Ce molleton ou cette flanelle se boutonnent sur les côtés par de

petites fentes latérales et un élastique passé dans un coulisse les

serrent autour du genou.

Non, vrai, on comprend, quand on a contemplé ces pauvretés, le rut qui,

lorsqu’ils sont à Paris, pousse les représentants des diverses classes

de la grande Allemagne à se ruer—_turba ruit ou ruunt_—vers Montmartre

et vers les divers établissements où d’aimables enfants, ignorant,

elles, l’infamie des molletons et des flanelles, montrent, pour

aguicher ces clients de passage, beaucoup du blanc de leurs dessous et

un peu du rose de leur chair.

Semblables au faucon désencapuchonné du divin Arétin, les verres de

leurs lunettes d’or couvertes de buée, le visage rouge et la nuque

guettée par la congestion proche, ils halètent de luxure. Un prurit

leur monte au cerveau qui, à la sortie du music-hall, leur fera

accompagner dans un garni voisin quelque pauvre fille, qui, à juste

titre méfiante, aura soin de se faire bailler son petit cadeau, avant

de livrer au Werther en vadrouille ou à l’Herman en goguette, son

jardin cependant si peu secret.

Que Mercure, qui passe pour réparer les méfaits de Cupidon, soit

propice à l’homme aux lunettes! Parfois, cela s’est vu, la fille

profitera du sommeil du rustre pour soulager son portefeuille crasseux

de quelques billets et il ira, le matin, tout penaud, las d’avoir

marché dans son rêve entôlé, raconter sa mésaventure au commissaire de

police.

Cet honorable fonctionnaire classera la plainte, comme il convient,

et, à son tour, la laissera dormir. Quant à plaindre le professeur

Knatschké plus souvent! il n’avait qu’à ne pas tromper madame

son épouse ou sa fiancée aux cheveux de chanvre avec la première

venue—hein! on est moral ou on ne l’est pas?—puis, c’est toujours

autant de repris sur le bandit de grand chemin que cache tout Allemand.

Des «chiffons de papier,» après tout! Allons-nous leur accorder plus

d’importance que M. le Chancelier lui-même?

Vraiment, ça sent mauvais. Ces gens-là laissent derrière eux un fâcheux

relent de brôme et de chlore. Vite, brûlons du sucre et parlons de la

Parisienne, la vraie, que la nécessité de payer sa logeuse et d’assurer

la maigre pitance du lendemain, ne force pas à «marcher» avec tous les

infidèles qui viennent chercher à Montmartre le paradis de Mahomet

qu’Enver-Pacha, malgré ce nom prédestiné, est incapable de leur

fournir.

Non moins que la professionnelle de la butte, elle ignore

l’emmaillottement des molletons et des flanelles; malgré la méchante

concurrence que lui fit, un moment, l’inesthétique culotte de jersey,

le pantalon est resté pour elle un objet de première nécessité, dont

elle aime à soigner particulièrement l’agencement.

C’est un peu le voile sacré qui, loin de cacher sa nudité attendue, se

contente de la voiler et la rend plus désirable. Elle sait la toute

puissance des dessous, si réduits soient-ils, et connaît l’entêtante

griserie des déshabillés.

Aussi, les pantalons sont-ils, dans son trousseau, l’objet de soins

tout spéciaux. Ils la touchent de trop près pour que l’étoffe, ô

Tartuffe, n’en soit pas, plus que toute autre, moelleuse. Il n’est pas

pour eux, de dentelles trop belles, ni d’entre-deux trop aguichants. La

Parisienne connaît l’art des transitions: l’écrin, en s’entrouvrant,

laissera apercevoir la radieuse nudité de son corps et la «consolante

harmonie» de son ventre. Il faut donc qu’il soit digne de l’éternelle

fleur de lotus, vers laquelle appareillent sans trêve les désirs des

hommes.

Fût-il très simple, blanc et uni, honnête et bourgeois, à peine orné

d’un feston ou d’un volant, il aura encore pour un amoureux tout son

charme et même ce parfum de mystère que comporte la cueillaison du rêve

que l’on va cueillir. Sous son sabot se détache, au-dessus du bas,

en une ligne rose et lisse, la chair des cuisses, et voici, que plus

haut, dans l’«envergure harmonieuse» que chanta comme nul autre le bon

Théophile Gautier, germe, à travers la fente béante de la batiste ou de

la percale

..... la mousse blonde ou noire

Dont Cypris tapisse ses monts.

Les pudibonderies bêtes de jadis sont abolies. Foin de

l’«inexpressible», de l’«indispensable» ou de l’«innomable», la

Parisienne n’a pas plus peur du mot que de la chose. Elle dit

simplement, sans songer à mal, son «pantalon» et le vocable évoque

aussitôt à l’esprit quelque chose de très féminin et de très charmant.

La forme peut varier: pantalon-jupon ou jupon-pantalon; ces orphelins,

vêtus de blanc ou de rose, se ressembleront comme des frères. Parfois,

conséquence des jupes étroites de ces dernières années, ils affectèrent

une forme plus masculine, et plus bravement encore, celles qui les

portaient disaient, amusées, leur «culotte».

Les magasins de blanc avaient même lancé un moment un mot et un

objet nouveaux qui, d’ailleurs, ne firent pas fortune; le pantalon

«couche-culotte».

Chères gosses!

[Illustration]

LE PANTALON ET LA CARICATURE

_Finis désormais les nus rayonnants et sans malice du premier Empire

et de la Restauration, finis les visions engageantes, les aperçus de

cuisses avec lesquels l’imagerie de 1830 raccrochait les passants._

J. GRAND-CARTERET.

[Illustration]

LE PANTALON ET LA CARICATURE

Il y aurait là, semble-t-il, matière à un chapitre assez amusant à

ajouter à l’histoire du pantalon féminin. Des caricatures anglaises

dans lesquelles le pantalon apparut sous les jupes des premières

ferventes, non de la pédale,—elle n’existait pas encore—mais de

la draisienne, aux suggestives combinaisons de Fabiano, ce serait

rappeler, par le dessin et par les légendes qui l’accompagnent, les

étapes du pantalon.

En même temps que son usage se généralisait et s’imposait, la hardiesse

des dessinateurs croissait et ne tardait pas à en indiquer les moindres

détails. Au lieu de sa silhouette esquissée à grands traits, ils ne

reculent plus maintenant devant le réalisme de sa fente et devant la

note gamine du pan de la chemise qui s’échappe, quand ce n’est pas un

coin de chair qui apparaît.

La Parisienne en corset—le corset noir de Mme Moraines—et en pantalon:

n’est-ce pas un peu la Montmartroise de Willette, cet être exquis,

chiffonné et charmant, destiné à révéler à nos neveux une Butte

sacrée qui déjà n’existe plus, si jamais elle a existé. Le talent et

l’imagination de l’artiste a, en effet, poétisé et synthétisé toutes

ces échappées du Moulin de la Galette et de tous les moulins où l’on

danse, pour en faire sa Colombine, chantant, mieux que toute autre, la

bonne chanson des vingt ans et des libres amours. Le prisme de Pierrot

leur a prêté les couleurs de l’arc-en-ciel.

Mais, laissons cela. Cette petite femme en pantalon, qu’elle soit

de Boutet, de Forain, de Gerbault, de Préjelan, de Guillaume, de

la Nézière ou de Vallet, nous entraînerait trop loin. Maison de

rendez-vous, hôtel garni ou garçonnière, l’aventure, pour amusante

qu’elle puisse paraître, ne laisserait pas d’être banale et se

terminerait à la manière accoutumée.

Fantaisies, épidermes, phrases dépourvues de suite, brusque sursaut

hors du lit, eau tiède, animal triste... ou gai: gardons-nous

d’«évoquer les minutes heureuses» et bornons-nous à étudier la place

prise par le pantalon dans les légendes des caricaturistes.

Pour éviter l’ennui d’une redite, je ne reviendrai pas sur les légendes

de Hadol, de Randon, de Bertall ou de Grévin, qui ont trouvé place dans

les chapitres précédents.

Le pantalon est un objet dont il n’est pas bon pour une débutante

de s’embarrasser, quand elle va soumettre à un directeur ses

«dispositions», ou du moins, faut-il qu’il soit très court et très...

ouvert.

La scène est prévue d’ailleurs. Elles relèvent leurs jupes avec la

facilité que d’autres mettent à se coucher ou à s’agenouiller. Le

négrier en blanc devant lequel elles montrent le plus possible de leurs

jambes vise parfois à l’esprit et joint à sa rosserie celle du mot.

—Je vois ce que c’est... tu auras du succès dans les levers de rideau,

fait dire à l’un d’eux, J. Wély, dans un de ses dessins du _Rire_ (29

février 1908).

Les dessous de leurs pensionnaires les intéressent, il est vrai, bien

plus que leurs couplets. On connaît cette réponse faite à une artiste

et que nota Ibels dans sa _Traite des Chanteuses_, par le directeur

d’une de ces agences où le chantage semblait se pratiquer plus que le

chant:

—Hé! je me fous pas mal de vos chansons, c’est votre répertoire de

pantalons qu’il me faut![544].

Depuis une vingtaine d’années surtout,—conséquence probable de la

campagne de la ligue contre la licence des grues,—le pantalon a pris

autant de place, sinon plus, dans la légende des dessins, que sous les

jupes de celles qui les portent.

Nos humoristes ont fait bon marché (rayon de blanc) de la pudibonderie

bébête qui, longtemps, avait imposé son p’tit cadenas à leur crayon et

à leur plume. Le pantalon apparaît dans leurs légendes et dans leurs

dessins, depuis le moment où on l’achète jusqu’à celui où on les quitte.

L’ordre semble on ne peut plus logique. Pourquoi ne le point suivre?

De Tézier, dans le _Charivari_, cette Parisiennerie. A un comptoir d’un

grand magasin, une belle dame marchande:

—Bien cher, tout cela.

Et, la bouche en cœur, sur les lèvres le sourire stéréotypé qui fait

partie de son office, le vendeur de riposter par cette observation

empreinte d’une philosophie que n’aurait point reniée Renan:

—Madame sait bien que ce n’est pas sur les dessous qu’il faut

économiser; c’est ce qui se voit le plus.

Les maris sont seuls à en douter, et, contrairement à la légende de

Gavarni, ils ne font pas toujours rire:

—Vois, mon chéri, je me suis acheté un pantalon et une chemise tout en

dentelles.

—C’est de la folie. Dépenser tant d’argent pour ça!... Qui le verra?

—Eh bien!... toi pour commencer.

(J. Plumet: le _Rire_, 7 mars 1914.)

De M. de la Nézière, l’un des fervents du vieux Montmartre, dont il a

su joliment respecter l’harmonie et le charme, en y faisant construire

le plus délicieux home qui soit, non plus le comptoir de blanc, mais le

salon d’essayage d’une lingère en renom:

En pantalon, la dame essaie.

—Notre nouvelle création est légère et charmante et madame pourra faire

remarquer à tout le monde combien le tissu est agréable au toucher.

Madame en recevra partout des compliments.

(L’_Indiscret_, 1902.)

Il n’est pas bon, pourtant, d’aller offrir de ces fanfreluches à

quelque vieille fille échappée de la sacristie la plus voisine, dont la

silhouette rappelle assez heureusement celle d’un fourreau de parapluie.

Comme l’a si bien dit notre poète national Blaise Petitveau:

Cette respectable personne

Pourrait ne pas la trouver bonne

Et se laisser aller à de fâcheux courroux.

—Non, mais, dites donc, est-ce que vous me prenez pour une impure?

(Abadie: le _Rire_, 20 août 1910.)

La petite femme de B. Gautier, encore que rappelant par trop les

Parisiennes de Grévin, est vraiment bien préférable et autrement

moderne:

—C’est égal, avec des dessous comme ça, une femme peut passer la tête

haute.

(Le _Charivari_, 12 juillet 1893.)

Les trousseaux, la hantise de la lingerie et des dessous! Tout ce

qui touche, et de très près, la femme, comme tant d’autres, Catulle

Mendès l’avait eue un peu. Aussi, loin de prévoir alors (1902) la mort

affreuse du poète de _Philoméla_, l’_Indiscret_ lui avait consacré un

dessin plutôt méchant:

«M. Catulle Mendès (en extase... devant... ou plutôt derrière une jolie

mondaine).

—O Providence! Faites que moi, qui crois à la métempsycose, je

devienne, après ma mort, pantalon de femme.

«Sa prière fut exaucée; mais, comme sur terre il avait sans compter

prodigué ses faveurs..., après sa mort il fut amèrement puni.»

Devenu pantalon, le poète recouvre, en effet, le puissant et énorme

fessier de quelque bas bleu hors d’âge, le dernier ponton.

Le Parthénon! Au-dessous de ces hauteurs, c’est la ville et son négoce.

Devenus calicots, alors que l’agriculture passe pour manquer si

désespérément de bras, des déracinés, pommadés et cravatés de clair,

vendent à de jolies acheteuses que ces indiscrétions n’effraient

pas les parties les plus intimes de leur toilette, et vantent leur

marchandise.

Écoutez celui-ci de Guillaume. Il a toute la sottise et toute la

suffisance de l’emploi et doit y joindre l’accent redoutable de

Béziers.—On se fait redouter comme on peut:

—Madame préfère les pantalons fermés?

—Oui.

—Madame a bien raison. On est bien plus chez soi.

(Le _Frou-Frou_, 1901).

Le _Frou-Frou_ semble tenir à cet «on est plus chez soi» qu’un beau

jour me servit une jeune femme qui, du moins, avait l’excuse d’être une

jeune mariée, une de ces lunes de miel auxquelles le divorce a pu seul

mettre un terme. Quatre ans plus tard, on y pouvait lire cette légende,

très proche parente de celle de Guillaume, mais moins fine:

—Que penses-tu de mes nouveaux pantalons fermés?

—Exquis, ma chère!... et puis, au moins, on est plus chez soi!

(25 novembre 1905).

Malgré leur élégance et leurs dentelles, les pantalons sont un peu

comme la ceinture dorée. Bonne réputation vaut mieux que culotte

trop garnie. La tapageuse lingerie bonne à épater les provinciaux

en vadrouille, la tournée des faux ducs, ne saurait valoir à sa

propriétaire un attachement sérieux (par ses mensualités). Ce sont des

nuances que n’ignore point le cœur d’une mère. D’où cette observation

d’une matrulle de Forain à sa progéniture, à la suite d’une rentrée

tardive:

—Tu ne me feras jamais croire que tu vois des gens comme il faut avec

c’ pantalon-là!

(Le _Courrier français_, 19 juillet 1891)[545].

Ces dessous-là ne sont pas davantage indiqués pour aller obtenir

d’un créancier un délai _sine die_, à moins que, pour employer une

expression qu’affectionnaient nos grands-pères, on ne le sache porté

pour «la bagatelle».

—Je vais aller le trouver ce sale créancier..., on verra un peu s’il

a le cœur de poursuivre une honnête femme qui a mère et enfants à sa

charge.

—Bien, alors, tu aurais dû mettre une chemise plus simple, ç’aurait

l’air plus sérieux.

(Radiguet: le _Rire_, 20 août 1898.)

Il est, par contre, des parties de campagne et des visites qui

commandent impérieusement à la femme de soigner ses dessous. Le linge

uni serait, ces jours-là, déplacé.

D’un amant prudent et peu jaloux:

—Tu sais, mets du beau linge, Nini, toutes les fois qu’on va à la

campagne chez Georges, on ne sait pas avec qui on couche.

(Conrad: le _Frou-Frou_, 1901.)

Le fin du fin: savoir prévoir. Il y a, il est vrai, de bien drôles de

maisons:

—Mâtin! Quel pantalon!

—Tu sais bien que chez les X..., où nous dînons, on vaccine tout le

monde au dessert...

(G. Meunier: le _Rire_, 22 mars 1902.)

Et ce sont les gendelettres, ces naïfs, les journaleux du petit

reportage, virtuoses du chien écrasé ou ténorino de l’interview, ceux

qu’étonnent et emplissent d’admiration le très moderne vieux Rouen d’un

bidet souvent enfourché et les fausses valenciennes de linges qui ne

demandent qu’à être retirés.

THÉATREUSES

—Quels dessous suggestifs!

—Dame, mon cher, c’est mon jour de réception des journalistes.

(Hil: _Paris-Galant_, 1910.)

[Illustration]

Les maladroits ils ont des stylos qui fuient ou leur hâte de noter

ces splendeurs sur leur block-notes leur a enlevé le libre exercice

de leurs mains, car sur ces blancheurs point mûres encore pour la

blanchisseuse, voici des _taches d’encre_, qui n’ont point l’excuse de

provenir de l’écritoire de Maurice Barrès:

—Ça ne m’étonne plus que le monsieur qui est venu hier ait cru que

madame connaissait des journalistes: madame a des taches d’encre sur

son pantalon.

(Carlègle: le _Rire_, 10 novembre 1906.)

Annette, vous croyez donc encore aux tares professionnelles, mon enfant?

Enfin, taches pour taches, celles-là ne sauraient être suspectées et

soumises à l’examen des médecins légistes. Elles ne sauraient même

empêcher le riche «mariage», pour peu que le michet ait le désir de se

créer des relations dans le monde des demi-lettres.

Le michet! Les plus belles et les plus troublantes lingeries lui sont

réservées aussi bien à Vienne qu’à Paris.

Au-dessous d’un dessin de Roystrand, une sujette de François-Joseph, le

seul et véritable «Increvable» ainsi que le qualifia heureusement le

_Matin_—de se munir en conséquence:

—Le vieux comte doit venir me trouver aujourd’hui pour que j’engage son

fils à me quitter! Il s’agit d’avoir du linge capiteux[546].

Qu’il soit «Falstaff ou bien Hotspur», le monsieur s’extasie devant

ces élégances, cependant que la poule glousse d’aise et ayant

insuffisamment suivi la laïque, lisse ses plumes et ne comprend pas:

—Un prince, oui, ma chérie, un vrai!... Il m’a même dit qu’il aimait

mieux mes dessous que ceux de lady Plomatie... une grande dame de sa

cour, sans doute... tu parles!

(G. Meunier: le _Frou-Frou_, 1901.)

Les femmes du monde ne sont pas sans envier, on peut le croire, à

ces enfants chères le luxe de leurs lingeries. Il y a comme ça des

ambitions qui sont faciles à satisfaire et on leur fait tant de plaisir.

De Gerbault, cette «Ambition de femme du monde». Le dessin et la

légende sont charmants:

—Alors vous trouvez que j’ai des dessous de cocotte? Bien vrai? Vous ne

dites pas ça pour me faire plaisir?

(Le _Frou-Frou_, 1901.)

Oui, mais que la femme qui soigne ainsi son linge, les jours de

ses cinq à sept, se méfie des belles-mères et des maris jaloux. Ces

êtres-là sont terribles et ne sont dupes ni des dentelles, ni des

pantalons roses:

—Ugène... méfie-toi! Ta femme met son pantalon rose.

(L’_Assiette au beurre_, 15 septembre 1902.)

Autre suspicion, celle-là signée Guillaume:

—C’est pour aller chez le photographe que tu mets un pantalon rose?

(Le _Rire_, 24 juin 1905.)

Encore un qui est près de se douter que, chez le photographe, le

pantalon est le plus généralement inutile.

Puisque les caricaturistes tiennent au pantalon rose, il vaut mieux

pour la femme que le mari joue aux courses: ce pantalon porto-veine

sera pour lui le fin tuyau et lui permettra de ponter sur les grosses

côtes:

—Ma femme met son pantalon rose?... Je cours à Auteuil et je joue un

louis sur le tocquard.

(Samanos: le _Rire_, 16 décembre 1911.)

Des raisons analogues nous feront retrouver ce tocquard. C’est là une

façon charmante d’utiliser une situation particulière au mieux de ses

intérêts sans prêter le... front à la médisance.

Ah! les philosophes qui ne chantent pas la chanson du browning et que

laissent froids les papiers et la procédure des avoués.

Le fiancé lui-même, ce bon jeune homme si réservé et un peu godiche,

s’enhardit parfois et la fantaisie lui prend de vouloir photographier,

avant la lettre, sa fiancée en pantalon.

La blanche brebis a des scrupules et les confie à sa femme de chambre:

—Mon fiancé voudrait me photographier ainsi, en pantalons; ne

croyez-vous pas, Catherine, que, pour la fille d’un sénateur, ce serait

tout de même un peu risqué?...

(Almanach du _Sans-Gêne_, 1904.)

De quoi vous plaignez-vous, Mademoiselle, cela prouve que votre fiancé

vous croit de jolis pantalons et non de ces horribles madapolams qui

interdisent aux filles sans dot d’espérer lever, à la mer ou dans les

villes d’eaux, l’amant sans relâche attendu.

LES DÉPARTS.

—Non, mais, maman, crois-tu que c’est avec des pantalons pareils que je

vais trouver un mari?

(Le _Frou-Frou_, 1901.)

Mieux valent la douane, c’pas? et les démêlés de cette mondaine qui

rive fort bien son clou,—une table, près de la fenêtre,—au personnage,

un de ces gabelous, qui n’ont de commun avec Alceste et avec vos

rubans, Marthon, que la couleur de leur uniforme.

A LA DOUANE.

—Mais, ces dentelles, ce sont mes chemises, mes pantalons...

—Mazette! On ne doit pas s’embêter avec vous...

—Combien je regrette, monsieur, de ne pouvoir vous en dire autant.

(Balluriau: L’_Assiette au beurre_, 19 octobre 1901.)

Très joli! mais, au moins, faut-il que le contenu réponde au contenant.

Ces élégances siéent mal à une vieille femme ou à une maritorne.

Laiderons et dondons, celles dont la graisse déborde de tous côtés,

n’ont que faire de ces dentelles. La dame trop mûre, qui a peine à

soutenir la gélatine de ses seins et à comprimer, sous le corset, le

gras-double de son ventre, fera bien de renoncer à ces gentillesses.

Le pantalon le plus froufrouté du monde n’enlèvera rien à la laideur

d’un vilain derrière. Il en fera, au contraire, ressortir l’énormité et

le grotesque: salons d’automne que guette le cubisme et auxquels les

caricaturistes n’ont pas ménagé leurs traits: les grasses en pantalon.

Pourtant, elles n’ont abdiqué aucune prétention, elles rêvent de

conquêtes et volontiers feraient les petites folles:

—Croyez-moi, ma chère, faites comme moi. Soignez vos dessous... Un

homme qui trouve en sa femme toutes les séductions d’une fille ne songe

pas à la tromper.

(Radiguet: le _Rire_, 15 octobre 1898.)

Et ce sont des chichis:

—Pardon de vous recevoir ainsi, Arthur, mais si souvent vous m’avez

répété que vous adoriez les dessous féminins.

(Engel: le _Rire_, 22 avril 1899.)

Pas plus que le garçon boucher, le charbonnier n’échappe aux agaceries

de ces antiques femelles, presque un détournement de mineur:

—Tu as bien raison, Nini, de porter ce genre de pantalon. Encore hier,

chez moi, j’ai fait tourner la tête de mon charbonnier.

(Le _Frou-Frou_, 1901.)

Les risques de la profession. Comme le peintre, ce fils de l’Auvergne,

eût sans doute préféré un bon verre de vin. L’on ne comprend que trop

bien la froideur des satyres les plus réputés en présence des agaceries

de ces grand’mères qui font les enfants et songent encore à violer le

dixième commandement, à des heures où les portes de Charenton et de

Chardon-Lagache sont depuis longtemps fermées:

—Vous avez dû remarquer comme moi, chère madame, que les hommes

d’aujourd’hui ne savent plus apprécier les dessous féminins...

(Sigl.: Le _Rire_, 25 juillet 1908.)

L’office, naturellement, s’en mêle, et il n’est jusqu’à la cuisinière,

l’initiatrice à l’eau de vaisselle, qui ne risque de se faire flanquer

ses huit jours, en arborant des pantalons sensationnels, idoines à

griser l’imagination du fils de la maison:

—Je m’suis acheté un pantalon, monsieur Marcel, si madame le voyait,

elle me flanquerait à la porte.

(Poulbot: Le _Rire_, 13 janvier 1906.)

Parfois, elle se contente de l’emprunter aux tiroirs de madame

elle-même et quelle rosserie, quelle terrible leçon, dans cette

légende de Falke, si le cocquebin osait comprendre:

—Ça c’est gentil d’avoir acheté un pantalon de cocotte!

—J’l’ai pas acheté, j’l’ai chippé à madame votre mère.

(Le _Rire_, 14 décembre 1912.)

Il faut, cependant, qu’un pantalon soit ouvert ou fermé. Ce dernier est

l’exception et je crois peu, pour ma part, au _Repos hebdomadaire_.

Si amusant que soit le dessin de Léonnec, il semble rentrer dans le

domaine toujours charmant de la fantaisie.

A pleines mains, une jeune personne, au large chapeau, soulève jusqu’à

la ceinture son jupon et sa jupe, découvrant son pantalon clos, sur

laquelle se détache cette inscription chère aux courtauds de boutique:

_Fermé le dimanche._

(Le _Sourire_, 14 mars 1908.)

Le mot est drôle—déjà il avait été révélé par le _Sottisier_ du

_Mercure_—mais, ce n’est qu’un mot. On en peut dire autant de cette

légende de Gris:

—Comment tu portes des pantalons fermés, maintenant?

—Mais certainement. Toujours pendant les vacances...

—Ah oui! Réouverture en septembre...

(Le _Rire_, 11 septembre 1909.)

C’est précisément le moment où de très honnêtes dames les reprennent,

après les avoir quittés tout l’été. Mais, rassurez-vous: ils ne sont

pas fermés.

La plus jeune des arpètes de l’atelier—elle accuse seize ans et en

paraît bien treize—ne consentirait pas à les porter ainsi. C’est moins,

dans sa bouche, une négation qu’une protestation indignée:

—Ta mère ne te mets plus de pantalons fermés?

—Penses-tu?... j’ai seize ans aujourd’hui.

(Poulbot: Le _Rire_, 1er octobre 1908.)

Plus jeune d’un an, Nini est moins heureuse. Sa mère, une femme qui

sans doute a eu des malheurs dont la jouvencelle est peut-être la

conséquence,—l’inconséquence d’un vieux—la condamne aux pantalons

fermés qu’elle-même prétend porter:

LES QUINZE ANS DE NINI.

—Comment un pantalon fermé?

—Oui, ma fille... comme moi.

(Mirande: Le _Rire_, 27 décembre 1913.)

Le Pantalon Féminin · 第 20 / 26 段