Parmi les constellations modernes qui sont au nombre de 80 à 100 suivant

les notations, 48 d’entre elles figurent sur le plus ancien catalogue

connu: celui d’Hipparque dressé l’an 150 avant notre ère.

Mais Hipparque n’avait fait que fixer les positions des étoiles; les

noms avaient été empruntés à une nomenclature déjà connue de son temps

et qui semble s’être transmise de génération en génération. A cette

époque, la sphère d’Eudoxe était célèbre et elle datait déjà de deux

siècles et demi. Nul doute d’ailleurs que les Grecs n’aient emprunté la

plupart de leurs constellations aux peuples orientaux et surtout,

peut-être, aux Égyptiens. En tout cas, Homère, dans l’_Iliade_ et

l’_Odyssée_, mentionne Sirius la brillante étoile du Grand Chien, Orion,

les Hyades et les Pléïades; enfin l’Ourse que garde déjà le Bouvier.

Les Hébreux qui vécurent si longtemps chez les Égyptiens, connaissaient

nos constellations.

En parlant de la puissance de Dieu, Job s’écrie:

«Il commande au Soleil...

Il met un sceau sur les étoiles.

Seul, il étend les cieux,

Il marche sur les hauteurs de la mer.

Il a créé la Grande Ourse, Orion, les Pléïades

Et les régions du ciel austral»

(JOB, IX, 79)

Plus loin c’est le Créateur lui-même qui répond à Job (XXXVIII, 4, 31).

«Où étais-tu quand je posais les fondements de la Terre?

Qui en a déterminé les dimensions?

Sur quoi ses bases reposent-elles,

Ou qui en a posé la pierre angulaire,

Quand les astres du matin chantaient en chœur...?

Est-ce toi qui serres les liens des Pléïades,

Ou pourrais-tu relâcher les chaînes d’Orion?

Est-ce toi qui fais lever les constellations en leur temps,

Qui conduis l’Ourse avec ses petits?

Connais-tu les lois du Ciel?»

Dans _Amos_ (Chap. V, 8), le prophète donne de nouveaux avertissements à

Israël:

«Cherchez Jéhovah et vous vivrez...

Il a fait les Pléïades et Orion...»

Or, le merveilleux poème de Job à été écrit vers le Xe siècle avant

notre ère. Toutefois, et c’est la preuve que les Hébreux n’ont pas

emprunté toute leur science aux Égyptiens, les noms des constellations

en Égypte ne répondent pas à celles des peuples d’Israël.

L’identification des constellations mentionnées dans la Bible ne peut

être faite qu’avec celles des Chaldéens et ce sont ces dernières qui ont

prévalu plus tard chez les Grecs, comme chez nous.

Les tablettes chaldéennes postérieures au poème de Job mentionnent le

Taureau et les Hyades (_Gudanna_); le Lion, connu sous le nom d’_Ur-a_

dont fait partie notre Régulus et qui s’appelait déjà _Lugal_ ou _Sarru_

c’est-à-dire _le Roi_, etc.

En remontant plus avant, vers le XIIe siècle, nous retrouvons notre

constellation du Capricorne.

Tout s’explique lorsqu’on sait qu’Abraham, le père du peuple d’Israël,

était originaire de Ur, en Chaldée. Ainsi, nos constellations ont

sûrement une origine chaldéenne, peut-être babylonienne. Voilà ce que

nous dit l’Histoire, mais l’Astronomie peut aller plus loin et nous

renseigner sur l’état civil, lieu et date de naissance des astérismes

célestes.

Nous avons vu que contrairement aux Égyptiens, les astronomes chaldéens

rapportaient les positions des étoiles à l’écliptique, trajectoire

apparente du Soleil dans le ciel; de là était dérivé leur Zodiaque. Or,

à une époque reculée, on disposait déjà de 30 étoiles fondamentales

situées dans cette zone. Cela résulte des magnifiques travaux du P.

Epping sur la question et nous reporte vers l’an 3 000 avant notre ère.

Bien que plusieurs des étoiles ou des constellations n’aient pas encore

été identifiées sur les tablettes antiques, il y a tout lieu de croire

que ce sont aussi leurs noms qui ont servi, comme les autres, à

construire les globes et les sphères employés plus tard par les Grecs.

Cette hypothèse très plausible est en fait l’expression de la réalité.

Prenons en effet un globe céleste et reportons sur la sphère les 48

constellations indiquées par Eudoxe, nous allons faire immédiatement une

constatation de la plus haute importance. Toute une partie de notre

globe se trouve dépourvue d’indications. Rien d’étonnant puisque ce vide

correspond précisément au pôle austral visible seulement sous certaines

latitudes.

Les astronomes ayant construit des globes de cette sorte tenaient donc

leurs documents de peuples ayant habité une contrée située dans

l’hémisphère boréal et le calcul indique que la latitude des premiers

observateurs devait être comprise entre le 40e et le 46e parallèle Nord.

C’est là une remarque d’une importance capitale, car elle montre que nos

constellations ne sauraient provenir de l’Inde ou de l’Égypte, pas même

de Babylone dont la latitude était de 32° 1/2.

[Illustration: PLANCHE VI Sommet de l’Obélisque de Nimroud (Xe siècle

av. J.-C.) Les scènes représentent des ambassadeurs apportant des

tributs à Salmanasar II dont parle la Bible. (Spécimen d’écriture

cunéiforme. Musée du Louvre.) (Cliché Mansell)]

Si, d’autre part, on tient compte des déplacements du pôle, on arrive

encore à la date de 3 000 ans avant l’ère chrétienne.

Reste à fixer la longitude des observateurs qui ont désigné les

constellations anciennes.

La tâche ne paraît guère plus malaisée, car nous remarquerons

immédiatement l’absence, parmi les noms des astérismes, de l’éléphant,

du chameau, du tigre, du crocodile. Encore une fois, les constellations

ne nous viennent donc, ni de l’Inde, ni de l’Égypte, et nous sommes

amenés à conclure que ceux qui les ont inventées habitaient l’Asie

mineure et l’Arménie.

Le Zodiaque va nous fournir d’autres indications précieuses. Sous

Ptolémée, le Bélier était l’origine des Signes, mais il n’en était pas

ainsi lorsque les constellations prirent naissance. L’équinoxe de

printemps était proche d’Aldébaran, la belle étoile du Taureau; le

solstice d’été tombait dans le Lion, près de Régulus; l’équinoxe

d’automne voisinait avec Antarès, le beau soleil rouge du Scorpion; et

le solstice d’hiver coïncidait avec le Verseau, non loin de Fomalhaut.

En raison de leur importance relativement à la marche du Soleil, les

quatre étoiles que nous venons de nommer, étaient connues sous

l’appellation d’_Étoiles royales_. Or, tout ceci correspond encore à une

époque comprise entre 3 000 et 4 000 ans avant l’ère chrétienne.

Impossible d’assigner à nos constellations une plus lointaine, ni une

plus proche origine. En ces temps reculés, le Dragon occupait le pôle

céleste et ceci explique son importance dans les anciennes mythologies.

D’autre part, le peuple qui a inventé les constellations était déjà

avancé en civilisation: il avait domestiqué le mouton, la chèvre, le

chien, le bœuf, le cheval; il devait chasser l’ours, le lion, le lièvre,

etc., à l’aide de l’arc et de la flèche, puisque tous ces noms se

trouvent symbolisés dans son ciel.

Un tel peuple paraît avoir surtout séjourné vers la mer Caspienne, dans

la contrée voisine du cours supérieur de l’Euphrate et du Tigre.

La Géologie nous apprend que l’homme vivait depuis longtemps sur la

Terre avant les civilisations chaldéennes et égyptiennes, mais la

Préhistoire est une science trop peu avancée pour que nous puissions lui

demander des précisions. Les premiers âges de l’humanité n’auraient-ils

pas été séparés des périodes historiques par un grand cataclysme, comme

il s’en est sûrement produit au cours même de l’époque quaternaire?

D’aucuns le pensent, non sans raison, et invoquent un véritable déluge

qui aurait englouti une partie de l’humanité. Sur toutes ces questions,

la science reste à peu près muette et les traditions seules peuvent être

invoquées.

Quoi qu’il en soit, il paraît bien maintenant que les plus anciennes

notions astronomiques transmises par l’Histoire, nous viennent de la

haute Asie mineure; de là ces notions, avec l’exode des peuples,

seraient passées en Assyrie et en Chaldée, puis aux Mèdes, aux Perses,

aux Hindous, aux Égyptiens et aux Grecs qui nous les ont léguées.

Enfin, dernière remarque intéressante, lorsque les premiers navigateurs

abordèrent l’Amérique, qu’ils prirent pour les Indes, ils ne furent pas

peu surpris de voir des peuples de races fort différentes et qui

semblaient n’avoir eu aucune relation avec les hommes de l’Ancien

continent, désigner les signes célestes par les mêmes dénominations et

retrouver sous le ciel d’Amérique, la Mâchoire du Bœuf, les Petits de la

Poule (Poussinière ou Pléiades) etc... Il a donc existé une émigration

des Asiatiques à une époque relativement peu éloignée de l’ère

chrétienne[18].

[18] Le passage de l’Asie à l’Amérique a dû se faire assez facilement

par le chapelet des Iles Aléoutiennes et par le détroit de Behring.

Des affaissements de l’écorce terrestre sont très vraisemblables en

ces régions depuis la fin de la période tertiaire.

Ainsi, les sciences se prêtent un mutuel appui et peut-être le jour

n’est-il pas éloigné où le préhistorien découvrant, gravés sur la

pierre, des constellations et des zodiaques contemporains des hommes

primitifs, demandera à l’astronome de fixer les dates exactes de ces

représentations: ce serait, en tout cas, la meilleure manière de

résoudre un problème qui menace de s’éterniser.

* * * * *

Pour montrer toute la précision des procédés astronomiques dans ce genre

de solutions, je donnerai encore un exemple tiré de la Grande Pyramide.

Lorsque Sir John Herschel étudia pour la première fois le monument, non

seulement il fut frappé par l’orientation du passage d’entrée dans le

plan du méridien, mais il ne tarda pas à s’apercevoir que l’axe de la

galerie vise un point placé _au-dessous_ du pôle céleste, de manière à

se prêter merveilleusement à l’observation du passage inférieur au

méridien d’une étoile circumpolaire, située à une distance déterminée du

pôle. A une certaine époque, qu’il considérait en 1838 comme étant la

date la plus probable de la construction de l’édifice, Herschel trouva

par le calcul qu’une étoile remarquable, _Alpha_ du Dragon était située

précisément à la distance angulaire indiquée par l’axe du passage

d’entrée.

De plus, dans les années où _Alpha_ du Dragon était vu au méridien

_au-dessous_ du pôle, à une hauteur angulaire de 26°16′, précisément

égale à l’angle que sous-tend l’axe du passage, une autre constellation

brillante, celle des Pléïades, passait en même temps au méridien, mais

_au-dessus_ du pôle céleste et ce méridien--ce qui n’avait eu lieu ou

n’aura lieu pour aucune des dix-mille années antérieures et

postérieures--coïncidait alors avec le cercle horaire passant par le

point équinoxial, origine à la fois du jour sidéral, du commencement de

l’année astronomique et enfin de tout calcul d’ascension droite sur la

sphère céleste.

Ainsi, par le seul choix de cet angle de 26°18′, voici que trois grands

phénomènes astronomiques dans le temps et dans l’espace--le passage

d’_Alpha_ du Dragon au méridien, sous ce même angle au-dessous du pôle,

celui de la célèbre constellation des Pléiades au-dessus et au même

moment et dans le méridien équinoxial--deviennent simultanés:

pouvait-on, pensait Sir John Herschel, imaginer une combinaison plus

propre à fixer à jamais une date mémorable en rapport intime avec la

Grande Pyramide? Et puisque ce triple phénomène s’est produit l’an 2170

avant l’ère chrétienne ne devons-nous pas en conclure que cette année

est l’année de fondation de la Grande Pyramide?

Cette coïncidence mystérieuse fournit en outre une méthode chronologique

incomparable de simplicité et de grandeur, s’étendant au passé comme à

l’avenir et dont l’élément principal est fourni par l’accroissement

annuel de la distance du groupe des Pléiades au point équinoxial,

accroissement égal, en ascension droite, à 3,5 secondes. En réalité, les

Pléïades soumises à la loi de la précession des équinoxes, qui leur fait

décrire leur mouvement cyclique en des milliers d’années, deviennent

comme l’horloge de la Grande Pyramide et cette horloge a commencé son

cours, c’est-à-dire que ses aiguilles marquaient 0h 0m 0s lorsque

_Alpha_ du Dragon passait pour la première fois au méridien, à la

distance du pôle marqué par le passage d’entrée de la Pyramide ou, comme

le voulait déjà Sir John Herschel, lorsque le monument fut bâti.

Voici donc comment les constructeurs ont signé leur œuvre: n’avais-je

pas raison d’affirmer que la Pyramide est un édifice métrique et

scientifique de premier ordre?

* * * * *

Oui, mais Herschel, Piazzi-Smith et quelques autres avaient compté sans

les archéologues. Ceux-ci s’emparèrent de l’Égypte, des textes qu’elle

contenait, et, de discussions en interprétations, décidèrent que la

Grande Pyramide, bâtie par Khéops ou sous son règne, datait de 4 000 ans

au moins avant l’ère chrétienne.

Tout le monde s’inclina devant des hommes assez instruits pour

en imposer au public et nous faire admettre qu’on pouvait

_scientifiquement_, déterminer l’âge d’un monument égyptien à quelques

siècles près, ce monument ne portât-il aucune inscription!

Au surplus, les astronomes se désintéressèrent de la question et le

jugement paraissait rendu sans appel.

Or, et c’est là le piquant de l’histoire, on vient tout récemment de

s’apercevoir qu’il fallait en rabattre sur l’antiquité des plus vieilles

dynasties contemporaines des Pyramides.

Écoutez plutôt le Dr Contenau, l’un des maîtres incontestés en matière

d’Assyriologie: «Si les découvertes épigraphiques et monumentales des

cinquante dernières années ont fait justice de l’antiquité fabuleuse que

les anciens attribuaient aux monarchies d’Assur et de Babylone nous

restons cependant en présence, en Mésopotamie, de monuments qu’on peut

dater de 3 000 ans avant notre ère. L’Égypte a vu, elle aussi, réduire

sa chronologie; on situe Ménès, premier roi des dynasties historiques,

vers 3200 ou 3400»[19]. Or, Khéops appartient à la IVe Dynastie et on

admettait qu’il s’était écoulé environ une douzaine de siècles entre

Ménès et Khéops.

[19] Dr CONTENAU, _op. j. cit._ Avant-propos (éd. de 1922).

Ménès étant rajeuni, Khéops doit l’être dans la même proportion, et...

nous retombons pour la construction de la Grande Pyramide exactement à

l’époque révélée par les déductions astronomiques.

Cette période coïncide à peu près avec celle qu’on assigne à la vocation

d’Abraham, c’est-à-dire quelques siècles seulement avant l’entrée

d’Israël en Égypte[20].

[20] Cf. FLINDERS PETRIE, _Egypt and Israel_, p. 38. L’auteur admet

pour l’entrée d’Israël en Égypte, la date de 1650 av. J.-C.

Si, à l’époque des Pyramides, des traditions étaient déjà passées de la

Mésopotamie en Égypte, il est évident que la descendance d’Abraham n’y

était pour rien. Comme, d’autre part, les constellations ont pris

naissance à l’Est de l’Égypte, il faut bien qu’aux temps les plus

reculés, il y ait eu communication de traditions nées loin du Delta du

Nil.

Quelles étaient ces traditions; quelles traces ont-elles laissées dans

tout l’Orient? C’est ce que nous allons chercher au chapitre suivant.

CHAPITRE VIII

Traditions philosophiques et historiques.

Pour qu’une tradition ne soit pas altérée, il faut qu’elle soit

accessible seulement à une élite et qu’elle ne soit pas répandue au sein

des masses populaires. La division de la circonférence en 360 degrés en

est un exemple déjà cité. Il y a cependant des exceptions: la tradition

peut rester intacte si elle est confiée à des initiés qui la

conserveront comme un dépôt sacré, ou même à des chefs ayant pour

mission de la transmettre.

L’Histoire est là pour mettre en évidence ces assertions. On a coutume

en effet d’appliquer à tous les cultes, à toutes les religions, les lois

d’évolution qui régissent les peuples, leurs langues, leurs

institutions, etc... C’est là une méthode absolument fausse, à mon avis,

et qui n’est valable que dans certaines conditions.

Le Brahmanisme, comme le protestantisme, par exemple, sont en

perpétuelle évolution. Pourquoi? Parce que personne n’a la charge de

garder l’ensemble de leurs dogmes ou la mission exclusive de les

interpréter. J’entends qu’on objecte au catholicisme les mêmes raisons,

mais ceux qui soutiennent cette thèse ignorent tout de notre théologie.

Tout d’abord, depuis Moïse, la religion judaïque n’a pas varié; elle

était consignée dans l’Ancien Testament, règle de foi et de conduite

pour les Israëlites. La religion chrétienne n’a fait que se greffer sur

la première et, depuis la venue du Christ, quoi qu’on dise, nos dogmes

sont restés tels quels; pour eux il n’y a pas eu et il n’y aura jamais

évolution. Quelques points de doctrine plus ou moins enveloppés peuvent

à certaines époques être précisés par le successeur de Pierre, qui seul

a ce pouvoir, mais cela n’ajoute ni ne retranche rien au dépôt primitif.

Prétendre le contraire, comme sont tentés de l’enseigner certains

philosophes ou historiens, c’est vouloir se mettre en contradiction avec

toute la tradition apostolique, donc renier la base même de notre foi.

Écoutez plutôt saint Paul s’adressant aux Galates: «Je m’étonne que vous

vous laissiez détourner si vite de celui qui vous a appelés en la grâce

du Christ pour passer à un autre Évangile[21]; non certes qu’il y ait un

autre Évangile; seulement il en est qui vous troublent et qui veulent

pervertir l’Évangile du Christ. Mais quand nous-mêmes, quand un ange

venu du ciel vous annoncerait un autre Évangile que nous avons annoncé,

qu’il soit anathème[22].» Et dans une Épitre à Timothée, le même apôtre

ajoute, après lui avoir rappelé les principaux devoirs attachés à la

charge pastorale: «O Timothée, _garde le dépôt_, en évitant les discours

vains et profanes, et tout ce qu’oppose une science qui n’en mérite pas

le nom; quelques-uns, pour en avoir fait profession, ont erré dans la

foi[23].»

[21] Allusion à la doctrine des Judaïsants.

[22] Ép. aux Galates, I, 6-8.

[23] Ire Ép. à Timothée, VI, 20-21.

Encore une citation extraite de la fin de l’Évangile de saint Mathieu.

Le Christ s’approche de ses disciples et leur dit: «Toute puissance m’a

été donnée dans le ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez toutes

les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit,

leur apprenant à garder _tout_ ce que je vous ai commandé: et voici que

je suis avec vous jusqu’à la fin du monde[24].»

[24] Év. saint Mathieu, XXVIII, 18-20.

Tous ces détails sont absolument nécessaires pour comprendre dans quels

dédales de contradictions se perdent des historiens ignorants de la

doctrine catholique, lorsqu’ils viennent nous affirmer que nos dogmes ne

sont que le développement naturel de croyances communes à d’autres

religions; que nous avons emprunté ces dogmes soit aux Égyptiens ou aux

Babyloniens, soit même aux écoles philosophiques si célèbres en Grèce.

Que nous trouvions dans les anciennes religions orientales, quelques

bribes éparses des vérités religieuses admises par les Hébreux et plus

tard par les chrétiens, cela ne prouve aucunement une dérivation des

unes par rapport aux autres, encore moins une évolution. Que diriez-vous

d’un géologue qui viendrait nous affirmer sérieusement que nos

mammifères dérivent des insectes sous prétexte que les uns et les autres

respirent, possèdent une tête et des pattes? Un tel raisonnement ne se

tient pas.

Il reste une autre solution: si, comme nous le croyons, la souche

humaine est unique--ce qui paraît de plus en plus confirmé par notre

science actuelle--certains enseignements religieux, aussi bien que les

faits historiques se rapportant à notre lointain passé, ont pu se

transmettre de génération en génération; beaucoup, avec l’exode des

peuples, se sont perdus en route, évidemment, se sont déformés au cours

des siècles; telles ces langues sœurs dont les radicaux seuls restent

les sûrs garants d’une même origine. Des notions communes à plusieurs

religions ne peuvent donc être invoquées comme marque de dérivation les

unes par rapport aux autres, mais seulement comme des indices d’une même

origine dans les temps les plus reculés.

Méconnaître ces principes, c’est s’exposer aux pires erreurs et aux

conclusions les plus hasardées; les appliquer, c’est entrevoir la

solution de problèmes qui intéressent au plus haut point toute

l’histoire de nos acquisitions dans les domaines les plus divers.

Jusqu’ici, rien ne nous autorisait à penser qu’à l’époque de la

construction des Pyramides, par exemple, certains esprits avaient pu

conserver intactes des vérités scientifiques peut-être révélées au

premier homme et transmises par tradition; mais des constatations

troublantes viennent jeter le doute en nos âmes et placer sous nos yeux

d’une façon plus impérieuse le fameux dilemme de Piazzi-Smith. Le Sphinx

garde jalousement ses secrets, mais Œdipe vit en chacun de nous: un jour

ou l’autre, nous aurons le mot de l’Énigme.

Résoudre le problème, dès maintenant et d’une façon directe, il n’y faut

pas songer; mais il n’est pas défendu d’en inspecter les abords et

d’encercler la citadelle par des travaux d’approche.

Nos efforts n’auront pas été vains si nous parvenons à faire saisir, au

moyen de quelques exemples, par quel mécanisme se transmettent les

traditions, parfois intactes, mais le plus souvent déformées.

Les documents les plus anciens se réfèrent presque tous à la religion

qui jouait dans les sociétés antiques un rôle prépondérant. D’autre

part, il est remarquable de constater chez les anciens peuples un

sentiment unanime touchant les origines de leur culte: tous ont été

convaincus que leur religion est d’autant plus parfaite qu’on remonte

plus haut dans le passé. Il y a bien évolution, mais c’est une évolution

à rebours, exactement l’opposé de ce que prétendent certains

archéologues, plus soucieux de nous imposer leurs théories que de

chercher la vérité dans les faits. Et cependant, cette évolution

régressive, au fond, est bien naturelle; même à notre époque, si les

pasteurs du troupeau ne réagissaient pas, les masses populaires, nous le

voyons chaque jour, iraient vite aux superstitions. Cette constatation

nous explique l’idolatrie dans laquelle sont tombés la plupart des

peuples orientaux, je devrais dire tous les peuples, y compris les

Hébreux qu’une main ferme ne suffisait pas toujours à maintenir dans le

culte du vrai Dieu et qui ont tour à tour adoré les faux dieux des

nations avec lesquelles ils étaient en contact.

Le polythéisme n’est donc pas du tout la forme initiale des religions,

tant s’en faut. Sans doute, les Égyptiens, comme les Chaldéens, ont

adoré toutes sortes d’animaux, mais les textes les plus anciens

démontrent qu’au début, il n’en était pas ainsi.

Certaines inscriptions des Pyramides de la IIIe et de la IVe Dynastie,

mentionnent souvent «Dieu, le Dieu un, le Dieu unique». Le _Livre des

morts_, qui remonte à une haute antiquité et qui fit autorité pendant

plusieurs millénaires, était un recueil de prières, sorte de Rituel

funéraire divisé en 165 chapitres; la morale en est très élevée et la

théodicée beaucoup plus pure qu’aux âges plus récents. Voici, par

exemple, le genre d’invocations qu’une âme doit faire à son Juge

céleste, aussitôt après sa mort: «Hommage à toi, Dieu grand, Seigneur de

Vérité et de Justice! Je suis venu vers toi, ô mon Maître, je me

présente à toi pour contempler tes perfections.»

Malheureusement le culte des ancêtres fit peu à peu dégénérer ces

conceptions monothéistes et les Pharaons eux-mêmes devinrent autant de

dieux dérivés d’une sorte de _démiurge_ «fabricateur des dieux et des

hommes»; c’est du moins ce que nous apprend l’_Hymne à Khnoum_. Le

_Papyrus Prisse_, le plus ancien livre du monde, contient le même

enseignement et nous parle des rois-ancêtres divinisés sous le nom de

_Noutérou_. Le premier d’entre eux, comme l’indique un texte plus récent

de la Pyramide de Pépi Ier fut _Atoum_ (l’ancêtre) où il n’est pas très

difficile de reconnaître notre Adam de l’Écriture.

Mais déjà la vérité primitive est altérée, le mythe s’est substitué au

fait: l’Atoum des Égyptiens est devenu le père des dieux et des hommes;

sous la VIe dynastie, «_Atoum_, nous apprennent les inscriptions,

_existait quand il n’y avait pas de mort_».

La science mystérieuse des Pharaons · 第 5 / 11 段