Des paysans chantent une ronde joviale et amoureuse. Ils proposent
respectueusement à Faust de trinquer avec eux; les services que Faust a
rendus à ce peuple pendant une épidémie récente le font acclamer, de groupe
en groupe, par le peuple reconnaissant.
«Quelle joie ce doit être pour toi, ô grand homme! lui dit son disciple, de
te voir ainsi honoré par cette multitude! Bienheureux celui qui peut faire
un si puissant et si salutaire emploi de ses facultés! Le père le montre à
son enfant; on s'informe, on s'attroupe, on s'empresse; la musique
s'interrompt, la danse s'arrête. Tu passes; ils se rangent en haie, les
bonnets volent en l'air. Peu s'en faut qu'ils ne s'agenouillent comme
devant l'image de la Divinité!»
_Faust_ déprécie éloquemment ces hommages et se dénigre lui-même. «Regarde
plutôt décliner le soleil couchant, le jour expiré!... «Oh! que n'ai-je des
ailes pour m'enlever dans les airs et tendre incessamment vers lui? Je
verrais dans un éternel crépuscule ce globe dont je n'entendrais pas le
bruit à mes pieds.»
Voici la poésie de l'infini devenue mélancolie lyrique; elle dicte à Faust
des vers dignes d'être répétés par l'écho des firmaments. Nous souffrons de
ne pas les reproduire à votre oreille; mais ces entretiens seraient un
volume si je n'abrégeais pas la partie extatique de ce prodigieux poëme
pour laisser au drame pathétique l'espace qui lui appartient. Plaignez-moi
d'abréger et plaignez-vous vous-mêmes de ne pas tout entendre.