XI

Ces amours pures, tantôt contrariées, tantôt servies par des circonstances

d'un intérêt touchant dans le récit de Goethe, finirent, comme toutes les

fleurs folles de la vie, par un coup de vent qui en disperse les illusions

et les parsème sur le sol: le jeune Goethe, réprimandé par ses parents et

compromis par ses mauvaises relations avec les cousins de Gretchen, fut

envoyé à Strasbourg pour y achever ses études de droit. Là il connut le

philosophe allemand Herder, neuve, vaste et forte pensée dont M. Quinet,

nature allemande dans un talent français, a donné pour la première fois à

la France la traduction, le sens et le commentaire.

La fréquentation de Herder mûrit de bonne heure le génie aussi

philosophique que poétique de Goethe. Un second épisode d'amour pastoral

avec Frédérica, la fille d'un pasteur protestant de village, sur les bords

du Rhin, entremêla des songes dorés de la jeunesse les graves occupations

de l'étudiant de Francfort. Cet amour, peint avec les couleurs du _Vicaire

de Wakefield_, ne fut qu'une distraction attachante pour Goethe et causa

la mort de la pauvre Frédérique.

Rappelé dans sa famille par son père, Goethe, chez qui l'imagination

dominait le sentiment, s'attacha passionnément à sa soeur, âme ardente et

souffrante, qui s'attacha elle-même à ce frère comme si elle eût vécu en

lui plus qu'en elle-même.

Il alla, après quelques mois de séjour chez son père, se mêler à Leipzig à

tout le mouvement des études, des littératures et des factions scolastiques

de la haute Allemagne. Il y connut tout ce qui illustrait alors l'Allemagne

dans les lettres; il commença lui-même à s'y faire connaître comme un jeune

écrivain et comme un futur poëte d'un immense avenir.

C'était le moment où la vieille littérature naïve de la Germanie se

greffait, sous l'influence du grand Frédéric, sur la philosophie et à la

littérature de la France. Voltaire était le missionnaire de cette poésie et

de cette philosophie chez les Allemands. Le monde germanique et le monde

français luttaient dans les universités, dans les livres et sur les

théâtres. Goethe, avec cette impartialité éclectique qui est la force du

génie original et qui prend son point d'appui en soi-même, méprisa ces

vaines controverses et écrivit sous la seule inspiration de sa nature.

Cette nature était allemande par le terroir, grecque par la beauté,

française par l'indépendance des préjugés des lieux et des temps.

Cours familier de Littérature - Volume 07 · 第 61 / 326 题