d’après nos conventions, nous
devons jouer jusqu’à ce que l’un de nous gagne à l’autre 500,000 fr.
--C’est vrai... mais nous devions jouer tous les jours...
--Possible... mais je suis occupé... Je vous l’ai fait dire, n’est-ce
pas?... Si cela vous inquiète, déchirons le livre où sont inscrits les
résultats des séances et qu’il ne soit plus question de la partie...
Vous y gagnerez cent mille écus, cher monsieur...
Kami-Bey sentit bien que le baron ne tolérerait pas ses arrogances, et
d’un ton beaucoup plus humble:
--C’est que je deviens méfiant, fit-il... On se moque beaucoup de moi...
Parce que je suis étranger et immensément riche, c’est à qui me
volera... Hommes, femmes, gentilshommes, marchands, tout le monde s’en
mêle... Si j’achète des tableaux, on me vend des croûtes un prix fou...
Des chevaux, on m’extorque des sommes ridicules et on ne me livre que
des rosses... Dès que je m’asseois à une table de bac, il se trouve un
grec pour me voler... Tout le monde m’emprunte de l’argent, personne ne
me le rend... Je finirai par me fâcher...
Il s’était assis, le baron vit bien qu’il ne s’en débarrasserait pas de
sitôt; aussi s’approchant de Pascal:
--Partez, lui dit-il à l’oreille, ou vous manqueriez Valorsay... Et
tenez-vous bien, car il est fin, le mâtin... Allons, courage et bonne
chance...
Du courage!...
Ah! il n’était pas besoin d’en souhaiter à Pascal... Comment en
aurait-il manqué, lui qui avait triomphé des lâches suggestions du
désespoir en ces heures terribles où il avait pu supposer que Mlle
Marguerite, le jugeant indigne, l’abandonnait...
Tant qu’il avait été condamné à l’inaction ou réduit à s’agiter dans le
vide, fatalement il avait été en proie à tous les flottements de
l’incertitude...
Mais maintenant qu’il savait où attaquer et comment, et que l’instant
d’engager la lutte était venu, d’indomptables énergies s’éveillaient en
lui, il devenait de bronze, sûr qu’il n’était plus désormais
d’événements capables de le déconcerter ou seulement de le troubler.
Semblable à ces rudes capitaines qui ne jouissent de la plénitude de
leurs facultés que là où les autres, les faibles, perdent leur
sang-froid, c’est-à-dire au moment de la bataille, Pascal sentait se
dissiper les brouillards qui avaient obscurci son cerveau, et son
intelligence se dégageait, acquérant une lucidité nouvelle et
extraordinaire...
Les armes dont il allait se servir, lui répugnaient c’est vrai, mais ce
n’était pas lui qui les avait choisies... Et puisque ses ennemis ne
connaissaient que l’astuce ignoble et la duplicité, il était résolu à
les dépasser et à les vaincre en ruses et en fourberies...
Aussi, tout en gagnant d’un pas rapide la demeure du marquis de
Valorsay, inventoriait-il ses chances, récapitulant ses ressources,
cherchant bien s’il n’oubliait rien, si par imprévoyance, il ne laissait
pas quelque porte ouverte aux hasards contraires...
S’il échouait,--car il admettait la possibilité d’un premier échec sans
y croire,--il ne voulait pas avoir à s’adresser de reproches.
Les imbéciles, seuls, se consolent en se répétant:
--Qui pouvait prévoir cela!...
Les forts prévoient... Et Pascal pensait bien avoir tout prévu.
Le matin, avant de sortir, il avait composé sa toilette avec un soin
extrême.
Il avait compris que le costume subalterne qu’il avait revêtu la
première fois n’était plus de mise. Un homme d’affaires du baron
Trigault ne pouvait avoir l’air besogneux, car on se dore, à se frotter
aux millionnaires, comme on se réchauffe en approchant du feu.
Strictement habillé de noir, ni trop élégant ni trop peu, le menton posé
sur une haute cravate blanche, le visage glabre et les cheveux courts,
il avait précisément cette gravité fûtée que l’imagination prête aux
conseillers des remueurs d’argent.
De chance contre lui, immédiate et décisive, il n’en apercevait
qu’une...