III

Le professeur Jobert de Lamballe.

La transfusion.--Un phénomène adipeux.--Une carte

comme on en voit peu.

Dans ma dernière causerie, j’ai évité de vous parler de l’accident

survenu au professeur Jobert de Lamballe, une de nos célébrités

chirurgicales, comme on évite de toucher à une douleur personnelle.

L’éminent chirurgien était mon maître et mon ami, et vous comprenez les

motifs de ma réserve. Maintenant que tous les journaux ont fait

connaître la triste vérité, j’ai d’autant moins de raisons de me taire,

que les nouvelles que je puis donner seront agréables aux nombreux amis

du malade. Et un chirurgien d’hôpital, qui a déjà fourni une si longue

carrière, doit avoir pour amis tous ceux qui lui doivent la vie.

Je n’ai pas besoin de dire qu’il est entouré des soins les plus

empressés, et que ceux qu’il aime viennent lui faire oublier, dans la

limite du possible, la tristesse de sa position. Il reçoit ses visiteurs

avec la plus expansive sensibilité, sa raison est encore voilée, mais

cependant, dans ses conversations, les idées s’enchaînent avec une

certaine logique, et si l’amélioration se soutient, on a tout lieu

d’espérer que l’éclipse de cette belle intelligence ne sera que

momentanée.

* * * * *

Vous avez dû vous apercevoir que les jugements qu’on porte sur le

caractère d’un homme sont trop souvent fondés sur les apparences;

personne n’a été, sous ce rapport, plus mal jugé que ce savant

chirurgien. On avait pour lui la déférence qui s’attache aux rudes

travailleurs qui arrivent au haut de l’échelle, après avoir commencé par

le premier échelon. On lui reconnaissait volontiers, comme opérateur,

une dextérité et une élégance incomparables. Mais il passait pour un

bourru inabordable, quinteux et désagréable pour ses subordonnés. Aussi

son service était la terreur des internes, et il fallait un certain

courage pour l’affronter.

Comme les poltrons qui chantent pour cacher leur peur, il tempêtait pour

cacher sa vive sensibilité. Son abord bourru effrayait les gens qui se

tenaient à distance. On le jugeait sur l’écorce, et on le jugeait mal.

Je l’ai vu chez lui distribuer de larges aumônes du ton qu’on prend pour

assommer les gens, mais ses pauvres y semblaient faits et ne s’en

émouvaient guère. Il fallait, pour bien l’apprécier, ne pas le craindre,

crier plus fort que lui et pénétrer pour ainsi dire de vive force dans

son amitié; alors on s’apercevait combien il était bon, serviable; il

dépouillait cette rude enveloppe que lui avaient faite les chagrins

domestiques et montrait une âme aimante et expansive.

Un jour, un nouvel interne entre dans son service; on fut obligé de

l’appeler au moment de la visite.

--Monsieur, dit le chirurgien, j’exige que mes internes soient présents

à huit heures dans les salles.

--C’est bien, monsieur, on y sera.

Quelques jours après, le chirurgien, qui avait à faire une opération en

ville, arriva une demi-heure plus tôt, et fit appeler son interne.

Celui-ci vient, tire sa montre et dit:

--Il est sept heures et demie, je vais me recoucher. Dans une demi-heure

je serai à vos ordres. Vous avez fixé vous-même le service à huit

heures.

On s’attendait à une bourrasque. Le chirurgien se prit à rire et ne fit

aucune objection. Quelques jours après, dans un moment de colère, il

tutoya son interne, qui ne dit mot. Le lendemain, il lui faisait une

objection sur un point du service; l’interne lui répondit:

--Je ne l’ai pas fait, parce que tu ne me l’as pas dit.

--Tu! à qui croyez-vous donc parler?

--A toi; tu m’as tutoyé hier; cela ne paraît pas te plaire aujourd’hui,

j’en suis fâché, mais il faudra t’y habituer.

A partir de ce moment, le maître et l’élève se lièrent d’une vive

amitié. Souvent ils faisaient ensemble les visites du maître, et

l’élève, qui l’attendait dans la voiture, avait soin de lui dire: Tu

sais, ne sois pas trop longtemps, sinon je file avec l’équipage. Et

cela, en effet, lui arrivait parfois. Le savant chirurgien supportait,

avec une bonhomie pleine d’indulgence, ces petites tyrannies de

l’amitié. Il est vrai que l’interne était un homme capable, dont les

services étaient fort appréciés dans les opérations délicates et

minutieuses où le rôle des aides prend une véritable importance.

* * * * *

MM. Eulenburg et Landois viennent de communiquer à l’Institut des

expériences intéressantes sur la transfusion du sang, opération qui

consiste à introduire dans les veines d’un malade épuisé par une

hémorrhagie, du sang emprunté à un homme sain. Le succès de cette

opération, déjà grave par elle-même, était compromis par les altérations

rapides que subit ce liquide immédiatement après sa sortie du vaisseau,

et les différents appareils imaginés pour opérer la transfusion directe

ne remplissaient qu’incomplétement le but qu’on se proposait.

* * * * *

Déjà Brown-Séquard avait reconnu que le principal obstacle résidait dans

la coagulation de la fibrine qui produit le caillot des saignées, et il

l’avait évité en défibrinant le sang, c’est-à-dire en enlevant la

fibrine au moyen du battage. Il avait de plus établi que le sang employé

devait provenir des artères et non des veines, en raison de l’acide

carbonique que ce dernier contient.

Les expériences d’Eulenburg et Landois sont divisées en trois groupes.

Celles du premier confirment ce qu’on pouvait déjà prévoir, c’est qu’on

ne peut substituer dans la transfusion, au sang complet, quelques-uns de

ses éléments isolés, tels que le sérum ou l’albumine, de plus, que le

sang chargé d’acide carbonique fait périr l’animal dans les convulsions.

Les résultats des expériences du second groupe sont plus intéressants.

Les auteurs ont combattu avec succès les phénomènes d’empoisonnement

déterminés par l’ingestion de substances toxiques, solides comme

l’opium, ou gazeuses comme l’oxyde de carbone; et cela au moyen de la

transfusion répétée. On soustrait ainsi à l’animal empoisonné le sang

qui sert de véhicule au poison, et on lui injecte un sang normal nouveau

qui lui donne une nouvelle vie. Si le moment d’appliquer à l’homme ces

expériences n’est pas encore venu, elles n’en sont pas moins dignes

d’une sérieuse attention.

Les expériences du troisième groupe sont destinées à prouver que la vie

peut être prolongée chez les animaux absolument privés d’aliments par la

transfusion du sang d’un animal de même espèce, bien nourri. Ils ont

fait vivre pendant vingt-quatre jours un chien dans ces conditions, chez

lequel les injections étaient pratiquées tous les deux jours.

Jusqu’ici ces intéressantes expériences ont été faites seulement sur les

animaux. Malgré leurs résultats remarquables, si on vous proposait de

vous y soumettre, je vous engage à faire, avant d’accepter, de sérieuses

réflexions.

* * * * *

J’ai lu dans un journal, _l’Événement_ peut-être, que la Faculté de

médecine avait acheté 1,200 fr. le corps d’un brave homme doué d’une

circonférence prodigieuse et pesant 250 kilogrammes. Ce qui met le

phénomène au prix modeste de 1 fr. 50 centimes le kilo. Elle lui en

laissait, bien entendu, l’usufruit et la jouissance jusqu’à son trépas,

voulant bien consentir à remettre l’examen de ses organes au lendemain

de son dernier jour.

C’est une erreur assez généralement accréditée, que ces anomalies sont

le résultat d’une conformation organique particulière dont l’examen

intéresse la science. L’embonpoint monstrueux résulte simplement d’un

défaut d’équilibre entre l’absorption et la résorption. C’est un

phénomène qui cesse avec la vie et sur lequel l’autopsie ne peut fournir

aucun renseignement. Tous les éléments de l’organisme sont soumis à

cette loi de rénovation qui s’accomplit avec plus ou moins de rapidité

selon la nature des tissus. Il suffit que l’absorption des molécules

graisseuses soit plus active que leur résorption pour que l’embonpoint

vous envahisse.

Je profiterai de cette circonstance pour vous dire que tous les

spécifiques vantés contre l’obésité ne sont que des piéges tendus à la

crédulité. La diète sévère qu’on impose aux malades les fait maigrir, et

c’est là seulement ce qui agit; mais ils engraissent de nouveau quand

ils sont fatigués de ce régime. Le seul remède à l’embonpoint est la

sobriété et un exercice corporel violent et journalier.

La Faculté n’avait donc aucune raison pour acheter le corps de ce gros

homme; elle connaissait, sans avoir besoin d’y regarder, les petits

mystères de son organisme. De plus, elle se garderait bien de gâter ses

élèves en leur fournissant des curiosités; ils ne voudraient bientôt

plus disséquer que des phénomènes.

* * * * *

Chacun profite du nouvel an pour adresser sa carte à ses amis, c’est une

occasion bien naturelle de se rappeler au souvenir des gens. Tout homme

un peu répandu en reçoit de toute espèce, le commerce n’oublie pas de

glisser sa petite réclame parmi les noms des amis de la maison. C’est M.

Pique-oiseau, épicier, certifiant sur sa carte qu’il est fidèle à ses

traditions commerciales, ce qui veut dire qu’il continue à faire son

vinaigre avec l’acide pyro-ligneux, sa chicorée avec de la brique pilée,

et son moka avec sa chicorée; à mettre de l’eau dans son vin et à

tromper sur le poids de toutes ses marchandises, etc., etc., et ainsi de

suite pour tous les fournisseurs de la consommation journalière.

On reçoit donc des cartes bien singulières; mais je doute, chers

lecteurs, qu’aucun de vous en possède une aussi curieuse que celle que

je vais vous lire, et que je copie avec une scrupuleuse exactitude sans

y changer une simple virgule. Seulement, pour des motifs que vous

comprendrez facilement, le numéro et le nom seront supprimés. Je dois

avouer du reste, que si j’ai reçu cette carte, elle ne m’était point

destinée.

La voici:

MAISON DE CONFIANCE

RUE ST-HONORÉ Nº...

entre l’Assomption et la Rue St-Florentin.

_S’adresser directement au 3e où c’est indiqué._

On ne me trouve que chez moi.

Mme..., MAITRESSE SAGE FEMME, reçue à la Maternité, Membre de

plusieurs sociétés savantes, la Maternelle du Dispensaire, et les

Dames réunies Saigne, Vaccine et reçoit des Pensionnaires, _reconnais_

la grossesse à _six semaines_ ou _deux mois_, Consultations Gratuites

et Payantes tous les jours, pour les Maladies de l’_Utérius_,

Antéversion, Retroversion, Engorgement _linfatique_, indication pour

ramener le Flux et le _Reflux_ sanguin, et pour toutes les maladies

des Dames.

_LISEZ L’AUTRE COTÉ DE LA CARTE._

Vous pensez que c’est là tout! Erreur, comme dit cette bonne dame, lisez

l’autre face; cette carte a été plongée dans un charlatanisme si épais,

qu’elle en est couverte des deux côtés.

AVIS

Important et Indispensable.

Montez au 3e sans parler à personne, n’écoutez pas si l’on indique

ailleurs, ce ne serait que pour vous tromper, savoir ou mentir, je

suis presque toujours chez moi excepté le Vendredi, personne n’est en

relation avec moi, la discrétion étant nécessaire. Lisez les Plaques

dans l’allée, pour la nuit et même le jour, tirez l’anneau en fer

plusieurs fois ou frappez trois coups, quand on ne Sonne qu’une fois

je regarde par la Fenêtre du 3e, si l’on vous indiquait mal je vous

prierais de m’en avertir.

La profession est indiquée sur la porte, tournez le bouton.

Rue St... nº... entre l’A... et la Rue St...

PARIS.

Cette carte est estampillée par le timbre qui lui sert de passe-port

pour circuler sur la voie publique, elle a le même droit que l’animal

dangereux qui porte sa muselière, conformément aux ordonnances de

police, seulement elle n’en a pas, elle, de muselière, qui l’empêche de

contaminer les gens. Elle peut s’introduire dans la main de la jeune

fille innocente qui ne connaît pas encore toutes les infamies qu’on

rencontre dans les égouts de la civilisation; malgré son innocence, elle

est femme, elle questionne, et sait enfin que péché caché est à moitié

pardonné, et qu’on peut se faire assurer contre les résultats trop

visibles de l’amour.

Elle se glisse aussi dans la main de celle qui n’a plus rien à perdre

que la crainte d’avoir des héritiers. Celle-là comprend de suite

l’invitation qu’on lui adresse.

Il faut vraiment examiner à la loupe ce petit chef-d’œuvre d’impudeur,

pour en bien apprécier toutes les beautés. Je le comparerais volontiers

à ces vins vieillis derrière les fagots, dont il faut analyser tous les

parfums, toutes les saveurs pour bien en juger le mérite. L’ignoble a

ses nuances et son fumet; analysons donc, malgré la révolte de nos sens,

ce que contient cette carte, c’est une œuvre de chimiste et non pas de

gourmet, mais je l’ai dit ailleurs, les sens du médecin ne sont point

ceux d’une petite-maîtresse. D’abord, remarquons cette observation: _On

ne me trouve que chez moi_. Une sage-femme qui n’exerce qu’à domicile,

cela me fait l’effet d’un paveur qui ne voudrait travailler qu’en

chambre. Je laisse deviner ce qu’une matrone _membresse_ de plusieurs

_Sociétés savantes_ qui ne _va pas en ville_ peut faire chez elle.

Notez qu’elle _reconnais_ la grossesse à six semaines ou deux mois. Mais

je suis persuadé que c’est uniquement aux consultations payantes, et que

ses consultations gratuites, comme la caisse de Robert-Macaire, ouvrent

à trois heures juste, et ferment à trois heures très-précises.

Elle traite et naturellement guérit toutes les maladies de l’_utérius_

(en vertu de quel droit?--Cela ne vous regarde pas); mais elle

n’explique point si elle considère la grossesse comme une maladie de

l’_utérius_. J’avoue que j’aurais voulu lui voir couronner son

chef-d’œuvre par une explication sur ce point: quant à moi, je suis

convaincu qu’elle considère la grossesse comme une maladie des plus

graves; comme celle qui se traite avec le plus de succès dans sa maison

de confiance, et surtout comme celle qui rapporte le plus d’argent.

Je ne dirai rien de sa prétention de ramener _le flux_ sanguin, je

comprends que lorsqu’une femme est en retard de quatre mois, plus ou

moins, elle possède des petits moyens pour faire passer cela; même

probablement quand l’affection s’accompagne d’une certaine enflure de

l’abdomen. Quant au _reflux_, je suis un peu embarrassé, je ne connais

en fait de reflux que celui de l’Océan, et à moins d’admettre que cette

femme, si savante, n’ait inventé une pommade ou un onguent dont la

puissance merveilleuse et universelle se fait sentir jusque sur les

vagues de l’Océan, j’avoue que je ne trouve point d’explication

vraisemblable.

Passons à l’autre côté, et ne négligeons pas cet AVIS IMPORTANT ET

INDISPENSABLE: _ne parlez à personne, n’écoutez pas_; est-ce que par

hasard on entendrait autour de cette honnête maison, comme dans le conte

de l’_Oiseau bleu_, les voix menaçantes d’ombres et de fantômes qui

crient aux malheureuses pratiques: Fuyez! fuyez!! imprudentes, si vous

tenez à la vie, n’approchez pas de cette maison, n’imitez pas nos

coupables folies, si vous voulez éviter notre sort. Je ne voudrais pas

l’interroger sur ce point, car elle le dit, _la discrétion_ lui est

très-_nécessaire_. Je suis du reste complétement de son avis à ce sujet;

si elle allait raconter _toutes_ ses petites affaires au premier venu,

cela pourrait avoir de grands inconvénients pour elle.

Je me permettrai cependant d’émettre un léger doute, quand elle affirme

que _personne n’est en relation avec elle_. Alors, que devient-elle le

vendredi? Moi, je suppose qu’elle est en relation directe avec le club

des sorcières, et que c’est le vendredi qu’elle enfourche le manche à

balai du Sabbat. Car, enfin, comment, malgré toute sa science,

pourrait-elle diagnostiquer la grossesse à six semaines, quand les

médecins ne le peuvent faire que vers quatre mois? Évidemment,

sa science lui vient d’une source qui ne coule pas rue de

l’École-de-Médecine.

Maintenant, passons au _post-scriptum_, car on dit que c’est là qu’il

faut toujours chercher le point important d’une lettre. Il n’y en a pas

à cette carte, mais c’est pure politesse pour le lecteur, on compte sur

son intelligence; ceux qui auront besoin du _post-scriptum_ sauront bien

le deviner.

Ce qui est sur la carte n’est que le _boniment_ du paillasse qui

rassemble la foule autour de lui; il conte des histoires bêtes, reçoit

avec philosophie les coups et les injures du patron, puis, quand le

cercle est compacte, il exhibe son _post-scriptum_, sa chose importante,

qui est une pommade remplie de vertus, ou simplement du poil à gratter.

Je ne pense pas, cependant, qu’il s’agisse ici d’une invention pleine de

vertus, mais je voudrais bien connaître le _post-scriptum_, l’industrie

qui se commet dans cette maison de confiance.

Est-ce une fabrique de philtres pour rendre amoureux?

Pratique-t-on _le nœud de l’aiguillette_?

Est-ce pour les amours un refuge hospitalier (qui n’a rien de commun

avec celui des montagnards écossais)? Explique-t-on les mystères du

grand et du petit Albert, ou simplement de Charles Albert?

Fait-on le grand jeu, les cartes, les tarots, la consultation

somnambulique ou homœopathique?

Fait-on bouillir des herbes propres à réparer les défaillances de la

vieillesse épuisée?

A-t-on le secret de faire procréer des sexes à volonté?

Mon esprit hésite à se prononcer pour l’une ou l’autre de ces

merveilles.

Ah! si je pouvais interroger la chauve-souris qui applique son œil

glauque à la vitre fêlée de ce troisième étage, peut-être me

raconterait-elle d’étranges choses; peut-être a-t-elle vu quelques-uns

de ces drames auprès desquels la scène des sorcières, de Macbeth, n’est

qu’un jeu innocent.

O Paris! comme on te calomnie! on dit que tu laisses parfois mourir de

faim tes enfants; quand de pareilles industries peuvent s’étaler

impunément à ton soleil, il faut être furieusement honnête, ou bien

dépourvu d’_imaginative_, pour ne pas trouver dans tes boues, ô Paris!

une ceinture dorée, sinon une bonne renommée.

_Nota._ L’adresse est tenue à la disposition des confrères dans

l’embarras qui voudraient avoir recours aux lumières de cette

praticienne.

Les causeries du docteur · 第 15 / 65 题