A vaincré sans péril on triomphé sans gloire;
Jé file.
Enfin, à bout de patience et de suppositions, les savants résolurent de
verser leur douleur dans le sein du public, en lui promettant une
récompense honnête.
L’affiche était lue surtout par des étudiants qui, stimulés par
l’importance de la rémunération, s’élançaient dans toutes les
directions; mais pas un seul ne revenait. Tout bourgeois rencontré aux
environs de la Faculté était immédiatement appréhendé au collet et
entraîné dans cet antre de la science pour peu qu’il présentât quelques
points de connexion avec le signalement affiché, et ce n’était qu’après
une enquête authentique et solennelle que l’on consentait à le relaxer.
C’est même cet incident qui a donné lieu au bruit que, pour mon compte,
je crois dénué de fondement, et qui s’est répandu sourdement dans Paris,
à savoir: que les étudiants arrêtaient les passants et qu’après les
avoir entraînés dans les caves de la Faculté, ils les disséquaient
vivants pour étudier les questions de physiologie expérimentale à
l’ordre du jour. Ces bruits qui, je le répète, méritent peu de créance,
avaient été propagés par ces dignes bourgeois, victimes de leur
ressemblance avec le candidat de Montpellier; entourés par une foule qui
leur semblait furieuse et qui n’était qu’animée, ne comprenant rien au
langage moitié grec, moitié français d’un grand monsieur au long nez et
à la chevelure noire, chargé de les vérifier, ils se trompèrent
complétement sur le sort qu’on leur réservait, et cette erreur jeta la
terreur dans leur cœur, et ailleurs.
Enfin, le lendemain, un élève de première année se précipita sur la
place de l’École, les vêtements en désordre, et criant comme Archimède:
Ευρεκα! ευρεκα!! Il traînait en effet par le collet un monsieur se
défendant de toutes ses forces à l’aide d’un parapluie en coton rouge,
qui semblait, à en juger par la couverture, bien fatigué de cette lutte.
C’était, en effet, le candidat réfractaire qu’on avait rencontré
ronflant sous une des banquettes de l’Institut depuis la dernière
séance. On le mit en lieu sûr, et le concours commença immédiatement
pour éviter toute nouvelle complication.
Nous n’en dirons pas toutes les péripéties, c’est à l’histoire à les
raconter (quand elle pourra le faire), nous nous bornerons à exposer de
simples réflexions de détail sur ce sujet.
Nous signalerons d’abord la prédilection, peut-être un peu trop grande,
des candidats pour l’anatomie comparée; ainsi, à propos _des reins en
général_, s’attacher particulièrement à décrire le rein du _hanneton_ et
de l’_escargot_, c’est montrer une érudition très-vaste, il est vrai,
mais qui serait bien mieux appréciée encore si on avait créé à la
Faculté de Paris une chaire de pathologie et de thérapeutique appliquée
au traitement des infirmités des coléoptères et des mollusques. En
attendant cette création, j’avoue qu’il me semble préférable de
connaître, d’une manière très-précise, les rapports du rein chez
l’homme, que de savoir comment pisse le hanneton ou comment ne pisse pas
l’escargot. Si les pathologistes du prochain concours suivent les
anatomistes dans cette voie, il n’y a pas de raison pour qu’ils ne
fassent de la médecine comparée; alors nous les entendrons disserter sur
le diabète sucré des cloportes, la fièvre intermittente des tétards, la
scarlatine de la langouste ou l’érysipèle du homard; questions il est
vrai d’un immense intérêt, mais que, pour mon compte, je préférerai voir
étudier au point de vue de l’homme.