Tout est bien changé. Olivari est mort, les _Vendanges_ ont disparu,
Passoir est un bon bourgeois, sa seule maison garde son immense
renommée. Mais les excentricités de l’ex-danseur lui ont fait une telle
réputation qu’on en parlera longtemps encore dans le quartier, où il a
laissé les meilleurs souvenirs. Sa manie de voyager était poussée si
loin que, lorsque les affaires allaient bien, il prenait de l’argent,
et, sous le prétexte d’aller à Bercy ou à l’Entrepôt faire ses achats,
il partait; deux, trois, et parfois six mois s’écoulaient sans qu’on
eût de ses nouvelles. Sa femme ne s’en inquiétait pas, elle faisait ses
affaires, tenait son comptoir, gourmandait son chef et ses garçons,
remplaçait même avec avantage son mari. Elle le connaissait et était,
dès longtemps, habituée à ses escapades.
Si on lui demandait des nouvelles du volage, elle répondait naïvement:
«Je ne sais pas s’il est en Espagne ou bien à Marseille, peut-être en
Angleterre.»
Olivari rentrait un beau matin, était fort étonné de ne pas voir son
couvert à la table du déjeuner, se faisait donner une assiette, prenait
place, mangeait comme quatre, et il n’y avait pas d’autre explication,
tout était dit. Jamais sa femme ne lui fit un reproche, jamais il ne
lui dit quels pays il avait visités dans ses excursions. Ils faisaient
ainsi le meilleur ménage connu.