Le parallélépipède rectangle formant l’intérieur offre environ 1m,97 de

long sur 0m,68 de large avec une profondeur de 0m,85. Si c’était un

sarcophage, il serait de beaucoup le plus profond que nous connaissions.

Détail remarquable et certainement intentionnel, le volume extérieur est

exactement le double de la capacité intérieure. Plein et fermé, il

n’aurait pu être introduit dans la chambre royale parce que l’entrée de

la Grande Pyramide étant certainement trop basse. Il a donc été mis en

place, vide et sans couvercle et rien n’indique qu’il ait servi de

sépulcre. Tout, au contraire, tend à montrer qu’il est essentiellement

géométrique et métrique. Son volume intérieur est sensiblement égal à

69 000 pouces cubes pyramidaux. Or si nous prenons pour densité moyenne

de la Terre 5,52, l’unité de poids étant celui de l’eau à 20°C., que

nous prenions le cube de 50 pouces pyramidaux, soit une fraction de

l’axe entier de la Terre, représenté par 1/10 puissance 7, nous trouvons

que le contenu entier du coffre est donné par cette égalité:

50² × 5,52 / 10 = 69 000.

Ce volume intérieur du coffre serait donc une mesure de capacité

intentionnelle. Le poids de son volume d’eau, à 20°C. et à la pression

barométrique de 760 millimètres représenterait l’unité de poids dans

l’échelle de la Grande Pyramide le quotient de 69 000 par la densité

moyenne de la Terre, ou 12 500, serait le nombre de pouces cubes

pyramidaux de matière égale en densité à celui de la masse entière de la

Terre; et ces 12 500 pouces cubes pèseraient autant que le contenu du

coffre en eau.

Divisons maintenant le grand étalon de poids de la Pyramide en 2 500

parties, nous restons toujours dans le système des nombres pyramidaux, 2

et 5; qu’obtenons-nous? A très peu de chose près, la livre anglaise

ordinaire qui pèse 453 gr. 59. Faut-il encore ne voir là qu’une

coïncidence ou bien la livre anglaise serait-elle dérivée

traditionnellement de la grande unité de poids de la Pyramide? Quelque

conclusion qu’on adopte, il est certain que cette dernière fondée à la

fois sur la densité du globe et sur une fraction de l’axe polaire

terrestre constitue le meilleur prototype international qu’on puisse

proposer aux peuples civilisés.

Enfin, dernière et curieuse remarque, si l’on prend le quart du volume

du coffre intérieur, on retrouve de nouveau une mesure anglaise, celle

de capacité nommée _quarter_ et qui vaut 2 hect. 90.

Voilà qui est de nature à enchanter nos anciens alliés et... à nous

plonger dans un abîme de réflexions.

CHAPITRE IV

Les révélations astronomiques de la Grande Pyramide

L’évaluation précise de la distance de la Terre au Soleil constitue, à

vrai dire, le problème capital de toute l’astronomie moderne. Son

importance apparaîtra sous son vrai jour, si nous disons que de sa

solution dépendent non seulement les vraies dimensions du système

solaire, mais encore celle de l’Univers que nous connaissons.

La distance du Soleil à la Terre sert en effet à l’astronome d’unité de

mesure, si bien qu’une erreur dans l’évaluation de cette grandeur se

transmet dans toutes les directions, affectant aussi bien les distances

qui nous séparent des planètes de notre propre système que celles des

astres les plus voisins, ou celles des étoiles composant les plages

étincelantes de la Voie lactée.

Il n’est pas jusqu’au calcul des masses qui ne soit affecté par cette

évaluation: la quantité de matière contenue dans un corps céleste est

déterminée effectivement à l’aide de la distance, d’après les

immortelles lois de Newton, et comme la distance entre généralement dans

les équations à la troisième puissance, la moindre erreur de l’unité

linéaire vient troubler les résultats d’une quantité très forte.

Cette unité fondamentale mieux connue nous permettrait aussi une

évaluation plus certaine et plus précise du moment de tel ou tel

phénomène astronomique.

* * * * *

Ces quelques considérations suffiront pour justifier l’opinion du grand

astronome Airy qui soutenait que la distance du Soleil à la Terre est

«le plus important problème astronomique[5]».

[5] AIRY, _Monthly Notices_, vol. XVII, p. 210.

Mais c’est aussi l’un des plus difficiles, car les quantités qui entrent

dans les données sont si faibles, que leur détermination exacte exige

toutes les ressources de la science moderne.

* * * * *

Au fond, la solution du problème repose entièrement sur la détermination

de la _parallaxe_ du Soleil, c’est-à-dire sur l’évaluation du

demi-diamètre angulaire de la Terre vue du Soleil.

[Illustration: PLANCHE II Passage d’Entrée de la Grande Pyramide (Dessin

de l’abbé Moreux)]

Imaginez un triangle ayant pour base un rayon terrestre et pour sommet

le centre du disque solaire: l’angle au sommet sera ce que les

astronomes appellent la parallaxe du Soleil.

Au premier abord, la mesure de cet angle ne semble pas d’une difficulté

insurmontable. On imagine aisément deux observateurs placés aux deux

extrémités d’un rayon terrestre, cette dernière grandeur ayant été

plusieurs fois déterminée très exactement. Si les deux observateurs

visent le centre du Soleil en même temps, ils pourront, chacun

séparément, déterminer la valeur des angles à la base de notre triangle.

L’angle au sommet s’en déduira par là même--ainsi que la distance--et le

problème sera réduit à une simple question de trigonométrie élémentaire.

Pratiquement, la somme des deux angles ainsi déterminés égale de bien

près deux angles droits et on trouve que l’angle au sommet (parallaxe)

est très faible et voisin de neuf secondes d’arc! Ce qui signifie que la

base est très petite comparée à la hauteur du triangle.

Quand un géomètre sur la Terre veut mesurer la distance d’un point à un

autre inaccessible, il choisit aussi une base mesurée soigneusement et

il s’estime bien peu favorisé si cette base n’est que le dixième de la

distance totale. Or l’astronome se trouve dans une position autrement

critique et difficile, car sa base d’opérations est comprise entre le

1/11 000 et le 1/12 000 de la distance à mesurer.

[Illustration: L’angle qui, du Soleil, sous-tend le diamètre terrestre,

est la _double_ parallaxe du Soleil. La parallaxe solaire vaut donc la

moitié de cet angle, soit 8″,806.]

Notre astronome est en tout point comparable à un arpenteur qui

chercherait la distance d’un point éloigné de 16 000 mètres avec une

base d’opération de 1 m. 50 environ.

Pour donner une idée de l’erreur introduite dans les mesures, disons que

le moindre écart, ne fût-ce que de un dixième de seconde, fausse la

distance de un centième en plus ou en moins; or un dixième de seconde

est l’arc sous-tendu par un cheveu vu à 240 mètres!

En supposant la parallaxe égale à 8″,80, ce qui est très près de la

vérité, on trouve pour la distance du Soleil: 149 741 000 kilomètres; et

cependant une variation de 1/20 de seconde donnera une différence de un

millier de kilomètres.

On voit qu’il importerait d’obtenir le centième de seconde, mais la

méthode directe est loin d’offrir un si beau résultat.

Aussi le problème a-t-il de tout temps été abordé indirectement.

C’est l’histoire de ces méthodes indirectes de détermination, la plupart

très élégantes, que nous allons retracer brièvement.

Avant l’ère chrétienne, Aristarque de Samos avait imaginé une méthode si

ingénieuse et si jolie, qu’elle était digne de réussir. Mais les

observations, fondées sur l’examen des phases de la Lune, ne

comportaient pas une grande précision, surtout à cette époque.

Aristarque avait, en effet, conclu que le Soleil est environ 19 fois

plus éloigné que la Lune.

Le nombre qu’il admettait--8 millions de kilomètres--fut jugé exact par

Ptolémée, Copernic et aussi Tycho Brahé. Képler porta cette distance à

58 millions. Il était loin de la vérité! Mais on doit à ce savant la

découverte des lois qui portent encore son nom et qui devaient nous

donner des méthodes indirectes pour aborder avec fruit le fameux

problème de la distance du Soleil.

Grâce à Képler, on parvint en effet à donner le plan exact du système

solaire; l’échelle manquait pour apprécier les grandeurs, mais désormais

il suffisait de connaître l’intervalle séparant la Terre d’une planète

quelconque pour fixer toutes les autres dimensions, donc la distance du

Soleil.

Pour la première fois la méthode fut employée par Cassini à Paris de

concert avec Richer opérant à Cayenne. Mars servit de point de repère et

le résultat fut de placer le Soleil à 138 millions de kilomètres (1672).

Flamsteed à la même époque et par un procédé identique arriva à 130

millions.

Ces chiffres assez concordants ne réunirent cependant pas tous les

suffrages. L’Abbé Picard réduisait ces distances à 66 millions de

kilomètres, tandis que La Hire les portait à 219 millions, si bien que

l’incertitude continuait à être comprise entre d’énormes limites.

C’est alors que Halley, en 1676, entrevit l’utilité des planètes Mercure

et Vénus pour la solution tant désirée. Ces planètes inférieures passent

en effet de temps en temps, mais à d’assez rares intervalles, entre le

Soleil et la Terre; elles se projettent alors comme un point noir sur le

disque solaire et leur position se prête à des mesures astronomiques. Un

premier passage de Mercure en 1677, donna un résultat si proche de la

vraie valeur que Halley fonda de belles espérances sur une méthode plus

ingénieuse que précise, l’indiquant pour les prochains passages de Vénus

en 1761 et en 1769, avec prière à la postérité de se souvenir que l’idée

venait d’un Anglais: toujours pratiques nos bons voisins!

Entre temps [1752] Lacaille fixait la distance du Soleil à 132 millions

de kilomètres. Il semblait qu’on approchât du but. Hélas! il n’en était

rien!

L’année 1761 approchait: on allait pouvoir reprendre la méthode de

Halley. De fait, rien ne fut négligé pour la réussite de la campagne.

Poussés par cet héroïque dévouement dont les hommes de science avaient

tant de fois donné l’exemple, les astronomes s’étaient répandus sur

toute la Terre. L’un d’eux, entre autres, Le Gentil de la Galaissière,

parti pour l’Inde au mois de mars 1760 et empêché par la guerre que nous

soutenions avec les Anglais, ne put débarquer et eut le courage

d’attendre pendant huit années, à Pondichéry, le passage de 1769,

perdant ainsi sa position officielle à l’Académie des sciences, où,

faute de nouvelles sur son compte, on avait fini par le remplacer;

risquant aussi son patrimoine qu’il avait déposé entre des mains

infidèles, trouvant, paraît-il, sa femme remariée et pour comble de

malheur, manquant le but de son voyage. Lors du passage de Vénus en

1761, il n’avait pu en effet que contrôler le phénomène du pont de son

navire, sans pouvoir l’observer, et en 1769 un ciel chargé de nuages

avait rendu impossible toute observation.

Cependant d’autres astronomes avaient été plus heureux, mais lorsque la

réduction de tous les travaux fut terminée, il fallut s’avouer que la

question n’avait pas avancé: le procédé comportait des sources d’erreurs

considérables et l’on trouva pour la distance cherchée, toutes les

valeurs comprises entre 170 et 140 millions de kilomètres.

Ce fut en vain qu’on prôna des méthodes nouvelles; même après le passage

de Vénus en 1874, il fallut s’avouer que la grande unité astronomique

n’avait rien gagné en certitude par l’effort combiné des astronomes.

Tout ce que l’on pouvait affirmer c’est que la distance du Soleil était

voisine de 148 600 000 kilomètres, avec un écart possible de plus de 2

millions et demi de kilomètres.

Il fallait en revenir à la détermination de la distance d’une planète

extérieure à la Terre et c’est alors qu’en 1898, on résolut d’employer à

cet effet un des astéroïdes circulant dans le voisinage de Mars. En

1900, dix-huit observatoires prirent part à la nouvelle campagne, on

multiplia les clichés photographiques et pour la première fois enfin, on

put fixer avec une très grande approximation cette fameuse distance du

Soleil à la Terre pour laquelle les savants avaient dépensé tant

d’efforts antérieurs.

A l’heure actuelle, on admet pour cette distance le nombre rond de

149 400 000 kilomètres avec une incertitude de l’ordre de 70 000

kilomètres seulement, soit dix fois le rayon du globe terrestre.

Eh bien, en multipliant la hauteur de la Grande Pyramide par un million,

on trouve la distance du Soleil à la Terre en kilomètres, soit

148 208 000 kilomètres. Cette mesure n’est évidemment qu’approchée, mais

le chiffre obtenu constitue une approximation bien supérieure à celle

que présentait la valeur officielle de cette distance avant 1860 et qui

était d’un peu plus de 154 millions de kilomètres.

Ainsi, alors que, pendant des siècles, les nations civilisées

dépensaient des sommes fabuleuses, que des savants n’hésitaient pas à

risquer leur vie dans des expéditions lointaines pour résoudre «le plus

important problème astronomique», n’est-il pas extraordinaire de penser

que cette solution était symbolisée et monumentalisée pour ainsi dire

dans la Grande Pyramide depuis des milliers d’années; qu’il eût suffi à

nos astronomes modernes de savoir lire les symboles cachés dans ces

dimensions et que les constructeurs de ce grand édifice étaient arrivés

à une approximation dont nous aurions été fiers à bon droit à la fin du

XIXe siècle!

Les astronomes égyptiens ne paraissent pas avoir borné là leurs calculs.

Si nous multiplions, en effet, le pouce pyramidal par 100 milliards,

nous obtenons la longueur du parcours de la Terre sur son orbite en un

jour de 24 heures et cela avec une approximation plus grande que ne

pourraient le permettre nos unités actuelles, le yard ou le mètre

français.

Enfin, dernière constatation à laquelle je suis arrivé en reprenant

récemment tous les calculs, si l’on exprime en coudées pyramidales cet

arc décrit par notre planète en un jour de 24 heures solaires moyennes,

on trouve un nombre qui est un multiple de 3,1416 ou mieux de 2π,

expression qui joue un rôle si important en mathématiques.

Qu’on ne dise pas encore une fois que tout cela est dû au hasard; que

les Égyptiens étaient ignorants des conquêtes de l’Astronomie, les faits

seraient là pour indiquer le contraire.

C’est ainsi que le passage d’entrée de la Grande Pyramide regardait

l’étoile polaire de l’époque dont on pouvait suivre les digressions à

n’importe quelle heure de la journée. Les travaux de Sir John Herschel

et de Piazzi-Smith ne laissent aucun doute à cet égard: les

constatations de ces deux astronomes sont un peu trop techniques pour

que je les rapporte ici, mais elles sont presque aussi troublantes que

les coïncidences énoncées au cours de ces pages.

Quoi qu’il soit, ces révélations sont d’autant plus mystérieuses que

jusqu’ici les historiens sont unanimes dans l’affirmation des faits

suivants:

Les anciens Égyptiens n’ont fait aucune allusion au rapport de la

circonférence au diamètre, ni au nombre π; on ne voit nulle part qu’ils

aient fait un usage exclusif, comme multiplication ou comme division des

nombres 2, 3, 5, 7 essentiellement pyramidaux; rien ne nous laisse

supposer qu’ils connaissaient les rapports de la latitude avec la

hauteur du pôle, ni qu’ils aient eu une idée nette de la réfraction due

aux couches d’air; ils ignoraient sans doute la grosseur de la Terre;

ils n’employaient pas habituellement la coudée sacrée et ils étaient

loin de penser peut-être que cette coudée représente une fraction exacte

du rayon polaire de notre globe; à plus forte raison n’avaient-ils pu

évaluer en coudées pyramidales le chemin parcouru par la Terre dans sa

révolution autour du Soleil; ils n’avaient pas arpenté le sphéroïde

terrestre ni mesuré la distance de la Terre au Soleil; le poids de la

Terre et de sa température moyenne étaient en dehors de leur pensée;

leurs mesures de capacité et de poids n’avaient pas été déduites des

données pyramidales; ils ne font jamais mention de la Polaire ni des

années de la précession, etc., etc.

Or, que toutes ces conquêtes de la science moderne soient dans la Grande

Pyramide, à l’état de grandeurs naturelles, mesurées et toujours

mesurables, ayant seulement besoin, pour se montrer au grand jour, de la

signification métrique qu’elles portent avec elles, c’est évidemment

inexplicable d’après nos données sur la civilisation antique, mais c’est

un fait qu’on n’essayerait vainement de révoquer en doute et qui plonge

les savants actuels dans la plus grande stupéfaction.

CHAPITRE V

A travers la Science antique

Il y a quelque quarante ans, on trouvait beaucoup d’hommes de science

enclins à enseigner la descendance animale de l’homme: nos ancêtres se

seraient rapprochés des singes aux périodes antérieures de la

préhistoire. On était alors sous l’influence des idées de Darwin et de

Lamarck. L’Allemand Ernest Hæckel ne contribua pas peu à répandre et à

vulgariser cette étrange doctrine en des livres qui s’imprimèrent à des

millions d’exemplaires. Succès bien éphémère d’ailleurs. La théorie de

la descendance simienne a subi le sort de toutes les hypothèses; car

c’est un fait, et on peut le vérifier en étudiant l’histoire de nos

acquisitions, qu’une théorie scientifique ne tient guère la science

pendant plus d’un demi-siècle.

Aujourd’hui, tout est changé: il est évident que depuis les premiers

âges de la Terre, nous constatons dans les organismes un véritable

progrès; il y a évolution, mais le mécanisme de cette évolution nous

échappe et ses plus farouches partisans ne sont pas loin de renier les

idées chères à Darwin et aux transformistes; on se rallie de plus en

plus à la doctrine des mutations, c’est-à-dire des changements brusques.

Appliquée à l’homme, la nouvelle théorie est simplement la négation de

la descendance simienne et scientifiquement parlant, l’origine de

l’espèce humaine nous apparaît de plus en plus mystérieuse.

* * * * *

Les recherches des géologues et des préhistoriens ont été impuissantes

jusqu’à ce moment à élucider le mot de l’énigme. Sans doute a-t-on

exhumé çà et là des crânes aux caractéristiques extraordinaires, mais le

Pithécanthrope dont on annonce périodiquement la découverte, semble de

plus en plus un mythe fabuleux, hochet qu’on agite devant la foule

naïve, pour lui faire croire à l’infaillibilité de la Science.

Ce n’est pas le lieu d’engager un débat sur ces passionnants sujets,

mais avant d’aborder la question de la science antique, je voudrais

énoncer ici quelques pensées dont ne tiennent pas toujours compte nos

modernes préhistoriens.

Aussi loin que nous remontions dans le passé, l’homme nous apparaît

toujours avec le même degré d’intelligence et de religiosité. Sans

doute, encore une fois, nous sommes en progrès sur l’époque de l’homme

des cavernes, mais le progrès pourrait bien ne porter que sur les

acquisitions intellectuelles, matérielles et industrielles. Je

m’explique: il faut distinguer entre la puissance et l’acte, entre

l’intelligence et l’application que nous en faisons. La première est une

faculté de fait, la seconde n’est que la manifestation de cette

puissance, le résultat de son entraînement. Un rustre ignorant est

souvent plus intelligent qu’un savant; en tout cas _instruit_ et

_intelligent_ n’ont jamais, que je sache, été synonymes.

Que des hommes livrés à eux-mêmes, obligés à lutter pour leur vie

matérielle contre une nature hostile, aient pu former ces peuplades dont

nous voyons les restes au seuil des cavernes préhistoriques; qu’ils nous

aient laissé les traces d’une industrie et d’une science rudimentaire,

cela ne prouve absolument rien pour ou contre leur intelligence. Mais

d’autre part nous sommes assurés que la capacité cranienne de ces races

inférieures n’a rien à envier à la nôtre; qu’à ces époques reculées, ces

types rappelant les sauvages actuels de la Mélanésie, possédaient parmi

eux des artistes ne le cédant aucunement à ceux que nous rencontrons

dans nos écoles modernes: dessins habilement exécutés, statuettes

finement modelées sont là pour attester la véracité de mes assertions.

Alors, de deux choses l’une: ou bien les hommes se sont élevés de l’état

sauvage à la civilisation; ou bien nous avons affaire à des races

dégradées.

De ce dilemme dont on ne saurait sortir, la plupart de nos historiens

choisissent le premier terme. Pourquoi? Parce que bien peu de savants

sont en même temps des philosophes, et que d’une façon générale, en

science comme ailleurs, en vertu de la loi du moindre effort, chacun

tend à répéter une leçon apprise. Les modernes se rient des anciens qui

ne juraient que par Aristote, mais si nous regardons de près, la mode

n’est point changée.

Reste à se demander pourquoi les préhistoriens d’autrefois ont aiguillé

leur science vers le premier terme de notre dilemme, au lieu de choisir

le second. Oh! la réponse est très simple: parce que depuis les

Encyclopédistes, il a été de bon ton d’opposer ce que l’on appelle la

Science (avec une majuscule) à la croyance religieuse.

Toutes les religions dérivées du Christianisme, y compris la religion

Judaïque, ont enseigné que l’homme avait été créé par Dieu dans un état

de perfection, donc de civilisation avancée; prendre en défaut cet

enseignement traditionnel et doctrinal a toujours paru à certains

_scientistes_ une tâche digne de leurs efforts.

Ainsi, au lieu de se borner à rechercher les faits et leurs causes, la

Science abandonnant son vrai rôle, est devenue l’appui de vaines

hypothèses et de doctrines préconçues.

Toute question de foi mise à part, il paraît aussi naturel de considérer

les hommes de l’âge de pierre comme de véritables dégradés que de croire

à leur état sauvage primitif. Une science qui se respecte devrait tenir

_a priori_ pour aussi vraisemblables l’une et l’autre hypothèse, mais à

mon avis, la seconde ne résiste pas devant les faits. Un exemple va

préciser ma pensée: nous connaissons des peuplades de la Polynésie qui

n’offrent pas un état plus avancé que les races de Cro-magnon ou des

Eyzies. C’est même là-bas que nos préhistoriens ont pu se documenter sur

la façon dont l’homme des cavernes utilisait ses silex variés: outillage

rudimentaire identique, mêmes moyens de défense, même signes plus ou

moins atrophiés de religiosité, de superstition, de sorcellerie, de

magie... et de coquetterie. Or en plus d’un cas, géographes et

historiens ont pu rétablir pour ces peuples, le passé de leurs

migrations. Détachés par hasard de la souche originelle, ces anciens

civilisés sont tombés peu à peu dans la dégradation.

L’âge de pierre est donc de toutes les époques et l’on voit à quelles

erreurs se trouveront exposés les préhistoriens qui, dans quelques

millénaires, iront fouiller ces îles lointaines, en exhumeront leurs

restes et concluront, non sans quelque apparence de raison, que l’homme

n’a pas évolué depuis l’époque chélléenne jusqu’à la fin de la période

quaternaire, celle dans laquelle nous vivons.

Voilà le genre de sottises que commettent certains hommes de science

lorsqu’ils sortent de leur rôle. La préhistoire est encore dans

l’enfance: ses recherches sont de date récente; elles n’ont porté, au

surplus, que sur une petite portion des terres émergées; nous

connaissons à peu près rien des lois qui amènent les modifications du

squelette, les variations lentes ou brusques des races: souvent la

climatologie ancienne des contrées étudiées nous échappe; le

parallélisme des stratifications opérées en des endroits différents

demeure presque toujours un problème insoluble; nous ne possédons aucun

chronomètre de nature à nous révéler la soudaineté ou la lenteur des

sédimentations et avec ce peu de données nous aurions la prétention

d’édifier une histoire authentique de l’espèce humaine répandue à la

surface de notre planète! Ce serait là une amère plaisanterie et si les

naïfs se laissent prendre à ces puérilités, il est du devoir de tout

esprit sérieux de réagir énergiquement contre de tels procédés, dignes

tout au plus de défrayer la chronique des journaux yankees, toujours en

quête de nouvelles sensationnelles.

[Illustration: PLANCHE III Statue monumentale de Képhren Képhren

appartenait à la IVe dynastie; on lui doit la construction d’une des

grandes pyramides. (Musée de Boulaq) (Cliché Giraudon)]

Au moment où j’écris ces lignes, me parvient le résumé d’un rapport,

présenté à la Société Géologique de Londres le 10 janvier 1922. Ce

travail porte sur les variations du niveau des mers pendant la période

quaternaire; il s’appuie en grande partie sur les travaux du Prof.

Depéret de Lyon et du Prof. Gignoux son élève.

«L’âge quaternaire a été loin d’être aussi calme qu’on l’a généralement

admis: il a présenté des mouvements de la croûte terrestre ayant affecté

de grandes étendues sur une vaste échelle; et ceci résulte des travaux

récents de Bosworth au Pérou et de Molengraaff dans l’Inde orientale.»

«Cette constatation complique énormément les problèmes (relatifs à

l’histoire de l’homme) que le Prof. Depéret a esquissés d’une manière

remarquablement hardie. Mettre les choses au point constitue une tâche

difficile et qui demandera les travaux de quelques générations de

géologues.»

La science mystérieuse des Pharaons · 第 2 / 11 段