À Londres, peu de personnes, même parmi les membres du gouvernement,

croyaient à la possibilité de se maintenir en Portugal. À tout moment

on craignait d'apprendre que l'armée s'était embarquée, et on désirait

qu'elle le fît spontanément, au lieu d'attendre qu'elle y fût

contrainte par les Français. Aussi le ministère, plus vivement attaqué

que jamais, ne cessait-il de recommander la prudence à lord

Wellington, et de la lui recommander jusqu'à l'importuner, jusqu'à lui

faire redouter un prochain abandon, ou du moins un très-faible

concours. Un accident fâcheux arrivé en Angleterre avait tout à coup

aggravé la situation du cabinet, et par suite rendu plus difficile

encore celle de lord Wellington lui-même. Le roi George III venait

d'éprouver une rechute dans sa santé, et d'être une seconde fois

atteint d'aliénation mentale. On avait d'abord voulu se faire

illusion, se persuader que l'atteinte ne serait que passagère, et

gagner un mois avant de proposer au parlement les mesures que

réclamait une telle défaillance de l'autorité royale. Le parlement et

le public s'y étaient prêtés volontiers par respect pour George III,

par éloignement pour le prince de Galles, appelé à exercer l'autorité

royale sous le titre de régent. Cependant, après avoir attendu le plus

longtemps possible, il avait fallu s'adresser enfin au parlement, et

lui demander de déférer la régence au prince de Galles. Celui-ci était

l'ami de tous les chefs de l'opposition, et on ne doutait pas alors

qu'il ne leur confiât le pouvoir. Aussi le vieux parti de M. Pitt,

resté le parti ministériel à travers toutes les transformations du

cabinet britannique, et resté surtout le parti de la guerre, avait

tout fait pour limiter les pouvoirs du régent, et l'opposition, au

contraire, tout fait pour les étendre. Par une sorte de contradiction

qui se rencontre souvent chez les partis, c'était l'opposition qui

professait la doctrine la plus monarchique, et le gouvernement celle

qui l'était le moins. L'opposition prétendait qu'il n'y avait pas de

loi à rendre, car une loi, d'après la constitution anglaise, supposait

l'action des trois pouvoirs, et notamment la sanction royale, qui

était impossible ici, puisque le roi était incapable d'aucun acte. En

conséquence de ces principes, elle voulait qu'on se bornât à présenter

une adresse au régent pour qu'il se saisît de l'autorité royale, qui

lui revenait de plein droit pendant l'incapacité de son auguste père,

et pour qu'en la saisissant il l'exerçât tout entière, car l'autorité

royale était une, indivisible, et ne devait, dans aucun cas, subir

d'amoindrissement, si on tenait à conserver intact l'équilibre des

pouvoirs. Le ministère, au contraire, soutenait qu'il fallait un bill,

que la sanction royale serait suppléée par un ordre du parlement

enjoignant aux dépositaires du sceau royal de sanctionner le bill; que

l'autorité du régent devant être temporaire (on l'espérait du moins),

ne pouvait être aussi entière que si elle avait dû être définitive;

qu'il serait inconvenant de lui donner la faculté d'intervertir l'état

de choses à ce point que le roi, s'il revenait à la santé, trouvât la

marche du gouvernement tellement changée qu'il ne pût reprendre la

politique de son règne. Cette argumentation était singulièrement

sophistique, et prouvait que l'intérêt égarait le ministère dans sa

logique, comme l'intérêt avait éclairé l'opposition dans la sienne.

Mais la majorité faisant naturellement la loi, on avait déféré par un

bill la régence au prince de Galles, et on la lui avait déférée

incomplète, avec interdiction de nommer des pairs, de proposer

certains bills, de s'occuper de la garde du roi, de choisir les

officiers de sa maison. On n'avait pu cependant lui ôter la nomination

des ministres, et on s'attendait à le voir appeler au ministère lord

Holland, lord Grey, lord Grenville, parents ou anciens collègues de M.

Fox. Toutefois le régent, quoiqu'il n'aimât point les ministres

actuels, et en particulier M. Perceval, craignait d'opérer en ce

moment un changement trop considérable en appelant ses amis de

l'opposition, et de prendre une trop grande responsabilité en passant

du système de la guerre à celui de la paix. Il voulait savoir, avant

de se décider, si l'infirmité du roi serait assez longue pour qu'il

valût la peine d'apporter une modification notable à la politique de

l'État. Il avait à cet effet consulté les médecins, et fait part de

ses doutes aux lords Holland, Grey et Grenville.

[En marge: L'autorité royale déférée au régent avec de certaines

limites.]

Cette crise dans les affaires intérieures de l'Angleterre avait lieu

en décembre 1810, à l'époque même où le maréchal Masséna et lord

Wellington étaient en présence l'un de l'autre devant les lignes de

Torrès-Védras. C'est ordinairement l'espérance qui redouble l'ardeur

et l'activité des partis. L'opposition anglaise, sentant que d'un

succès au parlement, ou même d'un demi-succès, dépendrait la conduite

du prince régent, multipliait ses attaques contre le cabinet, et il

faut reconnaître que les événements donnaient une valeur véritable à

ses critiques, qu'ils les auraient même rendues complétement vraies si

on s'était conduit en France comme on aurait dû le faire.

[En marge: Tentatives répétées de l'opposition pour amener un vote du

parlement en faveur de la paix.]

[En marge: Raisons sur lesquelles elle s'appuie.]

Indépendamment des inquiétudes incessantes qu'excitait la guerre et

des charges accablantes qui en résultaient, l'opposition anglaise

avait à faire valoir les souffrances d'une crise commerciale des plus

graves et des plus étranges. Les mesures de Napoléon, jointes à

certaines circonstances, en étaient la cause. Les colonies espagnoles

ayant refusé de reconnaître l'autorité de Joseph, et profité de

l'occasion pour se déclarer indépendantes, avaient ouvert leurs ports

au commerce britannique. À cette nouvelle les manufacturiers anglais,

se conduisant avec l'aveuglement de l'avidité, qui n'est pas moins

grand que celui de l'ambition, avaient fabriqué bien au delà de ce que

toutes les Amériques auraient pu consommer, et surtout payer. Ils

avaient envoyé des masses immenses de marchandises dans les colonies

espagnoles, et une partie de ces marchandises était revenue sans avoir

pu être vendue. Celle qui avait trouvé des acheteurs avait été payée

en denrées coloniales, qui transportées à Londres avaient ajouté à

l'encombrement du marché. Tandis que ces choses se passaient en

Amérique, les six à sept cents bâtiments partis de la Tamise pour

porter dans la Baltique une portion du trop-plein, ayant été, comme on

l'a vu, ramenés pour la plupart en Angleterre, l'avilissement des

marchandises coloniales était devenu extrême. De plus, la faculté de

déposer leurs denrées à Londres ayant été accordée aux colons

espagnols et portugais, même aux colons français dont les possessions

avaient été envahies, la masse des marchandises exotiques invendues

s'était accrue au point que beaucoup de cargaisons en sucre, cafés,

cotons, tabacs, bois, indigos, ne valaient plus les frais de magasin.

Le papier émis sur ces valeurs était sans gage, la plupart du temps

protesté, et la Banque qui l'avait dans son portefeuille se trouvait

dans le plus sérieux embarras. Le billet de banque avait essuyé une

nouvelle dépréciation, et le change anglais, déjà si abaissé, était

descendu de 16 ou 17 pour cent de perte à plus de 20, de façon que

l'Angleterre, obligée cette année de payer à l'étranger plusieurs

centaines de millions afin d'entretenir son armée et sa marine, ne

savait plus comment s'y prendre pour exécuter ces payements. On venait

de voter un secours de 5 à 6 millions sterling au commerce et à

l'industrie, faible soulagement dans une situation si fâcheuse. Les

uns s'en prenaient à l'imprudence des manufacturiers, les autres à la

Banque, et presque tous au gouvernement, qui, par son obstination à

continuer la guerre, et surtout par ses ordres du conseil, était

l'auteur de tous les maux qu'on déplorait.

On comprend tout ce qu'une opposition près de saisir le pouvoir, et

sincère d'ailleurs dans ses critiques, trouvait à dire au milieu de

telles circonstances. Voilà, s'écriaient les lords Grenville, Holland,

Grey, les députés des communes Tierney, Burdet, Brougham, Huskisson,

voilà où nous a conduits une guerre prolongée au delà de toute raison.

Pour avoir voulu humilier la France on l'a poussée de grandeurs en

grandeurs à la domination de l'Europe, on l'a rendue souveraine d'une

partie de l'Allemagne, de l'Italie, de l'Espagne, tout récemment de la

Hollande, et, si on continue, qui sait où s'arrêtera l'extension de sa

puissance? Nous percevons, ajoutaient ces orateurs, 37 millions

sterling d'impôts (925 millions de francs) et nous en dépensons 56

(1,400 millions), ce qui exige 19 millions d'emprunt tous les ans (475

millions de francs). Il est impossible de demander chaque année une

telle somme au crédit sans se ruiner, et en même temps on ne peut

ajouter ni aux taxes indirectes, les impôts de consommation ayant

atteint leur dernière limite, ni aux taxes directes, l'income-taxe

étant devenu d'un poids accablant. La masse du papier monnaie sans

cesse accrue va bientôt rendre les transactions commerciales

impossibles au dedans, et les services de la guerre et de la marine

impraticables au dehors. Il faut donc mettre un terme à cette guerre

ruineuse par une paix honorable, et facile à conclure si on le veut.

Les victoires dont on se flatte sont le plus dangereux de tous les

leurres, car quoique l'armée britannique se soit bien conduite, elle

est dans une situation alarmante pour les bons citoyens. Tandis qu'on

donne à son chef des titres, des pensions, d'ailleurs fort mérités,

elle a laissé prendre sous ses yeux deux forteresses importantes,

Ciudad-Rodrigo et Alméida; elle a repoussé l'ennemi à Busaco, mais

pour perdre le lendemain Coimbre et le reste du Portugal! Reléguée

maintenant sur une langue de terre où elle ne vit que du pain apporté

par mer, exposée à une attaque des Français, qui seraient bien

malavisés s'ils ne réunissaient toutes leurs forces pour l'accabler,

elle n'existe que par miracle, et peut à tout instant essuyer un

désastre! Que deviendrait l'Angleterre si cette armée, notre unique

espoir contre l'invasion, finissait par succomber, ou par signer

quelque capitulation qui la constituât prisonnière de guerre? Quels

sont les avantages politiques, quelles sont les conquêtes

territoriales à mettre en balance avec de pareils dangers?...--Tel

était le langage quotidien de l'opposition, et il faut dire que si les

Anglais, habitués alors à des impôts écrasants, à un papier-monnaie

déprécié, à des emprunts annuels, se résignaient à ces maux, en

considération du développement inouï de leur commerce, ils

frémissaient en songeant à la situation de leur armée. L'idée de la

voir exposée aux coups de Napoléon les faisait trembler, et sous ce

rapport ils sympathisaient complétement avec l'opposition. Chaque jour

un vote imprévu pouvait donc amener le prince régent à changer le

cabinet, et à substituer la politique de la paix à la politique de la

guerre.

[En marge: Le ministère anglais, effrayé par les critiques de

l'opposition, fatigue lord Wellington de ses craintes et de ses

objections.]

Le ministère recevant le contre-coup de toutes ces craintes, de toutes

ces agitations, ne cessait d'écrire à Lisbonne les dépêches les plus

pénibles pour lord Wellington. Son frère lui-même, le marquis de

Wellesley, atteint de l'inquiétude générale, se laissait aller à

craindre que son frère, par obstination de caractère, par ambition

peut-être, ne commît quelque imprudence, et ne compromît l'armée

anglaise en restant trop longtemps sur le continent. La correspondance

ministérielle avec le général anglais était pleine de ces

appréhensions, et pleine aussi de plaintes sur la dépense excessive de

cette guerre, dépense qui, indépendamment du subside alloué au

gouvernement portugais, n'était pas moindre de 250 millions par an,

dont 75 ou 80 pour la flotte de transport. On lui demandait s'il ne

lui serait pas possible de suivre l'exemple des généraux français, qui

vivaient aux dépens du pays où ils faisaient la guerre, et s'il ne

pourrait pas bientôt se passer de cette immense flotte de transport,

toujours tenue sous voiles, et qui coûtait si cher; on le suppliait de

ne point s'obstiner mal à propos, et de se retirer de la Péninsule

plutôt que de faire courir un danger sérieux à cette armée

britannique, considérée alors comme le bouclier de l'Angleterre contre

une invasion, dont la crainte était fort diminuée sans doute, mais

dont le vieux matériel de Boulogne, quoiqu'à moitié pourri, était le

fantôme toujours inquiétant.

[En marge: Réponse de lord Wellington aux inquiétudes exprimées par le

cabinet britannique.]

Ces dépêches inspiraient au chef de l'armée de Portugal un dépit qu'il

n'osait pas montrer tout entier, car il n'avait pas acquis encore

assez d'ascendant pour se permettre les libertés de langage auxquelles

il se livra depuis; mais il en laissait voir une partie, disant qu'il

était bien pénible pour lui, malgré sa longue expérience de cette

guerre, malgré deux années passées dans la Péninsule à la face des

Français, de ne pas inspirer plus de confiance, et de ne pas voir

venir un courrier d'Angleterre, pas un officier, pas un curieux, qui

ne lui apportât l'expression de ces doutes humiliants; que s'il

restait sur le sol du Portugal, c'est parce qu'il croyait pouvoir y

demeurer sans péril, du moins d'après tous les calculs de la prudence

humaine; que lorsque le danger serait réel, il n'hésiterait pas à se

retirer plutôt que de compromettre l'armée britannique et sa propre

gloire; que si, malgré cette confiance, il voulait garder la flotte de

transport, dont la dépense était si coûteuse, c'est qu'il y aurait

vraiment trop de témérité à considérer comme certain ce qui n'était

que probable, et à se priver de tout moyen de transport comme s'il n'y

avait eu aucune chance d'être expulsé de la Péninsule; qu'il croyait

bien entrevoir que Napoléon n'enverrait pas beaucoup plus de forces en

Espagne qu'il n'en avait envoyé jusqu'ici, mais qu'enfin ces divisions

d'Essling dont on parlait tant pouvaient arriver, que l'Andalousie

surtout pouvait détacher une force considérable sur Lisbonne; que si

par exemple il venait 15 mille Français de Salamanque sous le général

Drouet, 25 mille de Cadix et de Badajoz sous le maréchal Mortier, il

aurait bientôt 90 mille hommes à combattre sur les deux rives du Tage;

qu'au premier ordre du maréchal Masséna ces 90 mille hommes

s'élanceraient comme des furieux sur les lignes de Torrès-Védras,

qu'on ne pouvait pas se faire une idée, lorsqu'on ne les avait pas

vus, de ce dont ils étaient capables, et que ce serait une grande

témérité d'affirmer qu'ils ne viendraient point à bout de la première

enceinte; mais que dans ce cas il lui resterait la seconde et la

troisième, et que grâce à la triple ligne de ses retranchements il

aurait encore le temps de s'embarquer; que c'était la réunion de la

flotte et de ces retranchements qui rendait sa sécurité si grande, et

ôtait à sa conduite ce caractère d'imprudence qu'on se plaisait à lui

prêter trop souvent; que quant à la dépense il lui était impossible de

la réduire; que nourrir la guerre par la guerre, chose si facile avec

des Français, était une chimère avec des Anglais; que l'armée

française n'était pas un ramassis d'hommes pris parmi ce qu'il y avait

de pire dans le pays, et domptés par une discipline de fer, mais

qu'elle était prise par la loi sur le gros de la nation, le bon et le

mauvais mêlés ensemble, et le bon l'emportant de beaucoup; qu'elle

allait chercher des vivres à vingt et trente lieues, puis retournait

exactement au drapeau sans qu'il y manquât presque un seul homme; que

si l'on croyait pouvoir faire avec des Anglais ce que le maréchal

Masséna faisait avec des Français, on s'abusait étrangement; qu'après

quelques jours de maraude accordés aux soldats anglais pour vivre, il

ne reviendrait pas un homme au drapeau; qu'il fallait d'ailleurs qu'on

se demandât si le libre pays d'Angleterre souffrirait qu'on traitât la

vie de soldats mercenaires comme Napoléon traitait la vie de soldats

citoyens, appelés par la loi, et dont il périssait une moitié de

misère tous les ans, sans que les journaux de Paris en dissent rien à

la nation; qu'il ne pouvait avoir des soldats qu'en les nourrissant,

en les payant, en les tenant exactement sous les drapeaux; que s'il

quittait la Péninsule, il donnerait le signal de la soumission

générale à l'Espagne, peut-être à l'Europe, que la dépense qu'on ne

voulait pas faire pour soutenir la guerre à Lisbonne, il faudrait la

faire pour la soutenir entre Douvres et Londres; qu'il défendait

l'Angleterre de l'invasion à Lisbonne bien plus sûrement qu'entre

Londres et Douvres; qu'il fallait, enfin, que l'Angleterre supportât

la dépense et l'inquiétude, lorsque lui et son armée supportaient

quelque chose de bien pire, c'est-à-dire de formidables combats et

d'horribles souffrances.

[En marge: Il dépend de Napoléon, instruit de ce qui se passe en

Espagne et en Angleterre, de réaliser toutes les craintes du

gouvernement britannique.]

Telles étaient les difficultés que rencontrait cet habile et ferme

général de la part d'un pays libre, où la pensée de la guerre et celle

de la paix incessamment opposées l'une à l'autre, avec une force de

raison presque égale, produisaient des tiraillements inévitables dans

un ministère qui n'avait plus de chef. Il semble que l'illustre

adversaire de lord Wellington, le maréchal Masséna, n'ayant affaire

qu'à un homme de génie, à Napoléon, qui n'avait de lutte à soutenir

que contre lui-même et en soutenait malheureusement trop peu, aurait

dû trouver toute sorte de secours pour la solution d'une question

militaire de laquelle dépendait le sort du monde! C'était le cas, en

effet, pour Napoléon, instruit de ce qui se passait à Londres et à

Lisbonne, c'était le cas de déployer les vastes ressources de son

génie administratif afin de réaliser toutes les craintes de lord

Wellington, et tous les désirs de son lieutenant, Masséna! On jugera

de ce qu'il fit par le récit contenu au livre suivant.

[En marge: Voyage du général Foy de Santarem à Paris, et sa

présentation à l'Empereur.]

Le général Foy, expédié de Santarem pour porter à Paris les demandes

de son général en chef, et répondre de vive voix à toutes les

questions de l'Empereur, exécuta la traversée la plus périlleuse, mais

en même temps la plus heureuse qui se pût imaginer en Espagne. On lui

avait donné quatre cents bons marcheurs et bons tireurs, choisis dans

plusieurs régiments, en lui indiquant comme la route la plus sûre la

vallée du Zezère, qui passe au sud de l'Estrella, et va, par

Sobreira-Formosa, Sarzedas, Belmonte, rejoindre Ciudad-Rodrigo. (Voir

la carte nº 53.) Le général Loison, des postes duquel il devait

partir, dirigea une forte reconnaissance sur Abrantès afin d'en

effrayer la garnison et de l'empêcher d'arrêter le détachement du

général Foy dès sa première journée. La garnison d'Abrantès épouvantée

prit cette petite troupe voyageuse pour l'avant-garde de l'armée

française, et en se renfermant dans ses murs lui laissa le passage

libre. Le général Foy se hâta de poursuivre sa marche, entre un corps

espagnol qui gardait à Villa-Velha les bords du Tage, et les coureurs

de Trent et de Silveyra qui rôdaient dans les environs. Il ne

rencontra qu'une bande de deux cents hommes de la levée en masse

portugaise, appelée l'Ordenanza, lui passa sur le corps, en fut quitte

pour la perte de quelques hommes blessés ou fatigués, et après six ou

sept jours de hasards et de dangers de tout genre arriva sain et sauf

à Ciudad-Rodrigo.

Il y trouva le général Gardanne, que le maréchal Masséna avait laissé

sur les derrières, pour nettoyer les routes, pour réunir les hommes

sortis des hôpitaux, pour protéger l'arrivée des convois, et qui,

assailli de tous les côtés par les bandes, n'avait pu remplir que la

moindre partie de sa tâche. Le général Gardanne avait presque autant

consommé de vivres qu'il en avait amassé dans les deux places

frontières d'Alméida et de Ciudad-Rodrigo, et sur six mille hommes

qu'on espérait tirer des hôpitaux, il en avait réuni à peine deux

mille. Le général Foy transmit au général Gardanne l'ordre de partir

sur-le-champ par la route que lui-même venait de suivre, lui laissa

pour guide un de ses officiers qui avait été du voyage, et lui

prescrivit en outre d'emmener sous l'escorte des hommes prêts à

rejoindre toutes les munitions qu'il pourrait transporter.

Le général Foy traversa ensuite la Vieille-Castille, désolée par les

guérillas dont l'audace s'accroissait chaque jour, trouva les

Espagnols pleins de confiance et les Français de découragement en

voyant la guerre traîner en longueur malgré les nombreux renforts

envoyés cette année, en voyant l'expédition d'Andalousie se réduire à

la prise de Séville, celle de Portugal à une marche jusqu'au Tage. Il

trouva le général Drouet n'ayant encore réuni qu'une de ses deux

divisions à Burgos, et attendant la seconde, enfin le général Dorsenne

ayant la plus grande peine avec 15 à 18 mille hommes de la garde à

protéger la route de Burgos à Valladolid. Il donna à tout le monde des

nouvelles de l'armée de Portugal, dont on ne savait rien, que ce qu'en

disaient les Espagnols avec leur jactance accoutumée; il pressa le

général Drouet de s'acheminer vers Coimbre et Thomar, et se rendit à

Paris, en mettant environ vingt jours pour se transporter des bords du

Tage à ceux de la Seine. Il y arriva vers les derniers jours de

novembre, et fut immédiatement présenté à l'Empereur.

FIN DU LIVRE TRENTE-NEUVIÈME.

LIVRE QUARANTIÈME.

FUENTÈS D'OÑORO.

Histoire du Consulat et de l'Empire, (Vol. 12 / 20) faisant suite à l'Histoire de la Révolution Française · 第 32 / 53 段