La figure 2 explique la disposition de ces arêtiers de pierre[297],

terminés à leur extrémité inférieure par un antéfixe A tenant au premier

morceau, lui donnant du poids et de l'assiette à l'angle de la corniche.

En B est tracé le profil de l'arêtier, et en C son plan, avec la

position des tuiles-canal à rebords. Les tuiles biaises étaient moulées

exprès pour la place ou simplement coupées. L'espace _ab_ était

suffisant pour loger l'épaisseur de la tuile-canal plate et de la tuile

couvre-joints. Sur le dos de l'arêtier, une entaille _e_ rejetait l'eau

de pluie sur la couverture et empêchait qu'elle ne lavât les joints,

simplement garnis de ciment[298]. Si ce système de couverture était

entièrement posé sur des charpentes sans voûtes sous-jacentes, il

n'était pas possible d'employer les arêtiers de pierre que donne la

figure 2; ces arêtiers devaient être, comme les tuiles des pans, de

terre cuite. Alors, pour les constructions faites avec soin, on

fabriquait des tuiles d'arêtiers spéciales, en raison de la pente de la

toiture. Ces tuiles d'arêtiers étaient munies d'oreillons qui

s'emboîtaient sur les tuiles couvre-joints des pans (voy. la fig.

3)[299]. Ainsi n'était-on pas obligé de sceller ces arêtiers à l'aide du

mortier. Il ne faut pas omettre les tuiles gouttières posées à la base

des combles en guise de chéneaux, pour recevoir les eaux pluviales et

les conduire dans des tuyaux de descente de terre ou dans des

gargouilles saillantes. Il n'est pas besoin de dire que ces tuiles

gouttières n'étaient employées que dans les constructions les plus

ordinaires élevées en brique ou en moellon. C'était un moyen de

recueillir les eaux de pluie et de les approvisionner dans des citernes.

Les tuiles gouttières que l'on trouve encore dans le midi et l'ouest de

la France sont très-grandes; elles mesurent en longueur 0m,65 (2 pieds),

et ont d'un côté un rebord A prolongé qui servait à les sceller à la

tête du mur sous l'égout du toit (voy. fig. 4). Bien entendu, ces tuiles

étaient posées suivant un plan incliné, et se trouvaient ainsi plus

éloignées de l'égout du comble, à l'extrémité inférieure du chenal qu'à

son point le plus élevé. Ce moyen ne pouvait donc convenir qu'à des

façades de peu d'étendue.

C'est vers la fin du XIIe siècle que les terres cuites pour couvertures,

pour carrelages, pour cintres et faîtières, atteignent un assez grand

développement. Les moyens de fabrication se perfectionnèrent encore

pendant le XIIIe siècle. La tuilerie de cette époque est remarquablement

belle et bonne. Les terres, soigneusement épurées et corroyées, sont

bien cuites et souvent en très-grandes pièces.

Dans les provinces du nord de la France, dès la fin du XIe siècle, on

avait abandonné le système romain pour les couvertures de tuiles. C'est

qu'en effet ce système ne convient guère aux climats brumeux. Bientôt la

poussière arrêtée dans ces canaux, l'humidité aidant, développe des

mousses et des végétations qui envahissent les toitures. Par les

bourrasques d'hiver, la neige s'introduit sous les couvre-joints et

pourrit les charpentes; son poids augmente beaucoup celui de ces

couvertures déjà très-lourdes, et fatigue les chevronnages. Si la pente

est très-faible, par les temps de pluie fine chassée par le vent, l'eau

s'introduit entre les tuiles, qui se recouvrent seulement d'un tiers. Si

la pente est assez prononcée pour assurer l'écoulement des eaux, les

tuiles, ébranlées par le vent, glissent les unes sur les autres, et il

faut sans cesse les relever. On chercha donc un autre système de

couverture de terre cuite, et l'on commença par fabriquer de grandes

tuiles plates de 0m,33 (1 pied) de long sur 0m,27 (10 pouces) de

largeur, et d'une épaisseur de 0m,022 (10 lignes). Ces premières tuiles

plates (nous disons premières, parce que ce sont les plus anciennes que

nous ayons pu trouver et dont la fabrication remonte à la fin du XIe

siècle) paraissent avoir été fort en usage en Bourgogne et dans une

partie du Nivernais pendant le XIIe siècle. Elles sont bien planes, avec

un rebord à la tête par-dessous, formant crochet continu. Ce rebord

(voy. fig. 5) reposait sur des lattes de merrain, épaisses, larges et

formant presque un endôlement (voyez en A). À Cluny, à Mâcon, à Vézelay,

on trouve encore de ces sortes de tuiles depuis longtemps hors d'usage

et employées comme tuileaux, ou abandonnées dans les débris qui

remplissent les reins des voûtes d'anciens édifices.

Mais la province où la tuile paraît avoir été étudiée avec le plus de

soin, est la Champagne. Il y a la tuile dite ordinaire et la tuile dite

du comte Henri. La première a 0m,35 sur 0m,215 de largeur (13 pouces sur

8). Ces tuiles (dont les plus anciennes remontent au XIIIe siècle) sont

percées d'un trou et munies d'un crochet par-dessous. Nous allons

expliquer pourquoi. Alors les chevronnages étaient posés, _tant pleins

que vides_; c'est-à-dire que l'espace laissé entre chaque chevron était

égal à la largeur même du chevron. Ces chevrons avaient, lorsqu'il

s'agissait de couvrir en tuiles, 0m,11 (faible) de large (4 pouces); ils

laissaient donc entre eux un intervalle de 4 pouces. Mais ces chevrons

n'étaient pas égaux d'épaisseur (voy. fig. 5 _bis_): les maîtres

chevrons _portant fermes_ avaient 0m,14 (de 5 à 6 pouces); les chevrons

intermédiaires, ou chanlattes, n'avaient que 0m,08 (3 pouces: voy. en

A).

L'espace entre les axes _a_, _b_, _c_ était donc de 0m,22 (faible). Sur

ces chevrons étaient clouées les lattes de chêne, espacées les unes des

autres de 0m,115. Or, la tuile (voy. en B) possède, comme nous l'avons

dit, un crochet _e_ par-dessous, et un trou _t_, crochet et trou ménagés

au tiers de la largeur de la tuile. Donc, lorsque l'ouvrier voulait

couvrir, il accrochait la tuile à la latte de manière que le trou se

trouvât sur le chevron, puis il enfonçait un clou ou même une cheville

de bois, par ce trou, pénétrant dans le chevron. Les trous se trouvant

tantôt à la droite, tantôt à la gauche, les rangs de tuiles superposés

avaient toujours les trous et les crochets sur une même ligne;

c'est-à-dire, les crochets au droit des lattes, les trous au droit des

chevrons (voy. en C une portion de couverture où les tuiles sont

présentées la pose en train, et en C' le géométral de la couverture avec

la pose des tuiles). Ces tuiles, que l'on trouve encore fréquemment sur

les édifices de la Champagne, et particulièrement à Troyes, sont

très-bien faites, les crochets bien soudés avec empattements latéraux

(voy. en B). Elles sont légèrement convexes pardessus pour bien _pincer_

la pente et ne donner point de prise au vent. Les crochets ont 0m,016 de

saillie. Ceux-ci, se trouvant toujours entre les chevrons, mordaient

complétement la latte; la tuile était déjà maintenue toute seule, sans

que le couvreur eût besoin d'y mettre la main. Il pouvait alors enfoncer

le clou ou la cheville dans le trou, clou ou cheville qui mordait en

plein bois du chevron. Nous avons dit que l'espace entre les chevrons

d'axe en axe était de 0m,22 (faible). Or les tuiles ayant 0m,215, en

tenant compte des 0,002 ou 0,003 de jeu entre chaque tuile, on voit que

la largeur de ces tuiles correspondait exactement aux entre-axes des

chevrons. On comprend combien devait être durable une couverture ainsi

faite, les tuiles étant d'excellente qualité. Le pureau de ces tuiles

n'est que de 0m,115. Or ces tuiles ayant 0m,35 de longueur, il y a

toujours, sur le comble, trois épaisseurs de lames de terre cuite.

L'épaisseur de ces tuiles champenoises est de 0m,022 (10 lignes). Il

était fabriqué des tuiles en forme de trapèze pour la partie des

couvertures le long des arêtiers, et encore aujourd'hui les tuiliers

champenois sont tenus de fournir ces tuiles biaises sans augmentation de

prix (voy. en D).

Voici quelles étaient la dimension et la forme de la tuile dite du comte

Henri (fig. 6). Cette tuile, plus petite que la précédente, est

habituellement émaillée sur le pureau, c'est-à-dire de _a_ en _b_. Sa

rive inférieure _d_ est biseautée pour donner une couverture plus unie

et ne laisser aucune prise au vent. Son crochet est bien taillé au

couteau, avec une légère encoche au-dessus, en _e_, afin que le

couvreur, dans le tas, puisse avec la main reconnaître, sans les

retourner, quelles sont les tuiles du rang qu'il pose. Ces dernières

tuiles s'attachaient sur des chevronnages plus délicats que ceux de la

tuile ordinaire, et parfois sur un endôlement, c'est-à-dire sur de

fortes lattes équivalant à des voliges, posées presque jointives, de

manière à laisser seulement le passage du crochet. Alors les clous

étaient enfoncés dans ces lattes épaisses et larges, sans tenir compte

du chevronnage[300].

La tuile du comte Henri est fabriquée avec plus de perfection encore que

la tuile ordinaire de Champagne. On remarquera que le trou est plus

large par-dessous que par-dessus et carré. Cela était fait pour empêcher

le clou de fendre la tuile, si celle-ci éprouvait quelques oscillations

par l'effet du vent, ou lorsqu'on clouait la tuile sur l'endôlement. Cet

élargissement laissait alors une certaine liberté à la tuile (voy. en A,

fig. 6).

Les tuiles d'arêtiers de ces couvertures en tuiles plates sont de même

fabriquées avec une grande perfection; elles étaient maintenues sur la

fourrure d'arêtier de la charpente par des clous ou chevilles, et

rendues solidaires souvent par un crochet soudé extérieurement sur le

dos du rampant (voy. fig. 7).

Les tuiles de noues étaient faites de même que celles d'arêtiers, si ce

n'est qu'elles ne portaient pas de crochets et qu'elles étaient

naturellement tournées leur surface concave à l'extérieur. Quant aux

faîtières, nous leur avons consacré un article spécial (voy. FAÎTIÈRE).

On voit en Champagne, et en Bourgogne (pays de la tuile par excellence)

des tuiles à crochet dont les angles intérieurs, vus, sont abattus,

comme ceux des bardeaux, et biseautés. Ces sortes de tuiles étroites,

émaillées au pureau, sont fabriquées principalement pour couvrir les

combles coniques (voy. fig. 8). En effet, les tuiles larges ne peuvent

convenir à ces sortes de toitures, et leurs angles, suivant des

tangentes à la courbe, donnent beaucoup de prise au vent et produisent

un mauvais effet. Pour couvrir en tuiles des combles coniques, il est

nécessaire de modifier les largeurs de ces tuiles tous les quatre ou

cinq rangs, suivant le diamètre de la base du cône et sa hauteur, afin

de couper toujours les joints. À cet effet, les tuiliers du moyen âge

fabriquaient des tuiles de largeurs variées, et leur donnaient la forme

d'un trapèze plus ou moins accusé, suivant que le comble conique était

plus ou moins trapu (voy. fig. 8). C'était au couvreur à donner au

tuilier la forme de la tuile, quand le comble était tracé, ce qui était

facile à faire. C'était aussi au couvreur à profiter des dimensions

différentes (en largeur) des tuiles, pour raccorder les joints et faire

qu'à chaque rang, ils tombassent au milieu des tuiles du rang inférieur.

Dans quelques contrées du centre, sur les bords de la Loire, du

Nivernais, du Poitou, on fabriquait aussi, vers la fin du XIIe siècle,

des tuiles plates en forme d'écailles[301]. Ces tuiles, plus étroites

que les tuiles de Champagne et de Bourgogne, sont parfois émaillées et

creusées sur le pureau de trois cannelures qui facilitent l'écoulement

des eaux (fig. 9). Elles sont percées de deux trous, sont munies,

par-dessous, d'un crochet qui s'appuie sur la tête de la tuile

inférieure, et étaient posées sur un endôlement de merrain. Ces sortes

de tuiles sont épaisses (la terre de ces contrées n'étant pas

très-dure), et n'ont pas résisté aux agents atmosphériques aussi

complétement que les tuiles de Champagne et de Bourgogne. Toutes les

tuiles dont nous venons de donner les formes et les dimensions étaient

moulées sur sable, à la main, coupées au couteau, et non moulées dans

des moules, comme le sont la plupart des tuiles façonnées modernes; leur

cuisson (au bois) est régulière et complète. Les tuiles de Bourgogne

anciennes sont inaltérables et aussi bonnes aujourd'hui qu'au moment de

leur mise en place. L'émail qui les couvre (surtout l'émail noir brun)

et la couverte transparente qui fait ressortir leur teinte rouge ont

résisté au temps. Les émaux jaunes et verts sont ceux qui se sont le

plus altérés. Dans les provinces du Nord-Est, dans les Flandres, on

employait, dès le XVe siècle, la tuile en forme d'S, encore en usage

aujourd'hui et connue sous le nom de tuile flamande. Cette tuile n'est

bonne que pour des couvertures légères et qui n'ont pas à préserver

absolument les parties sous-jacentes. Par les grands vents, elles

laissent passer l'eau de pluie et se dérangent facilement. Dès une

époque ancienne, peut-être le XIIIe siècle, on cessa d'employer dans les

ouvrages ordinaires des provinces méridionales la tuile-canal avec

couvre-joints, que donne la figure 1. On se contenta d'employer les

tuiles creuses, c'est-à-dire que les tuiles formant couvre-joints, en

les retournant, remplacèrent les tuiles-canal plates. Ce genre de

couverture est encore usité dans tout le midi de la France, à partir du

Lyonnais, de l'Auvergne, d'une partie du Limousin, du Périgord et en

remontant jusqu'en Vendée; il n'est pas sans inconvénients. La tuile

creuse étant moulée sur sable, la partie sablonneuse se trouve dans la

concavité, c'est-à-dire dans le canal. Cette surface sablonneuse qui

reçoit toute l'eau de pluie, est plus poreuse que la surface convexe;

elle conserve l'humidité, arrête la poussière, et développe des

végétations qui encombrent les rigoles, ce qui nécessite un entretien

fréquent. Ce mode n'est bon que dans les contrées où la chaleur du

soleil est assez puissante pour empêcher ces végétations de se former.

En adoptant le système de tuiles plates pour les combles à fortes

pentes, les constructeurs du Nord avaient évidemment reconnu les

inconvénients du système antique romain et de ses dérivés, savoir: la

persistance de l'humidité sur les charpentes et le développement des

mousses dans les concavités des toitures. Le soin avec lequel ils ont

fabriqué ces tuiles plates, l'emploi de l'émail qui empêchait la

pénétration de l'humidité et la naissance des mousses, le système

d'attaches, indiquent que les maîtres, en véritables architectes, ne

dédaignaient pas ces détails importants de la construction. Les tuiles

plates données dans les deux figures 5 _bis_ et 6 font ressortir

l'intelligence prévoyante de ces constructeurs des XIIIe et XIVe

siècles. Il est à remarquer que cette industrie du tuilier ne fit que

décroître à dater de la fin du XVe siècle jusqu'au commencement de

celui-ci. Les tuiles de Bourgogne et de Champagne fabriquées pendant le

dernier siècle sont relativement grossières et inégales de cuisson, et

ce n'est guère que depuis une dizaine d'années que l'on s'est occupé en

France de cette partie si intéressante de l'art de bâtir. Nous avons été

poussés dans cette voie nouvelle de l'emploi de la terre cuite aux

couvertures par nos voisins les Anglais et les Allemands, qui nous

avaient devancés, ou plutôt qui n'ont jamais cessé de pratiquer ces

utiles industries, dédaignées généralement chez nous par les artistes,

trop préoccupés de leurs conceptions grandioses et peu pratiques pour

entrer dans ces menus détails de la bâtisse.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 5.]

[Illustration: Fig. 5. bis.]

[Illustration: Fig. 6.]

[Illustration: Fig. 7.]

[Illustration: Fig. 8.]

[Illustration: Fig. 9.]

[Note 297: De l'église Sainte-Madeleine de Béziers.]

[Note 298: Ce système de couverture a été réemployé d'une

manière complète dans la restauration des combles de l'église

de Saint-Sernin de Toulouse.]

[Note 299: Dès le XIIe siècle on employait ces tuiles

d'arêtiers dans les provinces méridionales et de l'Ouest.]

[Note 300: C'est avec cette tuile émaillée qu'était couverte

la cathédrale de Troyes, de manière à former une mosaïque, de

couleur rouge, noire et blanc jaunâtre.]

[Note 301: Sur les bas-reliefs de cette époque, on voit

souvent représentées des tuiles de cette forme. On en

rencontre parfois aussi sur les monuments et dans les

débris.]

TUYAU, s. m.--Voy. CONDUITE.

TYMPAN, s. m. Partie pleine comprise entre le cintre d'une porte

(archivolte) et le linteau. On donne aussi le nom de _tympan_ aux

surfaces pleines comprises entre les extrados d'une arcature et le

bandeau qui les couronne. La surface A (fig. 1) est un tympan de porte;

la surface B, un tympan d'entre-deux d'arcature. Les tympans de porte,

étant posés sur le linteau, peuvent être faits de diverses manières;

composés de petits matériaux en façon de remplissage, ou de grands

morceaux de pierre parementés décorés de peintures ou de bas-reliefs. Il

arrive aussi que les tympans de porte sont à claire-voie, donnent des

jours d'impostes; mais cette disposition n'est guère adoptée qu'à dater

du milieu du XIIIe siècle, notamment dans les monuments de la Champagne.

La place occupée par le tympan, sous les archivoltes des portes, était

particulièrement favorable à la sculpture. Dans cette position, les

bas-reliefs ne pouvaient pas manquer de produire un grand effet, et

n'avaient pas à redouter (protégés qu'ils étaient par la saillie des

voussures ou des porches) l'action destructive de la pluie et de la

gelée. Beaucoup de nos églises conservent encore de magnifiques tympans

sculptés (voy. PORTE). Nous citerons parmi les plus remarquables, datant

du XIIe siècle, ceux des portes des églises de Vézelay, de

Saint-Benoît-sur-Loire, de Charlieu, du portail occidental de la

cathédrale de Chartres, de la porte Sainte-Anne de Notre-Dame de Paris,

de la porte centrale de la cathédrale de Senlis; parmi ceux du XIIIe

siècle, les tympans des portes latérales des cathédrales de Chartres, de

Reims, des portails des cathédrales de Paris, d'Amiens, de Bourges, etc.

Jusque vers le commencement du XIIIe siècle, le tympan de porte, s'il

est sculpté, ne comporte guère qu'un sujet; quelquefois, s'il est

très-grand, il se compose de deux zones, ainsi qu'on peut le voir à la

porte centrale et à la porte de la Vierge de Notre-Dame de Paris,

rarement d'un plus grand nombre. À dater de 1240 environ, les tympans se

composent généralement de plusieurs zones. Les sujets se superposent et

se multiplient, ou bien ils sont enfermés dans des compartiments

architectoniques. La statuaire perd ainsi de son importance magistrale,

elle est soumise à une échelle plus petite. Au parti si large qui

consistait à placer un linteau possédant sa sculpture, et au-dessus un

grand bas-relief, on substitua une superposition de linteaux (voy.

PORTE), plusieurs bandes de bas-reliefs dont les figures sont d'autant

plus petites d'échelles que ces linteaux superposés sont plus

multipliés. Au XIVe siècle, la sculpture des tympans est de plus en plus

absorbée par les formes géométriques de l'architecture. Vers la fin du

XVe siècle, les trumeaux se développent en avant des tympans, par des

statues et des pinacles qui s'élèvent jusque sous la clef des

archivoltes. Le trumeau n'est plus seulement alors un support, mais une

sorte de contre-fort, de pilier très-orné qui coupe la porte, son

linteau et son tympan en deux parts.

Malgré la rigidité de ses principes, l'architecture du moyen âge (et

l'on a occasion de le reconnaître dans le cours de cet ouvrage) évite la

monotonie, la banalité, ce qu'on appelle dans le langage des arts, les

_poncifs_. Rarement trouve-t-on, dans les conceptions, même les plus

vulgaires, ces _chevilles_, ces remplissages insignifiants, si fréquents

dans les monuments que nous élevons aujourd'hui à grands frais. Le luxe

des matériaux, l'exagération de la dépense, ne rachètent pas le défaut

d'invention, la pauvreté de l'idée; nos maîtres des XIIe et XIIIe

siècles étaient, semble-t-il, bien pénétrés de cette vérité. Aussi, tout

en restant soumis aux principes fondamentaux de leur art, ils savaient

en déduire les conséquences les plus variées; partant, les plus

attrayantes, les plus nouvelles aux yeux du vulgaire.

À l'article PORTE, nous donnons d'assez nombreux types de tympans,

disposés déjà d'une façon assez variée; mais, ici, force nous est de

suivre une méthode, et d'exclure les cas exceptionnels qui, cependant,

fournissent des exemples précieux de ce que le véritable génie sait

tirer de l'application raisonnée d'un principe vrai. Nous allons

procéder, à propos d'un de ces exemples, comme a dû procéder

l'architecte du XIIIe siècle, afin de faire saisir la méthode critique

de ces maîtres, auxquels on ne saurait refuser, avec le savoir, une

modestie que nous n'avons pas le courage de leur reprocher[302].

On sait que pour soulager les linteaux des portes, les architectes

terminaient les pieds-droits par des corbeaux qui diminuaient de toute

leur saillie la portée de ces linteaux monolithes (voy. fig. 2). Bien

que ces linteaux A fussent déchargés par les archivoltes B, cependant

ils avaient encore à porter le tympan C; parfois ils se brisaient sous

cette charge, surtout lorsqu'ils ne pouvaient être faits de pierre

résistante.

Si, à la place des corbeaux D, nous plaçons deux goussets de pierre E se

contre-butant en F, il est évident que le linteau est complétement

soulagé, que sa hauteur entre lits peut être singulièrement réduite au

profit du tympan. C'est en raisonnant ainsi, que l'architecte auteur du

portail méridional de l'église de Saint-Séverin à Bordeaux a dû procéder

(fig. 3). Le linteau de cette porte est en effet réduit à la hauteur

d'un bandeau. Au-dessous, les corbeaux sont remplacés par une arcature

trilobée avec demi-tympans couverts d'une délicate sculpture de ceps de

vigne au milieu desquels se jouent des oiseaux. Une inscription qui

donne la date de cette porte (1247) pourtourne l'orle du trilobe.

Au-dessus se place, dans le linteau, le bas-relief du Jugement dernier;

puis dans le tympan supérieur, le Christ assis sur un trône, montrant

ses plaies, assisté des deux anges qui portent les instruments de la

passion, et imploré par la Vierge et par saint Jean. Dans les voussures,

des cordons de feuillages, les martyrs et les vierges. Sur les jambages

en ébrasement, et développés latéralement entre les colonnettes, dans la

hauteur, des demi-tympans de l'arcature, les Apôtres, l'Église et la

Synagogue.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 9 - (T - U - V - Y - Z) · 第 22 / 41 段