La première figure qui attire le regard, au sommet du groupe, est celle du
père de famille, maître de la barque, roi de l'équipage. Il est déjà vêtu
de sa capote de laine de pêcheur; d'une main il s'appuie sur le trident et
le harpon, instruments de pêche; de l'autre il montre, par un geste
inquiet, le nuage qui plombe dans le lointain sur la mer; il sonde
l'horizon d'un regard plein de pressentiments.
À sa gauche est un vieillard, compagnon résigné et insoucieux de la fortune
du navire, qui apporte sur son épaule les diverses provisions de la
navigation.
Devant lui, deux petits enfants, dont il est l'aïeul vont faire leur
première campagne sur les flots. L'un des deux enfants, vêtu d'une capote à
capuchon qui retombe sur son visage mouillé des larmes de sa mère, s'appuie
sur l'épaule de son frère, en cherchant la main de son camarade pour y
enlacer ses doigts: l'autre, plus jeune encore, mais d'un visage plus
réfléchi, tourne et élève son joli visage vers la figure de son grand-père;
il semble lire dans les yeux du chef de la famille les terreurs de la
prochaine nuit.
Ce groupe, qui fait contraster la mort et l'enfance, est digne, par
l'expression des figures et par la naïveté des poses, de Corrége, ce poëte
des enfants.