Les mêmes vertus éclatent dans ce que racontent des Nègres,
Hilliard-d'Auberteuil, Falconbridge, Grandville-Sharp, Benezer, Ramsay,
Horneman, Pinkard, Robin, etc., et surtout Clarkson, qui, ainsi que
Wilberforce, s'est immortalisé par ses ouvrages et son zèle dans la
défense des Africains. George Robert, navigateur anglais, pillé par
un corsaire son compatriote, se réfugie à l'île Saint-Jean, l'une de
l'archipel du Cap-Vert; il est secouru par les Nègres. Un pamphlétaire
anonyme qui n'ose nier le fait, tâche d'en atténuer le mérite, en disant
que l'état de George Robert auroit touché un tigre[175]. Durand
préconise la modestie, la chasteté des épouses négresses, et la bonne
éducation des Mulâtres à Gorée[176]. Wadstrom, qui se loue beaucoup de
leur accueil, leur croit une sensibilité affectueuse et douce,
supérieure à celle des Blancs. Le capitaine Wilson, qui a vécu chez eux,
vante leur constance en amitié; ils pleuroient à son départ.
[Note 175: _V._ De l'esclavage en général, et particulièrement, etc.,
p. 180.]
[Note 176: _V._ Voyage au Sénégal, par _Durand_, in-4°, Paris 1802, p.
568 et suiv.]
Des Nègres de Saint-Domingue, par attachement avoient suivi à la
Louisiane, leurs maîtres, qui les ont vendus. Ce fait, et le suivant,
que j'emprunte de Robin, sont des matériaux pour comparer, au moral, les
Noirs et les Blancs.
Un esclave avoit fui; le maître promet douze piastres à qui le ramenera.
Il est ramené par un autre Nègre qui refuse la récompense, et demande
seulement la grâce du déserteur. Le maître l'accorde, et garde les
douze piastres. L'auteur du voyage pense que le maître avoit l'ame d'un
esclave, et le Nègre l'ame d'un maître[177].
[Note 177: V. _Robin_, t. II, p. 203 et suiv.]
Pour la bonté naturelle des Nègres, après tant d'autres témoins
incontestables, on peut encore citer le respectable Niebuhr, qui, dans
le Musée allemand[178], s'exprime ainsi:
«Le caractère des Nègres, surtout quand on les traite raisonnablement,
est fidélité envers leurs maîtres et bienfaiteurs. Les négocians
mahométans à Kahira, Dsjidda, Surate et ailleurs, achètent volontiers
des enfans noirs, auxquels ils font apprendre l'écriture et
l'arithmétique: leur commerce est presque exclusivement dirigé par ces
esclaves, qu'ils envoient pour établir leurs comptoirs dans les pays
étrangers.
[Note 178: _V._ Deutsches Museum, 1787, t. I, p. 424.]
Je demandois à l'un de ces négocians, comment il pouvoit livrer des
cargaisons entières à un esclave? Il me répondit: Mon Nègre m'est
fidèle; mais je n'oserois confier mon négoce à des commis blancs, ils
s'éclipseroient bientôt avec ma fortune». Blumenbach, qui m'envoie ce
passage, ajoute: Ainsi, on pourroit appliquer à nos protégés les pauvres
Nègres, ces mots de Saint Bernard: _Felix nigredo, quæ mentis candore
imbuta est_[179].
[Note 179: Lettre de M. _Blumenbach_, du 6 février 1808, à M. l'évêque
Grégoire, sénateur, etc.]
Le docteur Newton raconte qu'un jour il accusoit un Nègre de fourberie
et d'injustice; celui-ci lui répond avec fierté: Me prenez-vous pour un
Blanc[180]? Il ajoute que sur les bords de la rivière Gabaon, les Nègres
sont la meilleure espèce d'hommes qu'il ait connus[181]. Ledyard rend
le même témoignage aux Foulahs, dont le gouvernement est absolument
paternel[182].
[Note 180: _V_. Thoughts upon te African slave trade, p. 24.]
[Note 181: _V_. An Abstract of the évidence, etc., p. 91 et suiv.]
[Note 182: V. _Ledyard_, t. II, p. 340.]
Dans une histoire de Loango, on lit que si les Nègres, habitans des
côtes, et fréquentant les Européens, sont enclins à la fourberie,
au libertinage, ceux de l'intérieur sont humains, obligeans,
hospitaliers[183]. Cet éloge est répété par Golberry. Il se récrie
contre la présomption avec laquelle les Européens méprisent et
calomnient ces nations, que nous appelons si légèrement _sauvages,_ chez
lesquelles on trouve des hommes vertueux, vrais modèles de tendresse
filiale, conjugale et paternelle, qui connoissent tout ce que la vertu a
d'énergique et de délicat; chez qui les impressions sentimentales sont
très-profondes, parce qu'ils sont plus que nous voisins de la nature, et
qui savent sacrifier l'intérêt personnel à l'amitié. Golberry en fournit
diverses preuves[184].
[Note 183: _V._ Histoire de Loango, par _Proyart,_ 1776, in-8º, Paris,
p. 59 et suiv.; p. 73.]
[Note 184: _V._ Fragment d'un Voyage en Afrique, par _Golberry,_ 2
vol. in-8°, Paris 1802, t. II, p. 391 et suiv.]
L'auteur anonyme des _West indian eclogues_[185] dut la vie à un Nègre
qui, pour la lui sauver, perdit la sienne. Pourquoi le poëte qui, dans
une note, rapporte cette circonstance, n'y a-t-il pas consigné le nom de
son libérateur?
[Note 185: In-4º, London 1787.]
Adanson, qui visita le Sénégal en 1754, et qui en parle comme d'un
élysée, en trouva les Nègres très-sociables, et d'un excellent
caractère. Leur aimable simplicité, dans ce pays enchanteur, me
rappeloit, dit-il, l'idée des premiers hommes; il me sembloit voir
le monde à sa naissance[186]. En général, ils ont conservé l'estimable
bonhomie des moeurs domestiques; ils se distinguent par beaucoup de
tendresse envers leurs parens, beaucoup de respect pour la vieillesse,
vertu patriarchale et presqu'inconnue parmi nous[187]. Ceux qui sont
mahométans contractent une certaine alliance avec ceux qui ont été
circoncis à la même époque, et se regardent comme frères. Ceux qui sont
chrétiens conservent toute leur vie une vénération particulière pour
leurs parrains et marraines.
[Note 186: _Adanson,_ p. 31 et 118. _V._ aussi Lamiral l'_Afrique, et
le peuple africain,_ p. 64.]
[Note 187: _Demanet,_ p. 11.]
Ces mots rappellent une institution sublime que la philosophie envioit
dernièrement au christianisme; cette espèce d'adoption religieuse répand
sur les enfans des relations d'amour et de bienfaisance qui, dans le
cas éventuel et malheureusement trop fréquent, où, en bas âge, ils
perdroient les auteurs de leurs jours, prépare aux orphelins des
conseils et un asile.
Robin parle d'un esclave à la Martinique, qui ayant gagné de quoi se
racheter, préféra de racheter sa mère[188]. L'outrage le plus sanglant
qu'on puisse faire à un Nègre, c'est de maudire son père ou sa mère[189],
ou d'en parler avec mépris. Frappez-moi, disoit un esclave à son
maître, mais ne maudissez pas ma mère[190]. C'est de Mungo-Park que
j'emprunte ce fait et le suivant. Une Négresse ayant perdu son fils, son
unique consolation etoit de penser que cet enfant n'avoit jamais dit un
mensonge[191]. Casaux raconte qu'un Nègre voyant un Blanc maltraiter
son père, enleva vite l'enfant de ce brutal, de peur, dit-il, qu'il
n'apprenne à imiter sa conduite.
[Note 188: V. _Robin,_ t. I, p. 204.]
[Note 189: V. _Long,_ t. II, p. 416.]
[Note 190: _V._ Voyage dans l'intérieur de l'Afrique, par
_Mungo-Park,_ t. II, p. 8 et 10.]
[Note 191: _Ibid.,_ p. 11.]
La vénération des Noirs pour leurs aïeux les suit par delà les bornes de
la vie; ils vont s'attendrir sur la cendre de ceux qui ne sont plus. Un
voyageur nous a conservé l'anecdote d'un Africain qui recommandoit à un
Français de respecter les sépultures. Qu'eût pensé le premier s'il avoit
pu croire qu'un jour elles seroient profanées dans toute la France, chez
une nation qui se dit civilisée?
Les Noirs, au rapport de Stedman, sont si bienveillans les uns envers
les autres, qu'il est inutile de leur dire: _Aimez votre prochain comme
vous-mêmes[192]._ Les esclaves du même pays surtout, ont un penchant
marqué à s'entr'aider. Hélas! presque toujours les malheureux n'ont rien
à espérer que de ceux auxquels ils sont associés par l'infortune.
[Note 192: _Stedman,_ t. III, p. 66.]
Plusieurs Marrons avoient été condamnés à être pendus; on offre la grâce
à l'un d'eux, à condition qu'il sera l'exécuteur. Il refuse; il aime
mieux mourir. Le maître nomme un de ses esclaves pour le remplacer...
Attendez que je me prépare... Il va dans la case, prend une hache, se
coupe le poing; revient au maître, et lui dit: Exige maintenant que je
sois le bourreau de mes camarades[193].
[Note 193: _V._ Le Bonnet de Nuit, par _Mercier,_ t. II, article
_Morale._]
Dickson nous a conservé le fait suivant. Un Nègre avoit tué un Blanc; un
autre homme accusé du crime alloit être mis à mort. «Le meurtrier va se
déclarer à la justice, parce qu'il ne pourroit supporter le remords
d'avoir causé à deux individus la perte de la vie». L'innocent est
relâché, et le Nègre est envoyé au gibet, où il resta vivant six à sept
jours.
Le même Dickson a vérifié que sur cent vingt mille, tant Nègres que
sang-mêlés, à la Barbade, dans le cours de trente ans, on n'a ouï parler
que de trois meurtres de la part des Nègres, quoiqu'ils fussent souvent
provoqués par la cruauté des planteurs[194].
[Note 194: Dickson, _Letters on slavery,_ 1789, p. 20 et suiv.]
Je doute qu'on puisse trouver beaucoup de résultats pareils, en
compulsant les greffes des tribnnaux criminels de l'Europe.
La reconnoissauce des Noirs, ajoute Stedman, les porte à s'exposer à
la mort pour sauver leurs bienfaiteurs[195]. Cowry raconte qu'un esclave
portugais ayant fui dans les bois, apprend que son maître est traduit en
jugement pour cause d'assassinat; le Nègre se constitue prisonnier en
place du maître, donne des preuves fausses, mais judiciaires, de son
prétendu crime, et subit la mort à la place du coupable[196].
[Note 195: _Stedman,_ t. III, p. 70 et 76.]
[Note 196: _Cowry,_ p. 27.]
Le Journal de littérature, par Grosier, a recueilli des détails
attendrissans sur un Nègre de du Colombier, propriétaire dans les
colonies, résidant près de Nantes. L'esclave étoit devenu libre; mais le
maître étoit devenu pauvre. Le Nègre vendit tout ce qu'il avoit pour le
nourrir. Quand cette ressource fut épuisée, il cultiva un jardin dont il
vendoit les produits pour continuer cette bonne oeuvre. Le maître tombe
malade; le Nègre, malade lui-même, déclare qu'il ne s'occupera de sa
santé que quand le maître sera guéri; mais ce bon Africain succombe de
fatigues, et après vingt ans de services gratuits meurt, en 1776, en
léguant à du Colombier le peu qui lui restoit[197].
[Note 197: _V._ Journal de littérature, des sciences et des arts, t.
III, p. 188 et suiv.]
On connoît trop peu l'anecdote de Louis Desrouleaux, Nègre, pâtissier
à Nantes, puis au Cap, où il avoit été esclave d'un nommé Pinsum, de
Bayonne, capitaine négrier. Ce capitaine, revenu en France avec de
grandes richesses, s'y ruine; il repasse à Saint-Domingue: ceux qui
se disoient ses amis lorsqu'il étoit opulent, daignent à peine le
reconnoître. Louis Desrouleaux, qui avoit acquis de la fortune, les
supplée tous; il apprend le malheur de son ancien maître, s'empresse
de le chercher, le loge, le, nourrit, et cependant lui propose d'aller
vivre en France, où son amour propre ne sera pas mortifié par l'aspect
des ingrats qu'il a faits. Mais je n'ai rien pour vivre en France,...
15,000 francs annuels vous suffiront-ils?... Le colon pleure de joie; le
Nègre lui passe le contrat, et la pension a été payée jusqu'à la mort de
Louis Desrouleaux, arrivée en 1774.
S'il étoit permis d'intercaler ici un fait étranger à mon sujet, je
citerois la conduite des Indiens envers l'évêque Jacquemin, qui a été
vingt-deux ans missionnaire à la Guyane. Ces Indiens, qui l'aimoient
tendrement, le voyant dénué de tout lorsqu'on cessa de payer les
pasteurs, vont le trouver et lui disent: Père, tu es âgé, reste avec
nous, nous chasserons pour toi, nous pêcherons pour toi.
Et comment ces hommes de la nature seroient-ils ingrats envers leurs
bienfaiteurs, lorsqu'ils sont bienfaisans même envers leurs oppresseurs?
Dans la traversée on a vu des Noirs enchaînés, partager leur triste et
chétive nourriture avec les matelots[198].
[Note 198: _Stedman,_ t. I, p. 270.]
Une maladie contagieuse avoit fait périr le capitaine, le contre-maître
et la plupart des matelots d'un vaisseau négrier; ce qui restoit étant
insuffisant pour la manoeuvre, les Nègres s'y emploient; par leur
secours le vaisseau arrive à sa destination, ensuite ils se laissent
vendre[199].
[Note 199: _Stedman,_ t. I, p. 270.]
Les philantropes d'Angleterre aiment à citer ce bon et religieux Joseph
Rachel, Nègre libre aux Barbades, qui s'étant enrichi par le négoce,
consacra toute sa fortune à faire du bien. Les malheureux, quelle que
fût leur couleur, avoient des droits sur son coeur; il distribuoit aux
indigens, prêtoit à ceux qui pouvoient rendre, visitoit les prisonniers,
leur donnoit des conseils, tâchoit de ramener les coupables à la vertu.
Il est mort en 1758, à Bridgetown, pleuré des Noirs et des Blancs[200].
[Note 200: _Dickson,_ p. 180.]
Les Français doivent bénir la mémoire de Jasmin Thoumazeau; né en
Afrique en 1714, il fut vendu à Saint-Domingue en 1736. Ayant obtenu la
liberté, il épousa une Négresse de la Côte-d'Or, et fonda au Cap, en
1756, un hospice pour les pauvres Nègres et sang-mêlés. Pendant plus de
quarante ans, avec son épouse, il s'est voué à leur soulagement, et
leur a consacré tous ses soins et sa fortune. La seule peine qu'ils
éprouvassent au milieu des malheureux auxquels leur charité prodiguoit
des secoure, étoit l'inquiétude qu'après eux l'hospice ne fût abandonné.
En 1789, le cercle des Philadelphes du Cap, et la société d'agriculture
de Paris, décernèrent des médailles à Jasmin[201], qui est mort vers la
fin du siècle.
[Note 201: Description de la partie française de Saint-Domingue, par
_Moreau-Saint-Méry,_ t. I, p. 416 et suiv.]
Moreau-Saint-Méry, et une foule d'autres écrivains, nous disent que les
Négresses et les Mulâtresses sont recommandables par leur tendresse
maternelle, par leur charité compatissante envers les pauvres[202]. On
en trouvera des preuves dans une anecdote qui n'a pas encore acquis
toute la publicité dont elle est digne. Le voyageur Mungo-Park alloit
périr de besoin au milieu de l'Afrique; une Négresse le recueille, l
conduit chez elle, lui donne l'hospitalité, et assemble les femmes de sa
famille qui passèrent une partie de la nuit à filer du colon, en
improvisant des chansons pour distraire l'_homme blanc,_ dont
l'apparition dans ces contrées étoit une nouveauté: il fut l'objet d'une
de ces chansons qui rappelle cette pensée d'Hervey, dans ses
_Méditations: Je crois entendre les vents plaider la cause du malheureux_
[203]. Voici cette pièce: «Les vents mugissoient, et la
pluie tomboit; le pauvre homme blanc, accablé de fatigue, vient
s'asseoir sous notre arbre; il n'a pas de mère pour lui apporter de
lait, ni de femme pour moudre son grain»; et les autres femmes
chantoient en coeur: «Plaignons, plaignons le pauvre homme blanc; il
n'a pas de mère pour lui apporter son lait, ni de femme pour moudre son
grain[204]».
[Note 202: _Saint-Méry,_ p. 44. Trois pages plus haut il loue en elles
un extrême amour de la propreté.]
[Note 203: _Hervey,_ Méditat., p. 151.]
[Note 204: Voyages et découvertes dans l'intérieur de l'Afrique, par
_Houghton_ et _Mungo-Park,_ p. 180.]
Tels sont les hommes calomniés par Descroizilles, qui, en 1803,
imprimoit que les affections sociales et les institutions religieuses,
n'ont aucune prise sur leur caractère[205].
[Note 205: _V_. Essai sur l'agriculture et le commerce des îles de
France et de la Réunion, in-8°, Rouen 1803, p. 37.]
Aux traits de vertu pratiqués par des Nègres, aux témoignages honorables
que leur rendent les auteurs, j'aurois pu en ajouter une multitude
d'autres qu'on trouvera dans les dépositions officielles à la barre du
Parlement d'Angleterre[206]. Ce qu'on vient de lire suffit pour venger
l'humanité et la vérité Outragées.
[Note 206: Entre autres ouvrages on peut consulter _An Abstract of the
evidence delivered before a select committee of the house of Commons,
in the year_ 1790 _and_ 1791, in-8º, London 1701. _V_. surtout p. 91 et
suiv.]
Gardons-nous cependant d'une exagération insensée qui chez les Noirs
voudroit ne trouver que des qualités estimables; mais nous autres
Blancs, avons-nous doit d'être leurs dénonciateurs? Persuadé qu'il faut
très-rarement compter sur la vertu et la loyauté des hommes, quelle
que soit leur couleur, j'ai voulu prouver que les uns ne sont pas
originairement pires que les autres.
Une erreur presque générale, c'est d'appeler vertueux des individus qui
n'ont, si je puis m'exprimer ainsi, qu'une moralité négative. La forme
de leur caractère est indéterminée; incapables de penser et d'agir par
eux-mêmes, n'ayant ni le courage de la vertu, ni l'audace du crime,
également susceptibles d'impressions louables et coupables, ils n'ont
que des idées et des inclinations d'emprunt; on nomme en eux bonté,
douceur ce qui n'est réellement qu'apathie, foiblesse et lâcheté. Ce
sont eux qui ont donné lieu à ce proverbe: _Il est des gens si bons
qu'ils ne valent rien._
Dans le tableau des faits honorables qu'on vient de présenter, on
retrouve, au contraire, cette énergie (_vis, virtus_), qui fait
des sacrifices pour pratiquer le bien, obliger les hommes, et agir
conformément aux principes de la morale. Cette raison-pratique, qui est
le fruit d'une intelligence cultivée, se manifeste encore sous d'autres
rapports, quoique chez la plupart des Nègres la civilisation et les arts
soient dans l'enfance.
Mais avant d'aborder cet article, je crois faire plaisir au lecteur en
intercalant ici la, notice biographique d'un Nègre, mort il y a douze
ans, en Allemagne, où ses vertus délicates et ses brillantes qualités
lui ont acquis de la réputation.