Séjour à Arras.--Travestissements.--Le faux
Autrichien.--Départ.--Séjour à Rouen.--Arrestation.
Plusieurs raisons que l'on devine ne permettaient pas que je me rendisse
directement à la maison paternelle: je descendis chez une de mes tantes,
qui m'apprit la mort de mon père. Cette triste nouvelle me fut bientôt
confirmée par ma mère, qui me reçut avec une tendresse bien faite pour
contraster avec les traitements affreux que j'avais éprouvés dans les
deux années qui venaient de s'écouler. Elle ne desirait rien tant que de
me conserver près d'elle; mais il fallait que je restasse constamment
caché; je m'y résignai: pendant trois mois, je ne quittai pas la maison.
Au bout de ce temps, la captivité commençant à me peser, je m'avisai de
sortir, tantôt sous un déguisement, tantôt sous un autre. Je pensais
n'avoir pas été reconnu, lorsque tout à coup le bruit se répandit que
j'étais dans la ville; toute la police se mit en quête pour m'arrêter; à
chaque instant on faisait des visites chez ma mère, mais toujours sans
découvrir ma cachette: ce n'est pas qu'elle ne fût assez vaste,
puisqu'elle avait dix pieds de long sur six de large; mais je l'avais si
adroitement dissimulée, qu'une personne qui plus tard acheta la maison,
l'habita près de quatre ans sans soupçonner l'existence de cette pièce;
et probablement elle l'ignorerait encore, si je ne la lui eusse pas
révélée.
Fort de cette retraite, hors de laquelle je croyais qu'il serait
difficile de me surprendre, je repris bientôt le cours de mes
excursions. Un jour de mardi gras, je poussai même l'imprudence jusqu'à
paraître au bal Saint-Jacques, au milieu de plus de deux cents
personnes. J'étais en costume de marquis; une femme avec laquelle
j'avais eu des liaisons m'ayant reconnu, fit part de sa découverte à une
autre femme, qui croyait avoir eu à se plaindre de moi, de sorte qu'en
moins d'un quart d'heure tout le monde su sous quels habits Vidocq
était caché. Le bruit en vint aux oreilles de deux sergents de ville,
Delrue et Carpentier, qui faisaient un service de police au bal. Le
premier, s'approchant de moi, me dit à voix basse qu'il désirait me
parler en particulier. Une esclandre eût été fort dangereuse; je sortis.
Arrivé dans la cour, Delrue me demanda mon nom. Je ne fus pas embarrassé
pour lui en donner un autre que le mien, en lui proposant avec politesse
de me démasquer s'il l'exigeait. «Je ne l'exige pas, me dit-il;
cependant je ne serais pas fâché de vous voir.--En ce cas, répondis-je,
ayez la complaisance de dénouer les cordons de mon masque, qui se sont
mêlés....» Plein de confiance, Delrue passe derrière moi; au même
instant, je le renverse par un brusque mouvement d'arrière corps; un
coup de poing envoie rouler son acolyte à terre. Sans attendre qu'ils se
relèvent, je fuis à toutes jambes dans la direction des remparts,
comptant les escalader et gagner la campagne; mais à peine ai-je fait
quelques pas, que, sans m'en douter, je me trouve engagé dans un
cul-de-sac, qui avait cessé d'être une rue depuis que j'avais quitté
Arras.
Pendant que je me fourvoyais de la sorte, un bruit de souliers ferrés
m'annonça que les deux sergents s'étaient mis à ma poursuite; bientôt je
les vis arriver sur moi sabre en main. J'étais sans armes.... Je saisis
la grosse clef de la maison, comme si c'eût été un pistolet; et, faisant
mine de les coucher en joue, je les force à me livrer passage; «Passe
tin quemin, François, me dit Carpentier d'une voix altérée;... n'va mie
faire de bêtises». Je ne me le fis pas dire deux fois: en quelques
minutes je fus dans mon réduit.
L'aventure s'ébruita, malgré les efforts que firent, pour la tenir
secrète, les deux sergents qu'elle couvrit de ridicule. Ce qu'il y eut
de fâcheux pour moi, c'est que les autorités redoublèrent de
surveillance, à tel point qu'il me devint tout-à-fait impossible de
sortir. Je restai ainsi claquemuré pendant deux mois, qui me semblèrent
deux siècles. Ne pouvant plus alors y tenir, je me décidai à quitter
Arras: on me fit une pacotille de dentelles, et, par une belle nuit, je
m'éloignai, muni d'un passeport qu'un nommé Blondel, l'un de mes amis,
m'avait prêté; le signalement ne pouvait pas m'aller, mais faute de
mieux, il fallait bien que je m'en accommodasse; au surplus, on ne me
fit en route aucune objection.
Je vins à Paris, où, tout en m'occupant du placement de mes
marchandises, je faisais indirectement quelques démarches, afin de voir
s'il ne serait pas possible d'obtenir la révision de mon procès.
J'appris qu'il fallait, au préalable, se constituer prisonnier; mais je
ne pus jamais me résoudre à me mettre de nouveau en contact avec des
scélérats que j'appréciais trop bien. Ce n'était pas la restreinte qui
me faisait horreur; j'aurais volontiers consenti à être enfermé seul
entre quatre murs; ce qui le prouve, c'est que je demandai alors au
ministère à finir mon temps à Arras, dans la prison des fous; mais la
supplique resta sans réponse.
Cependant mes dentelles étaient vendues, mais avec trop peu de bénéfice
pour que je pusse songer à me faire de ce commerce un moyen d'existence.
Un commis voyageur, qui logeait rue Saint-Martin, dans le même hôtel que
moi, et auquel je touchai quelques mots de ma position, me proposa de me
faire entrer chez une marchande de nouveautés qui courait les foires. La
place me fut effectivement donnée, mais je ne l'occupai que dix mois:
quelques désagréments de service me forcèrent à la quitter pour revenir
encore une fois à Arras.
Je ne tardai pas à reprendre le cours de mes excursions semi-nocturnes.
Dans la maison d'une jeune personne à laquelle je rendais quelques
soins, venait très fréquemment la fille d'un gendarme. Je songeai à
tirer parti de cette circonstance, pour être informé à l'avance de tout
ce qui se tramerait contre moi. La fille du gendarme ne me connaissait
pas; mais comme dans Arras, j'étais le sujet presque habituel des
entretiens, il n'était pas extraordinaire qu'elle parlât de moi, et
souvent, en des termes fort singuliers. «Oh! me dit-elle un jour, on
finira par l'attraper, ce coquin-là; il y a d'abord notre lieutenant (M.
Dumortier, aujourd'hui commissaire de police à Abbeville)qui lui en veut
trop pour ne pas venir à bout de le pincer; je gage qu'il donnerait de
bien bon coeur un jour de sa paie pour le tenir.--Si j'étais à la
place de votre lieutenant, et que j'eusse bien envie de prendre Vidocq,
repartis-je, il me semble qu'il ne m'échapperait pas.
--»A vous, comme aux autres;... il est toujours armé jusqu'aux dents.
Vous savez bien qu'on dit qu'il a tiré deux coups de pistolets à M.
Delrue et à M. Carpentier...... Et puis ce n'est pas tout, est-ce qu'il
ne se change pas à volonté en botte de foin.
--»En botte de foin? m'écriai-je, tout surpris de la nouvelle faculté
qu'on m'accordait... en botte de foin?...... mais comment?
--»Oui, monsieur... Mon père le poursuivait un jour; au moment de lui
mettre la main sur le collet, il ne saisit qu'une botte de foin...... Il
n'y a pas à dire, toute la brigade a vu la botte de foin, qui a été
brûlée dans la cour du quartier.»
Je ne revenais pas de cette histoire. On m'expliqua depuis que les
agents de l'autorité, ne pouvant venir à bout de se saisir de moi,
l'avaient répandue et accréditée en désespoir de cause, parmi les
superstitieux Artésiens. C'est par le même motif, qu'ils insinuaient
obligeamment que j'étais _la doublure_ de certain loup-garou, dont les
apparitions très problématiques glaçaient d'effroi les fortes têtes du
pays. Heureusement ces terreurs n'étaient pas partagées par quelques
jolies femmes à qui j'inspirais de l'intérêt, et si le démon de la
jalousie ne se fût tout-à-coup emparé de l'une d'entre elles, les
autorités ne se seraient peut-être pas de long-temps occupées de moi.
Dans son dépit, elle fut indiscrète, et la police, qui ne savait trop
ce que j'étais devenu, acquit encore une fois la certitude que
j'habitais Arras.
Un soir que, sans défiance et seulement armé d'un bâton, je revenais de
la rue d'Amiens, en traversant le pont situé au bout de la rue des
Goguets, je fus assailli par sept à huit individus. C'étaient des
sergents de ville déguisés; ils me saisirent par mes vêtements; et déjà
ils se croyaient assurés de leur capture, lorsque, me débarrassant par
une vigoureuse secousse, je franchis le parapet et me jetai dans la
rivière. On était en décembre; les eaux étaient hautes, le courant très
rapide; aucun des agents n'eut la fantaisie de me suivre; ils
supposaient d'ailleurs qu'en allant m'attendre sur le bord, je ne leur
échapperais pas; mais un égoût que je remontai me fournit l'occasion de
déconcerter leur prévoyance, et ils m'attendaient encore, que déjà
j'étais installé dans la maison de ma mère.
Chaque jour je courais de nouveaux dangers, et chaque jour la nécessité
la plus pressante me suggérait de nouveaux expédients de salut.
Cependant, à la longue, suivant ma coutume, je me lassai d'une liberté
que le besoin de me cacher rendait illusoire. Des religieuses de la rue
de...... m'avaient quelque temps hébergé. Je résolus de renoncer à leur
hospitalité, et je rêvai en même temps au moyen de me montrer en public
sans inconvénient. Quelques milliers de prisonniers autrichiens étaient
alors entassés dans la citadelle d'Arras, d'où ils sortaient pour
travailler chez les bourgeois, ou dans les campagnes environnantes; il
me vint à l'idée que la présence de ces étrangers pourrait m'être utile.
Comme je parlais allemand, je liai conversation avec l'un d'entre eux,
et je réussis à lui inspirer assez de confiance pour qu'il me confessât
qu'il était dans l'intention de s'évader..... Ce projet était favorable
à mes vues; ce prisonnier était embarrassé de ses vêtements de
_Kaiserlik_; je lui offris les miens en échange, et, moyennant quelque
argent que je lui donnai, il se trouva trop heureux de me céder ses
papiers. Dès ce moment, je fus Autrichien aux yeux des Autrichiens
eux-mêmes, qui, appartenant à différents corps, ne se connaissaient pas
entre eux.
Sous ce nouveau travestissement, je me liai avec une jeune veuve qui
avait un établissement de mercerie dans la rue de.....; elle me trouvait
de l'intelligence; elle voulut que je m'installasse chez elle; et
bientôt nous courûmes ensemble les foires et les marchés. Il était
évident que je ne pouvais la seconder qu'en me faisant comprendre des
acheteurs. Je me forgeai un baragouin semi-tudesque, semi-français, que
l'on entendait à merveille, et qui me devint si familier,
qu'insensiblement j'oubliai presque que je savais une autre langue. Du
reste, l'illusion était si complète, qu'après quatre mois de
cohabitation, la veuve ne soupçonnait pas le moins du monde que le
soi-disant _Kaiserlik_ était un de ses amis d'enfance. Cependant elle me
traitait si bien, qu'il me devint impossible de la tromper plus
long-temps: un jour je me risquai à lui dire enfin qui j'étais, et
jamais femme, je crois, ne fut plus étonnée. Mais, loin de me nuire dans
son esprit, la confidence ne fit en quelque sorte que rendre notre
liaison plus intime, tant les femmes sont éprises parfois de ce qui
s'offre à elles sous les apparences du mystère ou de l'aventureux! et
puis n'éprouvent-elles pas toujours du charme à connaître un mauvais
sujet? Qui, mieux que moi, a pu se convaincre que souvent elles sont la
providence des forçats évadés et des condamnés fugitifs?
Onze mois s'écoulèrent sans que rien vînt troubler ma sécurité.
L'habitude qu'on avait pris de me voir dans la ville, mes fréquentes
rencontres avec des agents de police, qui n'avaient même pas fait
attention à moi, tout semblait annoncer la continuation de ce bien-être,
lorsqu'un jour que nous venions de nous mettre à table dans
l'arrière-boutique, trois figures de gendarmes se montrent, à travers
une porte vitrée; j'allais servir le potage; la cuillère me tombe des
mains. Mais, revenant bientôt de la stupéfaction où m'avait jeté cette
incursion inattendue, je m'élance vers la porte, je mets le verrou, puis
sautant par une croisée, je monte au grenier d'où, gagnant par les toits
la maison voisine, je descends précipitamment l'escalier qui doit me
conduire dans la rue. Arrivé à la porte, elle est gardée par deux
gendarmes....... Heureusement ce sont des nouveaux venus qui ne
connaissent aucune de mes physionomies. «Montez donc, leur dis-je, le
brigadier tient l'homme, mais il se débat..... Montez, vous donnerez un
coup de main;.... moi je vais chercher la garde.» Les deux gendarmes se
hâtent de monter et je disparais.
Il était évident qu'on m'avait vendu à la police; mon amie d'enfance
était incapable d'une pareille noirceur, mais elle avait sans doute
commis quelque indiscrétion. Maintenant qu'on avait l'éveil sur moi,
devais-je rester à Arras? il eût fallu me condamner à ne plus sortir de
ma cachette. Je ne pus me résigner à une vie si misérable, et je pris la
résolution d'abandonner définitivement la ville. La mercière voulut à
toute force me suivre: elle avait des moyens de transport; ses
marchandises furent promptement emballées. Nous partîmes ensemble; et
comme cela se pratique presque toujours en pareil cas, la police fut
informée la dernière de la disparition d'une femme dont il ne lui était
pas permis d'ignorer les démarches. D'après une vieille idée, on présuma
que nous gagnerions la Belgique, comme si la Belgique eût encore été un
pays de refuge; et tandis qu'on se mettait à notre poursuite dans la
direction de l'ancienne frontière, nous nous avancions tranquillement
vers la Normandie par des chemins de traverse, que ma compagne avait
appris à connaître dans ses explorations mercantiles.
C'était à Rouen que nous avions projeté de fixer notre séjour. Arrivé
dans cette ville, j'avais sur moi le passe-port de Blondel, que je
m'étais procuré à Arras; le signalement qu'il me donnait était si
différent du mien, qu'il était indispensable de me mettre un peu mieux
en règle.
Pour y parvenir, il fallait tromper une police devenue d'autant plus
vigilante et ombrageuse, que les communications des émigrés en
Angleterre se faisaient par le littoral de la Normandie. Voici comment
je m'y pris. Je me rendis à l'Hôtel-de-Ville, où je fis viser mon
passe-port pour le Hâvre. Un visa s'obtient d'ordinaire assez
facilement; il suffit que le passe-port ne soit pas périmé; le mien ne
l'était pas. La formalité remplie, je sors; deux minutes après, je
rentre dans le bureau, je m'informe si l'on n'a pas trouvé un
porte-feuille...... personne ne peut m'en donner des nouvelles; alors je
suis désespéré; des affaires pressantes m'appellent au Hâvre; je dois
partir le soir même et je n'ai plus de passe-port.
--«N'est-ce que cela? me dit un employé... Avec le registre des visa, on
va vous donner un passe-port par duplicata.» C'était ce que je voulais;
le nom de Blondel me fut conservé, mais du moins, cette fois, il
s'appliquait à mon signalement. Pour compléter l'effet de ma ruse,
non-seulement je partis pour le Hâvre, ainsi que je l'avais annoncé,
mais encore je fis réclamer par les petites affiches le portefeuille,
qui n'était sorti de mes mains que pour passer dans celles de ma
compagne.
Au moyen de ce petit tour d'adresse, ma réhabilitation était complète.
Muni d'excellents papiers, il ne me restait plus qu'à faire une fin
honnête; j'y songeai sérieusement. En conséquence, je pris, rue
Martainville, un magasin de mercerie et de bonneterie, où nous faisions
de si bonnes affaires, que ma mère, à qui j'avais fait sous main tenir
de mes nouvelles, se décida à venir nous joindre. Pendant un an, je fus
réellement heureux; mon commerce prenait de la consistance, mes
relations s'étendaient, le crédit se fondait, et plus d'une maison de
banque de Rouen se rappelle peut-être encore le temps où la signature de
_Blondel_ était en faveur sur la place; enfin, après tant d'orages, je
me croyais arrivé au port, quand un incident que je n'avais pu prévoir
fit commencer pour moi une nouvelle série de vicissitudes..... La
mercière avec laquelle je vivais, cette femme qui m'avait donné les plus
fortes preuves de dévoûment et d'amour, ne s'avisa-t-elle pas de brûler
d'autres feux que ceux que j'avais allumés dans son coeur. J'aurais
voulu pouvoir me dissimuler cette infidélité, mais le délit était
flagrant; il ne restait pas même à la coupable la ressource de ces
dénégations bien soutenues, à l'abri desquelles un mari commode peut se
figurer qu'il ignore.
Autrefois, je n'eusse pas subi un tel affront sans me livrer à toute la
fougue de ma colère:.... comme l'on change avec le temps! Témoin de mon
malheur, je signifiai froidement l'arrêt d'une séparation que je résolus
aussitôt: prières, supplications, promesses d'une meilleure conduite,
rien ne put me fléchir: je fus inexorable..... J'aurais pu pardonner
sans doute, ne fût-ce que par reconnaissance; mais qui me répondait que
celle qui avait été ma bienfaitrice romprait avec mon rival? et ne
devais-je pas craindre que dans un moment d'épanchement, elle ne me
compromît par quelque confidence? Nous fîmes donc par moitié le partage
de nos marchandises; mon associée me quitta; depuis, je n'ai plus
entendu parler d'elle.
Dégoûté du séjour de Rouen par cette aventure, qui avait fait du bruit,
je repris le métier de marchand forain; mes tournées comprenaient les
arrondissements de Mantes, Saint-Germain et Versailles, où je me formai
en peu de temps une excellente clientelle; mes bénéfices devinrent
assez considérables pour que je pusse louer à Versailles, rue de la
Fontaine, un magasin avec un pied-à-terre, que ma mère habitait pendant
mes voyages. Ma conduite était alors exempte de tous reproches; j'étais
généralement estimé dans le cercle que je parcourais; enfin, je croyais
avoir lassé cette fatalité qui me rejetait sans cesse dans les voies du
déshonneur, dont tous mes efforts tendaient à m'éloigner, quand, dénoncé
par un camarade d'enfance, qui se vengeait ainsi de quelques démêlés que
nous avions eus ensemble, je fus arrêté à mon retour de la foire de
Mantes. Quoique je soutinsse opiniâtrement que je n'étais pas Vidocq,
mais _Blondel_, comme l'indiquait mon passeport, on me transféra à
Saint-Denis, d'où je devais être dirigé sur Douai. Aux soins
extraordinaires qu'on prit pour empêcher mon évasion, je vis que j'étais
_recommandé_; un coup d'oeil que je jetai sur la feuille de la
gendarmerie me révéla même une précaution d'un genre tout particulier:
voici comment j'y étais désigné.