Le siége continué par un membre de la société de la vérité et par un
fanatique d’Exeter-Hall.
Charles n’était pas au bout de ses épreuves. Nous craignons qu’à cette
nouvelle le lecteur ne frissonne, parce qu’il a, dans cette affaire, sa
bonne part d’ennui. Toutefois le lecteur trouve cet adoucissement à sa
position: il lit cette histoire dans un moment d’oisiveté, et Charles en
subissait la réalité à une heure d’action et d’inquiétude. Il s’était
donc écoulé peu de temps depuis le départ de Zorobabel, lorsque le
propriétaire de la maison se présenta de nouveau à la porte. Il assura à
M. Reding que ce n’était pas sa faute si les deux dernières personnes
lui avaient fait visite. La jeune dame s’était faufilée à son insu, et
le _gentleman_ avait forcé le passage. Mais, cette fois, il venait
solliciter réellement une entrevue pour un personnage à grandes
prétentions littéraires, avec qui il avait eu quelques rapports, et qui
était venu du quartier Ouest de Londres pour le seul honneur de
s’entretenir avec M. Reding. Charles gémit, mais une seule réponse était
possible. La journée d’ailleurs était déjà perdue, et avec une espèce de
résignation triste, il donna la permission d’introduire l’étranger.
C’était un homme à la face pâteuse, d’environ trente-cinq ans, qui, tout
en parlant, relevait ses sourcils et avait un sourire particulier. Il
commença par exprimer la crainte que M. Reding n’eût été fatigué par ces
visiteurs impertinents et inutiles, gens sans intelligence, dont le
fanatisme aveugle ne pouvait inspirer que le mépris. «Je connais assez
les Universités, continua-t-il, pour déclarer qu’il ne peut exister
aucune affinité entre leurs membres et la masse des sectaires religieux.
Vous avez eu parmi vous, à Oxford, des hommes très-éminents, appartenant
à des écoles très-différentes; cependant c’étaient tous des hommes
capables, qui se sont fait distinguer par leur zèle pour la vérité,
quoiqu’ils soient arrivés à des opinions contradictoires.» Reding,
ignorant où il voulait en venir, resta dans une attitude expectante.
«J’appartiens, continua le nouveau visiteur, à une société qui s’est
consacrée à étendre parmi toutes les classes la recherche de la vérité.
Tout esprit philosophique, monsieur Reding, doit avoir senti un intérêt
profond pour votre parti, à l’Université. Notre société, dans le fait,
vous considère comme un des agents les plus remarquables de cette œuvre
si importante, et je ne puis vous offrir, individuellement, un
compliment plus flatteur, à vous dont le nom a paru naguère d’une
manière si honorable dans les journaux, qu’en vous nommant membre de
notre Société de la Vérité. Voici votre diplôme, ajouta-t-il eu lui
remettant une feuille de papier.» Charles y jeta un coup d’œil. C’était
une feuille, partie gravée, partie imprimée, partie manuscrite. Un
emblème de la vérité occupait le centre. Ce n’était pas un soleil
radieux, ni une étoile brillante, comme on aurait pu l’attendre, mais la
lune dans une éclipse totale, environnée des têtes de Socrate, de
Cicéron, de Julien, d’Abailard, de Luther, de Benjamin Franklin et de
lord Brougham, en guise de chérubins. Puis venaient quelques phrases
disant que l’Association de la branche de Londres, faisant partie de la
Société Britannique et Étrangère de la Vérité, ayant la preuve du zèle
déployé dans la poursuite de la vérité par Charles Reding, Esq., membre
de l’Université d’Oxford, l’avait admis à l’unanimité dans son sein, et
lui avait assigné la haute et importante mission de membre associé et
correspondant. «Je remercie beaucoup la Société de la Vérité, dit
Charles lorsqu’il arriva au bout de la feuille, pour cette marque de son
bon vouloir; je regrette, toutefois, d’avoir quelque scrupule à
l’accepter jusqu’à ce qu’on ait fait disparaître quelques-uns des
protecteurs dont les têtes couronnent le diplôme. Par exemple, je n’aime
pas fort me trouver à l’ombre de l’empereur Julien.--Vous respecteriez
cependant son amour de la vérité, je présume, dit M. Batts.--Pas
beaucoup, je le crains, monsieur, en voyant que cet amour ne l’a pas
empêché d’embrasser sciemment l’erreur.--Non, non, pas l’erreur,
d’embrasser ce qu’il _croyait_ être la vérité; et Julien, à mon avis, ne
peut être accusé d’avoir déserté la vérité, puisque dans le fait il fut
toujours à sa recherche.--Je crains qu’il n’y ait sur ce point une
différence très-marquée entre vos principes et les miens.--Ah! mon cher
monsieur, un peu d’attention à nos principes ferait disparaître cette
différence. Permettez-moi de vous offrir cette petite brochure, dans
laquelle vous trouverez établies quelques vérités fondamentales, sous la
forme d’aphorismes. J’appelle particulièrement votre attention sur la
page 8.» Reding chercha cette page, et lut ce qui suit:
«_De la poursuite de la vérité._
»1. Il est incertain que la vérité existe.
»2. Il est certain qu’on ne peut la trouver.
»3. C’est une folie de se vanter de la posséder.
»4. Le travail et le devoir de l’homme, comme homme, consistent non pas
à la posséder, mais à la chercher.
»5. Son bonheur et sa véritable dignité consistent à la poursuivre.
»6. La poursuite de la vérité est une fin; on doit s’y engager par amour
d’elle-même.
»7. Comme la philosophie est l’amour, et non la possession de la
sagesse, ainsi la religion est l’amour, et non la possession de la
vérité.
»8. De même que le Catholicisme commence par la foi, de même le
Protestantisme finit par l’examen.
»9. Comme il y a du désintéressement à chercher, ainsi il y a de
l’égoïsme à réclamer la possession.
»10. Le martyr de la vérité est celui qui meurt en déclarant qu’elle est
une ombre.
»11. C’est le martyre de toute la vie que de changer toujours.
»12. La crainte d’errer est la ruine de l’examen.»
Charles ne poussa pas plus loin sa lecture; ce qui suivait avait le même
caractère. Il rendit la brochure à M. Batts. «J’ai vu suffisamment,
dit-il, les opinions de la Société de la Vérité pour admirer leur
originalité et leur franchise; mais, excusez-moi, je ne saurais y
trouver du bon sens. Il est impossible que je souscrive à ce qui est si
clairement opposé au Christianisme.» M. Batts parut contrarié. «Nous ne
voulons pas, répliqua-t-il, nous opposer au Christianisme; nous désirons
seulement que le Christianisme ne s’oppose pas à nous. Il est
très-fâcheux que nous ne puissions pas aller notre chemin, quand nous
permettons aux autres de suivre le leur. A mes yeux, il est imprudent,
dans un siècle comme le nôtre, de représenter le Christianisme comme
hostile au progrès de l’esprit, et de faire des ennemis de la Révélation
de ceux qui désirent sincèrement «vivre tranquilles et laisser vivre les
autres».--Mais les contradictions ne peuvent être vraies, repartit
Charles. Si le Christianisme affirme que la vérité peut se trouver, ce
doit être une erreur de soutenir qu’on ne peut la trouver.--Il y a de
l’intolérance dans votre Christianisme, je le crois, monsieur. Vous
m’accorderez, je suppose, que le Christianisme n’a rien à faire avec
l’astronomie ou la géologie. Et dès lors pourquoi se mêlerait-il de
philosophie?» C’eût été inutile de prolonger la discussion. Charles
réprima la réponse qui lui venait sur les lèvres, de l’alliance
essentielle de la philosophie avec la religion. Il y eut un silence de
plusieurs minutes, et M. Batts, à la fin, comprit cet avis indirect, car
il se leva d’un air désappointé et souhaita le bonjour à notre infortuné
ami.
Après la fatigue et l’agitation causées par ces conversations
successives, peu importait maintenant à Charles qu’on le laissât ou non
livré à lui-même, car il ne se sentait plus en état d’appliquer son
esprit aux sujets dont il s’était promis de s’occuper le matin. Au
départ de M. Batts, il ne fit donc aucun effort pour travailler. Il se
contenta de s’asseoir devant le feu, triste, abattu, et en danger de
retomber dans les pensées de trouble dont l’avait fait sortir son
compagnon du chemin de fer. Lors donc qu’au bout d’une demi-heure un
nouveau coup se fit entendre à la porte, il admit le postulant avec une
indifférence calme, comme si la fortune avait épuisé ses plus cruelles
rigueurs et qu’il n’eût plus rien à craindre. L’individu qui se présenta
était un homme d’un âge mûr, au teint luisant et aux membres dodus. Il
paraissait se trouver dans des conditions favorables qu’il avait su
mettre à profit. Son habit noir lustré contrastait avec la couleur rose
de son visage et de son cou, que n’emprisonnait pas un faux col. Son
maintien était roide et solennel. Tout cela ajouté à un débit rapide
lorsqu’il parlait, lui donnait un grand air de dindon de basse-cour, qui
aurait frappé Reding, s’il eût été moins las qu’il ne l’était en ce
moment de voir de nouvelles figures. Cet étrange visiteur, en entrant
dans la chambre, jeta autour de lui un coup d’œil investigateur. «Votre
très-humble, dit-il d’un ton brusque. Vous paraissez abattu, mon cher
monsieur; mais asseyez-vous, monsieur Reding, et permettez-moi de
profiter de l’occasion pour vous donner quelques bons avis. Vous pouvez
deviner qui je suis à mon aspect: mon air parle de soi; je ne dirai pas
davantage, je puis vous être utile. Monsieur Reding, continua-t-il, en
rapprochant sa chaise de lui et en étendant sa main, comme s’il allait
le secouer, n’avez-vous pas fait une méprise, en pensant qu’il était
nécessaire de vous adresser à l’Église de Rome pour l’apaisement de vos
difficultés religieuses?--Je ne vous ai pas encore informé, monsieur,
répondit Charles gravement, que j’eusse des difficultés. Excusez-moi si
je suis brusque; j’ai eu bien des personnes qui m’ont fait visite pour
le même objet. C’est très-obligeant de votre part, mais je n’ai pas
besoin d’avis. Quelle sottise que de venir ici!--Bien, mon cher monsieur
Reding; mais écoutez-moi, reprit son persécuteur, en étendant les doigts
de sa main droite et en ouvrant de grands yeux. J’ai raison, je crois
d’appréhender que votre motif de quitter l’Établissement est que vous ne
pouvez introduire le surplis dans la chaire et les chandeliers sur la
table de communion. Or, n’en faites-vous pas plus qu’il ne faut? Pardon,
mais vous ressemblez à un homme qui ferait passer la Tamise sur sa
maison, lorsqu’il a simplement besoin de nettoyer les marches de sa
porte. Pourquoi vous adresser au Papisme, quand vous pouvez arriver à
votre but par une voie plus facile et à meilleur marché? Établissez-vous
pour votre propre compte, mon cher monsieur; agissez pour vous-même;
formez une nouvelle communion, six _pence_ y suffiront; et vous aurez
alors votre surplis et les chandeliers au gré de vos désirs, sans renier
l’Évangile, ou sans vous jeter dans les horribles abominations de la
Grande Prostituée...» Et il se redressa sur sa chaise, les mains
appuyées sur ses genoux écartés, considérant avec un air de satisfaction
l’effet de ses paroles sur Reding.
«J’en ai eu assez de tout cela, répondit le pauvre Charles. En vérité,
vous n’êtes qu’un de plus, monsieur, et je voudrais vous dire que vous
n’avez rien de commun avec les autres; mais je ne puis m’empêcher de
vous regarder comme la cinquième, sixième, ou septième personne (je ne
puis plus les compter) qui est venue ce matin me donner, avec les
meilleures intentions sans doute, des avis que je n’avais pas demandés.
Je ne vous connais pas, monsieur; vous ne m’avez pas été présenté; vous
ne m’avez pas même dit votre nom. Il n’est pas d’usage de discourir sur
des sujets personnels avec des étrangers. Permettez-moi donc de vous
remercier de votre bonté à me faire visite, et puis, de votre nouvelle
bonté à sortir.» Et Charles se leva.
Son persécuteur ne parut pas disposé à se mouvoir, ni à faire attention
à ces paroles. Il attendit un moment, déploya son mouchoir avec beaucoup
de délibération et se moucha; il dit ensuite: «Kitchens est mon nom,
monsieur; le docteur Kitchens. L’état de votre esprit, monsieur Reding,
ne m’est pas inconnu: vous êtes présentement sous l’influence du vieil
Adam, et, en vérité, dans une triste voie. Je m’y attendais. Aussi ai-je
mis dans ma poche un petit traité que je vous presserai d’accepter avec
toute la sollicitude chrétienne qu’un frère peut montrer envers un
frère. Le voici. J’ai la plus grande confiance dans sa vertu. Peut-être
en avez-vous entendu parler. Il est connu sous la dénomination de
l’_Élixir spirituel de Kitchens_. L’Élixir a éclairé des millions
d’âmes; et je prendrai sur moi de vous dire qu’il vous convertira dans
les vingt-quatre heures. Son action est douce et agréable, et ses effets
merveilleux, prodigieux, quoiqu’il ne consiste qu’en huit pages in-12.
Voici une liste des témoignages donnés pour quelques-uns des cas les
plus remarquables. J’ai connu moi-même cent deux cas, dans lesquels il a
opéré un changement salutaire en six heures; soixante-dix-neuf, dans
lesquels son effet s’est produit en trois heures seulement; et
vingt-sept où la conversion a eu lieu immédiatement après sa lecture.
D’un seul coup, de pauvres pécheurs qui, cinq minutes auparavant,
ressemblaient aux démoniaques de l’Évangile, reparaissaient «vêtus et
sains d’esprit». Ainsi je suis au-dessous de la vérité, monsieur Reding,
lorsque j’affirme que je vous garantis un changement chez vous dans
l’espace de vingt-quatre heures. Je n’ai jamais connu qu’un seul cas
dans lequel il ait paru impuissant. C’était un méchant vieillard, qui le
garda dans sa main toute une journée, et en silence, sans aucun effet
visible. Mais ici _exceptio probat regulam_, car, après plus ample
information, nous découvrîmes que ce vieux pécheur ne savait pas lire.
Aussi le _Traité_ lui fut-il administré doucement par une autre
personne, et avant que la lecture en fût terminée, je vous le jure,
monsieur Reding, il tomba dans un sommeil profond et salutaire,
transpira abondamment, et se réveilla, au bout de douze heures, créature
nouvelle, parfaitement nouvelle, et mûr pour le ciel, où il monta dans
le courant de la semaine. En ce moment, nous faisons des expériences
plus larges sur son action, et nous trouvons que même les feuilles
séparées du _Traité_ ont un effet relatif. Et, ce qui vaut encore mieux
par rapport à vous, c’est un spécifique admirable dans le cas de
Papisme. Il attaque directement la matière peccante; et toute la
pourriture des sacrements, des saints, de la pénitence, du purgatoire et
des bonnes œuvres est évacuée de l’âme d’un seul coup.»
Charles restait silencieux et grave, et semblait disposé à accomplir
quelque grand acte d’énergie, plutôt que d’écouter un plus long
bavardage. Le docteur Kitchens continua: «Avez-vous assisté à quelque
discours contre la Babylone mystique, ou à une des controverses
publiques qui ont eu lieu dans un grand nombre de villes? M. Makanoise,
un de mes bons amis, a lutté sur dix points avec trente jésuites, une
bonne moitié de ceux de Londres, et il les a battus sur toutes les
matières. Ne connaissez-vous aucune des lumières d’Exeter-Hall?
N’avez-vous jamais entendu M. Gabb? c’est un _Boanerges_, un vrai
Niagara de paroles: quelle vie dans sa diction! quelle véhémence! quelle
force! Sa voix seule suffit pour terrasser un homme. Il peut parler sept
heures durant sans fatigue. L’année passée, il a parcouru l’Angleterre,
débitant dans tout le pays, en long et en large, une seule, mais
terrible protestation contre la sorcière apocalyptique d’Endor. Il
commença à Devenport et finit à Berwick, et il se surpassa lui-même à
chaque meeting. A Berwick, lieu de sa dernière représentation, l’effet
fut complétement formidable. Un de mes amis l’y a entendu. Il m’a
assuré, quelque incroyable que la chose paraisse, que la voix de M. Gabb
avait brisé des vitres dans une maison voisine, et que deux prêtres de
Baal, qui étaient à leur école d’externat, à un quart de mille environ,
avaient été si maltraités par le seul écho, que l’un d’eux alla se
coucher sur-le-champ, et que l’autre a marché avec des béquilles depuis
lors.» Il s’arrêta un moment, puis il reprit: «Et quelle est la cause,
croyez-vous, monsieur Reding, qui a produit sur eux cet effet? C’était
la connaissance que possédait M. Gabb, relativement au signe de la bête
dont parle la Révélation: il prouva, monsieur Reding, et ce fut le coup
le plus original de son discours, il prouva que ce signe était la croix,
la croix matérielle.»
Le moment était enfin venu; Reding ne pouvait plus y tenir, et, par
bonheur, l’injure de ce cruel intrus lui fournissait les moyens aussi
bien que le motif de le punir. «Oh! dit-il soudain, alors je suppose,
docteur Kitchens, que vous ne pouvez tolérer la croix?--Oh! non; la
tolérer! mais c’est l’Antechrist!--Vous ne pouvez en supporter la vue,
je le soupçonne, docteur Kitchens?--Je ne puis la supporter, monsieur;
quel vrai Protestant le pourrait?--Alors, regardez!» dit Charles, tirant
de son pupitre un petit crucifix qu’il mit devant les yeux du docteur
Kitchens. Celui-ci, tout d’un coup, se dressa sur ses pieds, et,
reculant: «Qu’est-ce que cela?» s’écria-t-il; et son visage rougit et
pâlit tour à tour: «Qu’est-ce que cela? c’est la chose elle-même»; et il
fit un mouvement pour la saisir. «Retirez-la, monsieur Reding, c’est une
idole; je ne puis la supporter; retirez-la.--Elle a vraiment, se dit
Charles à lui-même, un pouvoir magique sur lui»; et il la présenta
encore au fougueux sectaire, tout en la tenant hors de ses atteintes.
«Retirez-la, monsieur Reding, je vous en supplie!» s’écria le docteur en
reculant toujours, tandis que Charles continuait à le presser.
«Retirez-la, c’est trop fort. Oh! oh! épargnez-moi, épargnez-moi,
monsieur Reding!... Nohestan[79]... une idole!... Oh! jeune Antechrist,
démon!... C’est lui, c’est lui... Torture!... Grâce, monsieur Reding!»
Et le misérable docteur commença à s’agiter, toujours regardant le signe
sacré et l’écartant de devant ses yeux. Charles, à cette heure, tenait
la victoire dans ses mains. Il y avait sans doute quelque difficulté à
diriger vers la porte cet impertinent visiteur de l’endroit où il était
assis, mais un seul effort suffit; arrivé là, il ouvrit avec violence
l’un des battants, se précipita dans l’escalier, et se mit à enjamber
deux ou trois marches à la fois. Oubliant tout alors, sauf l’objet de sa
terreur, il vint fondre d’un seul trait sur deux personnes qui se
disputaient pour monter, et tandis qu’il jetait l’un contre la rampe, il
fit bravement rouler l’autre au bas de l’escalier.
[79] On lit au IVe L. des Rois, ch. 18. v. 4: «... Il (Ézéchias) fit
mettre en pièces le serpent d’airain que Moïse avait fait, parce que
les enfants d’Israël lui avaient brûlé de l’encens jusqu’alors, et
il l’appela _Nohestan_»--C’est-à-dire d’après d’Allioli, petit
airain, petit cuivre, vil cuivre.