En ce temps-là, un équipage médical, attelé de deux chevaux
très-maigres, mais conduits par un cocher encore moins gras, s’arrêtait
chaque matin au coin de la rue Saint-Bernard. Un bel homme, habit bleu,
boutons d’or, en descendait, et après avoir rétabli l’aplomb de sa
chevelure, il s’engageait dans la rue Saint-Victor et gagnait d’un pas
pressé une de ces maisons verdâtres, à l’aspect cadavéreux, où tous les
miasmes, toutes les moisissures semblent se donner rendez-vous.
Où court donc ce prince de la science? Va-t-il porter à quelque pauvre
diable les secours de sa médecine humanitaire? Non, non, non. Vient-il
admirer un de ces cas rares que la science poursuit à domicile? Non,
non, non. Qu’espère-t-il donc trouver dans ce taudis malsain, au haut de
cet escalier criard dont chaque marche est le siége d’une fracture ou
d’une luxation?
Il vient voir Javotta, il vient se plonger dans les convulsions
éclamptiques de la volupté. Il vient faire cuire deux biftecks. Voilà ce
qu’il vient y faire.
Mais comme il a six étages à monter, et qu’à son âge on ne fait pas une
pareille ascension sans souffler un peu, sans faire une petite pause sur
chaque palier, j’ai tout le temps de vous dire pourquoi ses chevaux et
son cocher sont si maigres.