L’âge passe vite qui permet aux gamines du quartier de laisser déchirer

leurs pantalons, quand ils sont fermés, par leurs camarades du sexe

opposé, pour voir ce qu’il y a dedans:

—C’tte sale tête de cochon-là, i m’a encore déchiré mon pantalon.

(Poulbot: Le _Rire_, 14 novembre 1908.)

Jeux de mains, jeux de vilains. Très préférables pourtant, ces gosses

de Poulbot aux septuagénaires, pas toujours bien propres, dont la

curiosité semble avoir survécu à la virilité.

C’est encore du pelotage et la morale qui couvre ces méfaits a vraiment

bon dos.

LES BÊTES FÉROCES: LE MORALISTE.

—Mon enfant, je vais voir si vous avez un pantalon fermé...

(Roubille: _l’Assiette au beurre_, 23 septembre 1905.)

Un autre spécimen de l’espèce, c’est _le Protestant en voyage_, de

Willette. Il semble, malgré son collier de barbe blanche qui en faisait

presque un portrait, relever, comme le moraliste, du pied dans le

derrière, si ce n’est de la correctionnelle ou de la cour d’assises.

En wagon, le Tartuffe, non moins sensible aux beautés temporelles qu’à

leurs sœurs éternelles, ne peut résister à la tentation de se livrer à

une petite enquête touchant les dessous de la jeune femme qui partage

avec lui la solitude d’un compartiment de première:

—Si je regardais voir si elle a un pantalon?... Allons du courage,

c’est pour la morale.

(_Courrier français_, 3 décembre 1893.)

L’enquête n’a pas donné, paraît-il, un résultat favorable; Tartuffe a

tâté une étoffe plus moelleuse que la jupe d’Elmire, aussi, cachant

son trouble sous une apparence paternelle et bonnasse, offre-t-il à

sa voisine un de ces pantalons dont sa valise contient toujours des

échantillons:

—Ça coûte donc bien cher, un pantalon, ô ma sœur?

(Le _Courrier français_, 21 janvier 1894.)

La chère petite n’a pas pris seulement goût aux préludes comme Héloïse,

elle a pris également goût à l’objet. Le couple est installé maintenant

à l’hôtel. En bras de chemise, l’homme zieute par-dessus ses lunettes

et sa Bible, l’aimable enfant, dont, moqueurs, les seins saillent

hors du corset, cependant qu’un court et coquet pantalon ceint ses

hanches—pures et radieuses, ô Marguerite—et dessine le contour ferme

des cuisses.

A coup sûr, il en aura pour son argent—on n’en saurait dire autant de

la pauvrette—mais, c’est égal, 80 francs un pantalon de propagande,

il faudra, au retour, joindre à la note de la lingère quelques frais

accessoires pour la faire «registrer» par le comptable de la Ligue:

—Parfait!... mais 80 francs un pantalon... Je vais être grondé à la

Ligue.

(Le _Courrier français_, 28 janvier 1894.)

Il est un âge auquel on est vite au bout de son rouleau et auquel,

pour reprendre le mot d’un maître qui nous est cher à tous, on demande

surtout de la patience à sa partenaire. Le petit voyage est terminé:

ils ont repris le train, Malicieuse, émoustillée par quelques détails

croustillants, elle lit la Bible; Lui, méthodique et méthodiste, replie

le pantalon qu’il vient de lui retirer, prêt à le renfermer dans la

fameuse valise.

LUI.—Décidément, le pantalon est incommode; rangeons-le comme objet de

propagande.

ELLE.—Mais il est rigolo pain de seigle, son bouquin!

(_Courrier français_, 11 février 1894)[547].

Les vieux, les vieux, sont des gens heureux, avons-nous dit: à

condition de n’avoir point soif, ils ne doutent de rien, à moins que

déjà ne se fasse sentir l’effet de cette trépidation des trains, que le

bon poète Armand Masson chanta en un poème lapidaire:

La trépidation excitante des trains

Vous glisse des désirs dans la moelle des reins:

Pan! un enfant!

Ah! non, pas ça: ce serait peut-être un singe.

Pour revenir aux pantalons fermés—parlons-en toujours et n’en portons

jamais—qu’un linger n’aille pas envoyer par un trottin une culotte

aussi saugrenue à une de ses clientes. L’accueil serait plutôt froid:

—Des pantalons fermés! Est-ce que votre patron me prend pour sa femme?

Ou, fermé, faut-il, du moins, qu’un pantalon se puisse ouvrir:

CHEZ LE MARCHAND DE LINGE.

—Ouvert ou fermé?

—Bah! fermé, mais que ça puisse s’ouvrir!

(J. Wély: Le _Frou-Frou_, 1901.)

Malheur à la camériste qui, par mégarde, aura donné à sa maîtresse un

pantalon fermé, le jour où elle doit voyager avec de vieux messieurs.

Nous retombons dans refrain connu: c’sont là des chos’ qu’un’ femm’

n’... pardonn’ pas.

—Vous savez, ma petite, la première fois que vous me donnerez des

pantalons fermés les jours où je dois voyager avec des sénateurs, je

vous retiendrai un mois de vos gages!

(Chantelaine: _L’Indiscret_, 1902.)

Même au bal de l’Opéra, où, dans les couloirs, la galanterie française

aimait à revêtir une brutalité toute germanique pour tripatouiller les

dessous des dominos, la plupart ne s’embarrassaient pas d’un pantalon

fermé. Au besoin, si elles craignaient par trop les mains froides,

elles recouraient à l’épingle cruelle pour clôturer l’entrebâillement

de la fente:

—C’est qu’on dit qu’à l’Opéra, ils sont très entreprenants.

—Tant pire pour eusses..., ils trouveront des épingles.

(Lourdey: Le _Journal pour tous_, 29 janvier 1896.)

Les imprudentes, il n’en faut souvent pas davantage pour ruiner les

plus belles espérances:

—Et ne laisse pas d’épingle à mon pantalon comme l’autre jour. Il n’en

faut pas plus pour briser une carrière.

(_Paris-Galant_, 1913.)

Il y a des plaisanteries faciles que les humoristes, comme les

revuistes, n’ont garde d’omettre:

—Mon amant aime que mes pantalons soient tout roses!...

—C’est curieux, le mien préfère qu’ils soient tout verts!...

(Almanach du _Sans-Gêne_, 1904.)

Chanson analogue:

IDYLLE.

LUI.—Avec ta manie de toujours t’asseoir sur l’herbe, voilà que mon

pantalon est tout vert.

ELLE, _distraite_.—Eh bien, ferme-le.

(Le _Rire_, 4 juillet 1903.)

* * * * *

Il y a, cependant, des fantaisistes pour les porter tantôt ouverts,

tantôt fermés, suivant leurs inspirations, suivant la couleur du ciel

ou leurs projets. Dans ce cas, si peu observatrice qu’elle soit, leur

femme de chambre saura à l’avance, suivant le modèle choisi, si Madame

rentrera dîner le soir avec son mari, ou si elle rentrera en retard

pour le déjeuner:

—Madame mettra-t-elle une combinaison?

—Un pantalon ouvert, Justine, avec de la valenciennes.

JUSTINE, _étourdiment ou effrontément_.—Alors, Madame ne dîne pas avec

Monsieur, ce soir?

(Vallet: _Vie Parisienne_.)

De Vallet également:

JUSTINE.—Ouvert ou fermé, le pantalon de Madame?

MADAME.—Ouvert, Justine, ouvert avec des nœuds roses.

JUSTINE, _à part_.—Allons bon on va encore déjeuner en retard ce matin!

(_L’Indiscret_, 1902.)

Cette Justine—son prénom l’y autorise—semble ne pas ignorer «les

malheurs de la vertu». Un mari qui n’ignore pas les siens saura

également quand il devra tenter la veine à Auteuil ou sur la pelouse

humide des suburbains. Le pantalon ouvert constitue, pour certains,

comme le pantalon rose, un pronostic:

LE BON TUYAU.

—Si elle se colle un pantalon ouvert... Je prends le toquard dans un

fauteuil...

(J. Wély: le _Frou-Frou_, 1901.)

Le pan de chemise de Nana et d’Echalote, le fâcheux pan de chemise,

parfois si amusant, ne pouvait, naturellement, manquer de tenter la

verve des artistes. Le plus souvent, tel Marcel Capy, le peintre des

lys, Capy des lys, tels Gerbault ou La Nézière, ils se contentent de le

dessiner. Parfois, pourtant, ils le font intervenir dans leurs légendes:

De Carlègle, ce quatrain:

De son amie, Untel remarquant la chemise

Qui passait par le pantalon entre-bâillé,

Répéta ce dicton qui lui parut de mise:

«Il faut qu’un pantalon soit ouvert ou fermé.»

(Le _Rire_, 24 mars 1906.)

Ce pan, corollaire inévitable des pantalons ouverts, certaines le

craignent, d’autres en rient, de plus nombreuses s’en moquent.

Intimement lié aux dessous, il fait partie des déshabillés.

La mondaine n’y échappe pas plus que la midinette ou que la

professionnelle: passe hâtive ou liaison sérieuse, il manque rarement

de jeter, une fois la jupe tombée, sa note gamine.

_Leurs Gueules._

Celle de l’ancienne pensionnaire des Oiseaux

Adultère avec la croix et la bannière

(Grün: l’_Assiette au beurre_, 18 mars 1903.)

C’est l’exception quand, sous les jupes d’une femme troussée à

l’improviste, la «bannière» n’apparaît pas; aussi, au-dessous

d’un dessin qui aurait pu joliment illustrer la fameuse scène de

l’_Assommoir_, Balluriau a pu tracer, exclamative, cette légende:

BATAILLES DE FEMMES. LE DUEL AU LAVOIR.

—Ah! mince alors! Madame a peur des courants d’air?... Le pavillon est

en berne!

(Le _Rire_, 28 octobre 1905.)

Le grand pan n’est pas mort.

Mieux que les manifestations féministes et que le raffut momentanément

oublié des suffragettes, le pantalon a amené entre les sexes une sorte

d’égalité. Comme Monsieur, Madame a son pantalon et en est fière.

Le vieux rêve de toutes les femmes de porter culotte est exaucé.

Souriante, une petite femme de Gerbault s’exclame, dans le _Rire_,

avant de dépouiller l’inutilité de cette lingerie:

ÉGALITÉ.

—Vous faites le fier parce que vous êtes un homme. Eh bien quoi? moi

aussi, j’ai un pantalon.

Ce pantalon se prête à tous les sports, aussi bien au jeu un peu désuet

du saute-mouton qu’à la séance d’équitation si fâcheusement interrompue

de Marthe Payet, à Bayreuth.

Au-dessous de deux fringantes déshabillées se livrant à cet innocent

amusement, L. Vallet a placé cette invitation moins innocente:

GREAT EXHIBITION.

Mme la comtesse Ida de Monplaisir et Mlle Ninon de Chabot ont l’honneur

de prévenir leur nombreuse clientèle de l’ouverture de leur grande

exposition de blanc.

(Le _Frou-Frou_, 1902.)

Objets d’art nouvellement arrivés—ne mettons pas débarqués—de la Chine

et du Japon... On les connaît ces expositions et le bristol qui invite

à les visiter... On y est généralement d’un louis.

D’aucunes, assez nombreuses, aiment à s’attarder en pantalon. Elles se

trouvent charmantes ainsi et elles n’ont pas tort. C’est un déshabillé

coquet et commode, à condition, toutefois, que la femme soit jeune

et qu’elle ne tienne ni de la poupée de Jeanneton, ni de la Vénus

hottentote.

Ainsi, il ne saurait convenir à la femme du herr professor, la Diane

des fesses, ni même à la milliardaire américaine, quand elle a atteint

l’âge de la Baronne. Ces très ci-devant jouvencelles marcheraient

encore volontiers; mais, hélas! le chic et le sac ne marchent pas

toujours d’amble:

—T’as le sac, mais pour le chic, faudra repasser, ma vieille.

(Grandjouan: le _Rire_, 28 mai 1904.)

Trop de teutons. Cette jeune Viennoise a pour elle la jeunesse; elle

voudrait bien, elle aussi, marcher, mais, point assez moderne pour

prendre un amant, il lui faudrait la croix en plus de la bannière que

déjà elle possède. Pour mieux goûter plus tard aux joies de l’adultère,

à sa toilette, elle songe au bon motif en attendant le meilleur:

—Ces imbéciles d’hommes, avec leurs compliments: combien je suis plus

jolie dans ma toilette de bal. S’ils savaient combien plus jolie je

suis sans aucune espèce de robe, depuis longtemps déjà, l’un d’eux

m’eut épousée.

(_Wiener Caricaturen_, 1903)[548].

Dame, on fait bien des choses, habillée, ou à demi-déshabillée, comme

le confessait, un jour, une aimable femme, et le pantalon se prête

autant à ces petits jeux que les jupes entravées, les corsets trop

longs et l’arsenal compliqué des jarretelles les rendaient parfois

difficiles, sinon dangereux.

Monsieur,—le ménage doit aller dîner en ville,—ayant déjà revêtu le

frac, presse Madame, à qui il ne reste plus qu’une épingle à mettre...

à son pantalon:

—Eh bien, es-tu prête?

—Cela dépend pourquoi.

(Fabiano: le _Rire_, 7 décembre 1907.)

L’heure du berger. Malheureusement, le mari lui préférera sans doute

celle du dîner: les amants ont toujours beau jeu.

Que Rézi, cependant, si elle conserve son pantalon, enlève au moins

son chapeau. L’Amour porte un bandeau—et à l’œil encore—et non un

Gainsborough.

—Oui, mon cher, je suis fantasque, originale..., il faut me prendre

comme je suis.

—Retire au moins ton chapeau.

(_Paris-Galant_, 1910.)

Dans les ministères, comme dans les hôtels meublés, les cloisons sont

minces. C’est l’époque impatiemment attendue où se prépare la promotion

violette. Les candidats sont sur les charbons et les attachés de

cabinet, non sur les dents, mais sur les boulets.

N’ayant déjà plus que son pantalon, une jeune femme perçoit la scène

insuffisamment muette qui se joue de l’autre côté:

—Tiens, tiens, j’entends dans le bureau à côté une dame qui est aussi

en train de faire décorer son mari.

(_Paris-Galant_, 1913.)

Souvent, ô fonctionnaires, l’élégance ou la couleur d’un pantalon

auront plus fait pour votre boutonnière que l’ennui pesant et si

parfaitement inutile des heures de bureau:

—Je serais curieuse de savoir qui enlèvera les palmes: les quinze ans

de service de mon mari ou mon pantalon mauve!

(Préjelan: l’_Indiscret_, 21 mai 1902.)

Ah! le dévouement des épouses.

Combien, sans être montées jusqu’au Ministre pourraient lui adresser le

même reproche que cette aimable empantalonnée de Gerbault:

DÉCORÉ.

—Dis-donc, mon p’tit ministre, pourquoi donc, pour la décoration de mon

mari, n’a-t-on pas mis à l’_Officiel_: «Pour services exceptionnels de

sa femme?»

(Le _Rire_, 10 février 1906.)

L’épreuve peut n’être pas trop pénible, même pas pénible du tout, quand

on a affaire à un jeune attaché dont la fine moustache fleure l’ambre

et dont les lèvres sentent appeler le baiser; il y a, par contre,

les directeurs et les chefs de bureau déjà lézardés avec lesquels ça

devient une rude corvée.

Ne croyez pas que ce soit toujours drôle l’amour et que la femme ne

soit pas souvent la première à porter la croix:

QUAND ON N’A PLUS VINGT ANS.

—Tu vois, ma chère enfant, qu’il y a encore moyen de s’arranger avec

les vieux.

—Oui, mais de quelle façon...

(_Wiener Caricaturen_)[549].

Les moteurs des six-chevaux et demi des débuts de l’auto, les

préhistoriques et ridicules tacots de jadis, qu’effrayaient la côte

de Suresnes, ne sont pas seuls à connaître la honte des ratés: il y a

d’autres pannes d’allumage dont on ne saurait se tirer.

—Vous en avez des idées de me faire promener comme cela en corset et en

pantalon, et pour rien.

(Jack Abeillé: le _Frou-Frou_, 1901.)

Entre femmes, cette tenue permet d’aimables comparaisons auxquelles

n’aurait point su se dérober Pâris et dont les anciens bals du

_Courrier français_ n’ignorèrent point le charme. Ce serait une erreur

grossière de croire que tous les derrières se ressemblent. Il en est

de beaux, comme il en est de vilains: les uns auraient pu exciter la

verve d’Armand Silvestre, d’autres rappellent la croupe de l’éléphant,

ou c’est un «pauvre petit derrière de rien du tout», comme celui de M.

Badin.

Celles qui sont douées de ces insuffisances se montrent aisément

pincées et agressives. La laideur et la maigreur rendent susceptibles:

—Le tien est plus gros... Et puis après? Faut pas t’imaginer que ça se

vend au kilo!

(Stop: _Journal amusant_.)

Si gracieuses que puissent paraître en pantalon nos contemporaines,

on ne saurait leur conseiller de sortir dans ce costume. Elles

risqueraient de se faire remarquer:

—Je voudrais bien savoir ce que j’ai de si comique que tout le monde se

retourne ainsi sur moi.

(_Die Auster_, Munich, 1903)[550].

Ce serait le moins de mettre des gants et non, comme beaucoup, de les

serrer dans ses bas:

—Ben quoi! Tu ne vas pas aller au Bois comme ça, je pense? Prends au

moins des gants blancs.

(Petitjean: le _Frou-Frou_, 1901.)

La Pudeur publique, la vieille dame aux bottines à élastiques et au

cabas de tapisserie rappelant le sac de Choulette, pourrait la trouver

mauvaise, jugeant que cette feuille de vigne tient trop de la feuille

de rose.

Elle prendrait, dans la circonstance, les espèces et le bâton blanc

d’un de nos bons agents, et il ne conviendrait pas, ô délinquantes, de

rouspéter:

—Alorrs, s’foutez d’ la pudeur publique?... Croyez qu’ça va s’passer

comme ça?

—Désolée, m’sieu l’agent, mais ma couturière est en grève.

(G. Meunier: le _Frou-Frou_, 1901.)

Les caricaturistes ne respectent rien. Les malheurs de la famille

Humbert—nous avons eu depuis des vols plus sensationnels—n’ont pas

trouvé grâce devant eux. Au lendemain du jour où était éparpillée, rue

Drouot, la défroque de la «gens», on pouvait lire dans le _Journal_,

au-dessous d’un amusant dessin d’Abel Faivre, cette légende d’une

plaisante actualité:

LA VENTE HUMBERT-BOULAINE.

—Tu as eu tort d’acheter la lampe de Boulaine... la voilà qui file!

—... Mieux vaut le pantalon d’Ève... on peut mettre tout le monde

dedans.

(Le _Journal_, 14 novembre 1902.)

Encore que la Parisienne ne puisse se montrer dans la rue en corset

et en pantalon, sans risquer un bon rhume et une contravention, les

occasions ne lui manquent pas, nonobstant la disparition des impériales

d’omnibus, de laisser apercevoir à ceux qu’intéresse le retroussé, les

froufrous et les dentelles de ses pantalons.

D’abord, il y a le bal, le bal qui a permis à Bertall et à Randon

de noter, les premiers, l’importance prise par le pantalon dans les

dessous de la femme.

Avouerai-je n’avoir jamais été de ceux qui, à l’Élysée ou au

Moulin-Rouge, faisaient cercle autour des quadrilles. Ce linge

brutalement étalé, ces jambes étiques ou que guette l’éléphantiasis

m’ont toujours laissé froid. Ce sont là distractions qu’il faut laisser

aux riverains de la Sprée et aux autochtones de Brives-la-Gaillarde

ou de Crozant, venus faire la bombe à Paris. J’ai bâillé? au Père

Lebonnard, le grand écart ne m’en a jamais dit davantage.

Le chahut a cependant fourni trop de croquis ou de légendes aux

caricaturistes pour qu’il soit permis de le négliger. Subissons donc ce

«tour» de quadrille, comme on subit, en attendant la revue, le tour de

chant d’une romancière contemporaine d’Amiati et de nos avant-derniers

bas bleus. Peut-être, parmi ces professionnelles de la pastourelle,

s’en trouvera-t-il une qui lève la jambe pour son plaisir et que

n’incite pas à cette gymnastique l’appât du maigre cachet quotidien?...

Saluez-la bien bas, ou mieux, offrez-lui un bock: il sera le bienvenu,

surtout s’il est en tôle émaillée.

Sous un croquis bien second Empire, encore que ne rappelant que de loin

la manière de Winterhalter, Grévin, traçait, en 1866, cette légende:

LES BASTRINGUES.

«Nouveau pas de la chaloupe en détresse. Histoire de montrer qu’on a du

linge».

(Le _Petit Journal pour rire_.)

Ne vous excitez pas: vous ne verrez rien.

Et c’était Mabille, dont le dessinateur Pelcoq célébrait ainsi les

quadrilles:

REVUE DE MABILLE.

Arme au bras!... Le plus fier mouvement de la danse nationale française

(traduction anglaise de ce qu’à Mabille on nomme tout bonnement le

cancan). Shocking! et «pas de début» pour toute femme qui veut se poser

un peu bien dans le monde.

(Le _Journal amusant_, 12 septembre 1868.)

Nous avons mieux: l’opium, l’éther, la cocaïne posent davantage, de nos

jours la petite grue qui va tanguer à Magic-City, quitte à regagner,

par l’autobus, la fontaine sacrée de Pigalle, si le michet désiré ne

répondit pas au sourire carminé de ses lèvres.

Le cancan ne saurait fournir à une jeune personne qui se destine à la

prostitution le collier et l’Hispano-Suiza dont rêve toute première

communiante. Le quadrille est mort avec la Goulue et je doute qu’elle

se soit retirée millionnaire.

Heureuse époque, on dansait sous les marronniers des Champs-Élysées.

Les modes n’étaient peut-être pas jolies, jolies, mais, les «petits

crevés» savaient ne pas demeurer insensibles aux hardiesses d’un

cavalier qu’ils s’empressaient de ne pas laisser seul:

—Savoir danser! t’es jeune, ma petite! Avec une jolie jambe, comme

ceci... mets tes jupes sur ton bras, comme ça, et pars du pied gauche!

(Stop: le _Charivari_, 1867.)

La progression n’a guère varié. En dépit de la suppression du port

d’arme, les mouvements sont restés les mêmes, et sous le retroussis

«comme ça» des jupes, apparaît la blancheur claustrale du pantalon,

dessinant des rondeurs qui la teintent de rose:

—Ceci n’est pas une étoile, c’est—une lune—de la danse.

(Stop: le _Journal amusant_, 8 août 1891.)

La lune, avec des nuages autour. Grâce à quoi, un vieux savant—non,

mais à quelle heure les couche-t-on?—doit de s’entendre familièrement

interpellée par une de ces nymphes, chez lesquelles la bosse du respect

est aussi rare que celle de la maternité:

OUS QU’EST MON BAROMÈTRE.

—Puisque t’es à l’Observatoire, dis-moi si ce nuage-là indique le beau

temps.

(Le _Frou-Frou_, 1901.)

La Goulue aimait exhiber cette partie de son individu sous la

transparence de son pantalon, qui, sans le Père la Pudeur—le

vrai—n’aurait pas toujours été aussi clos que les salons auxquels le

marquis de Chabanais doit d’avoir survécu dans la mémoire des hommes.

Le geste pouvait ne pas être beau, mais un dessin du pauvre Heidbrinck

l’a sauvé de l’oubli:

VALENTIN.—Prends garde, la Goulue, tu vas te faire remarquer...

(_Courrier français_, 29 juin 1890.)

Si officiels qu’ils soient, ces dessous sont pourtant plus propres que

ceux de la Chambre et des couloirs. Une chahuteuse de Carl Hap est

heureuse de le constater:

—Nos dessous sont toujours plus propres que ceux de la politique.

Tu sais, ma petite, il n’y a pas de quoi te montrer si fière. Le point

de comparaison ne saurait être à l’honneur de ta blanchisseuse.

Il paraît qu’il y a encore des gens que ce spectacle émoustille à ce

que déclarent ces dames:

APPATS POUR HOMMES.

—Des dessous, de la cuisse, des bas noirs et de la prunelle.

(Ruiz, le _Frou-Frou_, 1901).

Allons, tant mieux... mais combien y en a-t-il à qui ces expositions

d’un blanc douteux font surtout, en fait de Chopin, l’impression d’une

marche funèbre, la marche funèbre de Schopenhauer, ô Donnay.

Ce qui attire les étrangers et les provinciaux, c’est moins,

savez-vous, la lingerie tapageuse et tape à l’œil de ces automates, que

l’improbable mirage d’un pantalon insuffisamment clos, ou que l’éclair,

plus improbable encore, de la chair nue et vierge de culottes.

Oui, mais, notre vivace et bel aujourd’hui—à des faunes en convient-il

pas de parler la langue un peu sybilline du Maître?—ne s’enorgueillit

que rarement de cette féerie.

Les inspecteurs et les gardes municipaux sont un peu là, ils sont même

uniquement là, pour s’opposer à ces sans-culottides. La garde veille

ailleurs qu’aux barrières du Louvre—et les vieilles gardes donc!—elle

représente l’œil non de la Providence, mais de la police, et dans

sa hâte de verbaliser et de constater un illusoire délit, il lui

arrive même de se fourrer le doigt dans l’œil. Fortes de leur droit

et la fermeture de leurs pantalons, ces demoiselles se montrent alors

exemptes d’aménité:

—Pas d’pantalons, moi! Oh là là! Mais, mon vieux, j’ suis plus

sérieusement culottée que ton nez.

(Maurice Marais: la _Chronique amusante_, 16 mars 1893.)

Cet homme de guerre peut d’ailleurs s’absenter et profiter du jour de

sortie de sa connaissance pour l’emmener au théâtre Montmartre ou à la

Comédie Mondaine, l’ancien Divan de joyeuse mémoire. Un homme de bien

n’hésitera pas à revêtir sa tunique et à aller prendre sa consigne

devant l’arche, sans y mêler le pas un peu spécial auquel l’humoriste

David a dû de figurer parmi les ancêtres des Clodoches:

«M. Bérenger endossant l’uniforme de municipal pour s’assurer que, dans

les bals publics, les dessous des dames sont bien clos.»

(Henriot: le _Charivari_, 3-4 avril 1893.)

Comme le gendarme, dont ils se rapprochent par leur origine et par leur

tenue, ces êtres-là sont sans pitié. Bien que le public ne demande

que ça, ce n’est pas une blague à faire que de lui montrer son ...,

non, sa lune, sans qu’elle soit voilée par un de ces nuages légers que

déplorait le bon Silvestre et que l’honnête M. de La Rochefoucauld ne

trouvait jamais assez épais.

Sur un très vieil air, cela se chante. C’est une variante, à l’usage

des enfants de Marie ayant dépassé l’âge de la puberté, d’un des

couplets qu’elles chantonnèrent gamines:

Quand j’étais petite je n’étais pas grande,

Je montrais mon ... à tous les passants,

Oui, mais à présent c’est bien différent

Quand j’en fais autant

On veut m’ f... dedans.

(J. Villon: le _Rire_, 1er février 1902.)

Le Pantalon Féminin · 第 21 / 26 段