alta voce in tribuna et capella crucis more solito... dixit
et evangelizavit_.»]
[Note 244: En latin _solarium_.]
[Note 245: Galbert, _Vie de Charles le Bon_, chap. III, trad.
de M. Guizot.]
[Note 246: Id., _ibid._ chap. XIV.]
[Note 247: Voyez PORCHE, fig. 4.]
[Note 248: Voyez PORTE, fig. 63 et 64.]
[Note 249: Voyez CLOCHER, PORCHE.]
[Note 250: La construction de la cathédrale d'Autun remonte
au XIIe siècle (voyez CATHÉDRALE, fig. 27).]
[Note 251: Voyez PORCHE, fig. 12 et 13.]
[Note 252: Ces détails nous ont été fournis par M. Pratel,
architecte au Havre.]
[Note 253: La chapelle royale de Vincennes possède une belle
tribune sous la rose occidentale, qui consiste en un arc en
tiers-point avec voûte d'arête franchissant la largeur du
vaisseau.]
[Note 254: La portée de la tribune de l'église Saint-Andoche
de Saulieu n'est que de 5m,65; celle de la cathédrale
d'Amiens est de 14 mètres.]
TRIFORIUM, s. m. Mot en usage dans la basse latinité (formé du grec),
introduit dans le vocabulaire de l'architecture par les archéologues
anglais, et qui s'applique aux galeries pourtournant intérieurement les
églises, au-dessus des archivoltes des collatéraux[255]. Le triforium
occupe toute la largeur du collatéral, ou n'est qu'une étroite galerie
de service adossée aux combles des bas côtés. La plupart de nos grandes
églises du Nord possèdent un triforium, qui n'est qu'une tradition de la
galerie (ambulatoire) de premier étage de la basilique romaine. Quand le
triforium prend toute la largeur du collatéral, il est voûté à dater du
commencement du XIIe siècle, et, dès l'origine, sa fonction est
déterminée plus encore par une nécessité de stabilité que par les
besoins du service de l'église. Tant que les nefs des églises étaient
couvertes par des charpentes apparentes, à l'instar de la basilique
romaine, si l'architecte élevait une galerie de premier étage, comme à
Saint-Rémi de Reims, par exemple[256], il ne pouvait guère songer à la
voûter; il se contentait de bander un arc-doubleau au droit de chaque
pile, arc-doubleau qui recevait le solivage incliné portant la
couverture en appentis, qui étayait les grands murs de la nef, mais qui
ne pouvait exercer sur ces murs une poussée que la charge des parties
supérieures ne pût neutraliser. Ce fut tout autre chose quand on
prétendit remplacer les charpentes apparentes par des voûtes, et par des
voûtes en berceau. Ces voûtes s'affaissèrent bientôt entre les murs
déversés sous l'action de leur pression oblique; il fallut penser à
maintenir ces murs dans leur plan vertical. C'est alors qu'on eut l'idée
de jeter longitudinalement sur les galeries de premier étage un
demi-berceau ou arc-boutant continu, pour contre-buter la poussée du
berceau central. Dès la fin du XIe siècle, l'école auvergnate arrivait à
ce résultat, dont on peut encore constater l'efficacité, si l'on visite
les églises d'Issoire, de Saint-Nectaire, de Notre-Dame du Port à
Clermont, de Saint-Etienne de Nevers, et même de Saint-Sernin de
Toulouse. Les arcs-doubleaux des galeries primitives (voyez la figure 1
de l'article TRAVÉE) étaient conservés, et le solivage de bois incliné
était remplacé par ce demi-berceau sur lequel on posait à cru la
couverture de tuiles ou de dalles.
La figure 1 explique cette modification dans les procédés primitifs. En
A, on voit encore la travée de la galerie avec ses arcs-doubleaux au
droit des piles, et son solivage portant la couverture; en B, le
solivage est remplacé par un demi-berceau contre-butant la poussée
continue du berceau central C. N'oublions pas, d'ailleurs, qu'avant de
se décider à jeter des voûtes sur les hautes nefs, on avait commencé par
se contenter d'arcs-doubleaux portant, en partie, la charpente et la
couverture[257]. Dans les provinces où l'on osa tout d'abord supprimer
les charpentes pour leur substituer des berceaux entre chaque
arc-doubleau de la nef, il était naturel de remplacer de même les
lambris des combles en appentis des galeries par des demi-berceaux. Mais
ce nouveau système de structure obstruait les fenêtres hautes, percées
autrefois sous les charpentes des nefs centrales. Aussi ces églises
d'Auvergne dont nous parlons, n'en ont-elles point, tandis que de
petites baies éclairent le triforium.
Les berceaux des hautes nefs ne furent pas tout d'abord bandés,
concentriques aux arcs-doubleaux. On voit que dans les nefs couvertes
par des charpentes, pendant le XIe siècle, l'arc-doubleau portait un
pignon avec claire-voie, sur les pentes duquel s'appuyait le solivage du
comble[258]. On laissa donc l'arc-doubleau à sa place, ainsi qu'on le
voit en P (fig. 1)[259], en jetant le berceau en D à la place du
lambris. Le demi-berceau E du triforium venait contre-buter le berceau
central, tandis que l'arc-doubleau G contre-butait l'arc de la nef H. La
claire-voie du triforium s'ouvrait alors en I. Cependant on ne gagnait
rien à laisser les arcs-doubleaux de la nef centrale au-dessous du
berceau, ce n'était là qu'une tradition d'une disposition antérieure des
édifices couverts par des charpentes apparentes; on releva donc ces
arcs-doubleaux, de manière à rendre leur extrados concentrique au
berceau, ainsi qu'on le voit en M[260].
La figure 2 présente l'aspect perspectif du triforium de la nef de
l'église d'Issoire. Dans cette nef, qui date des dernières années du XIe
siècle, les travées sont doubles, c'est-à-dire que les colonnes engagées
A et les arcs-doubleaux B n'existent que de deux en deux piles; la pile
C étant seulement destinée à recevoir les arcs-doubleaux et retombées
des voûtes des collatéraux. Mais on voit en D un arc-doubleau de galerie
comme il en existe un au droit des piles A. En E, est la naissance du
berceau continu de la nef haute, et, à travers l'arcature du triforium
en G, on aperçoit le demi-berceau qui contre-bute cette voûte centrale.
Même disposition à Notre-Dame du Port, à Saint-Étienne de Nevers. Dans
ces édifices, le triforium a exactement le caractère qui convient à sa
destination. Le mur de la nef est ajouré pour permettre de profiter de
cette galerie nécessaire à la stabilité du monument, et qui donne un peu
de lumière aux voûtes hautes de l'église. Si ce parti était convenable
pour des nefs d'une dimension médiocre,--les fenêtres basses des
collatéraux donnant alors assez de lumière, à cause du peu de largeur du
vaisseau,--il était inadmissible dans la construction d'une grande
église, telle que Saint-Sernin de Toulouse, pourvue de doubles
collatéraux; car, dans ce dernier cas, la nef centrale eût été laissée
dans l'obscurité. Ne pouvant ouvrir des fenêtres sous les naissances des
berceaux, fallait-il au moins que celles des galeries fussent assez
hautes et assez larges pour éclairer cette nef centrale à travers
l'arcature du triforium; aussi, dans ce dernier édifice, le triforium
prend-il une tout autre importance qu'à Issoire et à Notre-Dame du Port.
On en jugera par le géométral que nous donnons ici (fig 3). En A, est
tracé le plan de cette galerie avec une pile d'angle B; car le triforium
de l'église Saint-Sernin se retourne aux extrémités du transsept. De
larges fenêtres C éclairent et la galerie et le milieu du vaisseau. Le
demi-berceau avec arcs-doubleaux, qui naît au-dessus de ces fenêtres,
contre-bute la voûte centrale en berceau, renforcée d'arcs-doubleaux.
C'est le système adopté dans les églises auvergnates, mais plus
développé[261].
Le développement du triforium dans l'église de Saint-Sernin de Toulouse
ne permettait pas cependant d'ouvrir des jours directs dans la nef. Sous
le climat du Midi, ce moyen pouvait suffire; mais, sous le ciel brumeux
du Nord, la lumière transmise par ces seconds jours n'éclairait qu'à
peine les nefs hautes: il fallait que des fenêtres s'ouvrissent
directement sur ces nefs au-dessus du triforium. Aussi, dans les
provinces situées au nord de la Loire, on ne cessa point de pratiquer
des ouvertures directes sous les charpentes, et, quand on renonça aux
charpentes, sous les voûtes qui durent les remplacer. Ce fut une des
causes qui empêchèrent les architectes du Nord d'adopter la voûte en
berceau (voy. VOÛTE), et qui les contraignirent à chercher des
combinaisons de voûtes d'arête. Les tympans sous les formerets des
voûtes permettaient, en effet, d'ouvrir des baies dans la hauteur même
de ces voûtes. Toutefois on ne renonçait point au triforium voûté, qui
était regardé comme un moyen propre à maintenir les murs des hautes nefs
dans le plan vertical, et à contre-buter les voûtes qui les
surmontaient. Plusieurs églises de l'époque de transition nous montrent
les diverses tentatives faites en ce sens par les maîtres des provinces
françaises du Nord. Nous citerons en première ligne l'église abbatiale
de Saint-Germer (Oise), dont la construction remonte à la moitié du XIIe
siècle[262]. Les travées du choeur de cette église possèdent, au-dessus
du collatéral, un triforium voûté à la romaine, sans arcs ogives. Cette
galerie s'ouvre sur l'église par une arcature, et le comble qui la
surmonte recouvre des arcs-boutants destinés à maintenir la poussée des
voûtes hautes.
La coupe (fig. 4) faite sur cette galerie explique le système de
structure adopté. Les demi-pignons AB qui s'élèvent sur les
arcs-boutants servaient aussi à porter la couverture, qui se composait
d'un solivage avec demi-fermes dans les parties circulaires. Des baies C
sont percées sous ce comble en appentis, et donnent dans l'église,
au-dessous d'un étroit passage de service ménagé en D, afin de faciliter
l'entretien des verrières des fenêtres supérieures F.
La figure 5 donne l'élévation intérieure de ce triforium, avec les
fenêtres quadrangulaires E du comble et le passage de service G[263]. En
H, est tracée une des travées parallèles du choeur, et en L une des
travées du rond-point, développée sur plan rectiligne. On observera que
la claire-voie à colonnes jumelles repose sur un bahut (voy. la coupe
fig. 4). Ce bahut empêchait les personnes qui occupaient la galerie de
plonger leurs regards dans l'église, à moins de se mettre à plat-ventre
sur ce mur d'appui.
Les architectes des cathédrales de Noyon, de Senlis, de Soissons, de
Paris, des églises de Mantes, du choeur de l'abbatiale de Saint-Rémi de
Reims, de celui de l'abbaye d'Eu, etc., renoncèrent à ce mur d'appui, et
firent porter les bases des colonnes de la claire-voie directement sur
le sol de la galerie. Des balustrades de bois ou de fer, placées entre
ces colonnes, permirent alors aux assistants, dans les tribunes, de voir
le pavé de l'église. Le parti mi-roman, mi-gothique, adopté à
Saint-Germer, conserve les fenêtres hautes M (fig. 5) de la basilique
primitive, grâce à l'application du système de voûtes d'arête en arcs
d'ogive, tout nouveau alors[264]. Cependant ces fenêtres supérieures,
très-élevées au-dessus du pavé de l'église, n'éclairaient guère que les
voûtes; les fenêtres percées dans le mur du triforium (voy. la coupe en
P) étaient trop éloignées de la claire-voie pour pouvoir donner de la
lumière à l'intérieur du vaisseau sur le sol; d'autant que ce triforium
est bas, profond et que le bahut fait écran. L'architecte du choeur de
Notre-Dame de Paris adopta résolûment un autre parti; comme nous venons
de le dire, il supprima le bahut et éleva la voûte du triforium. Le
maître qui, peu après, vers 1195, construisit la nef de la même église,
améliora encore, au point de vue de l'introduction de la lumière dans la
partie centrale du vaisseau, les dispositions prises par son devancier.
Il construisit les voûtes du triforium transversalement rampantes, afin
de démasquer complétement les fenêtres de cette galerie pour le public
qui se tenait sur le pavé de la nef. À l'article CATHÉDRALE (fig. 2, 3
et 4), nous rendons compte de cette disposition, assez clairement pour
qu'il ne soit pas nécessaire d'y revenir ici. À Notre-Dame de Paris, des
roses remplacent les fenêtres rectangulaires, qui, dans l'église de
Saint-Germer, sont ouvertes dans le mur auquel le comble en appentis est
adossé. Le passage de service intérieur qui, à Saint-Germer, surmonte
ces fenêtres, n'existe pas à Paris, mais il existe à la cathédrale de
Noyon[265]; et là, comme dans le croisillon semi-circulaire de la
cathédrale de Soissons, c'est un deuxième triforium, ou galerie étroite
avec claire-voie en façon d'arcature, qui remplace les roses et les
fenêtres rectangulaires[266].
Ces larges triforiums voûtés étaient d'une construction dispendieuse et
ne pouvaient convenir qu'à d'assez grands édifices. Ils exigeaient, pour
trouver des fenêtres dans les tympans des voûtes hautes, une
sur-élévation des murs, afin d'adosser les combles en appentis qui
couvraient les galeries de premier étage. Leur utilité ne se faisait
sentir que lors des grandes solennités, et encore les deux ou trois
premiers rangs de fidèles pouvaient, de ces galeries, voir ce qui se
passait dans l'église, si toutefois, comme à Notre-Dame de Paris, à
Mantes, à Saint-Rémi de Reims, les bahuts de pierre étaient supprimés.
Pour des églises bâties avec plus d'économie et dans lesquelles il n'y
avait pas d'occasion de recevoir un grand concours de fidèles, le
triforium voûté ne pouvait faire partie du programme. Aussi des églises
qui datent de la même époque que celles désignées ci-dessus, et qui
appartiennent à la même école d'architectes, n'en sont-elles pas
pourvues. Cependant nous retrouvons dans l'Île-de-France une tendance
prolongée à conserver ce parti. Ce n'est plus le triforium voûté
occupant toute la largeur du collatéral, mais ce n'est pas non plus le
triforium laissant une galerie étroite, un passage de service en dedans
de l'adossement du comble des bas côtés, comme dans les cathédrales de
Reims, d'Amiens, de Bourges et de Chartres. Ce système intermédiaire est
adopté dans l'église conventuelle de Saint-Leu d'Esserent (Oise)[267].
Voici (fig. 6) la coupe du triforium de la nef de cette église. Le mur
d'adossement du comble A du collatéral ne s'élève pas assez pour
interdire l'ouverture de petites fenêtres B. À défaut de la voûte, un
arc de décharge C reçoit la partie supérieure du mur, et le passage
porte en plein sur la voûte du collatéral. À l'intérieur, cette
disposition présente l'aspect reproduit en perspective dans la figure 7.
Comme pour rappeler la voûte des grands triforiums, l'architecte a bandé
l'arc D, qui n'est plus qu'un simulacre, puisque le véritable arc de
décharge est beaucoup plus bas et simplement bombé (voy. la coupe). Le
triforium ainsi rétréci n'ayant plus besoin d'être couvert par un comble
en appentis, mais simplement par un dallage G (voy. la coupe), on
pouvait ouvrir les fenêtres hautes immédiatement au-dessus de l'arc D
(voy. la fig. 7), et même, si le constructeur n'avait pas tenu à la
conservation de cet arc, il eût pu descendre l'appui de la fenêtre
beaucoup plus bas. Bien entendu, ce parti exigeait impérieusement la
structure d'arcs-boutants pour maintenir les hautes voûtes, car on
n'avait plus la ressource des demi-pignons noyés sous les combles en
appentis du triforium voûté, pour remplir cette fonction, ainsi que cela
avait été pratiqué à Saint-Germer.
Un autre monument, contemporain de l'église de Saint-Leu d'Esserent,
donne à la fois le triforium avec voûtes et le triforium étroit éclairé
par des fenêtres: c'est la petite église de Moret (Seine-et-Marne). Les
parties parallèles du choeur de cette église possédaient une galerie de
premier étage ou triforium voûté au-dessus des ailes; mais l'abside,
semi-circulaire, sans collatéraux, possède, au-dessus d'un rang de
fenêtres basses, un triforium dont la composition originale nous montre
une suite de lunettes ou roses sans meneaux, entre lesquelles est ménagé
un passage. La vue perspective (fig. 7 _bis_) explique cette singulière
structure. En A, est le triforium projeté conformément à la méthode de
l'Île-de-France, c'est-à-dire voûté. Un degré posé derrière le parement
B monte au triforium de l'abside, qui n'est plus qu'un passage
traversant les piles et s'ouvrant sur le dehors et sur l'intérieur de
l'église par des roses. On remarquera que ces roses (voy. le plan en P)
ne sont pas percées normalement à la courbe de l'abside, mais sont
biaisées de manière à être vues de l'entrée du choeur. Pénétrant un
cylindre, ces oeils n'ont jamais été garnis de meneaux; leurs vitraux,
qui sont posés dans le cercle extérieur, ne sont maintenus que par des
armatures de fer. Les détails de cette partie de l'église de Moret sont
du meilleur style des premières années du XIIIe siècle. Il ne faut point
oublier qu'à l'église de Mantes (Seine-et-Oise), il existe un large
triforium voûté comme celui de la cathédrale de Paris, éclairé par des
roses ou oeils circulaires, et que ce triforium, au-dessus du collatéral
de l'abside, présente une disposition qui, bien que conçue d'après des
données très-monumentales, paraît avoir fourni l'idée de la composition
de celui de Moret. Le triforium absidal de Mantes date des dernières
années du XIIe siècle. Soit que l'architecte ait voulu éviter les
difficultés résultant de la combinaison de voûtes sur plan annulaire,
soit qu'il ait craint la poussée de ces voûtes à l'extérieur du cylindre
(poussée qui, à Notre-Dame de Paris, est neutralisée par une suite
d'arcs-boutants assez compliqués, élevés sur le second collatéral),
parce qu'il n'avait qu'un bas côté et que la construction était faite
évidemment avec parcimonie; le fait est que cet architecte a voûté le
triforium absidal de l'église de Mantes au moyen d'une suite de berceaux
convergents. La coupe (fig. 7 _ter_) explique ce système de
construction; les colonnes A reposent sur l'arc-doubleau inférieur;
elles portent des linteaux de pierre dure, sur lesquels reposent les
berceaux B. Mais comme ces colonnes sont, en plan, posées normalement à
la courbe du rond-point, les travées sont plus larges en C, le long de
la claire-voie qui s'ouvre extérieurement; il en résulte que ces
berceaux sont ou rampants, ou présentent des surfaces curvilignes
gauches. L'architecte de Notre-Dame de Mantes paraît s'être arrêté à
cette dernière disposition, après quelques tâtonnements; c'est-à-dire
qu'il a voulu maintenir la section _ab_ des clefs du berceau en
tiers-point de niveau ou à très-peu près. Alors la trace _ac_ du berceau
n'est pas concentrique à la trace _bd_ (voy. en M). Les baies F sont des
roses. Il est clair que l'architecte de l'église de Moret n'a fait
qu'interpréter à une petite échelle ce qui avait été fait à Mantes
quelques années avant lui.
Ces exemples, ces déductions variées, montrent combien ces maîtres
cherchaient sans cesse à perfectionner ce qu'ils voyaient faire autour
d'eux. Sans abandonner le principe admis, et sans imiter platement ce
qui semblait présenter les résultats les plus satisfaisants, ils
prétendaient au contraire développer ce principe, en tirer toutes les
conséquences; et, avant tout, ils savaient qu'un système de structure
doit être modifié en raison de la dimension des édifices.
Mais, dans d'autres provinces, on procédait différemment: le triforium
n'était, dès le XIe siècle, qu'une claire-voie ouverte dans le mur
d'adossement du comble du collatéral; claire-voie laissant pénétrer le
regard, de l'intérieur, sous la charpente. Cependant, à l'origine, ces
ouvertures étaient plutôt des fenêtres percées de distance en distance
dans les tympans d'une arcature aveugle, qu'une galerie (voy. TRAVÉE,
fig. 2). Ce n'est que vers le milieu du XIIe siècle que l'arcature
aveugle, avec fenêtres donnant sous les combles des bas côtés, se
transforme en claire-voie. Le choeur de la cathédrale de Langres, qui
date de cette époque, nous fournit un bel exemple de ces arcatures
s'ouvrant dans le mur d'adossement de la charpente du collatéral. La
figure 8 donne le géométral du triforium de la cathédrale de Langres, en
supposant la travée développée sur un plan droit, cette abside étant
circulaire. En A, est tracé le plan. La voûte B est un cul-de-four en
tiers-point dans lequel pénètrent les fenêtres hautes C. Des colonnettes
jumelles[268] supportent la double arcade qui compose la galerie entre
chaque pilier du rond-point. Ce parti pouvait être adopté dans une
abside, là où les travées sont étroites. Il eût été dangereux de faire
porter des tympans larges et épais sur une suite de colonnettes. Aussi,
dans la nef de la même église, le triforium n'est-il qu'une arcature
aveugle percée d'une baie cintrée à chaque travée. Même système adopté à
la cathédrale d'Autun, qui est quelque peu antérieure à celle de
Langres. Les architectes tenaient cependant à occuper l'espace compris
entre les archivoltes des collatéraux et les fenêtres hautes par des
claires-voies; les arcatures aveugles ne présentaient qu'une décoration
plate et sans utilité. Le maître auquel on doit la cathédrale de Sens,
dont la construction présente des dispositions si intéressantes, eut
l'idée, vers la fin du XIIe siècle, d'établir un triforium d'après un
principe nouveau alors. Afin de bien porter les parties supérieures, qui
se composaient primitivement d'un fenestrage avec haut appui et pile
intermédiaire, il divisa de même la galerie en deux travées, avec pile
intermédiaire portant sur la clef de l'archivolte du collatéral. Puis,
dans chacune des travées, il établit une arcature jumelée reposant sur
une colonnette et deux pieds-droits. La figure 9 donne en A le plan et
en B l'élévation du triforium de la nef de la cathédrale de Sens. En C,
est la colonne qui porte l'arc-doubleau de recoupement de la voûte
haute. Des fenêtres refaites, après l'incendie, à la fin du XIIIe
siècle, ont remplacé les anciennes baies D, qui étaient jumelées comme
l'arcature principale du triforium. Cette construction, qui date de 1180
environ, nous montre un triforium simplement percé dans le mur
d'adossement du comble du collatéral, comme à l'abside de la cathédrale
de Langres, sans cloison séparative entre ce comble et la claire-voie.
Une disposition analogue, mais avec des formes architectoniques
très-différentes, se retrouve dans une autre province. À la cathédrale
d'Évreux, dans la première travée de la nef, en partie masquée par le
buffet d'orgues, est un reste du triforium du XIIe siècle, qui, percé
simplement dans le mur d'adossement du comble de l'ancien bas côté,
aujourd'hui occupé par un clocher, se compose d'une arcature avec
tympans reposant sur des pilettes isolées. Nous en donnons (fig. 10)
l'élévation et le plan horizontal. Ce triforium, à peu près contemporain
de celui de Sens, est beaucoup moins bien entendu, au point de vue de la
structure; car ces arcs, entrecroisés, constituent une assez médiocre
décharge, et ces tympans-linteaux peuvent être brisés facilement, ou
briser les portées des chapiteaux au moindre mouvement de la
construction. Cependant cet exemple fait ressortir encore une fois les
ressources variées dont ces architectes du XIIe siècle savaient
profiter. C'est là une disposition toute normande, et que l'on retrouve
en Angleterre, dans les monuments de cette époque.
Le triforium, s'ouvrant directement sous le comble du collatéral,
présentait des inconvénients qu'il est facile d'apprécier. Il donnait du
froid et de l'humidité dans l'église, car les couvertures de tuiles ou
d'ardoises, si bien faites qu'elles soient, laissent toujours passer
l'air extérieur. La vue des charpentes à travers ces claires-voies
n'était pas agréable. Il était difficile d'entretenir la propreté sous
ces combles, et, dans les grands vents, la poussière se répandait dans
l'église. Aussi on ne tarda guère à isoler le triforium du comble,
c'est-à-dire à élever entre celui-ci et la claire-voie une cloison de
pierre qui formait ainsi mur d'adossement. On l'avait bien tenté à
Saint-Leu d'Esserent, ainsi que nous l'avons vu, mais là c'est un moyen
terme entre ce dernier parti et celui du triforium voûté.