Le supplice à propos de ma toilette recommence. Beaucoup de
personnes me croient légitimiste.--J'ai une cravate qui fait
trois fois le tour de mon cou, comme en portaient les incroyables,
comme en avaient les royalistes sous la Restauration.--Cependant
les espérances que ce parti a pu concevoir à mon propos ne tardent
pas à s'évanouir. Ma mère a trouvé à côté d'un collier de chien,
dans le fond d'une malle, un col en crin, et je le mets. On crie
au «bonapartisme» cette fois! C'est le signe de ralliement des
brigands de la Loire, la cravate des duellistes du café Lemblin.
Suis-je venu pour chercher querelle aux membres du club blanc, qui
est justement là sur la place? On se perd en conjectures, mais
l'étonnement devient bien autre, quand un dimanche on me voit
apparaître sur le cours, vêtu comme la _meilleure des
républiques_.
J'ai une redingote marron, un parapluie vert et un chapeau gris.
C'est mon costume de demi-saison. Ma mère voit que je grandis et
elle a voulu m'habiller comme un homme des classes moyennes, qui a
de l'étoffe, ne vise pas au freluquet et a pourtant son cachet à
lui. J'ai du cachet,--mais je suis modeste et je préférerais
vivre dans l'obscurité, ne pas donner aux partis des espérances
étouffées le lendemain,--avec cela que j'étouffe aussi! cette
redingote est si lourde et les manches sont si longues que je ne
puis pas me moucher.
Légitimiste aujourd'hui, bonapartiste demain, constitutionnel
après-demain, c'est ainsi qu'on pervertit les consciences et qu'on
démoralise les masses!
Puis les camarades sont toujours là,--on m'appelle Louis-Philippe.
C'est même dangereux par ce temps de régicide.
Les jours de _classe moyenne_, quand je suis en _bourgeois
citoyen_, je rentre brisé.