Nous publions, avec ce numéro, la première partie du _Don Quichotte_
représenté cette semaine à la Comédie-Française et qui est l'événement
littéraire de la saison théâtrale commençante. Il serait superflu de
vanter à nos lecteurs la versification brillante de M. Jean Richepin;
ses envolées poétiques dans les situations capitales du drame
héroï-comique qu'il a ingénieusement combiné d'après le chef-d'oeuvre de
Cervantes, ont produit une vive impression. M. Leloir est, d'ailleurs,
la vivante image du chevalier de la Manche; il a tracé de cette figure
falote une silhouette inoubliable.
Au Palais-Royal, la nouvelle pièce de MM. Keroul et Barré, _Toison
d'or_, provoque chaque soir une vive hilarité parmi les spectateurs.
C'est une folle histoire de «cocotte» à deux faces, l'une grave, l'autre
tout à fait épanouie, où les limites du possible sont à peine dépassées:
grand succès personnel pour M. Raimond.
_Le bonheur, mesdames!..._ la comédie légère de M. Francis de Croisset,
aux Variétés, a été chaleureusement accueillie. L'honneur du succès
revient sans doute à l'esprit facile, à l'aisance et à l'ingéniosité de
l'auteur, mais il doit beaucoup à ses interprètes. Le talent de Mmes
Jeanne Granier, Magnier, Lavallière, et de MM. Baron, Brasseur et
Prince, décuple la valeur d'une oeuvre.
Don Quichotte (M. Leloir). Sancho Panza (M. Brunot). «DON QUICHOTTE», DE
M. JEAN RICHEPIN, AU THÉÂTRE-FRANÇAIS
_Nous publions, avec ce numéro, les quatre premiers tableaux du drame en
vers de M. Jean Richepin. Les quatre derniers tableaux paraîtront dans
notre prochain numéro._
[Illustration: Vassilissa. Natacha.
Une scène de la pièce de Maxime Gorki: _Dans les Bas-Fonds.--D'après une
photographie prise au Théâtre Artistique de Moscou._]
«DANS LES BAS-FONDS»
Le théâtre de l'Oeuvre vient de représenter, avec un succès constaté par
toute la presse, la plus saisissante des oeuvres dramatiques de Maxime
Gorki: _Dans les Bas-Fonds_. La version française de M.
Halpérine-Kaminsky a grandement contribué, par ses qualités scéniques, à
la forte impression produite sur les spectateurs. Quant à
l'interprétation, elle a été remarquable surtout par son ensemble, et
tous les artistes seraient à citer. Nommons les principaux: Mmes
Archaimbaud, de Raisy, Dortzal; MM. Lugné-Poe, incomparable en même
temps comme metteur en scène, Adès, Marey, Saillard, etc.
Mais voici que cette oeuvre originale et puissante a tenté de grandes
artistes comme Eleonora Duse et Suzanne Després. Et elles vont incarner,
le 23 octobre prochain, dans une représentation qui doit être unique,
les deux soeurs, Vassilissa et Natacha, qui aiment le même homme, Vaska
Pepel.
La scène que nous reproduisons, d'après une photographie prise au
Théâtre Artistique de Moscou, où les _Bas-Fonds_ furent créés sous la
direction de l'auteur, montre précisément les deux femmes aux prises:
Natacha, échaudée par Vassilissa, est défendue par Pepel, tandis que
Vassilissa est retenue par la foule des vagabonds.
[Illustration: Le prince Serge Troubetzkoï.--_Phot. Smirnof._]
Natacha, ce sera Mme Suzanne Després; Vassilissa, ce sera la Duse.