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Or pourquoi aucune des oeuvres achevées cependant de nos poëtes européens

actuels (y compris, bien entendu, mes faibles essais), pourquoi ces oeuvres

du travail et de la méditation n'ont-elles pas pour moi autant de charme

que cette oeuvre spontanée d'un jeune laboureur de Provence? Pourquoi chez

nous (et je comprends dans ce mot nous les plus grands poëtes métaphysiques

français, anglais ou allemands du siècle, Byron, Goethe, Klopstock,

Schiller, et leurs émules), pourquoi, dans les oeuvres de ces grands

écrivains consommés, la séve est-elle moins limpide, le style moins naïf,

les images moins primitives, les couleurs moins printanières, les clartés

moins sereines, les impressions enfin qu'on reçoit à la lecture de leurs

oeuvres méditées moins inattendues, moins fraîches, moins originales, moins

personnelles, que les impressions qui jaillissent des pages incultes de ces

poëtes des veillées de la Provence? Ah! c'est que nous sommes l'art et

qu'ils sont la nature; c'est que nous sommes métaphysiciens et qu'ils sont

sensitifs; c'est que notre poésie est retournée en dedans et que la leur

est déployée en dehors; c'est que nous nous contemplons nous-mêmes et

qu'ils ne contemplent que Dieu dans son oeuvre; c'est que nous pensons

entre des murs et qu'ils pensent dans la campagne; c'est que nous procédons

de la lampe et qu'ils procèdent du soleil. Oui, il faut finir cet Entretien

par le mot qui l'a commencé: IL Y A UNE VERTU DANS LE SOLEIL! Sur chaque

page de ce livre de lumière il y a une goutte de rosée de l'aube qui se

lève, il y a une haleine du matin qui souffle, il y a une jeunesse de

l'année qui respire, il y a un rayon qui jaillit, qui échauffe, qui égaye

jusque dans la tristesse de quelques parties du récit. Ces poëtes du soleil

ne pleurent même pas comme nous; leurs larmes brillent comme des ondées

pleines de lumière, pleines d'espérance, parce qu'elles sont pleines de

religion. Voyez Reboul, dans son Enfant mort au berceau! Voyez Jasmin dans

son Fils de maçon tué à l'ouvrage ou dans son Aveugle! Voyez Mistral dans

sa mort des deux amants!

«Et, pendant qu'aux lieux où Mireille vivait ils se frapperont leurs fronts

sur la terre de regrets et de remords, elle et moi, enveloppés d'un serein

azur sous les eaux tremblotantes; oui, moi et toi, ma toute belle, dans une

étreinte enivrée, à jamais et sans fin nous confondrons, dans un éternel

embrassement, nos deux pauvres âmes!

«Et le cantique de la mort résonnait là-bas dans la vieille église, etc.,

etc.»

Cours familier de Littérature - Volume 07 · 第 271 / 326 题