TRINITÉ, s. f. Le moyen âge a essayé de représenter matériellement le

mystère de la sainte Trinité. C'est à l'école d'Alexandrie qu'il faut

avoir recours si l'on veut connaître les diverses phases par lesquelles

a dû passer la pensée de la Trinité avant d'arriver à l'état de dogme.

Nous n'avons pas, bien entendu, à nous occuper de l'exposition du dogme,

mais à rendre compte de la forme sensible donnée à la conception de la

Trinité dans nos monuments du moyen âge. «Dès le IVe siècle, écrit M.

Didron[286], avec saint Paulin, évêque de Nole, qui est né en 353 et est

mort en 431, apparaissent les groupes de la Trinité. À l'abside de la

basilique de Saint-Félix, bâtie à Nole par Paulin lui-même, on voyait la

Trinité exécutée en mosaïque.»

Saint Paulin expliquait, dans les vers qu'il fit à cette occasion, que

le Christ était représenté sous la forme d'un agneau, l'Esprit-Saint

sous celle d'une colombe, et que «la voix du Père retentit dans le

ciel». Le même évêque, dans la basilique élevée à Fondi sous le vocable

de Saint-Félix, avait fait représenter le Fils sous la forme d'un agneau

avec la croix, le Saint-Esprit en colombe, et le Père sous l'apparence

d'une main (probablement) qui couronnait le Fils.

«....., et rutila genitor de nube coronat.»

Comme l'observe très-bien M. Didron[287]: «L'anthropomorphisme, qui

avait effarouché les premiers chrétiens et qui semblait rappeler le

paganisme, ne trouva pas la même résistance pendant le moyen âge

proprement dit. Une fois arrivé au IXe siècle, on n'eut plus rien à

craindre des idées païennes... Le Père éternel, dont on n'avait osé

montrer que la main encore, ou le buste tout au plus, se fit voir en

pied. Cependant il ne prit pas une figure spéciale; mais il emprunta

celle de son Fils, et, dès lors, il devint fort difficile de les

distinguer l'un de l'autre. Le Fils continua d'apparaître tel qu'on

l'avait vu sur la terre... La colombe quitta quelquefois aussi son

enveloppe d'oiseau, pour prendre la forme humaine. Comme le dogme

déclarait nettement que les trois personnes étaient non-seulement

semblables, mais égales entre elles, les artistes étendirent aux

représentations la similitude et quelquefois même l'égalité des

hypostases divines.» En effet, bon nombre de peintures de manuscrits des

XIe et XIIe siècles[288] représentent les trois personnes divines sous

la forme de trois hommes de même âge et de même apparence. Au portail de

l'église collégiale de Mantes, on voit, dans la voussure de la porte

occidentale, la Trinité figurée par une croix que portent deux anges (le

Fils), par le Père sous forme d'un homme jeune, et l'Esprit en colombe.

Mais les artistes prétendirent identifier les trois personnes divines,

afin de faire comprendre aux fidèles à la fois leur individualité et

leur réunion en une seule puissance. Il existe, sous le porche

occidental, non terminé, de Saint-Urbain de Troyes, un bas-relief de

bois datant des dernières années du XIIIe siècle, qui représente la

Trinité (fig. 1) Le Père est au milieu, coiffé de la tiare à triple

couronne, comme un pape; de la main droite, il bénit; de la gauche, il

tient la terre. À sa droite est le Fils couronné d'épines et portant la

croix. À sa gauche, l'Esprit, sous la figure d'un jeune homme imberbe,

tenant une colombe. Ces trois personnages n'ont ensemble que quatre

jambes, adroitement drapées de façon à faire croire qu'ils en ont deux

chacun. De petites figures d'un homme et d'une femme agenouillés (les

donateurs) sont sculptées aux deux extrémités du groupe. L'impossibilité

de séparer les trois personnes divines est ainsi matériellement indiquée

par la disposition des jambes. Quelquefois la Trinité est représentée

sous la forme d'un homme ayant une tête à trois visages, une de face et

deux de profil, et deux yeux seulement; ou bien encore, c'est une figure

géométrique ainsi disposée (fig. 2). Ce triangle mystique était visible

encore sur la façade d'une maison de Bordeaux, il y a peu d'années. Des

vitraux, des vignettes de manuscrits, le représentent assez fréquemment

pendant les XVe et XVIe siècles. À la même époque, dans beaucoup de

portails d'églises, la Trinité se montre ainsi: Le Père assis, coiffé de

la tiare, tient le Christ en croix devant lui. De la bouche du Père

descend la colombe sur le crucifix. Ces diverses représentations ont un

intérêt; elles indiquent la marche de l'art comme expression sensible

des idées théologiques selon le temps. Pendant les premiers siècles, on

redoute évidemment l'expression trop matérielle d'un mystère qui doit

rester impénétrable. Le Fils est un agneau, l'Esprit une colombe, le

Père une voix ou une main sortant d'une nuée. Plus tard, l'artiste se

rassure, il donne aux trois personnes divines l'individualité. Elles

sont séparées, distinctes, mais semblables et assises sur un trône

commun. Puis on cherche à faire comprendre, par un artifice matériel,

l'unité des trois personnes. Au XVe siècle, c'est une sorte de problème

géométrique posé devant la foule et dont la solution est posée comme une

énigme; ou encore c'est un jeu d'artiste, comme cette tête à trois

visages. Au XVIe siècle, on adopte une forme antérieure, mais peu

répandue, celle de la distinction absolue des trois personnes, en raison

du rôle que leur attribue l'idée chrétienne. Le Père est le personnage

immuable; le Fils, le rédempteur; et l'Esprit, l'émissaire émané du

Père; amour, selon saint Augustin et saint Thomas d'Aquin. «Jésus, ayant

été baptisé, sortit de l'eau sur-le-champ, et voilà que les cieux lui

furent ouverts et qu'il vit l'Esprit de Dieu descendant sous la forme

d'une colombe et venant sur lui. Alors une voix du ciel dit: Celui-ci

est mon fils bien-aimé en qui je me suis complu[289].» Il est donc assez

important de faire ces distinctions des caractères donnés à la Trinité

figurée dans les monuments anciens.

Le moyen âge admet aussi une Trinité du mal. De même que les théologiens

avaient prétendu trouver le reflet de la Trinité sainte dans l'âme

humaine: volonté, amour, intelligence, confondues en une substance, ils

supposèrent le mal avec des facultés correspondantes. Des sculptures,

des peintures de vitraux et de manuscrits représentent en effet la

Trinité satanique (fig. 3)[290]. Cette miniature du XIIIe siècle montre

le pécheur soumis aux lois de la Trinité du mal, armée d'un glaive et

couronnée. Satan est souvent représenté ainsi dans les bas-reliefs du

jugement dernier. Outre ses trois visages qui correspondent, dans le

mal, aux trois hypostases de Dieu, son corps est couvert parfois

d'autres faces humaines, comme pour marquer que la puissance du mal est

plus étendue, par ses facultés, que celle du bien.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Note 286: _Iconogr. chrétienne_, par M. Didron. Paris,

1843.]

[Note 287: _Ibid._, p. 539.]

[Note 288: Entre autres, le beau manuscrit d'Herrade de

Landsberg, _Hortus deliciarum_, bibl. de Strasbourg.]

[Note 289: Matthieu, III, 16, 17.]

[Note 290: Mss. ancien fonds Saint-Germain, n° 37, _Psalm_.,

Bibl. impér.]

TROMPE, s. f. Appareil de claveaux, ayant la figure d'une coquille, qui

sert à porter en encorbellement, soit un angle saillant sur un pan

coupé, soit un parement droit sur un angle rentrant. Les constructeurs

du moyen âge ont fait un grand usage des trompes pour porter les flèches

de pierre à huit pans sur les tours carrées, des échauguettes sur des

parements, des tourelles en encorbellement; ils ont employé les trompes

à la place des pendentifs pour établir des coupoles sur des

arcs-doubleaux reposant sur quatre piles.

Les trompes sont appareillées, soit au moyen d'une suite d'arcs

concentriques, soit en forme de cône. La figure 1 donne une trompe

composée d'arcs concentriques biseautés à 45 degrés, de manière à

pénétrer les côtés du carré. En A est tracée la projection horizontale

d'une de ces trompes, en B son élévation, en C sa coupe. Ces sortes de

trompes sont les plus anciennes, on en trouve dans les monuments du XIe

siècle; elles sont d'un appareil facile, chaque arc étant indépendant.

On en voit souvent à la base des pans des flèches des XIe et XIIe

siècles pour passer du carré à l'octogone. Au XIIe siècle apparaissaient

aussi déjà des trompes coniques, ainsi que le montre la figure 2. Pour

éviter la réunion des angles très-aigus des claveaux composant la

trompe, au sommet du cône, les appareilleurs ont souvent établi un

morceau de pierre demi-circulaire à la place de ce sommet en _a_; ils

formaient ainsi un petit cintre sur lequel repose l'intrados des

claveaux. Telles sont les trompes que l'on voit encore aux tourelles de

l'abbaye de Chailly (Oise) (fin du XIIe siècle) (fig. 3). Alors cette

première pierre posée au sommet de l'angle rentrant en _b_, évidée en

cône, est appelée _trompillon_.

S'il s'agit, comme dans les deux exemples précédents, d'obtenir un plan

à 45 degrés, coupant un angle droit rentrant, en projection horizontale,

la construction des trompes ne présente aucune difficulté. Les claveaux,

dans ce cas, ont leur extrados tracé sur un cylindre parallèlement à son

axe et leur intrados sur un cône; mais si l'on veut établir un angle

saillant suspendu sur un angle rentrant, les difficultés se présentent.

Ainsi (fig. 4), soit un angle rentrant ABC, sur lequel il s'agit de

suspendre une construction formant l'angle saillant ADC, l'appareilleur

commencera par établir une suite de corbeaux suivant la diagonale BD du

carré (voyez la projection verticale P), puis il remplira les deux vides

AD, CD, au moyen de deux trompes coniques biaises. Le second claveau _a_

formera tas de charge, pour porter l'angle saillant _b_. La bascule des

corbeaux est maintenue par la charge qui porte sur leur queue de _d_ en

_e_ et qui s'élève jusqu'au-dessus de l'extrados des arcs.

À la fin du XVe siècle, on se plaisait à soulever des difficultés de

coupe de pierre, pour faire preuve de savoir. Les constructeurs

cherchèrent alors à supprimer ces corbeaux, et à soutenir les angles

saillants sur un angle rentrant ou sur un pan coupé, par un système

d'appareil des claveaux. Mais alors il fallait que ces claveaux fussent

taillés à crossettes, ce qui, en principe, est une mauvaise méthode, la

pierre n'étant plus chargée parallèlement à son lit. Ce sont là des

artifices de stéréotomie qui n'ont rien à voir avec l'art sérieux du

constructeur, et qui sont faits pour amuser les esprits curieux de

problèmes inutiles.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

TROMPILLON, s. m.--Voyez TROMPE.

TRONE, s. m.--Voyez CHAIRE.

TROU DE BOULIN, s. m.--Voyez ÉCHAFAUD.

TRUMEAU, s. m. Ce mot s'applique généralement à toute portion de mur

d'étage comprise entre deux baies. De même qu'un crénelage se compose de

créneaux, qui sont les vides, et de merlons, qui sont les pleins, le mur

d'une habitation comprend des trumeaux et des fenêtres à chaque étage.

On donne le nom de _trumeaux_, spécialement dans l'architecture du moyen

âge, aux piliers qui divisent en deux baies les portes principales des

grandes salles, des nefs d'églises, des courtils, des préaux, etc. Pour

les grandes portes monumentales, les architectes du moyen âge ne

pensaient pas que les vantaux de bois battant en feuillure l'un sur

l'autre, présentassent une fermeture suffisamment solide. Entre ces deux

vantaux ils élevaient une pile de pierre formant battement fixe, pile

dans la large feuillure de laquelle venaient s'engager les verrous

horizontaux, les fléaux ou barres des vantaux de bois[291]. Ce parti

devint un des beaux motifs de décoration des portes principales; il

permettait aussi de porter les linteaux de pierre sous les tympans,

lesquels étaient chacun, sauf de très-rares exceptions, d'une seule

pièce.

Nous ne trouvons, dans l'antiquité grecque ou romaine, aucun exemple de

portes divisées par un trumeau; cette disposition appartient

exclusivement, paraîtrait-il, au moyen âge, et ne date que de la fin du

XIe siècle. Elle permettait d'établir facilement, par une seule issue,

deux courants pour la foule, sans qu'il y eût confusion, l'un entrant,

l'autre sortant. Les baldaquins de bois, transportables, recouverts

d'étoffes, qu'on appelle _dais_, et que le clergé, en France

particulièrement, fait porter au-dessus du prêtre desservant ou de

l'évêque en certaines circonstances, dais qui atteignent les dimensions

d'une petite chambre, ne pouvant passer par l'une des deux baies des

portes principales des églises, on supprima parfois, dans le dernier

siècle, les trumeaux milieux; des objets d'art d'une grande valeur

furent ainsi détruits. Ces mutilations, heureusement, exigeaient des

dépenses assez considérables pour soutenir les linteaux et tympans;

aussi existe-t-il encore un bon nombre de portes garnies de leurs

trumeaux. L'une des plus anciennes et des plus remarquables est la

grande porte de la nef de l'église abbatiale de Vézelay. Le trumeau de

cette porte est franchement accusé et présente un profil d'un très-beau

caractère[292]. Les baies sont larges; les deux linteaux et le tympan

qui les surmontent reposent solidement sur les deux encorbellements de

ce pilier central (voyez fig. 1). La statue de saint Jean-Baptiste, vêtu

d'une robe et d'une peau, portant l'agneau dans un nimbe, occupe l'axe

du pilier; il précède, pour ainsi dire, l'assemblée qui garnit le

tympan. À sa droite et à sa gauche sont deux figures de prophètes, et

ses pieds reposent sur un beau chapiteau. L'intention évidente de

l'architecte a été de laisser l'espace le plus large possible pour la

foule, et de soulager la portée des linteaux au moyen de ces puissantes

saillies latérales décorées de figures. Quand les vantaux sont ouverts,

l'effet de ce trumeau se détachant sur le vide de la nef est imposant.

Rien, dans l'antiquité, ne rappelle ces formes, ces silhouettes d'un

effet étrange. L'artiste qui a composé cette porte, qui a su profiler ce

trumeau, savait son métier. Là nulle hésitation, la décoration est en

parfaite harmonie avec la structure, et, en examinant cette oeuvre,

l'idée ne vous vient pas qu'elle pût être conçue autrement. Il est rare

que les trumeaux de portes aient cette ampleur magistrale. Pendant le

XIIe siècle, ils ne consistent qu'en une pile que l'architecte projette

aussi grêle que possible pour ne pas gêner la circulation, et qui est

décorée habituellement par la statue du personnage divin ou du saint

sous le vocable duquel est placée l'église. C'est sur ces données qu'est

composé le trumeau de la porte centrale occidentale de la cathédrale de

Sens (fig. 2); cette porte date de 1170 et fut restaurée à la fin du

XIIIe siècle. La statue de saint Étienne, patron de l'église, décore le

trumeau, sur les parois duquel s'élèvent des ornements du meilleur

style[293]. Les bas-reliefs qui décoraient la partie inférieure du

pilier ont été mutilés à la fin du dernier siècle. On voit, à la porte

Sainte-Anne de la cathédrale de Paris (côté droit de la façade), un

trumeau un peu antérieur à celui-ci, sur la face duquel se dresse la

statue de saint Marcel. Sous les pieds du saint est représenté le

sépulcre de la femme damnée qui servit d'habitation au dragon tué par le

saint évêque, dont la tête est protégée par un dais. Les piliers

séparatifs des portes étaient traités d'une manière beaucoup plus

simple, lorsque l'édifice ne comportait pas une décoration luxueuse.

Nous donnons ici (fig. 3) le trumeau de la porte principale de l'église

de Souvigny (Yonne), église de la fin du XIIe siècle, bâtie avec une

extrême simplicité. Ce trumeau est un monostyle quadrangulaire décoré

par une colonnette prise aux dépens de l'épannelage, et surmonte de deux

corbeaux qui sont destinés à soulager la portée des linteaux.

Ce n'est certes pas par la richesse des détails que se recommande ce

morceau de pierre; cependant la pureté des profils, l'élégance du tracé,

en font une de ces oeuvres qui plaisent aux yeux. Les belles époques de

l'art ont seules le secret de charmer par leurs productions les plus

simples aussi bien que par leurs splendides conceptions. Quand un art

n'a plus, pour plaire, d'autres ressources que la profusion de la

sculpture et la richesse de la matière, il est jugé: c'est un art de

décadence; s'il surprend un instant, la satiété suit bientôt cette

première impression. Prenons encore exemple dans ces compositions

simples qui ne séduisent que par une heureuse proportion, une étude

délicate du tracé. Voici (fig. 4) le trumeau de la porte de l'église de

la Nativité à Villeneuve-le-Comte (Seine-et-Marne)[294]. Une statue

surmontée d'un dais décore seule ce monostyle. L'arcature, formant

linteau, naît sur la pile et encadre des figures bas-reliefs,

représentant la sainte Vierge et les trois rois mages. La statue de

l'évêque repose sur un stylobate à section quadrangulaire, dont la

proportion est étudiée avec beaucoup de soin. On reconnaît, dans la

composition de cette porte, la main d'un de ces maîtres de

l'Île-de-France qui savaient donner à leurs compositions les plus

simples le cachet de distinction particulier à cette école.

Les églises de Bourgogne bâties pendant la première moitié du XIIIe

siècle fournissent de remarquables exemples de portes avec trumeaux. La

beauté des matériaux de cette province permettait de donner à ces

monostyles une faible section, par conséquent une apparence de légèreté

que l'on ne trouve point ailleurs. Malheureusement, les iconoclastes de

1793 ont fait, en Bourgogne, à toute la statuaire, une guerre acharnée;

bien peu de trumeaux ont conservé leurs statues. La composition demeure

toutefois, et c'est ce qui nous préoccupe ici spécialement. Voici (fig.

5) le trumeau de la porte centrale de l'église de Semur (Côte-d'Or). Ce

trumeau, dont la section horizontale est tracée en A, est étroit, mais

profond, de manière à porter deux arcs de décharge au-dessus des deux

baies. La partie extérieure est décorée par une colonnette avec

chapiteau à tailloir circulaire, portant la statue de la sainte

Vierge[295]; sur les flancs de la pile sont sculptées les armes de

Bourgogne et la fleur de lis de France entremêlées de quelques petits

personnages finement traités. Deux corbeaux avec figurines soulagent les

linteaux qui descendent en contre-bas de la statue, de telle sorte que

celle-ci se détache en partie sur le tympan, disposition qui donne de la

grandeur à la composition. Cette statue était surmontée d'un dais qui

fut refait vers la fin du XIIIe siècle, ainsi que le montre notre

figure. À l'église Notre-Dame de Dijon, qui date de la même époque[296],

et qui a beaucoup de points de ressemblance avec celle de Semur, le

trumeau de la porte centrale, très-mince, se compose d'une colonnette à

l'extérieur; portant la statue, et d'une seconde colonnette plus haute

intérieurement, formant battement (voyez la section, fig. 6, en A, faite

au niveau de l'adossement de la statue). Sur le fût de la colonnette

intérieure est sculptée une tête servant de gâche 6 aux verrous des deux

vantaux. Ce détail, d'un travail remarquable, indique le soin que les

artistes apportaient jusque dans les menus accessoires, comme ils

savaient prévoir les moindres nécessités de la structure et en faire un

motif de décoration. La pierre employée ici étant d'une extrême dureté,

l'architecte a réduit autant que possible la section du trumeau. La

qualité des matériaux employés a donc évidemment influé sur la forme de

ces piliers séparatifs des baies de portes. Quelquefois un bénitier

tenait au trumeau, à l'intérieur, si celui-ci était assez profond pour

permettre le dégagement des deux vantaux.

Pendant le XIVe siècle, la forme donnée aux trumeaux de portes se

modifie peu; le principe admis dès le XIIIe siècle persiste,

c'est-à-dire que la pile se compose d'un soubassement plus ou moins

riche sur lequel se dresse une statue adossée, surmontée d'un dais

(voyez PORTE). On voit de beaux trumeaux séparatifs aux portes des

cathédrales de Paris, d'Amiens, de Chartres, de Bourges, de Rouen. À

dater de la fin du XIVe siècle, les trumeaux ne s'arrêtent pas toujours

sous les linteaux; ils pénètrent le tympan, présentent une décoration

saillante sur celui-ci, qui prend beaucoup d'importance. Tels sont, par

exemple, les trumeaux des portes de la façade de la cathédrale de Tours

qui datent du commencement du XVIe siècle, ceux des églises de

Saint-Eustache de Paris, de Saint-Wulfrand d'Abbeville, etc. Les

articles PORTE et TYMPAN rendent compte de ces dispositions, qui

appartiennent à la fin du XVe siècle.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 5.]

[Illustration: Fig. 6.]

[Note 291: On donnait aussi à ces trumeaux de portes le nom

d'_estanfiches_.]

[Note 292: Voyez PORTE, flg. 51.]

[Note 293: Voyez Sculpture, fig. 52.]

[Note 294: Cette église date des premières années du XIIIe

siècle.]

[Note 295: Cette statue n'existe plus.]

[Note 296: 1230 à 1240.]

TUILE s. f. Tablettes de terre cuite employées pour couvrir les

bâtiments. Il serait difficile de trouver l'origine de la tuile: les

Asiatiques se servaient de ce moyen de couverture avant la civilisation

grecque; les Doriens faisaient usage de la tuile et la fabriquaient avec

perfection; les Romains ne couvraient guère leurs édifices qu'en tuiles

ou en métal, et partout où ils ont passé, on trouve quantité de

fragments de ces tuiles, dites romaines, dont la forme est connue de

tout le monde.

La couverture romaine se composait de rangs juxtaposés de tuiles-canal

plates, à rebords et à recouvrement, sur les joints desquels on posait

des tuiles creuses également à recouvrement. La tuile plate romaine,

comme la tuile grecque; était de forme rectangulaire; ses dimensions

variaient de 0m,40 à 0m,34 de long sur 0m,27 à 0m,23 de largeur. Les

longs côtés parallèles munis de rebords se recouvraient au moyen

d'encoches pratiquées au-dessous des rebords, à leur extrémité

inférieure. Ce système exigeait une main-d'oeuvre assez difficile et

beaucoup de soins pendant la mise au four. Les premiers siècles du moyen

âge continuèrent tant bien que mal ce procédé de fabrication; mais il

est facile de distinguer les tuiles faites depuis le IVe siècle jusqu'au

Xe, des tuiles romaines. Ces tuiles des premiers temps du moyen âge sont

grossières, gauches, se recouvrent mal et sont d'une dimension plus

petite que les tuiles romaines. C'est vers le XIe siècle que l'on

renonça aux encoches de recouvrement. On donna, dans les provinces du

midi de la France qui avaient conservé les traditions antiques la forme

d'un trapèze aux tuiles-canal plates, de manière qu'elles pussent se

recouvrir sans encoches et par l'introduction du petit côté dans le plus

grand. La figure 1 explique ce système de couverture de tuiles que nous

trouvons adopté, dès la fin du XIe siècle, dans nos provinces du

Languedoc et de la Provence. Relativement à leur longueur, ces sortes de

tuiles sont plus larges que ne l'est la tuile romaine, afin de laisser

un écartement suffisamment dégagé entre les tuiles de couvre-joints, qui

elles-mêmes devaient être assez ouvertes pour couvrir l'intervalle

occupé par les rebords de la tuile-canal. Les tuiles-canal étaient

primitivement posées à cru sur les chevrons, ainsi que l'indique notre

figure, sans endôlement. La difficulté dans ces sortes de couvertures

était de combiner les arêtiers. Les tuiles d'arêtiers, qui se posent

aisément sur un comble dont les pans sont plans, ne peuvent être fixées

sur les rencontres de pans composés de tuiles-canal avec recouvrements.

C'est à l'aide du mortier que l'on parvient à retenir tant bien que mal

ces tuiles d'arêtiers; mais il n'est pas besoin de dire que ce moyen est

contraire aux conditions d'une bonne structure. Les charpentes qui

reçoivent les tuiles sont sujettes à des mouvements produits par les

changements de température; dans ce cas, ces renformis de mortier se

brisent, les tuiles d'arêtiers se descellent et sont retournées par le

vent. On évitait cet inconvénient, pendant les XIe et XIIe siècles, en

posant, lorsque les édifices étaient voûtés, des arêtiers de pierre

très-puissants, avec rebords de recouvrement sur les pans des

couvertures. On voit encore les restes de l'emploi de ce système dans

quelques édifices de la Provence et du Languedoc, notamment dans

l'église de sainte Madeleine de Béziers.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 9 - (T - U - V - Y - Z) · 第 21 / 41 段