Si nous passons en effet à un autre ordre d’idées, toutes sp

LA

Science Mystérieuse

DES

PHARAONS

PAR

l’Abbé Th. MOREUX

DIRECTEUR DE L’OBSERVATOIRE DE BOURGES

Avec figures dans le texte et 8 planches hors texte

PARIS

LIBRAIRIE OCTAVE DOIN

GASTON DOIN, ÉDITEUR

8, PLACE DE L’ODÉON, 8

1925

Tous droits réservés

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Copyright by Gaston DOIN, 1924

LA SCIENCE MYSTÉRIEUSE DES PHARAONS

CHAPITRE PREMIER

Le secret du Sphinx

Il peut paraître prétentieux de la part d’un astronome de venir opérer

sur un terrain réservé aux archéologues. L’Égyptologie, l’Assyriologie,

le déchiffrement des hiéroglyphes et des textes cunéiformes sont

maintenant véritables sciences et domaine réservé à de rares initiés.

Les profanes, dont nous sommes, n’ont pas le droit, semble-t-il, de

franchir la porte du temple. Soit, mais, en matière de critique ou

d’interprétation, le temps n’est plus où chacun se contentait du

_Magister dixit_. La Science, dans ses conclusions tout au moins,

appartient à tous, et tous nous éprouvons ce besoin de savoir et de

contrôler, bien caractéristique de notre époque sceptique et incrédule.

Autrefois, les mœurs, les coutumes, les hauts faits de rois antiques,

aussi bien que les récits de la Bible, passaient pour de belles

légendes; les Encyclopédistes les tenaient pour telles; les savants,

contemporains des Champollion, étaient du même avis; quant aux

philosophes, aux poètes et aux littérateurs, mettant à profit

l’ignorance commune pour «pêcher en eau trouble», un grand nombre

d’entre eux avaient imaginé des chronologies, des généalogies, des

histoires fantaisistes destinées à nous faire admettre l’antiquité

fabuleuse des Chinois et des Hindous. Dans ces contrées de rêve, presque

inconnues, avaient pris naissance, nous répétait-on, les dogmes de nos

religions modernes.

Or, la vérité vint précisément du côté où personne ne l’attendait:

l’Astronomie est la plus lointaine des sciences; tous les peuples l’ont

cultivée; dès l’origine, le ciel étoilé, le mouvement des astres, les

phénomènes relatifs au Soleil et à la Lune frappèrent l’imagination des

hommes; l’histoire du ciel fut enregistrée parallèlement à celle de la

Terre et, en dernière analyse, l’archéologue moderne se voit réduit à

consulter l’astronome pour fixer les dates des événements d’un lointain

passé.

C’est ainsi que les légendes chinoises ou hindoues se réclamant de

nombreux millénaires avant l’ère chrétienne, n’ont pu résister à une

critique serrée et sans pitié. Les éclipses non douteuses enregistrées

par les savants de la Chine, ne remontent certainement pas à plus de

4 400 ans; quant aux Tables astronomiques des Hindous, nous savons

maintenant qu’elles ont été formulées après coup et mal calculées; le

livre des Védas dont toutes les versions diffèrent et qu’on n’a pu

recueillir dans son intégrité, est postérieur à Moïse. Quant au recueil

scientifique _Surya-Siddantha_ que les brahmanes faisaient remonter à

des milliers d’années et qui aurait, en tout cas, constitué le plus

ancien manuscrit du monde, il paraît bien postérieur à l’introduction de

l’Astronomie grecque dans l’Inde et daterait tout au plus du XIe siècle

après J.-C. La légende même de _Christna_ n’est qu’un grossier pastiche

de l’_Évangile_, et ceux qui voient dans les livres sacrés de l’Inde la

source de notre morale ou de nos Livres saints, pourraient tout aussi

bien faire dériver ces derniers du célèbre Coran écrit par Mahomet!

A l’heure actuelle, personne ne le conteste, c’est du côté de l’Égypte

qu’il faut chercher, gravés sur la pierre les plus lointains témoignages

d’une pensée écrite.

Probablement vers l’an 4000 avant J.-C. cette partie de l’ancien Monde

fut envahie par des tribus errantes qui se fixèrent sur les bords du

Nil. D’où venaient les nouveaux arrivants? Bien des historiens, après

les Grecs, leur ont attribué une origine africaine, mais depuis les

travaux de Maspero, on leur accorderait plutôt une descendance sémite.

D’accord avec le récit biblique, la critique moderne les ferait donc

venir d’Asie, berceau des peuples primitifs; des descendants de Sem ont

en effet occupé l’Assyrie et auraient bien pu passer de là en Chaldée,

puis en Égypte. Cela nous expliquerait comment certaines traditions

astronomiques, sur lesquelles nous reviendrons, ont dû parvenir dans

l’empire des Pharaons.

Ajoutons toutefois que d’après les égyptologues les plus sérieux, les

races ayant peuplé primitivement l’Égypte résultaient déjà d’un certain

mélange. Aux Sémites s’étaient sans doute adjoints des Chamites venus

des côtes de l’Océan Indien et du territoire adjacent à la Babylonie. En

fait, la vallée du Nil était appelée _Chemi_ et les inscriptions

assyriennes nomment les égyptiens _Musri_, deux noms qui rappellent Cham

et son fils Misraïm.

* * * * *

Je m’excuse de donner ici tous ces détails; ils sont cependant

nécessaires pour comprendre la suite. Le grand public qui a paru

s’intéresser prodigieusement aux recherches récentes opérées dans la

vallée des Rois, confond souvent les Pharaons dont on lui parle; il

ignore généralement que les dynasties de ces grands d’autrefois

s’étagent sur près de 35 siècles!

Les dix premières dynasties, avec celle de Ménès en tête, régnèrent à

Memphis dans la basse Égypte; les dix suivantes à Thèbes, beaucoup plus

au sud. La Vallée des Rois dont on parle tant, fut la nécropole de la

19e dynastie; c’est là que Séti 1er eut son tombeau, trouée immense qui

s’enfonce à plus de cent mètres dans les flancs des rochers. L’empire

des Pharaons devait durer mille années encore et c’est seulement lors de

la 26e dynastie que Cambyse, roi des Perses, conquit l’Égypte (525 av.

J.-C).

On comprendra mieux maintenant pourquoi les vrais égyptologues réservent

toute leur attention aux tombes royales les plus antiques, celles

contemporaines d’une époque où la civilisation n’avait pas encore eu le

temps d’altérer les traditions primitives.

De Ménès[1], le premier Pharaon qui fit, prétendent les historiens,

l’unité de la nation égyptienne, nous ignorons à peu près tout;

l’intérêt ne commence qu’à l’arrivée des rois de la IVe Dynastie:

Khéops, Képhren et Mycérinus. C’est de cette époque lointaine, située

vers l’année 2500 avant l’ère chrétienne, que datent les Grandes

Pyramides.

[1] Ménès régna vers 3200 av. J.-C. Les découvertes récentes ont

beaucoup réduit les chiffres relatifs à l’antiquité des premières

dynasties. Cf. Dr CONTENAU, _La Civilisation Assyro-Babylonienne_,

Paris, 1922.

La plus grande, celle de Khéops, le Khouvou des inscriptions

hiéroglyphiques, attire immédiatement l’attention par ses proportions

fantastiques. Devant cet entassement colossal de blocs amoncelés par des

armées d’esclaves, l’esprit est saisi de terreur et l’on songe

involontairement au but que poursuivaient les Pharaons et les prêtres

égyptiens en accumulant ces énormes rochers taillés régulièrement sur

toutes leurs faces et disposés sous une forme géométrique définie.

[Illustration: Statue de NEFERT (IIIe Dynastie) (Musée de Boulaq). Cette

statue montre que l’art égyptien était déjà très développé avant

l’époque de la construction de la Grande Pyramide de Khéops.]

Les guides, qui ne manquent point dans la contrée, les livres que vous

pourrez consulter en la circonstance, les archéologues qui déchiffrent à

la loupe les inscriptions hiéroglyphiques, vous diront que les Pyramides

ne sont que les stèles funéraires, ou, mieux, les tombeaux des rois

puissants de ces époques lointaines. Que de luxe, que d’efforts, que de

vies d’hommes employés à perpétuer le souvenir des dynasties

égyptiennes!

On comprend les temples gigantesques élevés aux Bouddhas indiens, les

sanctuaires ruinés de Memphis et de Louqsor; ceux qui viendront après

nous, lorsque nos civilisations modernes auront disparu, comprendront

tout autant les restes de nos cathédrales gothiques élevant leurs forêts

de piliers vers le ciel. Il y a là un hommage rendu à la divinité,

l’expression d’un culte que nous retrouvons partout où l’homme a vécu, à

toutes les périodes de l’histoire et même de la préhistoire.

Mais qu’on entasse des milliers de mètres cubes de rocs géométriquement

taillés pour honorer un roi de la Terre, pour ensevelir une momie

ficelée, embaumée et desséchée, il semble qu’il y ait là un prodige

d’aberration de l’orgueil humain, et la raison, qui cherche la cause

véritable des grandes entreprises, ne se tient pas pour satisfaite

lorsqu’un archéologue, fût-il le plus érudit des savants, vient nous

affirmer que les Pyramides ne sont que les tombeaux des Pharaons.

Et cependant les faits paraissent donner à l’hypothèse une réelle

vraisemblance.

Chaque Pyramide comprenait des couloirs, des antichambres, des chambres

funéraires dont les entrées étaient habilement dissimulées par les

architectes: on assurait ainsi, pensait-on, jusqu’à un certain point,

l’inviolabilité du tombeau.

Le monument devait être orienté suivant les quatre points cardinaux,

mais, soit négligence, soit maladresse, cette orientation n’est pas plus

précise que celle de nos cathédrales et de nos sanctuaires actuels, dont

le chevet devrait par tradition être constamment tourné vers l’Est.

Des hiéroglyphes, déchiffrés par les Champollion, couvraient les

revêtements intérieurs des couloirs ou des chambres. C’étaient les

récits enthousiastes des hauts faits du défunt; tout en perpétuant sa

mémoire à travers les siècles à venir, ces glorieux récits du passé

devaient assurer à son double et à son âme une nourriture suffisante

pour la vie future.

Et, de fait, certaines Pyramides conservent encore dans leurs chambres

funèbres les momies royales déposées là depuis des siècles.

* * * * *

Mais ces Pyramides ont-elles été construites dans le but unique de

servir de tombeau? En l’affirmant, nos archéologues modernes pourraient

bien commettre une erreur aussi grossière que les savants qui, dans

soixante siècles, en fouillant les ruines et les cryptes de nos

cathédrales, découvriraient les tombeaux de nos évêques ou de nos rois,

et concluraient, de ces intéressantes trouvailles, que nos merveilleux

monuments avaient été élevés en l’honneur de leurs restes.

En bien des cas les Pyramides égyptiennes ont servi de lieu de

sépulture, mais une idée plus élevée a dû, selon nous, présider à leur

construction.

Au surplus, ce qui pourrait le démontrer, c’est précisément l’existence

de la plus grande d’entre elles, celle de Khéops, construite sous la

quatrième dynastie qui régna 2 500 ans environ avant l’ère chrétienne.

La construction en est extrêmement soignée, mais on n’y a découvert

presque aucune trace d’inscriptions.

Jusqu’à la conquête arabe, elle garda un revêtement de pierres de

couleurs diverses si habilement assemblées qu’on eût dit un seul bloc du

pied au sommet.

On mit longtemps à découvrir l’entrée des couloirs aboutissant aux

chambres intérieures. Ces chambres, au nombre de trois, ont reçu des

dénominations fantaisistes: chambre du roi, chambre de la reine, chambre

souterraine. Elles ne portent aucune trace de décoration, aucune

indication de nature à nous renseigner sur l’objet auquel on les

destinait.

A la place du sarcophage, dans la chambre du roi, se dresse une auge en

pierre merveilleusement taillée.

La Grande Pyramide n’est donc pas un tombeau. Alors dans quel but

l’a-t-on élevée? Mystère.

Les prêtres égyptiens, ces merveilleux savants de l’antiquité, ont-ils

voulu fixer en un monument impérissable les données précises qu’ils

avaient accumulées sur la science des astres, et les notions

scientifiques de leur époque? Pourquoi non?

[Illustration: Coupe de la Grande Pyramide de KÉOPS.]

Mais alors nous nous glorifions de découvertes connues depuis six mille

ans!

Autre question: Comment les savants de ces temps lointains étaient-ils

parvenus à connaître la forme de la Terre, à mesurer notre planète, à la

peser; quels moyens avaient-ils à leur disposition pour scruter les

profondeurs du ciel, pour avoir une idée de la distance du Soleil à la

Terre? Car, nous le verrons, toutes ces données paraissent résulter des

mensurations de la Grande Pyramide.

Et puis, le mécanisme importe peu; les faits sont là; devant les

constatations troublantes, devant les révélations numériques de cet

impérissable monument, devant les indications et les enseignements qu’il

nous donne sur la science égyptienne, on comprend l’attitude du Sphinx

monstrueux qui, les regards tournés vers le lointain horizon, devait

garder les secrets des prêtres antiques.

CHAPITRE II

Les révélations numériques de la Grande Pyramide

Les anciens considéraient la Grande Pyramide comme une des sept

merveilles du monde. Avec sa hauteur de près de 150 mètres, sa base de

plus de 5 hectares, il est certain qu’elle n’est comparable à aucun

édifice élevé par la main des hommes et c’est encore un étonnement pour

les architectes et les ingénieurs modernes de penser aux moyens employés

pour amonceler une telle montagne de pierres.

Il est extrêmement probable qu’au fur et à mesure de la construction, on

surélevait de larges chaussées aboutissant en pente inclinée jusqu’à la

hauteur où l’on travaillait. C’est du moins ce que l’on est en droit de

conclure des indications que le temps n’a pas encore détruites. «On

passa dix ans, rapporte Hérodote (II, 124) à construire la chaussée par

où l’on devait traîner les pierres. Cette chaussée est un ouvrage qui

n’est guère moins considérable, à mon avis, que la Pyramide, car elle a

925 mètres de long, sur 19 de large et 15 mètres de haut dans sa plus

grande élévation; elle est de pierres polies et ornée de figures

d’animaux.»

Les blocs qu’on amenait tout taillés sont considérables; certains

offrent près de 10 mètres de longueur. A. Moret cite un bloc de granit,

remarqué dans le temple funéraire précédant la Pyramide de Khéphren, qui

dépassait 170 mètres cubes et pesait plus de 470 000 kilogrammes. Détail

intéressant à noter, les pierres sont si exactement ajustées qu’on peut

promener une lame de canif sur leur surface sans découvrir le joint qui

les sépare, bien qu’elles ne soient pas assemblées au mortier. De nos

jours, ainsi que le faisait remarquer un des principaux entrepreneurs

carriers des États-Unis, nous ne possédons aucune machine assez

perfectionnée qui puisse réaliser deux surfaces de 10 mètres de long

s’assemblant aussi parfaitement que les pierres de la Grande Pyramide.

L’ensemble de la construction pèse environ 6 millions de tonnes;

c’est-à-dire qu’il faudrait 6 000 locomotives tirant chacune mille

tonnes pour la transporter; la richesse actuelle de l’Égypte ne

suffirait pas pour payer les ouvriers chargés de la démolir. Son

architecte, quel qu’il fut, avait donc en vue un monument durable.

En fait, comme je l’ai remarqué, l’altération de sa surface n’eut lieu

qu’après la conquête arabe; les dimensions en ont été forcément

altérées, mais il est facile de les rectifier, ainsi que l’a fait

Piazzi-Smith dans les temps modernes.

D’après cet astronome, auquel nous devons des travaux de premier ordre

sur cet antique monument, la Pyramide de Khéops avait pour base un carré

de 232 m. 805 de côté et une hauteur de 148 m. 208. Ne nous étonnons pas

des décimales exprimées en millièmes: le fait provient de ce que les

architectes de l’époque ont calculé toutes les dimensions avec leurs

unités de mesure, pouces et coudées.

Les premières révélations sur la Grande Pyramide remontent à la fin du

XVIIIe siècle.

Lorsque les savants de l’expédition de Bonaparte résolurent d’effectuer

la triangulation de l’Égypte, la Grande Pyramide leur servit de point de

départ d’un méridien central qu’ils prirent pour origine des longitudes

dans la région. Or quel ne fut pas leur étonnement lorsqu’ils

constatèrent que les diagonales prolongées du monument renferment très

exactement le Delta formé par le Nil à son embouchure; que le méridien,

c’est-à-dire la ligne Nord-Sud, passant par le sommet divise ce même

Delta en deux secteurs rigoureusement égaux.

Évidemment, ceci ne peut être dû au hasard; ce résultat est voulu et il

nous faut conclure que les constructeurs de cet immense monument étaient

des géomètres de première force.

Pure coïncidence, affirmera-t-on. Peut-être; avouez toutefois que la

constatation est assez troublante.

Nous avons déjà fait allusion à l’orientation des Pyramides dont les

faces devaient regarder les points cardinaux. Dans tous les cas--la

Pyramide de Khéops exceptée--cette condition est loin d’être réalisée:

c’est qu’il y a là une véritable difficulté à laquelle se sont de tout

temps heurtés les meilleurs architectes. Nous avons bien la boussole,

mais tout le monde sait que l’aiguille aimantée n’indique en réalité que

le Nord magnétique: pour chaque lieu et pour chaque année, pour chaque

jour même, nous devons user de corrections.

[Illustration: Les diagonales de la Grande Pyramide, prolongées,

renferment exactement le Delta du Nil et le méridien passant par le

sommet divise ce Delta en deux parties égales.]

Reste la méthode astronomique: le Nord indiqué par l’étoile polaire;

encore une donnée imprécise et voici pourquoi. L’étoile polaire, qui

suffit pour s’orienter pratiquement, n’occupe pas du tout le pôle

céleste; actuellement, elle décrit autour de ce point idéal, marquant

dans le ciel la trace de l’axe terrestre prolongé, une petite

circonférence de 1°8′ de rayon; ce qui veut dire en bon français

qu’entre la Polaire et le pôle vrai il y a place pour deux pleines

Lunes. De plus, l’étoile que nous décorons du nom de Polaire ne méritait

pas cette appellation il y a 4 000 ans. En raison du balancement de la

Terre, l’axe de notre globe pointe successivement vers des endroits

différents et il faut un intervalle de 25 800 ans pour le ramener à sa

même position. Dans 13 000 ans la polaire sera Véga, le beau soleil bleu

de la Lyre, et, à l’époque où la Grande Pyramide fut construite, la

qualité de Polaire revenait à une étoile de la constellation du Dragon.

Pour déterminer le pôle céleste, il faut donc recourir à d’autres

artifices. Or, les anciens astronomes étaient loin de posséder des

instruments aussi précis que les nôtres. Et c’est ainsi que le fameux

Tycho Brahé, lorsqu’il voulut orienter son célèbre Observatoire

d’Urianenbourg, malgré toutes ses précautions, n’en commit pas moins une

erreur de 18 minutes d’arc... et notez que cela se passait en 1577, il y

a trois siècles et demi à peine.

Soit négligence ou maladresse, l’Observatoire de Paris n’est pas mieux

orienté. Or quel ne fut pas encore le saisissement des astronomes

lorsqu’ils s’aperçurent que l’orientation de la Grande Pyramide était

exacte à moins de 5 minutes près, l’erreur étant de 4′35″ exactement.

Cette fois, le système des coïncidences paraît bien inadmissible et il

faut avouer que les constructeurs égyptiens, contemporains de la Grande

Pyramide, étaient beaucoup plus forts que Tycho Brahé.

[Illustration: Déplacement du pôle céleste en 26 000 années environ. Les

nombres indiquent les dates avant ou après l’ère chrétienne.]

Les méthodes de fixation du pôle céleste durent se perdre peu après, car

l’orientation des Pyramides postérieures est très mauvaise; les Grecs

eux-mêmes paraissent n’avoir pas été très renseignés à cet égard et ce

fut Pythéas de Marseille qui, l’an 339 avant notre ère, reconnut le

premier l’écart entre la Polaire et le pôle céleste.

Tout ce que nous venons de constater ne suppose que des observations sur

place. A la rigueur, on peut admettre que les architectes de la Grande

Pyramide avaient arpenté le Delta du Nil et en avaient fixé les

dimensions, mais la suite s’explique moins facilement.

Nous avons aujourd’hui parcouru la Terre dans tous les sens; les savants

de toutes les nations civilisées ont, depuis des siècles, rompu des

lances pour trouver un méridien origine des longitudes. Après avoir

longtemps hésité, notre choix s’est fixé sur celui de Paris où

s’effectuèrent pour la première fois les mesures d’un arc de _un_ degré;

l’Angleterre, toujours jalouse, nous en a dépouillé au profit du

méridien de Greenwich et voilà que maintenant nous nous apercevons, trop

tard hélas! qu’en fait, le méridien idéal est celui de la Grande

Pyramide.

Pourquoi ce privilège? Parce que tout d’abord il est celui qui traverse

le plus de continents et le moins de mers. Il est d’ailleurs

exclusivement océanique à partir du détroit de Behring et, circonstance

plus extraordinaire encore, si l’on calcule exactement l’étendue des

terres que l’homme peut habiter, il se trouve que ce fameux méridien les

partage en deux portions rigoureusement égales.

J’avais donc raison de le qualifier d’idéal, puisque c’est le seul qui

soit fondé sur la nature des choses, le seul par conséquent qui ait une

véritable raison d’être.

[Illustration: Le Méridien de la Grande Pyramide est celui qui traverse

le plus de continents: il divise aussi les terres émergées à l’Est et à

l’Ouest en deux parties de superficie égale.]

Les constructeurs de la Grande Pyramide auraient-ils donc parcouru la

Terre et dressé des cartes géographiques du globe?

Ce n’est pas tout: menons un parallèle par le 30e degré de latitude

Nord, que constatons-nous? Un examen même superficiel nous montre que ce

cercle tracé autour de la Terre est celui qui renferme le plus d’étendue

continentale. Or, c’est précisément sur ce parallèle qu’est construite

la Grande Pyramide.

La position du monument par rapport à ce 30e parallèle n’est, je dois le

dire, qu’approximative et quelques esprits timorés en sont revenus au

système des coïncidences. D’autres ont conclu à une petite erreur de

détermination; ces deux points de vue, à mon avis, ne tiennent pas

devant les faits; la position constatée de 29°58′51″, au lieu de 30°

exactement, me paraît voulue et en voici la preuve: Si l’architecte

avait calculé la place du monument de façon qu’un observateur placé au

pied de l’édifice vît le pôle du ciel à une hauteur de 30 degrés

exactement, il aurait dû précisément tenir compte d’un phénomène connu

sous le nom de réfraction atmosphérique. En raison de la densité des

couches d’air, un rayon lumineux entrant dans notre atmosphère est dévié

de sa route; nous ne le voyons donc pas à son emplacement réel. Or, dans

le cas qui nous occupe, le calcul montre que le milieu de la Pyramide

doit être théoriquement à 29°58′51″ et 22 centièmes.

Les deux chiffres sont donc absolument identiques à 22 centièmes de

seconde près; l’écart est insignifiant et la concordance ne peut être

plus parfaite.

En supposant que nous soyons en présence de coïncidences fortuites, il

faut avouer qu’elles sont du moins très remarquables, et nous sommes

loin de les avoir épuisées.

* * * * *

Si nous passons en effet à un autre ordre d’idées, toutes spéculatives

cette fois, nous allons faire d’aussi curieuses constatations.

Hérodote rapporte que les prêtres égyptiens lui avaient enseigné que les

proportions établies pour la Grande Pyramide entre le côté de la base et

la hauteur, étaient telles que _le carré construit sur la hauteur

verticale égalait exactement la surface de chacune des faces

triangulaires_ et c’est bien en effet ce qu’ont vérifié les mesures

modernes.

Cette indication montre au reste que de tout temps la Pyramide de Khéops

a passé pour être, non un tombeau, mais un monument dont les proportions

ont été calculées de manière à matérialiser pour ainsi dire, des notions

numériques et des rapports mathématiques dignes d’être conservés.

Tout, d’ailleurs, dans ce monument, rappelle des relations de nombre: la

Pyramide a 4 côtés à sa base (2 × 2); 4 arêtes à sa masse; 5 faces, 5

angles. Or ces nombres 2 et 5 deux fois répétés sont caractéristiques du

système décimal, qui est en effet le système numérique de la Pyramide.

On y trouve en outre que les nombres 3 et 7 y jouent un rôle assez

significatif.

Mais il y a mieux: tout le monde a entendu plus ou moins parler de la

_quadrature du cercle_ que cherchent encore quelques esprits saugrenus.

L’idée en est fort ancienne et vaut d’être précisée ici.

On apprend en Géométrie à construire des surfaces équivalentes, par

exemple, à transformer un rectangle en un triangle équivalent,

c’est-à-dire ayant même surface que le triangle; ou encore, on calcule

le côté du carré équivalent en surface à une figure donnée. Cela revient

donc, dans ce cas, à évaluer la surface de la figure et à en prendre la

racine carrée.

Or le problème se posa de bonne heure pour le cercle: Étant donné un

cercle quelconque, construire au moyen de la règle et du compas, un

carré de surface équivalente, en d’autres termes «quarrer un cercle» ou

«trouver sa quadrature» comme disaient les anciens.

La solution de ce problème suppose au préalable qu’on sait calculer la

surface du cercle; or celle-ci dépend de sa circonférence dont la valeur

est liée au diamètre. Quel rapport existe-t-il entre ces deux grandeurs?

Toute la question est là. Au premier abord, le problème paraît simple:

un fil enroulé autour d’un cylindre montre immédiatement que la longueur

de la circonférence vaut plus de 3 fois, tout en restant moindre que 4

fois, celle du diamètre, mais la difficulté apparaît dès qu’il s’agit de

préciser le nombre intermédiaire entre 3 et 4.

Tel quel, ce problème passionna toute l’antiquité. L’Histoire nous a

conservé les noms de ceux qui tentèrent la quadrature du cercle; et

parmi eux nous trouvons celui de Méton, l’auteur du fameux cycle connu

dans notre calendrier sous la dénomination de _Nombre d’or_. Il faut

croire que les calculs du savant attirèrent l’attention du public,

puisque nous voyons Aristophane lui-même transporter le mathématicien

sur la scène. Voici un fragment du dialogue entre Méton et un certain

Pisthétéros qui lui donne la réplique dans la Comédie des _Oiseaux_:

MÉTON

Je viens chez vous pour...

PISTHÉTÉROS

En voici d’un autre. Que venez-vous faire ici vous? Quel est votre

dessein?

MÉTON

Je veux mesurer le ciel et vous le partager en arpents.

PISTHÉTÉROS

Ohé, qui donc êtes-vous, de par tous les dieux?

MÉTON

Je suis le fameux Méton, connu dans toute la Grèce, comme à Colonne

même.

PISTHÉTÉROS

Mais dites-moi, quels instruments avez-vous là?

MÉTON

Ce sont des règles pour mesurer le ciel. Car vous saurez d’abord que

le ciel est absolument fait comme un four. C’est pourquoi, appliquant

par en haut cette règle courbe, puis posant le compas... Vous

comprenez bien?

PISTHÉTÉROS

Moi! je n’y entends goutte...

MÉTON

J’appliquerai une règle droite et je prendrai si bien mes dimensions

que _je ferai d’un cercle un carré_ et que je tracerai le Forum au

centre. A cette place aboutiront de toutes parts des rues droites

semblables aux rayons du Soleil (rayon du cercle) qui est rond

lui-même.

PISTHÉTÉROS

A ce que je vois, cet homme est un second Thalès. Méton...

MÉTON

Hé bien, qu’est-ce?

PISTHÉTÉROS

Vous saurez si je vous aime. Croyez-moi, retirez vous au plus vite.

Cela se passait dans la seconde moitié du Ve siècle avant l’ère

chrétienne. Deux siècles plus tard, Archimède fit faire un pas à la

question en démontrant que le rapport entre la circonférence et le

diamètre est compris entre

3 + 10/70 et 3 + 10/71.

En s’arrêtant à la première valeur, on trouve 3,1428 qui est exacte pour

les deux premières décimales.

Toutefois, le problème a perdu de son intérêt depuis que les

mathématiciens modernes ont démontré que le rapport de la circonférence

au diamètre (représenté par la lettre grecque π ou Pi) est

_incommensurable_[2], c’est-à-dire que les deux grandeurs ne peuvent

avoir de commune mesure. On peut aujourd’hui calculer ce nombre avec

autant de décimales que l’on désire et déjà, au XVIe siècle, Adrien

Romain[3] en donnait 15 exactes. Ainsi, la quadrature du cercle est

impossible, mais on peut admettre pour valeur très approchée du rapport

de la circonférence au diamètre: 3,1415926 et pratiquement 3,1416 qu’on

trouve dans toutes les Géométries. Les méthodes employées pour arriver à

ce résultat ont été inconnues de l’antiquité classique; elles reposent

sur des considérations toutes modernes; et cependant nous allons voir

que cette constante π cherchée pendant tant de siècles, se trouve

matérialisée pour ainsi dire dans la Grande Pyramide.

[2] La lettre grecque π, équivalant à P, a été adoptée pour désigner

le rapport constant de la circonférence au diamètre, parce qu’elle

est l’initiale de _périphéria_ qui signifie en grec, circonférence.

Voir dans: _Pour comprendre l’Algèbre_ et _Pour comprendre la

Géométrie plane_ (par l’abbé TH. MOREUX, Doin, éditeur, Paris) la

signification du mot _incommensurable_.

[3] VAN ROOMEN, connu sous le nom d’ADRIEN ROMAIN, est né en 1561, à

Louvain, où il enseigna les Mathématiques.

Additionnons en effet les quatre côtés de la base du monument dont la

valeur était primitivement de 232m,805; nous aurons pour le périmètre

931m,22:

Soit:

4 × 232,805 = 931,22.

Divisons maintenant la longueur de ce périmètre par 2 fois la hauteur de

la Pyramide qui était à l’époque de sa construction de 148m,208, nous

trouverons la valeur de π.

En effet:

931,22/(2 × 148,208) = 3,1416.

Notez que ce résultat ne saurait être accidentel, car d’après la loi

formulée par Hérodote et que nous avons mentionnée, l’angle des faces

aurait dû être de 51°49′; or, cet angle est en réalité de 51°51′ et il

en résulte que le rapport du périmètre ou de la somme des 4 côtés de la

base rectangulaire à la hauteur verticale est égal à 3,1416 × 2,

c’est-à-dire au rapport de la circonférence d’un cercle à son rayon; de

telle sorte que ce monument unique au monde est bien la consécration

matérielle d’une valeur importante pour laquelle l’esprit humain a

dépensé des efforts inimaginables.

A quelle source les constructeurs avaient-ils puisé cette notion?

Mystère toujours!

Au reste, depuis ces premières constatations on a trouvé que ce nombre

joue encore un rôle vraiment remarquable dans le tracé des tranchées

faites sous divers azimuts dans la masse de la montagne sur laquelle la

Pyramide est construite, pour assurer son orientation; et Saint-John

Vincent Day a fait remarquer aussi que l’aire de la section méridienne

de la Pyramide est à l’aire de sa base dans le rapport de 1 à π! Tout

cela est déconcertant et nous n’avons pas fini.

[Illustration: Position actuelle de l’aiguille aimantée par rapport au

Nord vrai, à Paris.]

CHAPITRE III

Les révélations géodésiques de la Grande Pyramide

«Que nul entre ici s’il n’est géomètre» avait écrit Platon sur le

péristyle de sa demeure. Nous pourrions paraphraser ici la sentence

platonicienne et écrire en tête de ce chapitre: «Que nul ne lise ces

pages s’il n’est astronome.» Heureusement, il est avec le ciel quelques

accommodements. Sans viser à faire un cours d’astronomie, j’espère

arriver à donner au lecteur une idée nette des questions que nous allons

aborder: ce sera mon excuse aux digressions étrangères en apparence aux

sujets traités.

Que certains peuples de l’antiquité aient été très avancés en

Astronomie, qu’ils aient eu des idées nettes sur la forme du globe

terrestre, c’est une question que nous examinerons plus tard, mais en ce

qui concerne les Égyptiens la réponse ne fait aucun doute; à en juger

par les inscriptions hiéroglyphiques, leur science était peu avancée; à

moins que les prêtres, caste privilégiée, n’aient tenu secrètes les

conclusions auxquelles ils étaient arrivés. L’hypothèse n’est évidemment

pas invraisemblable, mais elle se heurte à plus d’une difficulté.

Mesurer le globe terrestre, par exemple, suppose des voyages; or il

apparaît bien que, dans les anciennes dynasties, les Égyptiens ne

quittèrent point leur contrée.

La connaissance approfondie de notre planète en tant que forme et

dimensions est une conquête toute moderne, et dont les péripéties

fourniraient matière à plusieurs volumes. Contentons-nous d’en rappeler

ici les principales étapes.

Dès qu’on eut acquis la conviction que la Terre ressemblait à une boule

lancée dans l’espace, comme Mars, la Lune ou Jupiter, il vint à l’idée

des savants de mesurer une portion du globe pour en déduire sa grosseur

réelle.

Un méridien est un grand cercle passant par les pôles; il contient donc

360 degrés. Or, si nous avions la valeur de _un_ degré, une simple

multiplication nous dirait la longueur de la circonférence entière.

[Illustration: PLANCHE I Le Grand Sphinx, d’après une photographie.

Taillé dans un rocher de 20 mètres de hauteur sur 30 de largeur, le

Sphinx de Giseh est un des plus anciens spécimens de l’art égyptien.

(Cliché L. L.)]

Mais alors, comment savoir qu’on a parcouru un degré en allant du Nord

au Sud? Ici, l’astronome intervient: toutes les fois que nous montons

vers le Nord, un examen, même superficiel, de la voûte céleste indique à

l’observateur que son pôle monte dans le ciel. Dans les régions

septentrionales, l’étoile polaire est presque au-dessus de nos têtes,

et, tout compte fait, le pôle céleste monte de un degré dans le ciel

lorsque nous avons parcouru un degré sur la Terre.

Tel est le principe de la méthode. Les applications ne furent cependant

pas sans difficultés. Quelle était la marche à suivre pour mesurer un

degré?

Au XVIe siècle, un médecin nommé Fernel, s’était amusé à compter le

nombre de tours qu’avaient fait les roues de sa voiture en allant de

Paris à Amiens. Le procédé était au moins ingénieux, mais il ne pouvait

être susceptible d’une grande précision; et cependant Fernel était

arrivé ainsi à établir, pour la valeur du degré, 57 070 toises ou

111 532m,43, et ce n’était déjà pas si mal, ainsi que nous allons le

voir.

Peu après, on appliqua des méthodes plus scientifiques: on mesura

soigneusement la base d’un triangle, et au moyen d’instruments

ressemblant au graphomètre, on put trouver la distance de cette base à

un point éloigné; de proche en proche, on en vint à mesurer un arc de

méridien en différents endroits. Mais hélas! aucun d’eux ne concordait,

les résultats étaient de plus en plus disparates.

L’Académie des sciences, émue d’une telle discordance, chargea, vers la

fin du XVIIIe siècle, l’abbé Picard, célèbre géomètre français, de

mesurer le côté d’un triangle entre Malvoisine et Amiens. Et l’abbé

Picard, avec ses méthodes précises, trouva presque la même valeur que

Fernel avait obtenue avec sa voiture: l’arc de un degré différait de dix

toises seulement.

* * * * *

La science ne vécut pas longtemps sur les résultats de l’abbé Picard: on

s’aperçut bien vite d’un autre fait qui mettait les géodésiens dans

l’obligation de tout recommencer. La pesanteur qui fait marcher nos

balanciers de pendule, n’agissait pas sur toute la Terre avec la même

intensité.

Lorsque votre horloge retarde, vous savez qu’il vous suffit de

raccourcir son balancier; vous obtiendrez le même résultat en le

transportant vers les pôles. C’est ainsi qu’un pendule battant la

seconde à Paris retarde par jour de 2 minutes 28 secondes si nous le

transportons à l’équateur.

Or, ce simple fait prouvait que les pôles et l’équateur n’étaient pas à

la même distance du centre de la Terre, qui, en réalité, attire le

pendule. Donc, la Terre était aplatie au pôles[4].

[4] Il est bon d’ajouter que la force centrifuge due à la rotation de

la Terre, entre pour une part dans la diminution de la pesanteur à

l’équateur.

On se remit au travail, et des missions furent envoyées un peu partout.

Et l’on trouva, en effet, que les arcs de méridien différaient entre

eux; mais hélas! les résultats n’étaient pas du tout ceux qu’on

attendait: ils prouvaient que la Terre était aplatie à l’équateur!

Les savants se divisèrent alors en deux camps, et la lutte fut chaude.

Cette fois, on prit des précautions minutieuses, et la victoire fut du

côté de la théorie. La Terre était bel et bien aplatie aux pôles et

renflée à l’équateur; depuis, la formule n’a pas varié.

Survint la Révolution; on rêva d’égalité et d’unité, et on résolut de

changer le système des poids et mesures. En 1790, l’Assemblée

Constituante décréta que l’Académie des sciences serait chargée de

chercher une unité de mesure fondamentale naturelle qui serait

invariable et toujours facile à trouver.

Ce fut alors qu’on décida d’adopter le _mètre_, qui représentait la

dix-millionnième partie du quart du méridien; il valait en toises: 0

toise, 513 074.

Mais les savants continuaient toujours leurs travaux, et en 1841, on

s’aperçut que notre mètre était trop court de deux dixièmes de

millimètre environ.

Fallait-il changer la base du système métrique? Non, et voici pourquoi.

Nous sommes sûrs maintenant d’un résultat extrêmement important; c’est

que la prétention de la Révolution française est irréalisable. La Terre

n’est pas du tout régulière. Chaque méridien a pour ainsi dire sa forme

spéciale. Alors, lequel choisir?

L’équateur lui-même n’est pas régulier, et les résultats seront

autrement discordants lorsqu’on aura fait des mesures dans l’hémisphère

austral, au pôle Sud en particulier. Cependant, à chaque instant, les

astronomes ont besoin du rayon terrestre pour leurs calculs; ce rayon

leur sert, en effet, d’unité de mesure; il a donc fallu tabler sur des

moyennes, et c’est leur valeur qui, récemment établie, sera utilisée

désormais.

Il résulte, en effet, de toutes les discussions récentes, qu’on ne

commet pas une grosse erreur en adoptant comme distance du pôle au

centre de la Terre le chiffre de

6 356 700 mètres;

et pour rayon équatorial, le nombre de

6 378 300 mètres.

Tout cela est parfait mais ne nous donne pas une unité de mesure. Nous

venons de voir qu’en fait, notre mètre reste encore une unité de pure

convention fondée sur un principe manifestement faux. Puisque tous les

méridiens diffèrent entre eux, il est bien évident qu’une unité de

longueur ne peut être basée sur leur grandeur variable elle-même.

Il y aurait eu un moyen de mettre tout le monde d’accord; mais personne

n’y a songé et ce moyen le voici: prendre comme grandeur linéaire l’axe

terrestre lui-même, ce fameux rayon polaire qui, lui, est invariable,

tout au moins pendant des millions d’années. Il est vrai qu’au temps de

la Révolution, nul savant n’était à même de déterminer la valeur du

rayon polaire de notre globe, constante qui dépend de l’aplatissement du

sphéroïde terrestre.

Au XIXe siècle, cet aplatissement était évalué à 1/292; plus tard,

l’astronome Clarke montra qu’il fallait le porter à 1/298,3; cela

donnait pour le rayon polaire 6 356 521 mètres; mais de nouvelles

déterminations ont indiqué un aplatissement compris entre 1/297 et 1/298

et le rayon polaire serait très voisin de 6 356 700 mètres. En tout cas,

tout le monde est d’accord sur les 4 premiers chiffres, c’est-à-dire sur

les kilomètres.

Conclusion: à l’heure actuelle nous pourrions posséder une unité de

longueur précise et invariable, basée sur la valeur du rayon polaire.

Eh bien, cette unité, nous la trouvons à la base même de la construction

de la Grande Pyramide et nous allons voir comment.

Les Égyptiens comptaient les longueurs en pouces et en coudées, mais il

y avait deux systèmes de mesure; les mesures ordinaires pour le peuple

et les mesures sacrées, employées seulement par les prêtres. C’est la

coudée sacrée qui a servi aux constructeurs de la Pyramide de Khéops; on

la désigne souvent aussi sous le nom de _coudée pyramidale_ et l’on sait

qu’elle était divisée elle-même en 25 pouces pyramidaux.

Or, chose étrange, le pouce pyramidal était très voisin du pouce

anglais, puisqu’il faut 999 pouces pyramidaux pour faire 1 000 pouces

anglais. Ceci nous donne pour le pouce pyramidal: 25mm,4264 et pour la

coudée pyramidale ou sacrée:

25,4264 × 25 = 0m,635660.

La coudée sacrée qui a servi aux architectes égyptiens dans la

construction de la Grande Pyramide valait donc 635mm,660.

Multipliez maintenant cette coudée par 10 millions et vous trouverez

6 356 600 mètres: c’est précisément la valeur que notre science actuelle

assigne à la longueur du rayon polaire de la Terre; le nombre des

kilomètres est exact; l’écart ne porte que sur le chiffre suivant 6 au

lieu de 7, mais nos mesures actuelles comportent encore une incertitude

du même ordre de grandeur.

* * * * *

Ainsi, la coudée sacrée représenterait la dix-millionième partie du

rayon polaire de la Terre et cela avec une valeur exacte à un centième

de millimètre près!

* * * * *

Appeler à son aide toutes les sciences, dépenser pendant une longue

série de siècles une somme de travaux et d’efforts convergents;

améliorer sans cesse nos méthodes d’observation; perfectionner notre

technique; continuer avec une lente persévérance la tâche de nos

devanciers; pousser à un point inimaginable la précision des calculs et

aboutir finalement à une découverte vieille de 4 000 ans, n’est-ce pas

la plus décevante pensée qui puisse hanter l’esprit d’un homme de

science?

Et cependant, aussi incroyable que cela nous apparaisse, le résultat est

là sous nos yeux, tangible, brutal comme un fait, tellement évident

qu’il faudrait être frappé d’aveuglement pour ne le point apercevoir.

Cette fois, plus de rapports cachés, rien d’hypothétique ni

d’artificiel, le fait seul exposé au grand jour, mis en pleine lumière.

Passons maintenant aux données relatives au calendrier, nous allons

faire d’aussi intéressantes constatations.

Nous savons par la mesure des degrés du méridien et par les oscillations

du pendule que la Terre est aplatie aux pôles et renflée à l’équateur,

et notre planète offre un axe penché sur le plan de notre orbite; cette

inclinaison qui se transmet à l’équateur terrestre, fait que le

bourrelet équatorial de la Terre se présente obliquement au Soleil. Ce

dernier tend donc sans cesse à incliner ce renflement de son côté et le

résultat final se traduit par un déplacement continu de l’axe terrestre

qui oscille autour d’une position moyenne, et décrit, semblable à une

toupie gigantesque, un cône dans l’espace: tel est en gros le phénomène

de la précession dont nous avons déjà parlé.

Le déplacement est extrêmement lent, de 50″,25 suivant Newcomb qui l’a

calculé d’après toutes les données récentes. Un tel mouvement quoique

faible, s’accumule avec les années, si bien qu’en 25 800 ans à peu près,

le pôle céleste revient à la même place dans le ciel, ou plutôt l’axe de

la Terre pointe au même endroit.

Ce phénomène a été découvert par Hipparque vers 130 avant J.-C.; les

historiens sont unanimes à le reconnaître. Eh bien! le nombre des années

de la précession se trouve implicitement dans la Grande Pyramide. Pour

l’obtenir il suffit d’additionner le nombre de pouces pyramidaux

contenus dans les deux diagonales de la base: le calcul donne 25 800

avec une approximation aussi grande que celle résultant de nos

recherches actuelles.

Au temps d’Hipparque, le Soleil apparaissait à l’équinoxe de printemps

dans la constellation du Bélier, tandis qu’il coïncide aujourd’hui avec

celle des Poissons. L’équinoxe de printemps s’est donc déplacé en

avançant en sens contraire du mouvement annuel du Soleil, d’environ 27°

depuis Hipparque, soit de 50″ par an, c’est-à-dire en rétrogradant:

c’est la rétrogradation des équinoxes, conséquence nécessaire de la

précession qui déplace l’équateur terrestre aussi bien que le pôle. Mais

ici le résultat est plus grave; il raccourcit un peu notre année, en ce

sens qu’entre deux équinoxes de printemps consécutifs (année tropique)

l’intervalle n’est pas le même qu’entre deux retours du Soleil devant la

même étoile, temps de révolution de la Terre sur son orbite (année

sidérale).

L’année tropique seule peut servir pour le calendrier, puisque notre

année doit être telle qu’elle ramène les mêmes saisons aux mêmes jours.

L’antiquité a-t-elle connu cette durée autrement que d’une manière

approximative? C’est ce que nous discuterons plus tard. En tout cas, si

nous multiplions par 3,1416 la longueur de l’antichambre précédant la

Chambre du roi dans la Grande Pyramide, après l’avoir évaluée en pouces

pyramidaux, nous trouvons 365,242 nombre des jours fixant très

exactement la durée de l’année, que ni les Grecs, ni les Romains

n’avaient su calculer. Quant à la longueur de l’année bissextile, nous

la retrouvons dans chaque côté de la base du monument, où elle est

exprimée en coudées pyramidales ou sacrées.

Calculons maintenant le volume de la Pyramide et multiplions-le par 2,06

densité moyenne des pierres qui la composent: les 3 premiers chiffres

nous donnent la densité de la Terre que des expériences récentes portent

à 5,52. Si maintenant nous prenons comme unité de poids, celui d’une

coudée cube ayant la densité moyenne de la Terre, nous trouvons que le

poids de la Pyramide, dans ce cas, serait au poids entier du globe

terrestre dans le rapport très simple de 1 à 10 puissance 15 ou 1 à 10

puissance 3.5, encore une coïncidence étrange.

Piazzi-Smith s’est aussi demandé s’il n’y aurait pas un rapport simple

entre la température moyenne annuelle de l’intérieur de la Grande

Pyramide, température d’ailleurs assez constante, et la température du

parallèle de 30° sur lequel elle est bâtie; le calcul indiqua d’abord

pour la Grande Pyramide un chiffre trop élevé de 4° centigrades, mais

une discussion plus approfondie a réduit à moins de 1° la différence

entre la température réelle et la température théorique: toutes deux

seraient de 20° centigrades!

Nous avons vu qu’au centre de la masse de la Grande Pyramide se trouve

une pièce assez vaste appelée Chambre du roi; c’est là que les

constructeurs ont déposé ce qui, suivant certains auteurs, constituait

le Tombeau du Pharaon. Étrange sarcophage d’ailleurs, et qui ne

ressemble en rien à ceux que l’on a exhumés. Imaginez une auge en granit

rouge merveilleusement poli et taillé à angles droits, sorte de coffre

sans couvercle, sonore comme une cloche et vous aurez une idée de ce

singulier tombeau, n’ayant jamais reçu de restes humains! Alors comment

expliquer sa présence? Ceux qui l’ont étudié y voient non sans raison

peut-être une œuvre de géométrie et de science avancée.

La science mystérieuse des Pharaons · 第 1 / 11 段