Fulvie dut s’arrêter, suffoquée par l’émotion. Mais, imposant silence du
geste, elle rassemblait sa rare énergie jusqu’à paraître farouche de
désespoir et de résolution, tandis que tombaient de ses lèvres ces
phrases brèves et hachées:
--Comment crier mon repentir? Je suis la cause. Car j’ai couvert de mon
affection ce fourbe, ce capon, ce misérable que je répudie aujourd’hui!
Et l’on ne voulut pas l’atteindre à travers moi, on craignit de me faire
mal!... Et je ne comprenais pas! Et je raillais, et je m’indignais, et
je m’offensais! Ah! quelle fierté doit vous rester, pourtant, quand on
se voit la sœur de cette loque vivante! Je l’observais tout à l’heure,
et tout, dans sa contenance, confirmait la vérité de ce qui était
dit!... Ah! oui, Stany, voilà du théâtre, comme tu es incapable de
l’imaginer!... J’ai l’impression de jouer un rôle, dans un cauchemar
dont on se réveille en se disant: Ah! heureusement qu’une telle horreur
n’est pas vraie! Et cela est vrai! vrai! proféra-t-elle dans une plainte
presque sauvage.
Elle se jetait vers son frère, les yeux étincelants, la main levée pour
un soufflet. Affalé, jaunissant, Stany replia ses longs membres comme
une araignée qui se roule en boule; ses pâles prunelles papillotaient
sous le regard chargé de mépris dont l’écrasait sa sœur.
--Parle! Parle! M’entends-tu? répétait Fulvie, en qui se rebellaient
toutes les violences de sa race. Mais ton silence même est révélateur.
Toi que j’aimais, que j’excusais comme un enfant infirme, dont on cache
les folies, les travers, tu m’apparais tellement dégradé que je ne
ressens plus pour toi que du dégoût. J’ai honte d’être ta sœur. J’en
demande pardon à l’honnête homme dont tu n’es pas digne de baiser les
pas. Et celui-là endosserait la peine de tes vilenies? Non, ce serait
trop injuste! Parle, gredin! Vide ton sac de boue jusqu’au fond, devant
nous tous! Ce sera propre et joli! Mais il le faut! Il le faut!
Elle appliqua ses paumes contre son front brûlant; puis, hagarde,
considéra les étrangers.
--Je m’explique... à présent, messieurs, pourquoi vous fûtes appelés
ici. Oh! mon pauvre ami, ce matin... vous vous décidiez à...
--Oui! fit Davier à demi-voix. Je ne savais par quel moyen j’amènerais
cette confession... Mais je m’en remettais au hasard... qui m’a servi...
Il fallait, de toute nécessité, éclairer et convaincre celui dont dépend
le sort de deux malheureuses femmes, méritantes et persécutées...
Il regarda M. Clozel dont le visage troublé disait l’émoi intime. Fulvie
trébuchait. Le docteur, d’un élan, fut près d’elle. Elle s’abattit,
sanglotante, contre l’épaule de son mari. Lentement, la jeune femme
reprit possession d’elle-même, et aussitôt, avec la véhémence d’une
Némésis, elle tendit son bras nu vers son frère.
--Allons, exécute-toi! Avoue! Airvault n’était pas le voleur?
Grelottant, Stany desserra avec peine ses mâchoires soudées l’une à
l’autre.
--Non!
--Et tu le laissas accuser, arrêter! cria Fulvie, au paroxysme de
l’indignation.
--J’espérais... toujours... que son innocence serait reconnue... J’ai
été soulagé... réellement... quand on le relâcha!... Oh!... Je ne
l’aurais tout de même pas laissé condamner!... Alors quand il fut mis en
liberté, je me suis dit: Très bien! Personne n’y pensera plus!
Il balbutiait ces lambeaux d’excuse, si flasque, si aplati, que sa sœur
sentit l’écœurement d’une nausée.
--Mais tu n’as pas songé que cette arrestation brisait la vie de cet
homme, qu’il serait ensuite exposé à mille affronts, que sa famille en
souffrirait?
Stany plissa la bouche pour une moue piteuse.
--Je n’en ai pas pensé si long!... Personne ne me parlait jamais de ces
gens-là... Je me suis dit que tout allait pour le mieux de ce côté!
La réponse se retournait contre Fulvie même. Ce fut comme la pointe
d’une arme qui lui frôlait le cœur.
--C’est vrai! murmura-t-elle dans un rire amer, personne ne lui parlait
de ces gens-là!
Ses jambes se dérobaient. Le docteur la fit asseoir dans un fauteuil et
s’adressant à Bénary:
--Maître, Mme Davier est allée au delà de ses forces, pour arracher
l’aveu décisif. Veuillez poursuivre cet interrogatoire pénible. Vous,
qui soutîntes le pauvre Raymond Airvault avec tant de foi et d’ardeur,
obtenez du fauteur véritable les circonstances de son méfait! Tout doit
se divulguer entièrement dans cette réunion d’amis, improvisée en
tribunal privé.
--Nous tâcherons de nous y inspirer de l’esprit d’équité... encore mieux
que la justice officielle! dit gravement l’avocat, contenant son
émotion. Je croyais à l’innocence de mon client. Je vous ai poussé
inconsciemment, mon cher docteur, à accentuer votre témoignage--je m’en
rends compte à présent--afin d’obtenir plus tôt l’ordonnance d’un
non-lieu.
--Avant d’être convaincu de la culpabilité de Stanislas, prononça
Davier, j’étais moralement persuadé de la non-culpabilité de l’artiste.
Et j’obéis, sans trop de scrupules, à votre suggestion.
--Rarement, reprit Bénary, j’ai participé à ce point aux anxiétés d’un
homme! Il se désolait tant de se voir séparé de sa femme malade! Les
conditions dans lesquelles fut accompli le délit, me paraissaient, à
priori, incompatibles avec la nature sensible et généreuse d’Airvault.
Voyons, M. de Lancreau...
Fulvie tressaillit en entendant résonner son nom.
--Je vous en prie, monsieur, ne l’appelez pas ainsi! Ça me fait mal!
Et avec un rire d’âpre dérision:
--Éros aux cheveux de paille! Voilà tout ce qui convient à un pareil
fantoche!
Davier, cependant, précisait:
--Le 12 juin 1912, ma femme et moi, nous allâmes dîner à
Dampierre--circonstance qui m’aida plus tard à contrôler mes souvenirs.
Je n’assistai donc pas à la réunion de ce mercredi chez de Terroy.
Cependant un billet de retour, retrouvé dans un vêtement, me prouva que
Stany, ce jour-là, vint à Versailles. Or, un enfant qui veillait à la
grille de M. de Terroy, vit passer, alors que les invités (sauf
l’architecte Airvault) étaient déjà partis, un homme grand, fluet,
dégingandé, aux cheveux clairs, bref, tout à fait le signalement de
Stanislas. Le gamin, chargé de fermer le portail, vit bien sortir
l’architecte; mais le sommeil le prit avant que reparût le dernier
entrant. Le petit eut peur d’être accusé de négligence; la terreur des
magistrats, la peur d’être grondé par sa mère le rendirent muet. Il se
confia néanmoins à sa sœur, qui, naïve et timorée elle-même, s’ouvrit de
ces choses à une tante plus indulgente que la mère. Philomène Pradin, à
mots couverts, fit part de l’incident à quelqu’un qui ne voulut pas le
prendre au sérieux et le qualifia d’imagination d’enfant et de vieille
femme. Par respect pour ce quelqu’un, Philomène écarta le souvenir qui
revint la tourmenter sur son lit de mort. Néanmoins, au cours des
années, le doute qu’elle avait semé germait chez ce quelqu’un. Doute
envahissant comme une plante vénéneuse, plus empoisonnant à mesure que
devenaient plus manifestes les conséquences fatales d’un manque de
sincérité vis-à-vis de soi-même!
Une douleur profonde assombrit la voix du docteur pendant qu’il
proférait sa confession, debout, la tête penchée. Il sentit saisir sa
main pendante. Un front pesant s’y appuya. Fulvie, ployée en deux,
s’humiliait, pénitente et contristée. La main qu’elle cherchait se
creusa doucement, pressant ses tempes fiévreuses d’une caresse.
Pitoyable aux deux époux, Maître Bénary voulut hâter l’issue de la
pénible scène, et s’adressant à Stany avec autorité:
--Vous n’étiez pas un familier de M. de Terroy. Quel motif vous décida à
vous présenter si tard chez lui? Je vous engage à la franchise absolue.
Car l’enquête peut se reprendre efficacement, aidée par des éléments
nouveaux qui rendront votre confusion plus complète et les sanctions
plus rigoureuses.
Indécis, le jeune homme tournait et retournait ses bagues, cherchant
sans doute quelque faux-fuyant ou une insolente bravade. Mais, dans
cette suspension, il reçut de nouveau, comme une décharge en plein
visage, le regard enflammé de Fulvie. Ce qui lui restait de présence
d’esprit s’effondra. Il fixa Maître Bénary avec l’expression rageuse de
la bête traquée qui fait face au chasseur.
--Autant tout raconter d’un coup, pour être plus tôt quitte de cette
sale histoire! Non, je n’étais pas des familiers de M. de Terroy.
Mon beau-frère ne m’avait présenté à lui qu’à contre-cœur,
occasionnellement. Mais, à ce moment-là, je rêvais de fonder un organe
artistique. D’autres, depuis, m’ont volé l’idée! Toujours ma chance! Je
cherchais des capitaux. L’inspiration me vint de gagner à mon projet M.
de Terroy, que l’on disait généreux... Je savais que si je me rendais
chez lui ce mercredi-là, je n’y rencontrerais pas le docteur Davier, qui
m’eût gêné pour expliquer mon affaire. Je préférais qu’il ne connût pas
ma démarche, et j’y allai sur le tard, afin de rencontrer moins de
monde. On se couche de bonne heure à Versailles! J’avisai de loin, sur
l’avenue, le groupe qui débouchait de la grille. «Bien! me dis-je,
j’aurai peut-être l’aubaine d’un seul à seul!» Personne à l’entrée de la
maison pour me recevoir. De l’antichambre, j’entendis M. de Terroy qui
fulminait, un homme qui marmottait des excuses. Je ne voulus pas les
troubler. Puis M. de Terroy se calmait après son sermon, comptait de
l’argent que l’autre empochait avec des remerciements attendrissants.
Ils se dirigèrent alors vers l’antichambre. Je me jetai dans le petit
salon voisin pour ne pas être découvert en posture d’écouteur. Je me
moquais des affaires de l’autre. Je m’inquiétai seulement de supputer si
le prêt que venait de faire M. de Terroy le mettrait en veine de
libéralité ou nuirait à mes intérêts. M. de Terroy mit l’autre à la
porte, tira les verrous, revint dans le grand salon, éteignit même un
lustre. Je jugeai qu’il était grand temps de me montrer et je soulevai
la portière. Mais voilà que ma vue le saisit. Il bat l’air de ses bras,
tombe à la renverse. Je me précipite pour le secourir. Et je constate la
mort foudroyante. Hébété, je cherche une sonnette. Je ne trouve rien
dans la demi-obscurité. Alors je distingue sur une console, éclairé par
une lampe, un coffret de métal brillant. C’était peut-être de cette
boîte que... Bref, je n’en pensai pas davantage. Le mort n’avait besoin
de rien... Et... je pris... l’objet... oui, ce fut plus fort que moi...
Je déverrouillai la porte et je sortis en pleine vitesse, par où j’étais
venu.
Il étalait la veulerie, l’amoralité de son âme dégénérée, avec si peu de
vergogne que les auditeurs en ressentaient le scandale d’une impudeur.
Fulvie, affaissée, enfouissait dans le coussin du fauteuil sa tête en
feu.
--Ce coffret, interrogea l’avocat, avez-vous tiré parti de son contenu?
La réponse fut faite du bout des lèvres, avec humeur.
--Ce n’était pas facile! les bijoux avaient été signalés! Par ci par là,
j’ai pu écouler quelques pierres. Le reste s’est dispersé en cadeaux...
--Les camées?
--Je les ai donnés à quatre dancing-girls qui s’en allaient en Amérique,
et qui les montèrent en épingles à chapeaux.
Fulvie se dressa, terrible, les bras croisés.
--Parler avec un tel flegme de ces choses infamantes! Abject! Abject! Tu
ne mérites ni ménagements ni pitié. Mais la corde! Oui, la mort des
truands! Ainsi décréterait notre aïeul, Bernard le Ligueur! Être pleutre
et abâtardi, que faire de toi?... Ah! ma faiblesse! Mon indulgence trop
grandes! Remords!... Et à cause de toi, Loys!... Évelyne même!...
Sa voix s’étrangla. Elle se tordit les bras convulsivement. Stany,
atterré par cette explosion, jetait de côté et d’autre des regards de
détresse. Quelque chose d’indistinct encore s’agitait en lui devant le
désespoir de sa sœur. Il essaya une défense, avec un effort de
sincérité.
--Je ne croyais pas que cette bêtise dût avoir une pareille
répercussion... J’en ai regret... Je n’ai jamais été pris au sérieux...
et je n’ai moi-même rien pris sérieusement!... Tu me traites
d’abâtardi... Je te donne raison... Je ne sens point en moi le courage
des grandes folies, que tu admirais chez les ancêtres... et par contre,
je dois étouffer, très souvent, des fantaisies... qui ne viennent pas à
l’esprit de tout le monde... Ce n’est pas ma faute... Je suis fait
ainsi.
--Voulez-vous nous faire entendre que vous n’êtes pas toujours maître de
vos impulsions? dit l’avocat.
--Qu’on l’entende comme on le voudra! répliqua Stany, avec l’ironique et
sombre philosophie d’un homme qui jette le manche après la cognée. En
style juridique, vous pouvez même déclarer que l’accusé se retranche
dans un système de défense concluant à la responsabilité limitée. Pensez
et dites ce qu’il vous plaira... Je suis devant vous maintenant comme un
lépreux qui étale ses chancres... Eh bien! oui, je me crois réellement
un raté, un anormal. Souvent, j’ai eu l’impression de différer des
autres. J’avais grand plaisir à mentir, quand j’étais enfant. Je volais
mes petits compagnons. A l’âge d’homme, ces tentations-là m’ont repris
parfois... Je n’y ai pas toujours succombé!
Ses paroles, rêches ou sifflantes, ne pouvaient lui concilier la
sympathie, mais dénonçaient une sinistre et lamentable infériorité
physiologique et mentale. Ceux qui l’entendaient en éprouvèrent la gêne
qui désarme le ressentiment et mène à la miséricorde envers les déchus
et les disgraciés.
Le bâtonnier murmura, après une courte pause, en consultant de l’œil le
docteur Davier:
--Tout étant connu maintenant, comment concluons-nous?
--Je ne me reconnais pas le droit d’un avis, répondit froidement le
médecin. On ne saurait être juge et partie. Soyez arbitres, vous et M.
Clozel, selon l’inspiration de votre sens droit et de votre équité.
Maître Bénary réfléchit à haute voix:
--Premier parti à considérer: rouvrir le procès? Mais n’est-ce pas
simplement raviver et étendre un scandale que la guerre fit oublier et
dont bien peu de gens, à Versailles même, se souviennent encore?
Mme Davier frémit et serra ses bras pour réprimer le gémissement qui
soulevait son sein.
Qui donc, hélas! avait relevé, des cendres du passé, l’affaire Airvault
pour la porter à la connaissance de Mme Clozel, avec une malignité
diabolique?
Et le jet de vitriol, destiné à une autre, se retournait vers celle qui
le lançait pour lui corroder la face!
--Sans doute, continuait l’avocat, les divulgations des débats publics
établiraient de façon irréfutable l’innocence d’Airvault, allégeant
ainsi le chagrin qui pèse sur sa veuve, déblayant les obstacles qui
peuvent obstruer l’avenir de sa jeune fille. En droit, cette
satisfaction légitime devrait leur être accordée.
--A vos ordres, murmura le docteur, s’inclinant. Ce qui doit être fait
sera fait.
Il sembla qu’un vent glacé pénétrait la pièce et transissait les cœurs.
Stany, effondré, fixait le mur avec hébétude, comme s’il y voyait
s’inscrire le fatidique _Mane_.
Maître Bénary reprenait:
--Pour moi, je ne pense pas qu’il soit sage d’entamer une nouvelle
action judiciaire. Le vol était peu important comme valeur intrinsèque.
Aucune plainte ne fut déposée. Rappeler ces événements déjà anciens,
n’est-ce pas agir hors de propos, et exciter un remous de curiosités
malsaines et malveillantes? Le public ne ménagera pas davantage les
victimes que les... comparses du drame, car peu de gens sont aptes à
comprendre ces subtilités psychologiques.
M. Clozel fit un mouvement. Mais l’avocat se hâtait de poursuivre,
allant jusqu’au bout de ses déductions, avec un effort qui contractait
son bon visage et mouillait sa voix:
--Nous sommes peut-être seuls ici à nous souvenir de Raymond Airvault.
Sa justification nous soulage. Mais l’essai de réhabilitation juridique
exposera les deux chères créatures qu’il laisse derrière lui à des
étonnements si douloureux qu’elles auront seulement changé de tristesse!
Quelle barrière se dresserait entre les deux jeunes amies, entre le
tuteur humblement respecté, le conseiller sage et dévoué...
--Bénary!... N’allez pas plus loin!
L’éditeur alors intervint avec une autorité soudaine:
--Oui, dit-il, je partage l’opinion de Maître Bénary. Raviver un
scandale, c’est l’étendre. Du haut des régions sereines promises aux
persécutés, Airvault ne peut plus concevoir l’idée de vengeance. Mais
nous tous qui _savons_ (il appuya expressivement sur le mot), notre
premier devoir sera de protéger celles qu’il lui fallut quitter, de les
maintenir en paix, de les entourer de tous les égards qui atténueront
leur épreuve. Voilà, ajouta-t-il en s’adressant au docteur, la
conclusion de notre entretien d’hier--et elle recevra certainement
l’approbation de Mme Clozel. Mais--sa voix prit une force inattendue--si
nous nous interdisons de recourir au tribunal ordinaire, il ne s’ensuit
pas que le coupable doive demeurer impuni. Kleptomane ou non, il commit
un délit de vol; puis il laissa planer un doute déshonorant sur un
honnête homme. Là, il y a crime! Crime qui entraîne une expiation
nécessaire dont le premier acte sera de renouveler par écrit l’aveu fait
de vive voix.
--Ah! s’écria violemment Fulvie, si j’étais à sa place, je ne
supporterais pas une heure la flétrissure!
M. Clozel leva vers la femme emportée son maigre visage d’ascète aux
yeux profonds.
--Êtes-vous chrétienne, madame? dit-il avec sévérité. La décision que
vous suggérez ne demande qu’une seconde de folie. Et après?...
L’éternité attend cet homme... Qu’il subisse l’existence, humblement
soumis, en gardant l’espoir des pardons abondants de Dieu! Voilà tout ce
que nous avons le droit de lui dire actuellement.
Stany redressa son long corps fléchi. Son regard, d’ordinaire fuyant, se
leva vers celui qui venait de parler. Et, toute forfanterie abolie, la
voix étrangement changée:
--Merci, monsieur! murmura-t-il. Je me souviendrai.