«A wealthy lord, travelling through France, dragg'd me to London. Ay,

that was a man indeed! He water'd me six times a day, and as often

o'nights. His prick like a comet's tail shot flaming darts: I never felt

such quick and thrilling thrusts. It was not possible fort mortal

prowess to hold out long, at this rate; so he drooped by degrees, and I

received his soul distilled through his Tarse. He gave me fifty thousand

guineas. This noble lord was succeeded by a couple of

privateer-commanders lately return'd from cruising: being intimate

friends, they fuck'd me, as they had sail'd, in company, endeavouring

who should show most vigour and serve the readiest fire. Whilst the one

was riding at anchor, I towed the other by his Tarse and prepared him

for a fresh tire. Upon a modest computation, I reckon'd in about eight

days time I received a hundred and eighty shot. But I soon grew tired

with keeping so strict an account, for there was no end of their

broad-sides. I got twelve thousand pounds from them for my share of the

prizes they had taken. The winter quarter being over, they were forced

to put to sea again, and would fain have engaged me as a tender, but I

had made a prior contract with a German count.

«Duxit me Viennam in Austriâ patriam suam, ubi venereâ voluptate, quantâ

maximâ poteram, ingurgitatus sum, per menses tres integros ejus

splendidè nimis epulatus hospes. Illi, rugosi et contracti Lotharingo

more colei, et eo usquè longa, crassaque mentula, ut dimidiam nondùm

acciperem, quamvis iterato coïtu fractus rictus mihi miserè pateret.

Immanem ast usu frequenti vagina tandem admisit laxè gladium, novasque

excogitavimus artes, quibus fututionum quotidianarum vinceremus

fastidium. Modò me resupinum agitabat; modò ipsum, eques adhærescens

inguinibus, motu quasi tolutario versabam. Sæpè turgentem spumantemque

admovit ori priapum, simulque appressis ad labia labiis, fellatrice me

linguâ perfricuit. Etsi Veneri nunquam indulgebat posticæ, à tergo me

tamen adorsus, cruribus altero sublato, altero depresso, inter femora

subibat, voluptaria quærens per impedimenta transire. Amatoria Sanchesii

præcepta calluit ad unguem, et festivas Aretini tabulas sic expressit,

ut nemo meliùs. His à me laudibus acceptis, multis florenorum millibus

mea solvit obsequia, et Romam secessi.

«Quella città è il tempio di Venere, ed il soggiorno delle delizie.

Tutta via mi dispiaceva, che le natiche leggiadre fossero là ancora più

festeggiate delle più belle potte; quello che provai il terzo giorno del

mio arrivo in quel paese. Una cortigiana illustre si offerisce à farmi

guadagnare mila scudi, s'io voleva passar la sera con esso lei in una

vigna. Accettai l'invito; salimmo in una carozza, e giungemmo in un

luogo da lei ben conosciuto nel quale due cavalieri colle braghesse

rosse si fecero incontro à noi, e ci condussero in un boschetto spesso e

folto, dove cavatosi subito le vesti, vedemmo i più furiosi cazzi che

risaltaro mai. Ognuno chiavo la sua. Il trastullo poi si prese a

quadrille, dopo per farsi guattare in bocca, poscia nelle tette; alla

perfine, uno de chiavatori impadronissi del mio rivale, mentre l'altro

mi lavorava. L'istesso fu fatto alla conduttrice mia; e cio tutto

dolcemente condito di bacci alla fiorentina. E quando i campioni nostri

ebbero posto fine alla battaglia, facemmo la fricarella per risvegliar

il gusto à quei benedetti signori i quali ci paganoro con generosità. In

più volte simili guadagnai con loro sessanta mila scudi; e due altre

volte tanto, con coloro che mi procurava la cortigiana. Mi ricordo di

uno che visitava mi spesso e che sborrava sempre due volte senza

cavarlo; e d'un altro il quale usciva da me pian piano, per entrare

soltimente nel mio vicino; e per questo bastava fare sù è giù le

natiche. Ecco una uzanza curiosa che si pratica in Italia.»

Le bijou de Cypria continua son histoire sur un ton moitié congeois et

moitié espagnol. Il ne savait pas apparemment assez cette dernière

langue pour l'employer seule: on n'apprend une langue, dit l'auteur

africain, qui se pendrait plutôt que de manquer une réflexion commune,

qu'en la parlant beaucoup; et le bijou de Cypria n'eut presque pas le

temps de parler à Madrid.

«Je me sauvai d'Italie, dit-il, malgré quelques désirs secrets qui me

rappelaient en arrière, influxo malo del clima! y tuve luego la

resolucion de ir me a una tierra, donde pudiesse gozar mis fueros, sin

partir los con un usurpador. Je fis le voyage de Castille la Vieille, où

l'on sut le réduire à ses simples fonctions: mais cela ne suffit pas à

ma vengeance. Le impuse la tarea de batter el compas en los bayles che

celebrava de dia y de noche; et il s'en acquitta si bien, que nous nous

réconciliâmes. Nous parûmes à la cour de Madrid en bonne intelligence.

Al entrar de la ciudad, je liai con un papo venerabile por sus canas:

heureusement pour moi; car il eut compassion de ma jeunesse, et me

communiqua un secret, le fruit de soixante années d'expérience, para

guardar me del mal de que merecieron los Franceses ser padrinos, por

haver sido sus primeros pregodes. Avec cette recette, et le goût de la

propreté que je tentai vainement d'introduire en Espagne, je me

préservai de tout accident à Madrid, où ma vanité seule fut mortifiée.

Ma maîtresse a, comme vous voyez, le pied fort petit. Esta prenda es el

incentivo mas poderoso de una imaginacion castellana. Un petit pied sert

de passe-port à Madrid à la fille que tiene la mas dilatada sima entre

las piernas. Je me déterminai à quitter une contrée où je devais la

plupart de mes triomphes à un mérite étranger; y me arrime a un

definidor muy virtuoso que passava a las Indias. Je vis, sous les ailes

de sa révérence, la terre de promission, ce pays où l'heureux Frayle

porte, sans scandale, de l'or dans sa bourse, un poignard à sa ceinture,

et sa maîtresse en croupe. Que la vie que j'y passai fut délicieuse!

quelles nuits! dieux, quelles nuits! Hay de mi! al recordarme de tantos

gustos me meo... Algo mas... Ya, ya... Pierdo el sentido... Me muero...

«Après un an de séjour à Madrid et aux Indes, je m'embarquai pour

Constantinople. Je ne goûtais point les usages d'un peuple chez qui les

bijoux sont barricadés; et je sortis promptement d'une contrée où je

risquais ma liberté. Je pratiquai pourtant assez les musulmans, pour

m'apercevoir qu'ils se sont bien policés par le commerce des Européens;

et je leur trouvai la légèreté du Français, l'ardeur de l'Anglais, la

force de l'Allemand, la longanimité de l'Espagnol, et d'assez fortes

teintures des raffinements italiens: en un mot, un aga vaut, à lui seul,

un cardinal, quatre ducs, un lord, trois grands d'Espagne, et deux

princes allemands.

«De Constantinople, j'ai passé, messieurs, comme vous savez, à la cour

du grand Erguebzed, où j'ai formé nos seigneurs les plus aimables; et

quand je n'ai plus été bon à rien, je me suis jeté sur cette figure-là,

dit le bijou, en indiquant, par un geste qui lui était familier, l'époux

de Cypria. La belle chute!»

L'auteur africain finit ce chapitre par un avertissement aux dames qui

pourraient être tentées de se faire traduire les endroits où le bijou de

Cypria s'est exprimé dans des langues étrangères.

«J'aurais manqué, dit-il, au devoir de l'historien, en les supprimant;

et au respect que j'ai pour le sexe, en les conservant dans mon ouvrage,

sans prévenir les dames vertueuses, que le bijou de Cypria s'était

excessivement gâté le ton dans ses voyages; et que ses récits sont

infiniment plus libres qu'aucune des lectures clandestines qu'elles

aient jamais faites.»

CHAPITRE XLVIII.

CYDALISE.

Mangogul revint chez la favorite, où Sélim l'avait devancé.

«Eh bien! prince, lui dit Mirzoza, les voyages de Cypria vous ont-ils

fait du bien?

--Ni bien ni mal, répondit le sultan; je ne les ai point entendus.

--Et pourquoi donc? reprit la favorite.

--C'est, dit le sultan, que son bijou parle, comme une polyglotte,

toutes sortes de langues, excepté la mienne. C'est un assez impertinent

conteur, mais ce serait un excellent interprète.

--Quoi! reprit Mirzoza, vous n'avez rien compris du tout dans ses

récits?

--Qu'une chose, madame, répondit Mangogul; c'est que les voyages sont

plus funestes encore pour la pudeur des femmes, que pour la religion des

hommes; et qu'il y a peu de mérite à savoir plusieurs langues. On peut

posséder le latin, le grec, l'italien, l'anglais et le congeois dans la

perfection, et n'avoir non plus d'esprit qu'un bijou. C'est votre avis,

madame? Et celui de Sélim? Qu'il commence donc son aventure, mais

surtout plus de voyages. Ils me fatiguent à mourir.»

Sélim promit au sultan que la scène serait en un seul endroit, et dit:

«J'avais environ trente ans; je venais de perdre mon père; je m'étais

marié, pour ne pas laisser tomber la maison, et je vivais avec ma femme

comme il convient; des égards, des attentions, de la politesse, des

manières peu familières, mais fort honnêtes. Le prince Erguebzed était

monté sur le trône: j'avais sa bienveillance longtemps avant son règne.

Il me l'a continuée jusqu'à sa mort, et j'ai tâché de justifier cette

marque de distinction par mon zèle et par ma fidélité. La place

d'inspecteur général de ses troupes vint à vaquer, je l'obtins; et ce

poste m'obligea à de fréquents voyages sur la frontière.

--De fréquents voyages! s'écria le sultan. Il n'en faut qu'un pour

m'endormir jusqu'à demain. Avisez-y.

--Prince, continua Sélim, ce fut dans une de ces tournées que je connus

la femme d'un colonel de spahis, nommé Ostaluk, brave homme, bon

officier, mais mari peu commode, jaloux comme un tigre, et qui avait en

sa personne de quoi justifier cette rage; car il était affreusement

laid.

«Il avait épousé depuis peu Cydalise, jeune, vive, jolie; de ces femmes

rares, pour lesquelles on sent, dès la première entrevue, quelque chose

de plus que de la politesse, dont on se sépare à regret, et qui vous

reviennent cent fois dans l'idée jusqu'à ce qu'on les revoie.

«Cydalise pensait avec justesse, s'exprimait avec grâce; sa conversation

attachait; et si l'on ne se lassait point de la voir, on se lassait

encore moins de l'entendre. Avec ces qualités, elle avait droit de faire

des impressions fortes sur tous les coeurs, et je m'en aperçus. Je

l'estimais beaucoup; je pris bientôt un sentiment plus tendre, et tous

mes procédés eurent incessamment la vraie couleur d'une belle passion.

La facilité de mes premiers triomphes m'avait un peu gâté: lorsque

j'attaquai Cydalise, je m'imaginai qu'elle tiendrait peu, et que,

très-honorée de la poursuite de monsieur l'inspecteur général, elle ne

ferait qu'une défense convenable. Qu'on juge donc de la surprise où me

jeta la réponse qu'elle fit à ma déclaration.

«--Seigneur, me dit-elle, quand j'aurais la présomption de croire que

vous êtes touché de quelques appas qu'on me trouve, je serais une folle

d'écouter sérieusement des discours avec lesquels vous en avez trompé

mille autres avant que de me les adresser. Sans l'estime, qu'est-ce que

l'amour? peu de chose; et vous ne me connaissez pas assez pour

m'estimer. Quelque esprit, quelque pénétration qu'on ait, on n'a point

en deux jours assez approfondi le caractère d'une femme pour lui rendre

des soins mérités. Monsieur l'inspecteur général cherche un amusement,

il a raison; et Cydalise aussi, de n'amuser personne.»

«J'eus beau lui jurer que je ressentais la passion la plus vraie, que

mon bonheur était entre ses mains, et que son indifférence allait

empoisonner le reste de ma vie.

«--Jargon, me dit-elle, pur jargon! Ou ne pensez plus à moi, ou ne me

croyez pas assez étourdie pour donner dans des protestations usées. Ce

que vous venez de me dire là, tout le monde le dit sans le penser, et

tout le monde l'écoute sans le croire.»

«Si je n'avais eu du goût pour Cydalise, ses rigueurs m'auraient

mortifié; mais je l'aimais, elles m'affligèrent. Je partis pour la cour,

son image m'y suivit; et l'absence, loin d'amortir la passion que

j'avais conçue pour elle, ne fit que l'augmenter.

«Cydalise m'occupait au point que je méditai cent fois de lui sacrifier

les emplois et le rang qui m'attachaient à la cour; mais l'incertitude

du succès m'arrêta toujours.

«Dans l'impossibilité de voler où je l'avais laissée, je formai le

projet de l'attirer où j'étais. Je profitai de la confiance dont

Erguebzed m'honorait: je lui vantai le mérite et la valeur d'Ostaluk. Il

fut nommé lieutenant des spahis de la garde, place qui le fixait à côté

du prince; et Ostaluk parut à la cour, et avec lui Cydalise, qui devint

aussitôt la beauté du jour.

--Vous avez bien fait, dit le sultan, de garder vos emplois, et

d'appeler votre Cydalise à la cour; car je vous jure, par Brama, que je

vous laissais partir seul pour sa province.

--Elle fut lorgnée, considérée, obsédée, mais inutilement, continua

Sélim. Je jouis seul du privilége de la voir tous les jours. Plus je la

pratiquai, plus je découvris en elle de grâces et de qualités, et plus

j'en devins éperdu. J'imaginai que peut-être la mémoire toute récente de

mes nombreuses aventures me nuisait dans son esprit: pour l'effacer et

la convaincre de la sincérité de mon amour, je me bannis de la société,

et je ne vis de femmes que celles que le hasard m'offrait chez elle. Il

me parut que cette conduite l'avait touchée, et qu'elle se relâchait un

peu de son ancienne sévérité. Je redoublai d'attention; je demandai de

l'amour, et l'on m'accorda de l'estime. Cydalise commença à me traiter

avec distinction; j'eus part dans sa confiance: elle me consultait

souvent sur les affaires de sa maison; mais elle ne me disait pas un mot

de celles de son coeur. Si je lui parlais sentiments, elle me

répondait des maximes, et j'étais désolé. Cet état pénible avait duré

longtemps, lorsque je résolus d'en sortir, et de savoir une bonne fois

pour toutes à quoi m'en tenir.

--Et comment vous y prîtes-vous? demanda Mirzoza.

--Madame, vous l'allez savoir,» répondit Mangogul.

Et Sélim continua:

«Je vous ai dit, madame, que je voyais Cydalise tous les jours: d'abord

je la vis moins souvent; mes visites devinrent encore plus rares, enfin,

je ne la vis presque plus. S'il m'arrivait de l'entretenir tête à tête

quelquefois par hasard, je lui parlais aussi peu d'amour que si je n'en

eusse jamais ressenti la moindre étincelle. Ce changement l'étonna, elle

me soupçonna de quelque engagement secret; et un jour que je lui faisais

l'histoire galante de la cour:

«Sélim, me dit-elle d'un air distrait, vous ne m'apprenez rien de

vous-même; vous racontez à ravir les bonnes fortunes d'autrui, mais vous

êtes fort discret sur les vôtres.

«--Madame, lui répondis-je, c'est qu'apparemment je n'en ai point, ou

que je crois qu'il est à propos de les taire.

«--Oh! oui, m'interrompit-elle, c'est fort à propos que vous me célez

aujourd'hui des choses que toute la terre saura demain.

«--A la bonne heure, madame, lui répliquai-je; mais personne au moins ne

les tiendra de moi.

«--En vérité, reprit-elle, vous êtes merveilleux avec vos réserves; et

qui est-ce qui ignore que vous en voulez à la blonde Misis, à la petite

Zibeline, à la brune Séphéra?

«--A qui vous voudrez encore, madame, ajoutai-je froidement.

«--Vraiment, reprit-elle, je croirais volontiers que ce ne sont pas les

seules: depuis deux mois qu'on ne vous voit que par grâce, vous n'êtes

pas resté dans l'inaction; et l'on va vite avec ces dames-là.

«--Moi, rester dans l'inaction! lui répondis-je; j'en serais au

désespoir. Mon coeur est fait pour aimer, et même un peu pour l'être;

et je vous avouerai même qu'il l'est; mais ne m'en demandez pas

davantage, peut-être en ai-je déjà trop dit.

«--Sélim, reprit-elle sérieusement, je n'ai point de secret pour vous,

et vous n'en aurez point pour moi, s'il vous plaît. Où en êtes-vous?

«--Presque à la fin du roman.

«--Et avec qui? demanda-t-elle avec empressement.

«--Vous connaissez Martéza?

«--Oui, sans doute; c'est une femme fort aimable.

«--Eh bien! après avoir tout tenté vainement pour vous plaire, je me

suis retourné de ce côté-là. On me désirait depuis plus de six mois,

deux entrevues m'ont aplani les approches; une troisième achèvera mon

bonheur, et ce soir Martéza m'attend à souper. Elle est d'un commerce

amusant, légère, un peu caustique; mais du reste, c'est la meilleure

créature du monde. On fait mieux ses petites affaires avec ces

folles-là, qu'avec des collets montés, qui...

«--Mais, seigneur, interrompit Cydalise, la vue baissée, en vous faisant

compliment sur votre choix, pourrait-on vous observer que Martéza n'est

pas neuve, et qu'avant vous elle a compté des amants?...

«--Qu'importe, madame? repris-je; si Martéza m'aime sincèrement, je me

regarderai comme le premier. Mais l'heure de mon rendez-vous approche,

permettez...

«--Encore un mot, seigneur. Est-il bien vrai que Martéza vous aime?

«--Je le crois.

«--Et vous l'aimez? ajouta Cydalise.

«--Madame, lui répondis-je, vous m'avez jeté vous-même dans les bras de

Martéza; c'est vous en dire assez.»

«J'allais sortir; mais Cydalise me tira par mon doliman, et se retourna

brusquement.

«Madame me veut-elle quelque chose? a-t-elle quelque ordre à me donner?

«--Non, monsieur; comment, vous voilà? Je vous croyais déjà bien loin.

«--Madame, je vais doubler le pas.

«--Sélim...

«--Cydalise...

«--Vous partez donc?

«--Oui, madame.

«--Ah! Sélim, à qui me sacrifiez-vous? L'estime de Cydalise ne

valait-elle pas mieux que les faveurs d'une Martéza?

«--Sans doute, madame, lui répliquai-je, si je n'avais eu pour vous que

de l'estime. Mais je vous aimais...

«--Il n'en est rien, s'écria-t-elle avec transport; si vous m'aviez

aimée, vous auriez démêlé mes véritables sentiments; vous auriez

pressenti, vous vous seriez flatté qu'à la fin votre persévérance

l'emporterait sur ma fierté: mais vous vous êtes lassé; vous m'avez

délaissée, et peut-être au moment...»

«A ce mot, Cydalise s'interrompit, un soupir lui échappa, et ses yeux

s'humectèrent.

«Parlez, madame, lui dis-je, achevez. Si, malgré les rigueurs dont vous

m'avez accablé, ma tendresse durait encore, vous pourriez...

«--Je ne peux rien; et vous ne m'aimez plus, et Martéza vous attend.

«--Si Martéza m'était indifférente; si Cydalise m'était plus chère que

jamais, que feriez-vous?

«--Une folie de m'expliquer sur des suppositions.

«--Cydalise, de grâce, répondez-moi comme si je ne supposais rien. Si

Cydalise était toujours la femme du monde la plus aimable à mes yeux, et

si je n'avais jamais eu le moindre dessein sur Martéza, encore une fois,

que feriez-vous?

«--Ce que j'ai toujours fait, ingrat, me répondit enfin Cydalise. Je

vous aimerais...

«--Et Sélim vous adore,» lui dis-je en me jetant à ses genoux, et

baisant ses mains que j'arrosais de larmes de joie.»

«Cydalise fut interdite; ce changement inespéré la troubla; je profitai

de son désordre, et notre réconciliation fut scellée par des marques de

tendresse auxquelles elle n'était pas en état de se refuser.

--Et qu'en disait le bon Ostaluk? interrompit Mangogul. Sans doute qu'il

permit à sa chère moitié de traiter généreusement un homme à qui il

devait une lieutenance des spahis.

--Prince, reprit Sélim, Ostaluk se piqua de gratitude tant qu'on ne

m'écouta point; mais sitôt que je fus heureux, il devint incommode,

farouche, insoutenable pour moi, et brutal pour sa femme. Non content de

nous troubler en personne, il nous fit observer; nous fûmes trahis; et

Ostaluk, sûr de son prétendu déshonneur, eut l'audace de m'appeler en

duel. Nous nous battîmes dans le grand parc du sérail; je le blessai de

deux coups, et le contraignis à me devoir la vie. Pendant qu'il

guérissait de ses blessures, je ne quittai pas un moment sa femme; mais

le premier usage qu'il fit de sa santé, fut de nous séparer et de

maltraiter Cydalise. Elle me peignit toute la tristesse de sa situation;

je lui proposai de l'enlever; elle y consentit; et notre jaloux de

retour de la chasse où il avait accompagné le sultan, fut très-étonné de

se trouver veuf. Ostaluk, sans s'exhaler en plaintes inutiles contre

l'auteur du rapt, médita sur-le-champ sa vengeance.

«J'avais caché Cydalise dans une maison de campagne, à deux lieues de

Banza; et de deux nuits l'une, je me dérobais de la ville pour aller à

Cisare. Cependant Ostaluk mit à prix la tête de son infidèle, corrompit

mes domestiques à prix d'argent, et fut introduit dans mon parc. Ce soir

j'y prenais le frais avec Cydalise: nous nous étions enfoncés dans une

allée sombre; et j'allais lui prodiguer mes plus tendres caresses,

lorsqu'une main invisible lui perça le sein d'un poignard à mes yeux.

C'était celle du cruel Ostaluk. Le même sort me menaçait; mais je

prévins Ostaluk; je tirai ma dague, et Cydalise fut vengée. Je me

précipitai sur cette chère femme: son coeur palpitait encore; je me

hâtais de la transporter à la maison, mais elle expira avant que d'y

arriver, la bouche collée sur la mienne.

«Lorsque je sentis les membres de Cydalise se refroidir entre mes bras,

je poussai les cris les plus aigus; mes gens accoururent, et

m'arrachèrent de ces lieux pleins d'horreur. Je revins à Banza, et je me

renfermai dans mon palais, désespéré de la mort de Cydalise, et

m'accablant des plus cruels reproches. J'aimais vraiment Cydalise; j'en

étais fortement aimé; et j'eus tout le temps de concevoir la grandeur de

la perte que j'avais faite, et de la pleurer.

--Mais enfin, reprit la favorite, vous vous consolâtes?

--Hélas! madame, répondit Sélim, longtemps je crus que je ne m'en

consolerais jamais; et j'appris seulement alors qu'il n'y a point de

douleurs éternelles.

--Qu'on ne me parle plus des hommes, dit Mirzoza; les voilà tous.

C'est-à-dire, seigneur Sélim, que cette pauvre Cydalise, dont l'histoire

vient de nous attendrir, et que vous avez tant regrettée, fut bien sotte

de compter sur vos serments; et que, tandis que Brama la châtie

peut-être rigoureusement de sa crédulité, vous passez assez doucement

vos instants entre les bras d'une autre.

--Eh! madame, reprit le sultan, apaisez-vous. Sélim aime encore.

Cydalise sera vengée.

--Seigneur, répondit Sélim, Votre Hautesse pourrait être mal informée:

n'ai-je pas dû comprendre pour toute ma vie, par mon aventure avec

Cydalise, qu'un amour véritable nuisait trop au bonheur?

--Sans doute, interrompit Mirzoza; et malgré vos réflexions, je gage

qu'à l'heure qu'il est, vous en aimez une autre plus ardemment encore...

--Pour plus ardemment, reprit Sélim, je n'oserais l'assurer: depuis cinq

ans je suis attaché, mais attaché de coeur, à une femme charmante: ce

n'est pas sans peine que je m'en suis fait écouter; car on avait

toujours été d'une vertu!...

--De la vertu! s'écria le sultan; courage, mon ami, je suis enchanté

quand on m'entretient de la vertu d'une femme de cour.

--Sélim, dit la favorite, continuez votre histoire.

--Et croyez toujours en bon musulman dans la fidélité de votre

maîtresse, ajouta le sultan.

--Ah! prince, reprit Sélim avec vivacité, Fulvia m'est fidèle.

--Fidèle ou non, répondit Mangogul, qu'importe à votre bonheur? vous le

croyez, cela suffit.

--C'est donc Fulvia que vous aimez à présent? dit la favorite.

--Oui, madame, répondit Sélim.

--Tant pis, mon cher, ajouta Mangogul: je n'ai point du tout foi en

elle; elle est perpétuellement obsédée de bramines, et ce sont de

terribles gens que ces bramines; et puis je lui trouve de petits yeux à

la chinoise, avec un nez retroussé, et l'air tout à fait tourné du côté

du plaisir: entre nous, qu'en est-il?

--Prince, répondit Sélim, je crois qu'elle ne le hait pas.

--Eh bien! répliqua le sultan, tout cède à cet attrait; c'est ce que

vous devez savoir mieux que moi, ou vous n'êtes...

--Vous vous trompez, reprit la favorite; on peut avoir tout l'esprit du

monde, et ne point savoir cela: je gage...

--Toujours des gageures, interrompit Mangogul; cela m'impatiente: ces

femmes sont incorrigibles: eh! madame, gagnez votre château, et vous

gagerez ensuite.

--Madame, dit Sélim à la favorite, Fulvia ne pourrait-elle pas vous être

bonne à quelque chose?

--Et comme quoi? demanda Mirzoza.

--Je me suis aperçu, répondit le courtisan, que les bijoux n'ont presque

jamais parlé qu'en présence de Sa Hautesse; et je me suis imaginé que le

génie Cucufa, qui a opéré tant de choses surprenantes en faveur de

Kanoglou, grand-père du sultan, pourrait bien avoir accordé à son

petit-fils le don de les faire parler. Mais le bijou de Fulvia n'a point

encore ouvert la bouche, que je sache; n'y aurait-il pas moyen de

l'interroger, et de vous procurer le château, et de me convaincre de la

fidélité de ma maîtresse?

--Sans doute, reprit le sultan; qu'en pensez-vous, madame?

Les bijoux indiscrets · 第 18 / 21 段