XV

La plaine est grise comme une cendre d'herbes brûlées par le soleil; autour

de vous une vapeur ambiante sort des pierres et rampe presque visible sur

le sol; de légers nuages de poussière rose s'élèvent et retombent çà et là

sous les pieds de l'alouette qui secoue en partant la tige des pavots

saupoudrés de terre; le silence du sommeil, à l'heure de la sieste, pèse

sur l'espace; on entend seulement, de loin en loin, le frôlement métallique

de l'épi contre l'épi, quand la brise de mer effleure en passant les grands

champs de blé; les ombres crues de l'aqueduc se replient, comme pour fuir

la chaleur du milieu du jour, sous les arcades.

Les montagnes de Tivoli, de Frascati, d'Albano, du Soracte, s'élèvent,

grandies par le mirage de la vapeur diurne, et semblent danser derrière

vous dans le firmament; l'horizon de la mer ne se distingue de l'horizon du

ciel que par un ruban d'azur foncé qui indique au pêcheur le premier

frisson du vent qui se lève; une ou deux voiles commencent à palpiter dans

le lointain; la lumière qui descend de la voûte céleste, qui rejaillit des

montagnes, qui flotte sur les vagues, qui se répercute du sol au mur de

l'aqueduc et de l'aqueduc au sol, vous immerge dans un éblouissement tiède,

où vous croyez voir, sentir, respirer le jour sans ombre et sans fin; il

vous semble nager en Dieu, la lumière des pensées.

Votre âme se transfigure en rayons et se répand, comme cette pluie de feu,

dans toute l'étendue; vous n'êtes plus ici ou là; vous êtes partout, vous

contractez l'ubiquité de cette lumière: elle est si transparente que vous

croyez lire jusqu'au fond du firmament, comme on voit dans une eau claire,

à l'ombre d'un cap, jusqu'aux grains de sable de la plage. Une silencieuse

contemplation qui flotte sur tout, qui ne s'attache à rien, s'empare de

vous, semblable à un sommeil imparfait où l'on se sent rêver, mais où on

sait qu'on rêve.

Cours familier de Littérature - Volume 07 · 第 20 / 326 题