III

Hildebrand visite la ville, et Pierre se risque à jouer la poule.

Le lendemain, je m'éveillai à sept heures et,--en ouvrant les rideaux

de serge verte de mon lit, pour voir quel temps il faisait,--quel

fut mon étonnement de voir que Pierre,--nous couchions dans la même

chambre,--s'était déjà mis dans la position perpendiculaire, et, les

lunettes sur le nez, était gravement occupé à mettra une belle paire de

bas, auxquels sa mère avait soigneusement refait des talons, le soir

précédent.

Le père Stastok était un homme réglé comme une horloge; il se levait,

en conséquence à six heures, afin d'être prêt à déjeuner à sept et

demie, et, comme il n'avait absolument rien à faire, il passait le

temps intermédiaire à fumer des pipes. Il est remarquable, que moins

on a d'occupation, plus on s'inquiète minutieusement du temps. Si l'on

eût posé au bon vieux Pierre Stastok la difficile question d'assigner

le siège de la volonté, il aurait dû,--s'il eût eu assez de présence

d'esprit pour cela,--poser l'index à deux pouces de distance de son

estomac, et désigner par ce mouvement sur cette partie de son abdomen,

ce qu'il appelait sa _montre d'or._ Et vraiment, s'il me fallait être

régi par une montre d'or, je voudrais l'être par une pareille; car

c'était une bonne, grosse, épaisse et large montre, à double caisse, et

comme chaque matin, au coup de neuf heures, elle était mise d'accord

avec l'horloge du clocher, elle allait, en général, parfaitement bien.

Je trouvai mon oncle dans la chambre de devant qui, par parenthèse, ne

me parut pas un sanctuaire tel que je me l'étais imaginé; j'y trouvai,

dis-je, mon oncle, justement au sortir des mains de son barbier. Il

avait encore sur sa tête chauve son bonnet de nuit, vu qu'il avait

coutume de ne jamais échanger celui-ci contre sa perruque avant onze

heures.

--Un beau petit temps, neveu Hildebrand, me cria-t-il, un beau petit

temps, bien que je le dise moi-même!

Ma tante, qui était déjà occupée à tricoter, ôta ses lunettes, par

suite d'une habitude très-commune, pour considérer ma robe de chambre,

et après s'être écriée: Seigneur mon temps! ces choses-là sont-elles

redevenues à la mode (c'était en 1836); elle se mit à énumérer toutes

les robes de chambre avec écharpe que son père et son mari avaient

portées au siècle précédent et qui, selon son affirmation, se

trouvaient encore en haut dans une armoire.

Mon oncle trouva ce vêtement beaucoup trop commode pour un jeune homme;

et, aux yeux de Pierre, je ressemblais si parfaitement aux plus grands

farauds de l'université d'Utrecht qu'il commença à me prendre pour un

libertin fieffé.

Mon oncle ouvrit la Bible et lut. Respectable coutume! Pourquoi

est-elle si exclusivement restreinte aux familles bourgeoises, et

pourquoi, dans ces familles mêmes, tombe-t-elle de plus en plus en

désuétude? Mon oncle ne lisait ni avec éloquence, ni avec charme, ni

même bien à certains passages,--mais c'était édifiant, car il lisait

la Bible; c'était bien, car il lisait simplement; c'était beau, car on

voyait qu'il avait la foi. Il lisait le dixième chapitre de saint Luc,

et je fus particulièrement frappé du vingt-unième verset, sortant de

cette bouche, et dans ce milieu: «Je vous remercie, ô Père, Seigneur du

ciel et de la terre, de ce que vous avez caché ces choses aux sages et

aux savants de la terre, et les avez révélées aux petits enfants.»

Après le déjeuner, Pierre alla _travailler à son examen_, ce qui

consistait à fabriquer de très-grands tableaux des Institutes, tableaux

écrits avec de l'encre rouge, bleue et noire; je l'accompagnai dans sa

chambre, où je m'occupai à feuilleter quelques volumes jusqu'à l'heure

du café.

L'instant était venu ou mon cousin devait me montrer à la ville et

me montrer la ville. Nous sortîmes ensemble, et comme il avait une

canne, je laissai la mienne à la maison. Nous visitâmes en premier

lieu le _Gracht_, puis la halle aux blés, ensuite deux églises, dans

lesquelles se trouvaient des mausolées et des sacristains avides de

pourboire; comme aussi dans l'une d'elles, il y avait un orgue qui

était, dit-on, le plus beau du monde, après celui de Harlem, honneur

que j'avais entendu attribuer à Gouda, à l'orgue de Gouda, à Leyde à

celui de Leyde, à Alkmaar à celui d'Alkmaar, à Zwoll à celui de Zwoll,

et qu'à D...., j'entendais derechef décerner à celui de D...., si bien

que ce serait l'affaire de la quatrième classe de l'Institut royal des

Pays-Bas d'ouvrir un concours sur la question. Nous montâmes même, au

péril de la vie, sur la tour de l'une des églises, où nous fîmes la

remarque qu'il y faisait du vent et qu'il y avait beaucoup de prairies,

beaucoup d'eau et beaucoup de moulins autour de la ville. Sur quoi nous

nous rendîmes à l'hôtel-de-ville, et trouvâmes que nos aïeux peignaient

encore mieux et avaient encore meilleure mine que nous; j'eus en même

temps l'occasion d'admirer la martiale tournure des sergents de ville

de D.... Dans son zèle à me faire voir tout, Pierre me mena même à

la boucherie, sur le marché aux poissons, et enfin devant une mare à

canards carrée, qu'il appela le _port_. Tout en allant, il s'informait

avec insistance du nombre de cours que les _juristes_[1] avaient par

jour à Leyde, si l'on s'amusait bien aux thés de tel professeur, comme

aussi combien de cours le susdit professeur donnait en hollandais;

ensuite si le professeur un tel dictait, si tout le monde pouvait

obtenir un _testimonium_[2] de tel autre; si tel encore donnait des

cours d'amateurs, et si j'avais vu Smallenburg[3]. En échange de mes

renseignements, il me donna les siens sur les professeurs en droit

d'Utrecht, avec une loyauté digne d'une meilleure cause. Il ne cacha

pas le légitime orgueil avec lequel Utrecht possède le professeur Van

Heusde[4], ni la difficulté qu'il y a à subir en latin un examen de

mathématiques; et lorsque, pour varier, j'amenais la conversation sur

des sujets moins graves, il me révéla que lui, Pierre Stastok, sans

cependant nourrir de passion pour ces jeux, jouait de temps en temps

aux dominos, voire même au billard. Comme nous étions justement devant

un café, je l'invitai à se mesurer avec moi dans ce dernier art.

Pierre Stastok n'eut ni le courage ni la prévenance de m'offrir quelque

chose, c'est pourquoi je commandai un verre d'amer pour moi, tandis

qu'il en faisait autant de son côté. En ce moment, l'horloge placée

au-dessus du buffet sonna deux heures, et je vis, de l'autre côté de la

rue, passer la diligence qui devait mettre mon oncle en état de suivre

notre exemple.

Il y avait un assez grand nombre de personnes dans le café, mais comme

nous n'avions affaire qu'au billard, et qu'aucune d'elles ne jouait,

elles ne nous gênèrent pas le moins du monde. Pierre retroussa les

manches de sa redingote, et mit en évidence les grandes manchettes

empesées de ce que sa mère nommait toujours une chemise _anglaise_,

bien que ce vêtement fût devenu européen; après quoi il pria

très-poliment le garçon de lui donner une _bonne queue._ Le garçon lui

donna naturellement la meilleure qui se trouvât dans la rangée, et nous

tirâmes pour voir qui jouerait le premier. Cet honneur m'échut, et la

partie commença.

Mais à peine avions-nous fait quelques points qu'une bruyante

exclamation: «La poule, garçon!» vint troubler tout notre bonheur.

Cette exclamation venait d'un jeune avocat étourdi, qui avait récemment

cessé de faire partie de la société des étudiants d'Utrecht, était en

ce moment présenté comme membre de la société particulière de D...., et

consacrait cet interrègne à faire la poule tous les jours an _Café de

l'Etoile du Nord._

--En vingt-quatre, messieurs! nous cria le garçon, qui, secouant en

même temps la corbeille où se trouvaient les billes, nous la présenta.

J'en tirai une, et avec une figure que semblait agiter un léger

mouvement convulsif, Pierre, qui, j'avais pu le voir, n'était pas un

Mingo, plongea bravement la main dans la corbeille. Vinrent ensuite de

leurs coins respectifs les habitués de la poule, qui demandèrent des

couvercles pour leurs pipes; le garçon distribua à la ronde les queues

particulières, et le jeune avocat en personne prit en main la craie

pour inscrire les noms.

--Qui de ces messieurs a l'as?

--Moi, cria une voix brusque qui n'appartenait à personne autre qu'au

monsieur aux deux redingotes superposées, que j'avais pris en diligence

pour un commissaire de police; je m'aperçus toutefois qu'il n'avait

nullement cette qualité, mais bien qu'il était le piqueur du petit

manège présentement à D...., et en même temps le propriétaire du petit

théâtre qui s'y trouvait aussi.

--Qui de ces messieurs a le numéro deux?

Pierre Stastok s'approcha lui-même de l'ardoise pour chuchoter à

l'oreille du jeune avocat que c'était lui.

--Bah! vous jouez aussi la poule? demanda le jeune avocat qui, comme

concitoyen, connaissait mon cousin.

Pierre devint pâle.

J'avais le numéro trois. Le quatrième appartenait à un vieux

sous-lieutenant d'infanterie, qui portait la médaille indiquant douze

années de service; le cinquième à un apprenti chirurgien qui avait trop

de temps à dépenser; le sixième à un gros homme court, aux cheveux gris

et rudes, qui paraissait un marchand de grains; le septième à un jeune

homme de vingt-trois ans, qui avait été étudiant, mais était retenu au

domicile paternel pour cause de mauvaise conduite; Pierre le redoutait

fort, d'autant plus qu'il le traitait très-familièrement; l'étudiant

manqué semblait l'ami intime du vieux sous-lieutenant à la médaille

de douze années de service. L'avocat lui-même avait le numéro huit,

et le numéro neuf était entre les mains d'un jeune homme de trente à

trente-trois ans, avec pantalon couleur de foie, qui vivait aux dépens

de sa mère, tenait un chien, n'avait jamais rien fait, et était en

haute estime chez le maître du café de l'_Etoile du Nord._

Lorsque le jeune avocat eut inscrit proprement les noms de tous ces

messieurs, le garçon de billard prit la craie dans une main, le

_bock_[5] dans l'autre, et cria de toute la force que peut avoir un

enfant de quatorze ans, qui reste sur pieds pendant toute la journée

et une partie de la nuit, au milieu des exhalaisons clos hommes et des

pipes:

--As acquit, deux joue!

Pierre Stastok Junior devait donc jouer sur l'acquit, et il se prépara

effectivement à cette tâche. A cette fois, Pierre Stastok Junior déposa

sa pipe, blanchit l'extrémité de sa queue de la longueur d'un demi-pied

au moins, posa de la main gauche sa bille de trois quarts, appuya sur

le billard les quatre doigts à une main de distance de la susdite

bille, courba gracieusement son pouce en dehors, de façon à montrer à

la société entière ses ongles coupés jusqu'au vif, et se mit à mouvoir

la queue de la main droite, entre le pouce et les doigts, de cette

façon que les experts appellent _scier._

Jusque-là allait la science de Pierre. Stastok à jouer sur l'acquit.

Voire même avait-il une légère notion théorique de Part de toucher

légèrement, mais comme la pratique du noble jeu de la poule lui

manquait, il était presque aussi blanc que sa bille, et finit par

pousser celle-ci convulsivement, avec ce résultat qu'il la prit en

plein, et se trouva à faire devant la blouse du coin droit.

Il eût été inhumain de le faire; c'est pourquoi retenant vivement ma

bille, je ramenai la sienne vers le bas, et la fis rentrer à une bonne

distance en-deçà du milieu. Sur quoi le vieux lieutenant d'infanterie

prit sa pipe entre ses moustaches grises et joua au hasard de la main

gauche; mais il n'en fut pas moins fait par raccroc par l'apprentif

chirurgien, sur quoi l'étudiant manqué, qui, soit dit entre nous, était

un farceur, dit que les chirurgiens ne pourraient vivre sans accrocs.

Le marchand de grains pria le jeune homme de donner l'acquit pour

lui, et, la physionomie impassible, continua de jeter les yeux sur le

_Handelsblad_,[6] en savourant ce mélange de genièvre et de sucre,

qu'on nomme vulgairement _boule de neige_; l'étudiant manqué posa son

cigare sur le bord du billard, et joua sur l'acquit avec beaucoup de

nonchalance et avec une force terrible; l'avocat suivit avec la même

violence cet exemple de jouer vigoureusement. Vint alors le tour du

jeune homme de trente-trois ans, au pantalon couleur de foie, celui-ci

changea de système; comme il tâchait toujours d'en venir à vendre

avantageusement sa bille, il ne jouait jamais à l'aventure quand il

était sûr de pouvoir faire une bille. Il en fit mie, de quoi il résulta

que Pierre Stastok eut à jouer une seconde fois sur l'acquit.

Il était dans un tel état que la sueur perlait en grosses gouttes sur

son front.

--C'est un collé, Monsieur! cria la voix rude du piqueur.

Pierre ne dit mot, mais dans un effort désespéré pour ne pas donner un

démenti au redoutable personnage qui l'interpellait, et cédant à une de

ces folles inspirations qu'écoutent parfois les mauvais joueurs parce

qu'elles leur donnent l'espoir que la chance fera pour eux ce que ne

peut faire leur habileté, il toucha la bille d'acquit si finement que,

contre toute étiquette, il la mit par raccroc dans la blouse du coin

gauche.

--Cela ne se fait pas, Monsieur! s'écria le piqueur avec vivacité et en

frappant le plancher de la queue.

--C'est un malheur, balbutia Pierre qui transpirait tellement que je

craignais que ses lunettes ne glissassent à bas de son nez.

--C'est une stupidité! rugit le piqueur.

--Vivent les raccrocs! s'écria l'apprenti chirurgien.

--Ce Monsieur est dangereux! dit ironiquement le vieux lieutenant.

--C'est une marque. Trois acquit, quatre joue! cria le garçon de

billard.

Je crois que mon cousin chercha à se moucher en prenant une attitude

indifférente, mais il n'y réussit pas.

Ce troisième tour se passa bien pour Pierre, mais le quatrième était

fait pour le bouleverser complètement. Le piqueur se trouvait devant

une blouse du milieu; c'était une bille facile; un enfant pouvait la

faire.

--Vous pouvez facilement sauver la bille et vous bien placer en même

temps temps, dit le piqueur.

Cela concordait parfaitement avec les dispositions de Pierre qui, grâce

à la bille faite par raccroc, n'eut voulu pour rien au monde faire

celle qu'il avait devant lui, dût-il s'en trouver mal lui-même. Mais

comme le piqueur était un joueur de poule redouté et que, de temps

immémorial, sur trois poules jouées il en mettait deux en poche, tous

les autres s'écrièrent naturellement:

--Mettez-le dedans! mettez-le dedans!

Pierre poussa néanmoins sa queue avec l'intention formelle de n'en rien

faire, et pourtant il s'en fallut de si peu que la bille ne fût faite

que l'avocat étourdi qui s'était levé au bruit s'écria.--Il y est! Ce à

quoi l'étudiant manqué qui, comme nous l'avons dit, était un farceur,

répondit spirituellement:

--Oui! s'il était arrivé!

--Attendez un peu! s'écria l'apprenti chirurgien partisan des raccrocs,

attendez, voici encore une blouse!

Et en effet! Pierre Stastok, tout à fait en dehors de ses prévisions

et sans s'en douter, avait fait un doublé; tous poussèrent de joyeuses

exclamations, à l'exception du piqueur qui, d'un air furieux, commanda

un nouveau verre d'amer et prit la gazette de Gouda, uniquement pour

faire passer sa mauvaise humeur.

On continua de jouer et, après toutes les mésaventures qu'il avait eu à

subir, mon ami Pierre redevint tout à fait calme, ce à quoi contribua

surtout puissamment cette circonstance qu'il eut à donner l'acquit une

couple de fois. Mais son repos fut soudain affreusement troublé par le

garçon qui criait:

--Quatre trois marques, six acquit, sept joue! A monsieur Hastok (le St

n'était pas écrit distinctement) le pavillon[7]!

Dès lors il n'y eut plus de fin aux plaisanteries et aux railleries

de l'apprenti chirurgien, de l'étudiant manqué, de l'avocat, et du

jeune homme de trente-trois ans au pantalon couleur de foie. L'un

nommait Pierre, Mingo, un autre un barbe-bleue, le troisième un

boa constrictor, et tous ensemble: Monsieur du Pavillon! Le vieux

lieutenant qui avait trois marques et était associé avec l'étudiant

manqué voulait se perdre et acheter sa bille à Pierre pour un écu; le

marchand de grains, qui était contre cette manœuvre dit que Pierre

était beaucoup trop fort pour accepter; le chirurgien apprenti ordonna

qu'on apportât le pot qui contenait les mises à monsieur Stastok qui

croyait déjà gagner la poule; c'était un vacarme infernal! Et au

milieu de tout cela, l'innocent objet de toute cette rumeur continuait

toujours à enduire de craie sa queue. Son tour revint.

--Quelle bille? demanda-t-il tout troublé.

--La blanche! cria l'étudiant manqué qui était un farceur.

--La ronde! dit non moins spirituellement l'apprenti chirurgien.

--La meilleure! dit le pantalon couleur de foie qui voulait aussi

placer son mot.

--La plus proche! dit le gros marchand de grains qui eut compassion de

Pierre.

La disposition des billes était telle du reste qu'il était

parfaitement indifférent avec laquelle jouerait, en ce moment

solennel, le pauvre Pierre qui n'avait plus un fil sec sur le corps.

En effet les deux billes, l'une au haut l'autre au bas du billard

étaient collées sous bande, mais ultra-collées. Je ne me souviens pas,

de tout le temps où j'ai joué au billard,--ma queue dort aujourd'hui

pour toujours dans sa tombe,--je ne me souviens pas avoir jamais vu

pareil collé. L'étudiant manqué présenta le _bock_ à mon cousin. Pierre

lui lança un regard de haine impuissante et manqua de touche à deux ou

trois pieds de distance.

--Efface le pavillon! cria l'apprenti chirurgien.

Il était déjà effacé! Le piqueur s'était vengé d'avance.

A partir de ce moment, le lieutenant offrit un florin à Pierre,

mais celui-ci était trop confus pour oser vendre sa bille. Au tour

suivant, je le fis par pitié; au tour d'après, il se perdit et eut

la satisfaction de se voir offrir un biscuit de sa bille par le

lieutenant; enfin, dans un tour qui fut pour lui le dernier, il ferma

par un manque de touche sa carrière dans le noble jeu de la poule.

Comme il semblait très-pressé de partir et que je n'avais plus qu'une

marque à recevoir je me blousai, et je le fis surtout pour mettre fin

aux sollicitations du jeune homme au pantalon couleur de foie, qui

offrait à Stastok de lui vendre sa bille pour vingt huit sous, offre

dans laquelle il était appuyé par toute la joyeuse compagnie.

Une fois dans la rue, le vent frais d'octobre parut rendre à Pierre son

courage et son pédantisme:

--Il y a là de bon joueurs, dit-il, mais cependant il n'y en a vraiment

aucun qui excelle.... J'avais une queue courbée, ajouta-t-il, et

avez-vous vu comme tes blouses des coins tirent?

J'avais tout vu, et je savais que le marchand de grains aurait gagné la

poule avant que nous fussions à la maison.

Le dîner était déjà sur la table. Pierre n'avait pas faim.

[1] Etudiants en droit.

[2] Certificat de fréquentation des cours.

[3] Professeur distingué de Leyde.

[4] Professeur célèbre d'Utrecht.

[5] Instrument destiné à atteindre les billes hors de portée de la

queue ordinaire.

[6] L'un des journaux les plus renommés de la Hollande.

[7] On place en Hollande comme signe distinctif, en regard du nom du

joueur qui n'a pas de marque, un pavillon (_vlag_) dessiné à la craie.

Scènes de la vie Hollandaise, par Hildebrand · 第 33 / 41 题