M. Wilkie étendit la main, et d’un accent solennel:

--Je le jure! prononça-t-il.

--Parfait! me voilà tranquille... Cela me dispense d’ajouter que si vous

parlez vous êtes un homme mort... Vous me connaissez, n’est-ce pas? Vous

savez comment je manie une épée, ne l’oubliez pas...

Il était si menaçant que l’autre frissonna.

--On vous interrogera certainement, reprit M. de Coralth; vous répondrez

que vous avez tout su par un ami de M. Patterson... Maintenant, signons

notre traité.

C’est bien sans voir, assurément, que M. Wilkie signa.

--Au fait, disait-il, au fait... ces millions... cette succession!...

Mais M. de Coralth, une fois encore relisait le traité. Ayant fini:

--La succession qui vous revient, prononça-t-il, est celle de M. le

comte de Chalusse, votre oncle... il laisse, assure-t-on, huit ou dix

millions...

Au geste convulsif de M. Wilkie, à l’éclat de ses yeux, on eût dit que

sa cervelle ne pouvait supporter une chance si prodigieuse et qu’il

devenait fou.

--Je savais bien que j’appartenais à une grande famille, s’écria-t-il.

Le comte de Chalusse, mon oncle! Je suis très-noble, n’est-ce pas?...

C’est les petits camarades qui vont faire un nez! J’aurai une couronne à

l’angle de mes cartes de visite. C’est cela qui est chic!

D’un geste, M. de Coralth lui imposa silence.

--Oh!... attendez avant de vous réjouir, fit-il. Oui, votre mère est une

demoiselle de Chalusse, et c’est par elle que vous héritez. Seulement...

ne vous désolez pas trop... il y a des exemples de malheurs semblables

dans les plus grandes familles... les circonstances, la dureté des

parents, quelquefois... un amour plus puissant que la raison...

Non, en vérité, M. de Coralth n’avait pas de préjugés, et cependant, au

moment d’apprendre à cet intéressant jeune homme ce qu’était sa mère, il

hésitait...

--Et alors?... insista M. Wilkie.

--Eh bien!... Votre mère étant jeune fille... à vingt ans... s’est

enfuie de la maison paternelle, avec... un homme qu’elle aimait...

Abandonnée, elle s’est trouvée dans une misère profonde... il fallait

vivre, n’est-ce pas?... Vous aviez faim... Elle a changé de nom... et

maintenant elle s’appelle Lia d’Argelès...

La vie infernale 1. Pascale et Marguerite; 2. Lia d'Argelès · 第 100 / 138 题