XVI

Cependant le soleil, qui marche toujours, a dépassé les arcs de l'aqueduc

et penche vers les montagnes; un souffle fait voler çà et là le duvet des

chardons qui floconnent à vos pieds; de temps en temps le gémissement d'un

chariot rustique résonne sur la route; la cigale, cette guitare de la terre

chaude, grince dans le sillon. On voit se dessiner sur la ligne de la mer

les profils de quelques vieilles glaneuses qui portent une gerbe sur leurs

têtes, ou de quelques belles jeunes filles balançant à la cadence de leur

pas, sur leurs épaules, une urne étrusque contenant l'eau pour les lieurs

de blé mûr; leur ombre lapidaire les suit sur la route comme un pli de leur

lourde robe. Les sons de la musette de Calabre, sur laquelle les

_pfifferari_ préludent dans le lointain aux danses du soir, grondent en

approchant de la plaine. Une indescriptible impression de bien-être, de

paix, d'existence, de sécurité, de plénitude des sens et du coeur, pénètre

l'âme avec les rayons, avec l'air, avec le son, avec l'horizon sans bornes

de la campagne de Rome; on se sent noyé dans la béatitude du soleil d'été;

la vie surabondante écume et murmure, comme une cascade de _Terni_, dans la

poitrine; on craindrait de troubler par une parole, par le bruit même

d'une respiration, l'extase qui vous soulève d'ici-bas on ne sait où; on se

tait, et ce silence est l'hymne inarticulé de la saison où l'homme

fructifie avec l'herbe des champs.

Cours familier de Littérature - Volume 07 · 第 21 / 326 题