M. DE FONTANES

I

On a remarqué dans la suite des familles que souvent le fils, ne

ressemble pas à son père, mais que le petit-fils rappelle son aïeul, le

petit-neveu son grand-oncle, en un mot que la ressemblance parfois saute

une ou deux générations, pour se reproduire (on ne saurait dire comment)

avec une fidélité et une pureté singulière clans un rejeton éloigné.

Il en est de même, en grand, dans la famille humaine et dans la suite

inépuisable des esprits. Il y a de ces retours à distance, de ces

correspondances imprévues. Un siècle illustre disparaît; le glorieux

talent qui le caractérisait le mieux, et dans les nuances les plus

accomplies, meurt, en emportant, ce semble, son secret; ceux qui le

veulent suivre altèrent sa trace, les autres la brisent en se jetant de

propos délibéré dans des voies toutes différentes: on est en plein dans

un siècle nouveau qui lui-même décline et va s'achever. Tout d'un coup,

après ce long espace et cette interruption qui semble définitive, un

talent reparaît, en qui sourit une douce et chaste ressemblance avec

l'aïeul littéraire. Il ressemble, sans le vouloir, sans y songer, et

par une originalité native: dans le fond des traits, dans le tour des

lignes, à travers la couleur pâlie, on reconnaît plus que des vestiges.

C'est le rapport de M. de Fontanes à Racine; il est de cette famille, et

il s'y présente à nous comme le dernier.

Plus la figure littéraire est simple, douce, pure, élégante, sensible

sans grande passion, plus il devient précieux d'en étudier de près

l'originalité au sein même de cette ressemblance. Si le poëte n'a pas

fait assez, s'il a trop négligé d'élever ou d'achever son monument, cela

s'explique encore et doit sembler tout naturel; c'est qu'un instinct

secret lui disait: «La grande place est remplie, l'aïeul la tient. Il

suffit que moi, qui viens tard, je ne sois pas indigne de lui, que je

l'honore par mon goût dans un siècle bien différent déjà, et que jamais

du moins je n'aie faussé son lointain et supérieur accord par mes

accents.»

Dans cette sobriété et cette paresse même du poëte, se retrouve donc un

sentiment touchant, modeste, et qu'on peut dire pieux. Je n'invente pas:

M. de Fontanes le nourrissait en son coeur et l'a exprimé en plus d'un

endroit. Dans son ode sur la littérature _de l'Empire_, rappelant les

modèles du grand Siècle, beaucoup moins méconnus et moins offensés alors

par les doctrines que par les oeuvres du jour, il se borne, lui, pour

toute ambition, au rôle de Silius, à celui de Stace disant à sa muse:

......Nec tu divinam Aeneida tenta,

Sed longe sequere, et vestigia semper adora!

De Virgile ainsi, dans Rome,

Quand le goût s'était perdu,

Silius à ce grand homme

Offrait un culte assidu;

Sans cesse il nommait Virgile;

Il venait, loin de la ville,

Sur sa tombe le prier;

Trop faible, hélas! pour le suivre,

Du moins il faisait revivre

Ses honneurs et son laurier.

Et il avait autrement droit de se rendre ce témoignage, et de se dire

ainsi l'adorateur domestique de Racine, que Silius pour Virgile.

Mais rien n'est tout à fait simple dans la nature des choses, et il ne

faut pas, en tirant du personnage l'idée essentielle, ne voir en lui que

cette idée. Dernier parent de Racine, et adorateur du XVIIe siècle,

M. de Fontanes est pourtant du sien; il en est par les genres qu'il

accepte, par ceux même qu'il veut renouveler; il en est par certaines

teintes philosophiques et sentimentales qui font mélange à l'inspiration

religieuse, par certaines faiblesses et langueurs de son style poétique

élégant; mais, hâtons-nous d'ajouter, il en est surtout par le goût

rapide, par le ton juste, par l'expression nette et simple, par tout

ce que le XVIIIe siècle avait conservé de plus direct du XVIIe, et

que Voltaire y avait transmis en l'aiguisant. De plus, M. de Fontanes

n'était pas étranger au nôtre. Contraire aux nouveautés ambitieuses, il

ne résistait pourtant pas à celles qui s'appuyaient de quelque titre

légitime, de quelque juste accord dans le passé. Sur quelques-uns de

ces points d'innovation, il devient lui-même la transition et la nuance

d'intervalle, comme il convient à un esprit si modéré. Par ses pièces

élégiaques et religieuses, par _la Chartreuse_ et _le Jour des Morts_,

il devançait de plus de trente ans et tentait le premier dans les vers

français le genre d'harmonieuse rêverie; il semblait donner la

note intermédiaire entre les choeurs d'_Esther_ et les premières

_Méditations_. Mais surtout, à cette époque critique de 1800, par son

amitié, par sa sympathique et active alliance avec M. de Chateaubriand,

il entrait dans la meilleure part du nouveau siècle; il s'y mêlait dans

une suffisante et mémorable mesure. Le dernier des classiques donnait le

premier les mains avec une joie généreuse à la consécration de la Muse

enhardie, et lui-même il s'éclairait du triomphe. Tels, durant les étés

du pôle, les derniers rayons d'un soleil finissant s'unissent dans un

crépuscule presque insensible à la plus glorieuse des nouvelles aurores!

Pour nous, appelé aujourd'hui à parler de M. de Fontanes, nous ne

faisons en cela qu'accomplir un désir déjà bien ancien. Quelle qu'ait

été l'apparence bien contraire de nos débuts, nous avons toujours, dans

notre liberté d'esprit, distingué, à la limite du genre classique, cette

figure de Fontanes comme une de celles qu'il nous plairait de pouvoir

approcher, et, dans le voile d'ombre qui la couvrait déjà à demi, elle

semblait nous promettre tout bas plus qu'elle ne montrait. Sensible

(par pressentiment) à l'outrage de l'oubli pour les poëtes, nous nous

demandions si tout avait péri de cette muse discrète dont on ne savait

que de rares accents, si tout en devait rester à jamais épars, comme, au

vent d'automne, des feuilles d'heure en heure plus égarées. L'idée nous

revenait par instants de voir recueillis ces fragments, ces restes,

_disjecti membra poetoe_, de savoir où trouver enfin, où montrer l'urne

close et décente d'un chantre aimable qui fut à la fois un dernier-venu

et un précurseur. C'était donc déjà pour nous un caprice et un choix de

goût, une inconstance de plus si l'on veut, mais j'ose dire aussi une

piété de poésie, avant d'être, comme aujourd'hui, un honneur[97].

[Note 97: Cette Notice a été écrite en vue de l'édition des Oeuvres.]

Louis de Fontanes naquit à Niort, le 6 mars 1737, d'une famille

ancienne, mais que les malheurs du temps et les persécutions religieuses

avaient fait déchoir. L'étoile du berceau de madame de Maintenon semble

avoir jeté quelque influence de goût, d'esprit et de destinée sur le

sien. La famille Fontanes, autrefois établie dans les Cévennes (comté

d'Alais), y avait possédé le fief d'_Apennès_ ou _des Apennès_, dont le

nom lui était resté (Fontanes des Apennés): un village y portait aussi

le nom de _Fontanes_. Mais, à l'époque où naquit le poëte, ce n'étaient

plus là que des souvenirs. Sa famille, comme protestante, ne vivait,

depuis la révocation de l'Édit de Nantes, que d'une vie précaire,

errante et presque clandestine. Son grand-père, son père même étaient

protestants; il ne le fut pas. Sa mère, catholique, avait, en se

mariant, exigé que ses fils ou filles entrassent dans la communion

dominante.

Les premières années de cet enfant à l'imagination tendre et sensible

furent très-pénibles, très-sombres. Son frère aîné avait étudié au

collège des Oratoriens de Niort; mais lui, le second, sans doute à cause

de la gêne domestique, fut confié d'abord à un simple curé de village,

ancien oratorien, le Père Bory, par malheur outré janséniste. Le digne

curé, au lieu de tirer parti de cette jeune âme volontiers heureuse,

sembla s'attacher à la noircir de terreurs: il envoyait son élève à la

nuit close, seul, invoquer le Saint-Esprit dans l'église; il fallait

traverser le cimetière, c'étaient des transes mortelles. M. de Fontanes

y prit le sentiment terrible du religieux; pourtant l'imagination était

peut-être plus frappée que le coeur. Le curé ne se bornait pas aux

impressions morales, il y ajoutait souvent les duretés physiques; et le

pauvre enfant, poussé à bout, s'échappait, un jour, pour s'aller faire

mousse à La Rochelle: on le rattrapa. M. de Fontanes, en sauvant

l'esprit religieux, conserva toute sa vie l'aversion des dogmes durs

qui avaient contristé son enfance. S'il défendit le calvinisme dans son

discours qui eut le prix à l'Académie, c'était au nom de la tolérance,

par un sentiment de convenance domestique et d'équité civile; mais il

n'en sépara jamais dans sa pensée les longs malheurs que lui avait dus

sa famille, de môme qu'il associait l'idée de jansénisme au souvenir de

ses propres douleurs. Dans son _Jour des Morts_, il a grand soin de nous

dire de son humble pasteur:

Il ne réveille pas ces combats des écoles,

Ces tristes questions qu'agitèrent en vain

Et Thomas, _et Prosper_, et Pélage et Calvin.

Une telle enfance menait naturellement M. de Fontanes à placer son idéal

chrétien dans la religion de Fénelon.

Ses études se firent ainsi de neuf ans à treize, en ce village appelé

La Foye-Mongeault, entre Niort et La Rochelle. Il ne les termina point

pourtant sans suivre ses hautes classes aux Oratoriens de Niort,

d'où sortait son frère aîné; et celui-ci, poëte lui-même, dans leurs

promenades aux environs de la ville et le long des bords de la fontaine

Du Vivier, l'initiait déjà au jeu de la muse. Il perdit ce frère chéri

en 1772. Puis, dans l'intervalle de la mort de son père (1774) à celle

de sa mère, qui arriva un an après, il alla séjourner en Normandie, aux

Andelys, y apprit l'anglais par occasion, y recueillit, dans ses courses

rêveuses, de fraîches impressions poétiques, que sa _Forêt de Navarre_

et son _Vieux Château_ nous ont rendues. Venu à Paris vers 1777, il y

commença des liaisons littéraires. Je ne parle pas de Dorat, singulier

patron, qu'il se trouva tout d'abord connaître et cultiver plus qu'il ne

semble naturel d'après le peu d'unisson de leurs esprits. Il aimait à

raconter qu'à la seconde année de ce séjour, se promenant avec Ducis,

ils rencontrèrent Jean-Jacques, bien près alors de sa fin. Ducis, qui

le connaissait, l'aborda, et, avec sa franchise cordiale, réussissant à

l'apprivoiser, le décida à entrer chez un restaurateur. Après le repas,

il lui récita quelques scènes de son _Oedipe chez Admète_, et lorsqu'il

en fut à ces vers où l'antique aveugle se rend témoignage:

.......Écoutez-moi, grands Dieux!

J'ose au moins sans terreur me montrer à vos yeux.

Hélas! depuis l'instant où vous m'avez fait naître,

Ce coeur à vos regards n'a point déplu peut-être.

Vous frappiez, j'ai gémi. J'entrerai sans effroi

Dans ce cercueil trompeur qui s'enfuit loin de moi.

Vous savez si ma voix, toujours discrète et pure,

S'est permis contre vous le plus léger murmure;

C'est un de vos bienfaits que, né pour la douleur,

Je n'aie au moins jamais profané mon malheur[98]!

[Note 98: Acte III, scène IV.]

Jean-Jacques, qui avait jusque-là gardé le silence, sauta au cou de

Ducis, en s'écriant d'une voix caverneuse: «Ducis, je vous aime!» M. de

Fontanes, témoin muet et modeste de la scène, en la racontant après des

années, croyait encore entendre l'exclamation solennelle.

Il ne vit Voltaire que de loin, couronné à la représentation d'_Irène_;

mais il n'eut pas le temps de lui être présenté. Son frère aîné

(Marcellin de Fontanes), mort, je l'ai dit, en 1772, à l'âge de vingt

ans, et doué lui-même de grandes dispositions poétiques, avait composé

une tragédie qu'il avait adressée à Voltaire, aussi bien qu'une épître

déjeune homme, et il avait reçu une de ces lettres datées de Ferney, qui

équivalaient alors à un brevet ou à une accolade.

Fontanes eut le temps de voir beaucoup d'Alembert: laissons-le

dire là-dessus: «Tout homme, écrit-il au _Mercure_ à propos de

Beaumarchais[99], tout homme qui a fait du bruit dans le monde a deux

réputations: il faut consulter ceux qui ont vécu avec lui, pour savoir

quelle est la bonne et la véritable. Linguet, par exemple, représentait

d'Alembert comme un homme diabolique, comme _le Vieux de la Montagne_.

J'avais eu le bonheur d'être élevé à l'Oratoire par un des amis de ce

philosophe, et je l'ai beaucoup vu dans ma première jeunesse. Il était

difficile d'avoir plus de bonté et d'élévation dans le caractère. Il

se fâchait, à la vérité, comme un enfant, mais il s'apaisait de même.

Jamais chef de parti ne fut moins propre à son métier.» Toutes ces

relations précoces, ces comparaisons multipliées et contradictoires

expliquent bien et préparent la modération de Fontanes dans ses

jugements, sa science de la vie, son insouciance de l'opinion, et ne

rendent que plus remarquable le maintien de ses affections religieuses.

Il écrivait ce mot sur d'Alembert, et il allait tout à l'heure appuyer

M. de Bonald.

[Note 99: Mercure, fructidor an VIII.]

L'_Almanach des Muses_ de 1778 nous donne les premières nouvelles

littéraires du poëte. On y lit de lui une pièce composée à seize ans,

qui a pour titre _le Cri de mon Coeur_, et un fragment d'un _Poëme sur

la Nature et sur l'Homme_, qui sort déjà des simples essais juvéniles.

Ce _Cri de mon Coeur_ ne serait qu'une boutade adolescente sans

conséquence, s'il ne nous représentait assez bien toutes les impressions

accumulées de l'enfance douloureuse de Fontanes. La mort de son frère

aîné, celle de son père et de sa mère, qui l'ont frappé coup sur coup,

achèvent d'égarer son âme. Il s'écrie contre l'existence; il va presque

jusqu'à la maudire:

Monarque universel, que peut-être j'outrage,

Pardonne à mes soupirs; je connais mon erreur.

Pour un jeune arbrisseau que tourmente l'orage,

Dois-tu suspendre la fureur?

D'un pas toujours égal, la Nature insensible

Marche, et suit les décrets avec tranquillité.

Audacieux enfant contre elle révolté,

Je me débats en vain sous le bras inflexible

De la Nécessité.

Il s'arrête un moment aux projets les plus sinistres et les envisage

sans effroi:

Terre, où va s'engloutir ma dépouille fragile,

Terre, qui l'entretiens de la cendre des morts,

O ma mère, à ton fils daigne ouvrir un asile,!

Heureux, si dans ton sein doucement je m'endors!

Sous la tombe, du moins, l'infortune est tranquille.

Mais à l'instant la terre s'entr'ouvre, l'Ombre de son père en sort et

le rappelle à la raison, à la constance, à la vertu, lui montre une

soeur chérie qui lui reste, et l'invite aux beaux-arts, à la poésie

noblement consolatrice. Ce _Cri de mon Coeur_ semble avoir exhalé en une

fois toute cette ferveur troublée de la jeune âme de Fontanes, et on

n'en retrouvera plus trace désormais dans son talent pur, tendre,

mélancolique, et moins ardent que sensible[100].

[Note 100: Je veux être tout a fait exact: outre cette même pièce du

_Cri de mon Coeur_, le _Journal des Dames_ de 1777 (par conséquent un

peu antérieur à l'_Almanach des Muses_ de 1778) contenait une lettre

de Fontanes à Dorat, toujours dans ce ton exalté qui contraste

singulièrement avec les idées désormais attachées en sens divers à ces

deux noms de Dorat et de Fontanes. En voici quelques passages:

«Monsieur, je m'étais promis de cacher avec soin les faibles essais de

mon enfance, et de ne cultiver les lettres que pour me consoler de

mes malheurs. C'était au fond d'un désert, et non dans le sein delà

capitale, que j'avais résolu de vivre. La solitude convient mieux à

l'infortune qui veut au moins se plaindre en liberté, que ces prisons

fastueuses où des esclaves imitent les travers et les vices d'autres

esclaves, où le vrai sage ne peut faire un pas sans colère ou sans

pitié.. Je me suis dit de bonne heure: Tu es malheureux, tu es sans

appui, tu es trop fier pour ramper; végète donc dans une retraite

ignorée. Paris n'est, pas fait pour toi.

Si l'amour de la poésie me forçait, malgré moi, de lui sacrifier

quelques heures, je ne peignais que mes douleurs ou les tableaux de la

campagne que j'avais sous les yeux. Je me contentais de répandre mes

plaintes dans des vers toujours dictés par mon coeur.. J'ai eu pour

atelier le bord des mers, les forêts, le sommet des montagnes. Je n'ai

tracé que des scènes lugubres, analogues à ma situation. Ma poésie

doit avoir des traits un peu sauvages et peut-être barbares.. Quand

je portais les yeux sur Paris, j'étais effrayé des périls où je

m'exposerais en m'y montrant. Un homme de dix-huit ans, ignorant l'art,

de l'intrigue et de l'adulation, pouvait-il espérer, en effet, d'être

accueilli dans la république des lettres?.. Ainsi, me disais-je, coulons

dans le silence des jours déjà trop agités, et dont, (ma faible santé

l'annonce) le terme heureusement sera court.

Tel était le plan que je m'étais formé. Je vous vis alors, et je compris

qu'il y avait plusieurs classes dans la littérature, etc.»

Ce titre sentimental de la pièce, _le Cri de mon Coeur_, fut donné par

Dorat lui-même; Fontanes, quand il y resongeait depuis, en rougissait

toujours.]

L'_Almanach des Muses_ de 1780 le fit plus hautement connaître, en

publiant _la Forêt de Navarre_. Ce petit poëme descriptif, vu à sa date,

avait de la fraîcheur et de la nouveauté. L'auteur, en y développant

une peinture déjà touchée dans _la Henriade_, y faisait preuve de son

admiration pour Voltaire et de son amour pour Henri IV, deux traits

essentiels qui ne le quittèrent jamais. Il y marquait par un vers

d'éloge sa déférence à Delille, déjà célèbre depuis 1770; mais, même à

cette heure de jeunesse première, il semblait plus sobre, plus modéré

en hardiesse que ce maître brillant. On remarquait, à travers les

exclamations descriptives d'usage, bien des vers heureux et simples, de

ces vers trouvés, qui peignent sans effort:

Le poëte aime l'ombre, il ressemble au berger....

L'oiseau se fait, perché sur le rameau qui dort....

Foulant de hauts gazons respectés du faucheur....

Ils ne sont plus ces jours où chaque arbre divin

Enfermait sa Dryade et son jeune Sylvain,

Qui versaient en silence à la tige altérée

La sève à longs replis sous l'écorce égarée.

Il n'y avait pas abus de coupes, quelques-unes pourtant assez neuves,

quelques jets un peu libres, que plus tard son ciseau, en y revenant,

supprima:

Quel calme universel! je marche: l'ombre immense,

L'ombre de ces ormeaux dont les bras étendus

Se courbent sur ma tête en voûtes suspendus,

S'entasse à chaque pas, s'élargit, se prolonge,

_Croît toujours_; et mon coeur dans l'extase se plonge.

Enfin, quelque chose de senti inspirait le tout.

Garât, rendant compte de l'_Almanach des Muses_ dans le _Mercure_ (avril

1780), s'arrêta longuement sur le poëme de Fontanes, et le critiqua avec

une sévérité indirecte et masquée, qui put sembler piquante dans les

habitudes du temps. Il fait bien ressortir l'absence de plan, les

contradictions entre l'appareil didactique et certaines formes convenues

d'enthousiasme: _Que de tableaux divers!...A pas lents je m'égare_. Oui,

à pas lents. Mais il ne va pas au fond. Quand il en vient au style, il

frappe encore plus au hasard et souligne quelques-uns des vers que nous

citions précisément à titre de beauté. Fontanes fut très-sensible à

l'article de Garât, et faillit en être découragé à cette entrée dans la

carrière. La plus sûre preuve de l'impression profonde qu'il en reçut,

c'est que trente-sept ans après, lorsqu'il fixa la rédaction dernière de

_la Forêt de Navarre_, il tint compte dans sa refonte de presque toutes

les critiques de détail, même de celles où Garat avait tort. Voilà de la

sensibilité de poëte, mais bien modeste et docile.

Garât, que nous trouvons ainsi au début de Fontanes, et qui, nonobstant

son article sévère, d'ailleurs très-convenable, fut et resta lié avec

lui dans les années qui précédèrent la Révolution, Garat, plus âgé de

plusieurs années, nous offre à certains égards, et en fait de destinée

littéraire, le pendant du poëte dans le camp opposé, dans les rangs

philosophiques: grand talent de prosateur, s'essayant d'abord aux éloges

académiques, se dispersant en tout temps aux journaux, puis intercepté

brusquement par la Révolution et désormais lancé à tous les souffles de

l'orage; exemple déplorable et frappant du danger de ne se recueillir

sur rien, et, avec des facultés supérieures, de ne laisser qu'une

mémoire éparse, bientôt naufragée! Durant la Révolution, soit sous

la Terreur, soit après Fructidor, Fontanes crut avoir beaucoup à se

plaindre de lui, et il rompit tout rapport avec un adversaire au moins

indiscret, qui se figurait peut-être, dans son sophisme d'imagination,

continuer simplement envers le proscrit politique l'ancienne polémique

littéraire. Mais, sans faire injure à aucune mémoire, et dans

l'éloignement où l'on est de leur tombe, on ne peut s'empêcher de

pousser le rapprochement: Garat, avec plus de verve et bien moins de

goût, louant Desaix et Kléber, comme Fontanes louait Washington; Garat

se flattant toujours d'élever le monument métaphysique dont on ne sait

que la brillante préface, comme Fontanes se flattait de l'achèvement

de _la Grèce sauvée_; mais, avec une imagination trop vive chez un

philosophe, Garat n'était pas poëte, et l'avantage incomparable de

Fontanes, pour la durée, consiste en ce point précis: il lui suffit de

quelques pièces qu'on sait par coeur pour sauver son nom.

A leur date, _la Chartreuse_ et _le Jour des Morts_, déjà un peu passés,

mais à maintenir dans la suite des tons et des nuances de la poésie

française; sans date, et de tous les instants, les _Stances à une jeune

Anglaise_, l'ode à une _jeune Beauté_, ou celle du _Buste de Vénus_; en

un mot, le flacon scellé qui contient la goutte d'essence; voilà ce

qui surnage, c'est assez. Les métaphysiciens échoués n'ont pas de ces

débris-là.

Dans les premiers temps de son séjour à Paris, Fontanes travailla

beaucoup, et il conçut, ébaucha ou même exécuta dès lors presque

tous les ouvrages poétiques qu'il n'a publiés que plus tard et

successivement. Un vers de la première _Forêt de Navarre_ nous apprend

qu'il avait déjà traduit à ce moment (1779) l'_Essai sur l'Homme_

de Pope, qui ne parut qu'en 1783. Une élégie de Flins, dédiée à

Fontanes[101], nous le montre, en 1782, comme ayant terminé déjà son

poëme de _l'Astronomie_, qui ne fut publié qu'en 1788 ou 89, et comme

poursuivant un poëme en six chants sur _la Nature_, qui ne devait point

s'achever. _La Chartreuse_ paraissait en 1783, et on citait presque dans

le même temps _le Jour des Morts_, encore inédit, d'après les lectures

qu'en faisait le poëte. Ainsi, en ces courtes années, les oeuvres se

pressent. Tous les témoignages d'alors, les articles du _Mercure_, une

épître de Parny à Fontanes[102], nous montrent celui-ci dans la situation

à part que lui avaient faite ses débuts, c'est-à-dire comme cultivant

la grande poésie et aspirant à la gloire sévère. Mais bientôt la vie

de Paris et du XVIIIe siècle, la vie de monde et de plaisir le prit et

insensiblement le dissipa. Il voyait beaucoup les gens de lettres à la

mode, Barthe, Rivarol; il dînait chaque semaine chez le chevalier de

Langeac, son ami (encore aujourd'hui vivant), qui les réunissait. Et

qui ne voyait-il pas, qui n'a-t-il pas connu au temps de cette jeunesse

liante, de d'Alembert à Linguet, de Berquin à Mercier, de Florian à

Rétif; tous les étages de la littérature et de la vie? Par moments, soit

inquiétude d'âme rêveuse et reprise de poésie, soit blessure de coeur,

soit nécessité plus vulgaire, et, comme dit André Chénier:

[Note 101: _Almanach des Muses_.]

[Note 102: _Almanach des Muses_, 1782.]

Quand ma main imprudente a tari mon trésor,

il sentait le besoin de se dérober. Il se retirait à Poissy en hiver;

il se faisait ermite, et se vouait à l'étude entre son Tibulle et son

Virgile. Mais cela durait peu. Les amis heureux le désiraient, le

rappelaient. Un voyage en Suisse, vers 1787, auparavant un autre voyage

de deux mois en Angleterre, ne tardaient point à le leur rendre. La

prospérité pourtant ne venait pas. Si c'était la saison des plaisirs,

c'était aussi celle des rudes épreuves:

Redis-moi du malheur les leçons trop amères,

a-t-il écrit plus tard parlant à sa muse secrète et en songeant à ce

temps. Ainsi se passèrent pour lui, trop au hasard sans doute, les

années faciles et fécondes. La Révolution le surprit, et dans l'Épître

à M. de Boisjolin, en 1792, jetant un regard en arrière, à la veille de

plus grands orages, il pouvait dire avec un regret senti:

Tu m'as trop imité: les plaisirs, la mollesse,

Dans un piége enchanteur ont surpris ta faiblesse.

La gloire en vain promet des honneurs éclatants:

Un souris de l'amour est plus doux à vingt ans;

Mais à trente ans la gloire est plus douce peut-être.

Je l'éprouve aujourd'hui. J'ai trop vu disparaître

Dans quelques vains plaisirs aussitôt échappés

Des jours que le travail aurait mieux occupés.

Oh! dans ces courts moments consacrés à l'étude,

Combien je chérissais ma docte solitude!...

C'est en cet intervalle de 1780 à 1792 qu'il convient d'examiner dans

son premier jour Fontanes: il prend place alors; sa vraie date est là.

On a pour habitude, dans les jugements vagues et dans les _à-peu-près_

courants, de faire de lui, à proprement parler, un poëte de _l'Empire_.

Il ne se jugeait pas tel lui-même; il n'estimait guère, on le verra, la

littérature de cette époque; il n'y faisait qu'une exception éclatante,

et s'y effaçait volontiers. Il fut orateur de l'Empire, mais le poëte

chez lui était antérieur [103].

[Note 103: Je trouve dans l'_Esprit des Journaux_, août 1787, une

_Épître_ en vers _à M. de Fontanes,_ attribuée à un M. de C..., qui

n'est autre que Castéra. La pièce est très-médiocre, mais il en ressort

évidemment que Fontanes était a cette date un personnage littéraire à

qui l'on demandait une sorte de patronage.

Et le mortel heureux dont l'amitié sacrée,

Cher Fontanes, par vous se verra célébrée,

Est certain que son nom, des muses respecté,

Volera dans vos chants à la postérité.

]

La traduction de l'_Essai sur l'Homme_, si perfectionnée depuis, mais

déjà fort estimable, et enrichie de son excellent discours préliminaire,

parut pour la première fois en 1783, et valut à l'auteur un article de

La Harpe, adressé sous forme de lettre au _Mercure [104]_. Un article de

La Harpe, c'était la consécration officielle d'un talent. Le critique

insistait beaucoup, en louant M. de Fontanes, sur la marche imposante et

soutenue de sa phrase poétique, et _cet art de couper le vers sans le

réduire à la prose, et de varier le rhythme sans le détruire, deux

choses_, dit-il, _si différentes, et qu'aujourd'hui l'ignorance et

le mauvais goût confondent si souvent_. Il louait avant tout dans

le traducteur, et recommandait avec raison aux jeunes écrivains

_l'ensemble_ et _le tissu_ du style, qu'on sacrifiait dès lors à l'effet

du détail; il s'élevait à plusieurs reprises contre les métaphores

accumulées et les figures nébuleuses: «Ce n'est pas, ajoutait-il, à M.

de Fontanes que cet avis s'adresse, il en a trop rarement besoin; mais

les vérités communes ne peuvent pas être perdues aujourd'hui; il faut

bien les opposer aux nouvelles extravagances des nouvelles doctrines:

[Note 104: Septembre 1783.--La Harpe envoya son article sous forme de

_lettre_, parce qu'il s'était retiré de la rédaction du _Mercure_ dès

1779. C'avait été une résolution presque solennelle. La guerre qu'il

faisait depuis quelques années aux novateurs, aux rimeurs hasardeux,

était devenue si vive, qu'elle les ameuta contre lui, et il y eut ligue

pour le forcer à quitter le jeu. Injures, calomnies, menaces, tout fut

employé, à ce qu'il semble. A la mort de Voltaire, comme aux funérailles

d'un monarque absolu, il y eut redoublement de sédition littéraire;

le nom du mort était invoqué contre un disciple trop faible pour son

héritage; on se plaisait à remarquer que le grand homme _ne l'avait pas

mis sur son testament_. Bref, la place n'était plus tenable. La Harpe

fit pourtant bonne et courageuse contenance; il prépara en secret sa

pièce des _Muses rivales_, qui répondait à certaines inculpations, et la

fit jouer sans qu'on sût à l'avance qu'elle était de lui. Le succès

fut grand, et, le lendemain de ce triomphe, il déclara se retirer

du _Mercure:_ il abdiqua, mais en vainqueur. Ce fut un des grands

événements de ce temps-là. Puis, comme tous ceux qui abdiquent, il ne

tarda pas à se repentir, et revint dans la suite de plus belle à ces

querelles de journaux qu'il maudissait et qui étaient sa vie.]

«Un tronc jadis sauvage adopte sur sa tige

Des fruits dont sa vigueur hâle l'heureux prodige[105];

«_Hâter le prodige des fruits_ est une métaphore très-obscure. C'est

peut-être la seule fois que l'auteur s'est rapproché du style à la mode,

et Dieu me préserve de le lui passer!» On cherche à qui peut avoir

trait, en somme, cette véhémence de La Harpe; ce n'est pas même à

Delille, c'est tout au plus à quelques-uns de ses imitateurs, à je ne

sais quoi d'énorme aux environs de Roucher ou de Dorat. A la distance où

nous sommes, au degré d'hérésie où nous ont poussés le temps et l'usage,

cela fuit[106].

[Note 105: _Essai sur l'Homme_, dans la première édition.]

[Note 106: Dans son assez bonne Épître au comte de Schowaloff qui est

destinée à célébrer son abdication du _Mercure_ et comme sa retraite à

_Salone_, La Harpe, faisant une sortie contre le pittoresque à la mode,

disait en des vers dont l'à-propos semble d'hier et nous va au coeur:

Que dis-je? en ses excès Le délire exalté

Porta plus loin l'audace et la perversité:

]

Fontanes se tenait sans effort dans les mêmes principes que La Harpe:

en traduisant Pope, le sage Pope, il ne l'approuvait pas toujours. Il

blâme, dès les premiers vers de son auteur, ces métaphores redoublées,

selon lesquelles _l'homme est tour à tour un labyrinthe, un jardin, un

champ, un désert_, et n'y voit que manque de goût, de précision et de

clarté. Quand il rencontre ce vers tout pétillant:

In folly's cup still laughs the bubble, joy,

_la joie, cette bulle d'eau, rit dans la coupe de la folie_, il le

supprime. Il est bien plus que l'abbé Delille de l'école directe de

Boileau et de Racine.

Il est mieux que de l'école, il est du sentiment tendre et de

l'inspiration émue de ce dernier dans _la Chartreuse_ et dans _le Jour

des Morts_. Racine jeune, Racine déjà revenu d'Uzès et à la veille

d'_Andromaque_, Racine né au XVIIIe siècle, ayant beaucoup lu, au lieu

de _Théagène et Chariclée_, l'Épître de Colardeau, et se promenant, non

pas à Port-Royal, mais au Luxembourg, aurait pu écrire _la Chartreuse_.

La manière littéraire a beau changer; les formes du style.

Racine et Despréaux ont vu leur gloire _usée_,

Et par des écoliers leur langue méprisée.

Voltaire _au seul hasard a dû quelques beaux vers_;

Ses succès, soixante ans, ont trompé l'univers.

Il n'existe en effet qu'une seule science:

C'est des mots discordants la bizarre alliance,

Des tropes entassés le chaos monstrueux.

L'ignoble barbarisme, aujourd'hui fastueux,

Est le trait de la force et le fruit de l'étude,

Et sait donner au vers une noble _attitude_.

Veut-on que notre mètre, en sa marche arrêté,

De la mesure antique ait la variété?

Substituez alors (la ressource est aisée)

Au rhythme poétique une prose brisée.

Enfin sachez frapper le dernier coup de l'art:

Que de tous ses rayons Phébus vous illumine;

Et, faute d'égaler la langue de Racine,

Osez ressusciter le jargon de Ronsard.

Rien n'est donc nouveau, ni l'audace, ni le cri d'alarme, ni l'injure

dans un sens et dans l'autre; ne nous attachons qu'au talent, ont beau

se renouveler, se vouloir rajeunir, et, même en n'y réussissant pas

toujours, faire pâlir du moins la couleur des styles précédents; les

idées, sinon la pratique, en matière de goût et d'art sévère, ont beau

s'élever, s'affermir, s'agrandir, je le crois, par une comparaison plus

studieuse et plus étendue: il est des impressions heureuses, faciles,

touchantes, qui, dans de courtes productions, tirent leur principal

intérêt du coeur, et qui durent sous un crayon un peu effacé. La lecture

de _la Chartreuse_, si l'on a l'imagination sensible, et si l'on n'a pas

l'esprit barré par un système, cette lecture mélodieuse et plaintive,

faite à certaine heure, à demi-voix, produira toujours son effet,

émouvra encore et finira par mêler vos pleurs à ceux du poète:

Cloître sombre, où l'amour est proscrit par la Ciel,

Où l'instinct le plus cher est le plus criminel,

Déjà, déjà ton deuil plaît moins à ma pensée!

L'imagination, vers les murs élancée,

Chercha leur saint repos, leur long recueillement;

Mais mon âme a besoin d'un plus doux, sentiment.

Ces devoirs rigoureux font trembler ma faiblesse.

Toutefois, quand le temps, qui détrompe sans cesse,

Pour moi des passions détruira les erreurs,

Et leurs plaisirs trop courts souvent mêlés de pleurs;

Quand mon coeur nourrira quelque peine secrète;

Dans ces moments plus doux, et si chers au poëte,

Où, fatigué du monde, il veut, libre du moins,

Et jouir de lui-même et rêver sans témoins;

Alors je reviendrai, Solitude tranquille,

Oublier dans ton sein les ennuis de la ville,

Et retrouver encor, sous ces lambris déserts,

Les mêmes sentiments retracés dans ces vers.

De tels vers, pour la couleur mélancolique à la fois et transparente,

étaient dignes contemporains des belles pages des _Études de la Nature_.

_Le Jour des Morts_ offre plus de composition que _la Chartreuse_; c'est

moins une méditation, une rêverie, et davantage un tableau. Il dut

plaire plus vivement peut-être aux contemporains; il a plus passé

aujourd'hui. Le XVIIIe siècle y a jeté de ses couleurs de convention. Ce

curé de village, _rustique Fénelon_, qu'on n'ose pas appeler _curé_, et

qui n'est que _pasteur, mortel respecté, homme sacré, ce prêtre ami des

lois et zélé sans abus_, qui n'ose faire parler la colère céleste contre

le mal, et qui ne sait qu'_adoucir la tristesse_ par _l'espérance_, est

un de ces chrétiens comme on aimait à se les figurer à la date de _la

Chaumière indienne_. On se demande si le poëte partage absolument

l'esprit du spectacle qu'il nous retrace avec tant d'émotion. A un

endroit de la première version du _Jour des Morts_, il était question

de _destin_[107]. Plus d'un vers reste en désaccord avec le dogme; ainsi,

lorsqu'il s'agit, d'après Gray, de ces morts obscurs, de ces Turenne

peut-être et de ces Corneille inconnus:

Eh bien! si de la foule autrefois séparé,

Illustre dans les camps ou sublime au théâtre,

Son nom charmait encor l'univers idolâtre,

Aujourd'hui son sommeil en serait-il plus doux?

dernier vers charmant, imité de La Fontaine avant sa conversion; mais

depuis quand la mort, pour le chrétien, est-elle un doux sommeil et le

cercueil un oreiller? En somme, la religion du _Jour des Morts_ est une

religion toute d'imagination, de sensibilité, d'attendrissement (le mot

revient sans cesse); c'est un christianisme affectueux et flatté, à

l'usage du XVIIIe siècle, de ce temps même où l'abbé Poulle, en

chaire, ne désignait guère Jésus-Christ que comme _le Législateur des

chrétiens_. Ici, ce mode d'inspiration, plus acceptable chez un poëte,

cette onction sans grande foi, et pourtant sincère, s'exhale à chaque

vers, mais elle se déclare surtout admirablement dans le beau morceau de

la pièce au moment de l'élévation pendant le sacrifice:

[Note 107: Dans une église de Naples, à Sainte-Claire, je crois, se

voit un élégant tombeau de jeune fille par Jean de Nola, avec des vers

latins; tombeau grec, épitaphe païenne:

..........................................

At nos perpetui gemitus, tu, nata, sepulchri

Esto haeres, ubi sic impia fata volunt.

Portraits littéraires, Tome II · 第 9 / 38 题