en s’habillant, de rentrer dans la batiste du pantalon le pan, qu’en
l’enfilant, aura laisser tomber la complicité de la fente.
—Que voulez-vous? c’est forcé..., répondront-elles avec une petite
moue drôle, si on les plaisante. Et, pour peu qu’on insiste, elles
ajouteront, philosophes, en manière de consolation:
—Bah! avec ça que ça ne pend pas à toutes?
Sans doute... Il en est même, qui, sans chercher plus loin, le laissent
pendre, ce pan, pour rien, pour le plaisir, parce qu’elles le trouvent
amusant. Ça leur donne un air gamin qui ne leur déplaît pas.
Prenez garde, Mesdames: je sais bien que vous ne commencez pas à
grossir, mais souvenez-vous de ce couplet au gros sel, adressé aux
Fédéralistes, qui eut son heure de vogue dans les salons de la
Restauration:
Renfermez dans vos culottes
Le bout d’chemis’ qui vous pend;
Qu’on n’ dis’ pas qu’ les patriotes
Ont arboré l’ drapeau blanc[523].
Les «duchesses les plus délicates et les plus charmantes femmes du
monde»[524] chantonnèrent ces méchants vers et en rirent aux larmes. Si
misérable fut-elle, au moins elles avaient une excuse: ne portant pas
de pantalons, elles n’avaient point à craindre semblable accident.
Que la fente soit ou ne soit pas close et que la chemise apparaisse
plus ou moins, les heures sont courtes et passagères qui permettent de
répondre à une grande fillette que sa mère veut empêcher de faire des
«tourniboiles» sur l’herbe, comme les garçons:
—Mais maman, on ne verra rien, j’ai un pantalon fermé[525].
Laissez quelques rares jeunes femmes s’entêter à les porter ainsi,
prétendant, la bouche pincée, que «c’est plus intime», qu’«on est mieux
chez soi» et soyez convaincues qu’elles sont l’exception, l’exception,
ajouterait la sagesse des nations, qui confirme les règles. Toutes les
autres, effrayées par la gêne du pantalon fermé, les portent ouverts.
Celles même qui, à la scène, se voient forcées, dans certains rôles,
d’affronter l’ennui du pantalon officiel, s’empressent, à la ville, de
le troquer contre son frère plus conforme aux lois de la nature. D’où
cette anecdote dont Louise Balthy fut l’héroïne et que Jean Lorrain
contait dans l’_Echo de Paris_, avec tout son esprit.
Dans un salon du faubourg Saint-Germain, malgré l’insistance de tous,
elle refusait «de dire la fameuse ronde du _Moulino de la Galettas_,
cette cachucha chantée où l’artiste se révéla si impayable; à quoi la
chanteuse, requise tout à trac:
—Mon pas espagnol, ici, impossible, mon p’tit; j’ n’ai pas de pantalon
fermé[526].
Qu’un trop timide amoureux ne s’effraie donc pas trop si, sous les
jupes de l’aimée, ses mains viennent à rencontrer, ce qu’il devait
prévoir, la batiste tiède d’un pantalon et surtout qu’il n’ait pas
une exclamation de désappointement et de mauvaise humeur. C’est là un
passage et non un obstacle, et toutes les femmes n’ont pas pour tant
d’innocence, la suprême indulgence de Marguerite:
«On entendit un léger bruit étouffé presque aussitôt; le nom de Raoul
prononcé plusieurs fois, puis cette énergique exclamation:
—Ah! sacrebleu! un pantalon!
«Un silence suivit... une petite voix le rompit en murmurant ces mots:
—Il est fendu![527]
Bien que Maugis ait prétendu, à un thé,—à qui se fier,
vraiment?—qu’elle les portait fermés, celui de Marthe Payet n’était pas
moins ouvert, au cours du petit raid intime qui, à Bayreuth, la fit
surprendre par sa belle-sœur à califourchon sur les genoux du critique.
«...Mais qui donc parle dans la chambre de Marthe?
«Ce murmure qui ne cesse pas, ponctué d’un rire tranchant ou d’une
exclamation de ma belle-sœur... Une étrange conversation à coup sûr.
«Soudain! un cri. Une voix d’homme profère un juron, puis la voix de
Marthe irritée:
—Tu ne pouvais pas caler ton pied? Un peu plus je me blessais!...
«J’ai saisi le loquet. J’ouvre, je pousse le battant de toutes mes
forces, un bras devant le visage comme si je craignais un coup...
«J’aperçois, sans comprendre tout de suite, le dos laiteux de Marthe,
ses épaules rondes jaillies de la chemise. Je vois aussi ses petits
pieds vernis, qui pointent à droite et à gauche, écartés comme ceux
d’un homme qui monte sans étriers... Elle est... elle est... assise sur
les genoux de Maugis, de Maugis rouge, affalé sur une chaise, et tout
habillé, je crois..... Marthe crie, bondit, saute à terre et démasque
le désordre de l’affreux individu. Une espèce de plainte—sanglot?
nausée?—m’échappe; et je détourne les yeux de ma belle-sœur.
«Campée, debout, devant moi, en pantalon de linon à jambes larges et
juponnées, elle évoque irrésistiblement, sous son chignon roux qui
oscille, l’idée d’une clownesse débraillée de mi-carême. Mais quelle
tragique clownesse, plus pâle que la farine traditionnelle, les yeux
agrandis et meurtriers... Je reste là sans pouvoir parler.
«La voix de Maugis s’élève, ignoblement gouailleuse:
—Dis-donc, Marthe, maintenant que la môme nous a zieutés, si qu’on
finirait cette petite fête... Qu’est-ce qu’on risque?[528]
Ce brave Maugis, il ne doute de rien. C’est presque la réplique de la
phrase connue du commissaire, après le constat d’adultère, la femme en
larmes et en chemise et le complice, un peu gêné, trouvant qu’il y a,
dans la vie, des petites comédies qui se terminent bien mal:
—Maintenant, continuez!... si vous pouvez.
Ah! Marthon, combien préférables les soirs de villes d’eaux, où, les
petits chevaux aidant, il vous était loisible de retirer votre pantalon
et où nul incident fâcheux ne venait vicier l’arrivée:
«Elle est venue dans ma chambre, toute gaie; il lui a suffi de retirer
son pantalon pour oublier la culotte qu’elle venait de prendre»[529].
_Lucie, fille perdue et criminelle_, assiste, de sa cachette, à
une reprise de manège très analogue à celle de Bayreuth. Le cadre
seul diffère, quoique il ne soit pas davantage noir. Là encore,
contrairement à la légende de la gravure des petits pieds, «tout (ne)
se passa (pas) à l’ordinaire».
Naturellement, le pantalon d’outre-rein était ouvert, lui aussi:
«...Ils en étaient passés à l’action! Et Maucroix tenait la duchesse
sur ses genoux, la duchesse qui avait jeté tous ses vêtements, et qui,
grasse, en pantalon, les fesses débordantes dans un balancement, toute
la peau à nu presque, écrasait ses belles chairs laiteuses contre cet
homme, lequel commençait à frémir, à s’énerver, à tâter de tout cela
d’un air éperdu»[530].
Ouvert également le pantalon de Virginie Chômel, dont les dentelles
avaient choqué, peu de temps auparavant, la receveuse des postes, une
femme à principes, qui s’était trouvée «seule avec elle dans un endroit
intime».
Cette fois, l’enfant s’est laissé surprendre dans le cabinet de
toilette de M. Le Vergier des Combes; elle n’est pas sur les genoux,
mais aux genoux du vieil homme, qui semble n’avoir rien perdu de sa
dignité. Son attitude est presque patriarcale:
[Illustration]
«Je n’ai, d’abord, vu que de jolis petits pieds chaussés de bas à côte
et ajourés qui montraient des talons hauts et des semelles fines,
posés gentiment, comme à confesse, dans un énorme encadrement de
chemises, de jupes bordées de dentelles et de culottes, bâillant juste
assez pour offrir à l’air un double croissant de peau rose, le tout
coiffé, couronné de cheveux châtains répandus en boucles, en mèches, en
touffes, en queue,—crinière de cavale plutôt que chevelure de fille,
sur laquelle une main sèche et autoritaire comme un sceptre s’appuyait
avec autorité»[531].
La congestion menaçante et, sans avoir été Maurice de Saxe, c’est ainsi
que finit le beau rêve que fut la vie pour certains privilégiés.
A la scène même, et en court, Mossieu! combien d’autres que Nana les
portent ouverts. C’était le cas de Pimprenette, et, dans le beuglant
de province où elle débutait, elle eut, pour faire... face au chahut
qui, de l’orchestre, montait vers elle, le geste de mépris auquel la
Mouquette dut le plus clair de sa réputation. Il est vrai que la pauvre
fille n’en portait d’aucune sorte.
«Sur quoi, Pimprenette exaspérée eut un de ces gestes qui déchaînent
les révolutions... Elle se retourna prestement et, d’un geste canaille,
troussant jusqu’aux reins sa jupe déjà si courte, ne permit à personne
d’ignorer qu’elle portait un pantalon fendu»[532].
Allons, ne vous excitez pas, pâle voyeur. Vous ne vous figurez pas que
je vais vous introduire dans la loge de Pimprenette de Folligny, en
passe (un mot qui lui convient très bien) de devenir une des étoiles de
nos plus éphémères music-hall. Vous ne verrez rien, mais il vous sera
permis d’écouter ce dialogue aussi suggestif qu’un film non visé par la
censure et n’y revenez pas:
—Ah! zut! Et mon pantalon! c’est ça qui va m’enlever mon blanc! Faut-il
que je sois bête! Comme si je n’aurais pas dû y penser.
—Ben, n’en mets pas, voilà tout.
—Non! mais tu ne voudrais pas, tout de même! Pense donc que je n’ai
qu’un sarreau d’écolière et pas de maillot... Ma vieille, ça serait un
coup à se faire emboîter!
—C’est bien ça les hommes, grommela Hortense, philosophiquement, ils
ne viennent que pour voir de la peau, et quand on leur en montre, ils
gueulent! Enfin... je vais te le tenir tout ouvert, tu n’auras qu’à
glisser les jambes sans frôler...[533]
Si ouvert qu’il lui fût présenté, le pantalon de Pimprenette ne devait
pas être «fendu», ce soir-là.
La combinaison, cet objet bâtard, tenant à la fois de la chemise et du
pantalon qui nous est revenu d’Amérique affublé de ce nouveau nom, est
non moins ouverte et... c’est forcé.
Déjà, en 1863, la _Mode illustrée_ dont l’initiative en matière de
dessous ne fut pas toujours heureuse, avait soumis à ses abonnées un
bien singulier modèle de pantalon. Par devant, un tablier retombait
sur la fente pour la masquer. Cela devait donner à celles qui le
portaient—si jamais aucune en porta—un faux air de Vénus hottentote,
tandis que, par derrière, la fente se boutonnait, comme une
brayette[534].
C’était hideux et mille fois plus inconvenant que le pantalon, malgré
l’énormité d’une solution de continuité qui aurait fait fuir bien loin
le petit diable de Papefiguière.
En 1866, elle fit mieux, et bravement, sans songer à lui infliger un
baptême et le «patent» d’une importation des U. S., lança un modèle de
chemise-pantalon, auquel était jointe cette glose:
«Nous cherchons toujours à donner à nos abonnées, outre les objets
pour ainsi dire _classiques_, ceux qui nous semblent concilier le
progrès avec l’utilité. Nous plaçons par conséquent sur notre planche,
consacrée au linge et à la lingerie, un modèle encore inconnu, mais
destiné à obtenir, croyons-nous, un véritable succès; nous l’appelons
la chemise-pantalon, parce qu’il _résume_ ces deux objets, jusqu’ici
distincts l’un de l’autre»[535].
Chemise et pantalon n’étaient guère jolis à cette époque—une bonne
à tout faire refuserait de s’en affubler, aujourd’hui, ses jours
de sortie, pour aller... cueillir la violette avec le pompier de
ses rêves—leur résumé ne l’est pas davantage naturellement. Il est
difficile de concevoir quelque chose de plus laid que la grand’mère de
la combinaison.
Mise en goût par cette création, la _Mode illustrée_ le conçut,
cependant: ce fut la chemise de nuit-pantalon.
Pourquoi pas la chemise à trou?
Je doute que l’objet ait obtenu, à l’époque, le succès qui lui était
prédit. Il fallait, pour qu’il l’obtint, beaucoup plus tard, qu’il eut,
comme le pantalon et comme la chemise, singulièrement modifié sa forme
et que les Américaines s’en soient mêlées.
Américaines et Anglaises professent volontiers, en effet, contre la
chemise, les préventions des Merveilleuses du Directoire. Ses plis sont
«ondulants et maladroits. Voilà plus de deux mille ans que les femmes
portent des chemises, cela était d’une vétusté à périr»[536].
La chemise ne remonte pas, à vrai dire, aussi haut dans l’histoire
de nos mœurs; ce ne fut pas une raison, quand vint la mode des jupes
collantes, pour ne point la supprimer, grâce à la _combinaison_, le
nouveau nom de la chemise-pantalon, qui, pour reprendre le mot de la
_Mode illustrée_, résumait les deux articles.
La vogue de la combinaison fut grande et immédiate. Elle sévit jusque
dans les pensionnats de jeunes filles; en Angleterre, paraît-il, les
jeunes filles qui en portaient auraient seules été longtemps dispensées
d’avoir à baisser leur pantalon pour recevoir la vieille cinglade
britannique.
Si la combinaison sévit encore, je veux croire, en ces temps d’entente
cordiale, que la cinglade, malgré son antiquité, a cessé de sévir, si
elle a jamais sévi autrement que dans l’imagination d’Hector France,
qui fut un fantaisiste aimable, et des collaborateurs anonymes dont le
pseudonyme de Jean de Villiot couvrait le... fonds social.
En France, la combinaison ne fut pas cependant sans rencontrer, tout
d’abord, des résistances analogues à celles qu’avait rencontrées le
pantalon lui-même.
Toutefois, elles durèrent moins longtemps.
En 1885, dans son _Art de la Toilette_, Violette croyait pouvoir porter
contre elle un jugement sans appel:
«Je n’ai point voulu parler de cette sorte de maillot de batiste qui
réunit en une seule pièce la chemise et le pantalon, sous prétexte de
ne point grossir la taille sous le corset. On a tenté cela; mais échoué
dans le quart de monde, ce ballon mort-né, frappé à l’avance d’une
piqûre fatale, n’a pu s’élever dans les sphères d’une élégance plus
pure: cela manquait à la fois de grâce et de chasteté»[537].
Il est peu de jugements qui ne soient sujets à révision. Je ne sais si
la combinaison argua d’un «fait nouveau» pour faire casser l’arrêt
de Violette, mais il semble, sans avoir eu à subir les conclusions
de Maître Labori, avoir eu devant la cour suprême que composent nos
contemporaines, tous les honneurs de la cassation.
La Parisienne a fait, il est vrai, une concession aux chers usages
auxquels nous devons les gestes jolis et classiques de la femme qui
se déshabille. Le plus souvent, elle n’a pas sacrifié la chemise à
la mode nouvelle: la combinaison, portée sur le corset, tient lieu
de cache-corset et de pantalon, ou de cache-corset et de jupon.
Dans ce dernier cas, on l’a affublée d’un nouveau nom: c’est la
_combinaison-marquise_.
Les catalogues des magasins de nouveautés et les étalages des lingères
suffiraient, s’il en était besoin, à marquer la place qu’a prise
en France, depuis trente ans, la combinaison. La concurrence de la
«petite culotte Louis XV»[538] et du «pantalon-cuirasse», dont Mme
Claire de Chancenay vantait, en 1891, les avantages aux lectrices du
_Figaro_[539], n’ont rien pu contre sa vogue chaque jour grandissante.
Les journaux de modes, comme les femmes, se sont prononcés pour la
combinaison et il n’est jusqu’à la _Mode pratique_ qui n’en ait
célébré les bienfaits.
Dans un article trop long pour être reproduit, Mme de Broutelles va
jusqu’à faire ressortir l’économie de blanchissage que représente
la combinaison[540]. Le linge sale demande à être lavé en famille;
préférons-lui, plutôt, ces indiscrétions assez amusantes touchant les
Américaines et leur manière de porter la chemise... quand elles en
portent:
«Les Américaines qui ont voyagé en Europe portent assez volontiers une
chemise, mais sans renoncer pour cela à leur petit tricot qu’elles
appellent en français un _veston_. Celui-ci se porte directement sur
la peau, par-dessus elles agrafent directement leur corset, mettent
leur pantalon, et c’est après tout cela qu’elles endossent une chemise,
qui tient lieu à la fois de corsage de dessous et de petit jupon; une
chemise qui est une sorte de robe de dessous»[541].
D’autres que les Transatlantiques ont porté, nous l’avons vu, le
pantalon sous la chemise, mais cette chemise qui tient lieu à la fois
de corsage et de jupon ressemble bien plus à la combinaison qu’à la
chemise. C’est, dans toute sa simplicité, la combinaison-marquise.
La _Mode pratique_ avait bourgeoisement vanté les économies de
blanchissage que permettait de réaliser la combinaison. La _Nouvelle
Mode_, elle, leur substitua les avantages que la mode nouvelle
présentait au point de vue de l’hygiène[542].
Je n’insisterai pas et j’en aurais fini avec la combinaison, à
laquelle, pour être franc, j’avouerai préférer, comme Violette, le
pantalon, si, à ce sujet, l’Allemagne ne nous fournissait quelques mots
composés de la plus belle venue.
On ne peut pas toujours composer des mélanges asphyxiants, rédiger de
fausses dépêches, bombarder des cathédrales ou mutiler des femmes et
des enfants: il faut alors se rejeter sur les mots composés, ce qui,
comme on sait, remplacent, sur les bords de la Sprée, les chansons à
Montmartre.
Sans avoir eu, le plus souvent, la mauvaise curiosité d’aller y voir,
on connaît l’inélégance des dessous de la femme allemande:
«Des jupons de flanelle, des pantalons de flanelle rouge, des corsets
en coutil mal faits, des chemises bien hautes en grosse toile, des bas
tricotés bien courts, finissant au-dessous du genou»[543].
M. Grand-Carteret a beau, après cette citation, crier à
l’exagération—ce n’est pas «moche» c’est «boche»—cette description ne
semble pas mentir à la réalité. Une aimable femme, que son commerce a
fait séjourner à Berlin, a bien voulu me donner à ce sujet des détails
amusants et y a même joint des catalogues et des échantillons à leur
manière suggestifs.
En dehors des clientes de l’abbé Kneipp, auxquelles l’hygiène interdit
de porter des pantalons; dans la classe moyenne, la plupart des femmes
n’en portent pas davantage, l’été. Uniquement destiné à tenir chaud,
long et large, tombant à mi-mollet, caleçon plutôt que pantalon
féminin, il n’est guère en usage que l’hiver et alors apparaissent
sous les jupes des femmes et des filles des herr professor, outre le
classique madapolam, le croisé, le molleton, la flanelle, rouge parfois
et plus souvent grise—c’est moins salissant.
La bourgeoise n’a pas besoin de posséder dans son armoire un jeu
complet de pantalons. Elle n’en porte que l’hiver et en change
rarement. Deux ou trois, et même moins, suffisent.
Le feutre noir est particulièrement apprécié. Un pantalon de feutre se
porte toute la saison. En avril ou en mai seulement, on l’envoie chez
le dégraisseur, pour ne le reprendre qu’au commencement de l’hiver
suivant.
Pouah! voilà qui peut satisfaire la louable économie domestique de
l’Allemande; mais ces détails suffiraient sans doute à assagir les
mains de nos «poilus» les plus entreprenants et les moins raffinés.
Ce sont pourtant les modèles de «Damen-Beinkleider»—ne traduisez pas
par caleçons de bain pour dames—les plus courants.
Dans le grand monde et dans le demi—ils se touchent toujours de très
près et en matière de dessous et de déshabillés sont généralement
tangents—le haut persil berlinois enfile, il est vrai, sous la jupe
tailleur, une «culotte abbé Louis XV» de satin ou de surah noirs,
doublée de liberty clair, qui, collante des hanches, est serrée au
genou par une boucle d’acier ou d’argent.
Ce fut là, ces dernières années, le dernier bateau pour les grandes
élégantes. Cette culotte tenait lieu de jupons. Puis, dans l’entourage
du Kronprinz-Monseigneur, où l’on passait pour ne pas mépriser les
hommes de la garde, quel ragoût devaient avoir les plus notoires
déshabillées, quand leurs jupes tombées, elles apparaissaient
travesties de la sorte.
On obéissait ainsi aux lois de la nature, tout en satisfaisant certains
goûts que la Correctionnelle apprécie assez sévèrement et auxquels le
Mauric’s-bar a dû son éphémère réputation.
Mais il n’est pas donné à toutes les femmes de donner à leur époux,
à leur amant ou à leur client, l’illusion d’un «Jésus-la-Caille». A
côté des «Damen-Beinkleider» et de la «culotte abbé Louis XV», il y a
place pour différents systèmes de pantalons, que la langue allemande a
différemment baptisés.
Tout d’abord, le «système normal»—breveté et contrefait combien!—du
docteur.
Fait en tricot, l’objet descend jusqu’aux pieds, et affecte la forme
soit d’un pantalon, soit d’une combinaison. La bottine à élastiques et
à tirettes se met par dessus.
Ce n’est pas mal, mais, en fait de combinaisons, il y a mieux et il
faut vraiment que l’on ait recours à la bêtise de 93 intellectuels
allemands pour leur trouver des noms, des noms à coucher sous les ponts
ou à finir dans un camp de concentration, et sans les retirer, encore!
On a ainsi le «Hemd-Rock-Beinkleid» (chemise-jupon-pantalon); le
«Hemd-Beinkleid» (chemise-pantalon, la combinaison proprement dite);
et l’«Untertaille-Rock u. Beinkleid» (cache-corset-jupon et pantalon).
Ces différents objets sont, on le voit, aussi composés que les mots qui
les désignent... Les catalogues des maisons de confection allemandes en
offrent divers modèles et ils se font en plusieurs qualités.
La qualité supérieure ne se contente pas d’être plus fine de
tissu, plus soignée, plus élégante et plus courte de jambes. Un
perfectionnement lui a été apporté, qui mérite d’être noté.
Moins que toute autre, la femme allemande ne peut songer à porter des
pantalons et moins encore des combinaisons fermés. Les chopes de bière
qu’elle ingurgite volontiers à la brasserie, à côté de son seigneur et
maître, le lui interdisent formellement. Elle a, toutefois, une pudeur,
ou mieux une pudibonderie relative et, pour pallier aux inconvénients
de la fente généralement aussi béante que le sourire de l’héritier du
trône d’Allemagne, elle a trouvé quelque chose, dont aucune Parisienne
ne voudrait jamais, sans doute, affronter le ridicule.
La combinaison d’un modèle soigné est _à pont_.
Ce détail est très scrupuleusement représenté sur la figure du
catalogue. C’est à la fois grotesque et inconvenant. L’on ne peut
songer sans rire à la gymnastique à laquelle sont contraintes les
malheureuses qui portent cette lingerie. Oh honte! au lieu de Bacchus
ivre ou de Danaé surprise, Dorothée en train de baisser son pont ou
Charlotte occupée à remonter le sien!
Et à l’heure des abandons, lors des petits jeux qui, dans la chambre
tiède, où stagne le mélange cher du chypre et du tabac blond,—plus
blond et plus savoureux que toi, Gretchen!—précèdent les soupirs et les
mots entrecoupés de la bien-aimée, avoir à déboutonner le pont de sa
combinaison, à moins qu’elle ne préfère le faire elle-même:
—Attends, chéri, que j’défasse mon pont.
Voilà qui, dans la langue du grand siècle, doit singulièrement vous
monter le bourrichon!
C’est comme pour les armements. L’Allemagne ne pouvait naturellement
s’arrêter en aussi belle voie. Les dessous de la femme allemande sont,
ainsi que ses appas, de l’artillerie lourde. Le «Hemd-Rock-Beinkleid»
représentant sur sa Krupp le 320 autrichien, quoi d’étonnant
à ce qu’elle y ait joint un «kolossal» 420, sous la forme des
«Reformbeinkleider».
Dans ce pays de la Réforme, où cependant l’on semble réformer
si peu, quelque docteur à court de mélanges détonnants ou de
torpilles sensationnelles—avec tous ses défauts, bien préférable la
Môme!—devait songer à réformer le pantalon féminin. Il est vrai que,
malheureusement, cela ne dut faire de mal à personne et bien peu gêner
les plantureux séants qui, huit mois de l’année, ignorent totalement
l’usage des pantalons.
Ils ne se sont d’ailleurs pas fatigué les méninges, les intellectuels
allemands, pour trouver ça: il y a vingt-cinq ans, bien des petites
femmes, dont les agents de M. Lépine eurent peine à endiguer la rage
réformatrice, en avaient fait autant. Les «Reformbeinkleider», c’est
tout bêtement la culotte de bicyclette, sans bicyclette. Seulement, la
ménagère allemande qui est à la fois économe et pudique à sa façon, la
porte en flanelle, toujours pour économiser les frais de blanchissage
et passe par-dessus une jupe. Elle est ainsi vêtue et protégée contre
les surprises du froid, je ne parle pas de celles des sens. Pour elle,
ils comptent peu. L’accouplement est pour l’Allemande une fonction plus
qu’un plaisir et elle ignore généralement, malgré son penchant pour les
bocks, «la froide majesté de la femme stérile».