II

En ce temps-là, un équipage médical, attelé de deux chevaux

très-maigres, mais conduits par un cocher encore moins gras, s’arrêtait

chaque matin au coin de la rue Saint-Bernard. Un bel homme, habit bleu,

boutons d’or, en descendait, et après avoir rétabli l’aplomb de sa

chevelure, il s’engageait dans la rue Saint-Victor et gagnait d’un pas

pressé une de ces maisons verdâtres, à l’aspect cadavéreux, où tous les

miasmes, toutes les moisissures semblent se donner rendez-vous.

Où court donc ce prince de la science? Va-t-il porter à quelque pauvre

diable les secours de sa médecine humanitaire? Non, non, non. Vient-il

admirer un de ces cas rares que la science poursuit à domicile? Non,

non, non. Qu’espère-t-il donc trouver dans ce taudis malsain, au haut de

cet escalier criard dont chaque marche est le siége d’une fracture ou

d’une luxation?

Il vient voir Javotta, il vient se plonger dans les convulsions

éclamptiques de la volupté. Il vient faire cuire deux biftecks. Voilà ce

qu’il vient y faire.

Mais comme il a six étages à monter, et qu’à son âge on ne fait pas une

pareille ascension sans souffler un peu, sans faire une petite pause sur

chaque palier, j’ai tout le temps de vous dire pourquoi ses chevaux et

son cocher sont si maigres.

Les causeries du docteur · 第 17 / 65 题