III

Voici comment il nourrissait le Phébus de son char. Le pauvre cocher,

après avoir introduit chaque matin la voiture dans la cour de l’hôpital,

suivait son maître; puis profitant de l’obscurité d’un corridor, il

endossait rapidement la capote et le bonnet de coton de malade et allait

se planter devant un lit du service que son maître avait soin de

toujours maintenir vide à cette intention. A la visite, après une

investigation d’autant plus longue qu’elle était parfaitement inutile,

le grand praticien lui ordonnait invariablement quatre portions qui

devaient suffire à tous ses besoins pour vingt-quatre heures. Cependant

lorsqu’il était très-content de ses services, il lui accordait une

portion de vin en supplément. Quand des gens étrangers aux salles

demandaient à cet homme maigre quel était le siége de sa maladie, il

indiquait piteusement l’estomac, qui n’avait d’autre infirmité que de

trop bien se porter.

Notre savant confrère avait voulu nourrir ses chevaux par le même

procédé, mais au moment de l’exécution, des obstacles sérieux

s’opposèrent à la réussite de cette combinaison économique. De sorte que

les chevaux s’étaient petit à petit habitués à ne plus manger du tout;

seulement ils persistèrent à rester maigres avec un entêtement

invincible. Et pourtant leur maître n’était pas avare; mais les besoins

de première nécessité du cœur coûtent si cher à l’homme sensible, que

généralement il ne lui reste que peu de chose pour pourvoir aux autres

exigences de la vie.

Les causeries du docteur · 第 18 / 65 题