L'IMPÉRIAL CAUCHEMAR

_«Garde au Rhin! Le fleuve, cher à nos ancêtres, doit l'être à

nous-mêmes, le même que l'artère-aorte, qui subit l'impulsion des

mouvements du coeur et porte la vie au corps entier, n'est pas située au

centre de l'être humain, de même le fleuve rhénan, artère-aorte de la

Germanie, n'a pas été placé par le Créateur au centre de notre patrie.

Mais voici que, par un de ces avertissements mystérieux que la

Providence m'a envoyé pour être transmis à mon peuple, je sais quel est

le rêve de nos ennemis et comment ils méditent de nous frapper à mort

par ce conduit vital à notre armée...»_ (Paroles de Guillaume II à la

prestation du serment des recrues de la marine de 1905, à Kiel.)

Que signifiaient ces paroles sybillines de l'empereur allemand, qui, peu

comprises au moment où elles furent prononcées, ont été fort peu

commentées par la presse? Quel était ce singulier «avertissement divin»?

Sous quelle forme s'était-il manifesté? Etait-ce un songe, comme le

rédacteur de l'article qu'on va lire a pu le supposer avec quelque

vraisemblance, connaissant le mysticisme de Guillaume II?

Quoi qu'il en soit--fiction ou réalité, songe impérial ou fantaisie de

publiciste--notre collaborateur donne, sous une forme originale, la clef

de l'énigme de ces paroles incomprises, dont l'importance égale le

mystère.

L'Illustration, No. 3269, 21 Octobre 1905 · 第 22 / 41 题