[Note 243: Encore en 1527, au concile de Lyon: «_Evangelium

alta voce in tribuna et capella crucis more solito... dixit

et evangelizavit_.»]

[Note 244: En latin _solarium_.]

[Note 245: Galbert, _Vie de Charles le Bon_, chap. III, trad.

de M. Guizot.]

[Note 246: Id., _ibid._ chap. XIV.]

[Note 247: Voyez PORCHE, fig. 4.]

[Note 248: Voyez PORTE, fig. 63 et 64.]

[Note 249: Voyez CLOCHER, PORCHE.]

[Note 250: La construction de la cathédrale d'Autun remonte

au XIIe siècle (voyez CATHÉDRALE, fig. 27).]

[Note 251: Voyez PORCHE, fig. 12 et 13.]

[Note 252: Ces détails nous ont été fournis par M. Pratel,

architecte au Havre.]

[Note 253: La chapelle royale de Vincennes possède une belle

tribune sous la rose occidentale, qui consiste en un arc en

tiers-point avec voûte d'arête franchissant la largeur du

vaisseau.]

[Note 254: La portée de la tribune de l'église Saint-Andoche

de Saulieu n'est que de 5m,65; celle de la cathédrale

d'Amiens est de 14 mètres.]

TRIFORIUM, s. m. Mot en usage dans la basse latinité (formé du grec),

introduit dans le vocabulaire de l'architecture par les archéologues

anglais, et qui s'applique aux galeries pourtournant intérieurement les

églises, au-dessus des archivoltes des collatéraux[255]. Le triforium

occupe toute la largeur du collatéral, ou n'est qu'une étroite galerie

de service adossée aux combles des bas côtés. La plupart de nos grandes

églises du Nord possèdent un triforium, qui n'est qu'une tradition de la

galerie (ambulatoire) de premier étage de la basilique romaine. Quand le

triforium prend toute la largeur du collatéral, il est voûté à dater du

commencement du XIIe siècle, et, dès l'origine, sa fonction est

déterminée plus encore par une nécessité de stabilité que par les

besoins du service de l'église. Tant que les nefs des églises étaient

couvertes par des charpentes apparentes, à l'instar de la basilique

romaine, si l'architecte élevait une galerie de premier étage, comme à

Saint-Rémi de Reims, par exemple[256], il ne pouvait guère songer à la

voûter; il se contentait de bander un arc-doubleau au droit de chaque

pile, arc-doubleau qui recevait le solivage incliné portant la

couverture en appentis, qui étayait les grands murs de la nef, mais qui

ne pouvait exercer sur ces murs une poussée que la charge des parties

supérieures ne pût neutraliser. Ce fut tout autre chose quand on

prétendit remplacer les charpentes apparentes par des voûtes, et par des

voûtes en berceau. Ces voûtes s'affaissèrent bientôt entre les murs

déversés sous l'action de leur pression oblique; il fallut penser à

maintenir ces murs dans leur plan vertical. C'est alors qu'on eut l'idée

de jeter longitudinalement sur les galeries de premier étage un

demi-berceau ou arc-boutant continu, pour contre-buter la poussée du

berceau central. Dès la fin du XIe siècle, l'école auvergnate arrivait à

ce résultat, dont on peut encore constater l'efficacité, si l'on visite

les églises d'Issoire, de Saint-Nectaire, de Notre-Dame du Port à

Clermont, de Saint-Etienne de Nevers, et même de Saint-Sernin de

Toulouse. Les arcs-doubleaux des galeries primitives (voyez la figure 1

de l'article TRAVÉE) étaient conservés, et le solivage de bois incliné

était remplacé par ce demi-berceau sur lequel on posait à cru la

couverture de tuiles ou de dalles.

La figure 1 explique cette modification dans les procédés primitifs. En

A, on voit encore la travée de la galerie avec ses arcs-doubleaux au

droit des piles, et son solivage portant la couverture; en B, le

solivage est remplacé par un demi-berceau contre-butant la poussée

continue du berceau central C. N'oublions pas, d'ailleurs, qu'avant de

se décider à jeter des voûtes sur les hautes nefs, on avait commencé par

se contenter d'arcs-doubleaux portant, en partie, la charpente et la

couverture[257]. Dans les provinces où l'on osa tout d'abord supprimer

les charpentes pour leur substituer des berceaux entre chaque

arc-doubleau de la nef, il était naturel de remplacer de même les

lambris des combles en appentis des galeries par des demi-berceaux. Mais

ce nouveau système de structure obstruait les fenêtres hautes, percées

autrefois sous les charpentes des nefs centrales. Aussi ces églises

d'Auvergne dont nous parlons, n'en ont-elles point, tandis que de

petites baies éclairent le triforium.

Les berceaux des hautes nefs ne furent pas tout d'abord bandés,

concentriques aux arcs-doubleaux. On voit que dans les nefs couvertes

par des charpentes, pendant le XIe siècle, l'arc-doubleau portait un

pignon avec claire-voie, sur les pentes duquel s'appuyait le solivage du

comble[258]. On laissa donc l'arc-doubleau à sa place, ainsi qu'on le

voit en P (fig. 1)[259], en jetant le berceau en D à la place du

lambris. Le demi-berceau E du triforium venait contre-buter le berceau

central, tandis que l'arc-doubleau G contre-butait l'arc de la nef H. La

claire-voie du triforium s'ouvrait alors en I. Cependant on ne gagnait

rien à laisser les arcs-doubleaux de la nef centrale au-dessous du

berceau, ce n'était là qu'une tradition d'une disposition antérieure des

édifices couverts par des charpentes apparentes; on releva donc ces

arcs-doubleaux, de manière à rendre leur extrados concentrique au

berceau, ainsi qu'on le voit en M[260].

La figure 2 présente l'aspect perspectif du triforium de la nef de

l'église d'Issoire. Dans cette nef, qui date des dernières années du XIe

siècle, les travées sont doubles, c'est-à-dire que les colonnes engagées

A et les arcs-doubleaux B n'existent que de deux en deux piles; la pile

C étant seulement destinée à recevoir les arcs-doubleaux et retombées

des voûtes des collatéraux. Mais on voit en D un arc-doubleau de galerie

comme il en existe un au droit des piles A. En E, est la naissance du

berceau continu de la nef haute, et, à travers l'arcature du triforium

en G, on aperçoit le demi-berceau qui contre-bute cette voûte centrale.

Même disposition à Notre-Dame du Port, à Saint-Étienne de Nevers. Dans

ces édifices, le triforium a exactement le caractère qui convient à sa

destination. Le mur de la nef est ajouré pour permettre de profiter de

cette galerie nécessaire à la stabilité du monument, et qui donne un peu

de lumière aux voûtes hautes de l'église. Si ce parti était convenable

pour des nefs d'une dimension médiocre,--les fenêtres basses des

collatéraux donnant alors assez de lumière, à cause du peu de largeur du

vaisseau,--il était inadmissible dans la construction d'une grande

église, telle que Saint-Sernin de Toulouse, pourvue de doubles

collatéraux; car, dans ce dernier cas, la nef centrale eût été laissée

dans l'obscurité. Ne pouvant ouvrir des fenêtres sous les naissances des

berceaux, fallait-il au moins que celles des galeries fussent assez

hautes et assez larges pour éclairer cette nef centrale à travers

l'arcature du triforium; aussi, dans ce dernier édifice, le triforium

prend-il une tout autre importance qu'à Issoire et à Notre-Dame du Port.

On en jugera par le géométral que nous donnons ici (fig 3). En A, est

tracé le plan de cette galerie avec une pile d'angle B; car le triforium

de l'église Saint-Sernin se retourne aux extrémités du transsept. De

larges fenêtres C éclairent et la galerie et le milieu du vaisseau. Le

demi-berceau avec arcs-doubleaux, qui naît au-dessus de ces fenêtres,

contre-bute la voûte centrale en berceau, renforcée d'arcs-doubleaux.

C'est le système adopté dans les églises auvergnates, mais plus

développé[261].

Le développement du triforium dans l'église de Saint-Sernin de Toulouse

ne permettait pas cependant d'ouvrir des jours directs dans la nef. Sous

le climat du Midi, ce moyen pouvait suffire; mais, sous le ciel brumeux

du Nord, la lumière transmise par ces seconds jours n'éclairait qu'à

peine les nefs hautes: il fallait que des fenêtres s'ouvrissent

directement sur ces nefs au-dessus du triforium. Aussi, dans les

provinces situées au nord de la Loire, on ne cessa point de pratiquer

des ouvertures directes sous les charpentes, et, quand on renonça aux

charpentes, sous les voûtes qui durent les remplacer. Ce fut une des

causes qui empêchèrent les architectes du Nord d'adopter la voûte en

berceau (voy. VOÛTE), et qui les contraignirent à chercher des

combinaisons de voûtes d'arête. Les tympans sous les formerets des

voûtes permettaient, en effet, d'ouvrir des baies dans la hauteur même

de ces voûtes. Toutefois on ne renonçait point au triforium voûté, qui

était regardé comme un moyen propre à maintenir les murs des hautes nefs

dans le plan vertical, et à contre-buter les voûtes qui les

surmontaient. Plusieurs églises de l'époque de transition nous montrent

les diverses tentatives faites en ce sens par les maîtres des provinces

françaises du Nord. Nous citerons en première ligne l'église abbatiale

de Saint-Germer (Oise), dont la construction remonte à la moitié du XIIe

siècle[262]. Les travées du choeur de cette église possèdent, au-dessus

du collatéral, un triforium voûté à la romaine, sans arcs ogives. Cette

galerie s'ouvre sur l'église par une arcature, et le comble qui la

surmonte recouvre des arcs-boutants destinés à maintenir la poussée des

voûtes hautes.

La coupe (fig. 4) faite sur cette galerie explique le système de

structure adopté. Les demi-pignons AB qui s'élèvent sur les

arcs-boutants servaient aussi à porter la couverture, qui se composait

d'un solivage avec demi-fermes dans les parties circulaires. Des baies C

sont percées sous ce comble en appentis, et donnent dans l'église,

au-dessous d'un étroit passage de service ménagé en D, afin de faciliter

l'entretien des verrières des fenêtres supérieures F.

La figure 5 donne l'élévation intérieure de ce triforium, avec les

fenêtres quadrangulaires E du comble et le passage de service G[263]. En

H, est tracée une des travées parallèles du choeur, et en L une des

travées du rond-point, développée sur plan rectiligne. On observera que

la claire-voie à colonnes jumelles repose sur un bahut (voy. la coupe

fig. 4). Ce bahut empêchait les personnes qui occupaient la galerie de

plonger leurs regards dans l'église, à moins de se mettre à plat-ventre

sur ce mur d'appui.

Les architectes des cathédrales de Noyon, de Senlis, de Soissons, de

Paris, des églises de Mantes, du choeur de l'abbatiale de Saint-Rémi de

Reims, de celui de l'abbaye d'Eu, etc., renoncèrent à ce mur d'appui, et

firent porter les bases des colonnes de la claire-voie directement sur

le sol de la galerie. Des balustrades de bois ou de fer, placées entre

ces colonnes, permirent alors aux assistants, dans les tribunes, de voir

le pavé de l'église. Le parti mi-roman, mi-gothique, adopté à

Saint-Germer, conserve les fenêtres hautes M (fig. 5) de la basilique

primitive, grâce à l'application du système de voûtes d'arête en arcs

d'ogive, tout nouveau alors[264]. Cependant ces fenêtres supérieures,

très-élevées au-dessus du pavé de l'église, n'éclairaient guère que les

voûtes; les fenêtres percées dans le mur du triforium (voy. la coupe en

P) étaient trop éloignées de la claire-voie pour pouvoir donner de la

lumière à l'intérieur du vaisseau sur le sol; d'autant que ce triforium

est bas, profond et que le bahut fait écran. L'architecte du choeur de

Notre-Dame de Paris adopta résolûment un autre parti; comme nous venons

de le dire, il supprima le bahut et éleva la voûte du triforium. Le

maître qui, peu après, vers 1195, construisit la nef de la même église,

améliora encore, au point de vue de l'introduction de la lumière dans la

partie centrale du vaisseau, les dispositions prises par son devancier.

Il construisit les voûtes du triforium transversalement rampantes, afin

de démasquer complétement les fenêtres de cette galerie pour le public

qui se tenait sur le pavé de la nef. À l'article CATHÉDRALE (fig. 2, 3

et 4), nous rendons compte de cette disposition, assez clairement pour

qu'il ne soit pas nécessaire d'y revenir ici. À Notre-Dame de Paris, des

roses remplacent les fenêtres rectangulaires, qui, dans l'église de

Saint-Germer, sont ouvertes dans le mur auquel le comble en appentis est

adossé. Le passage de service intérieur qui, à Saint-Germer, surmonte

ces fenêtres, n'existe pas à Paris, mais il existe à la cathédrale de

Noyon[265]; et là, comme dans le croisillon semi-circulaire de la

cathédrale de Soissons, c'est un deuxième triforium, ou galerie étroite

avec claire-voie en façon d'arcature, qui remplace les roses et les

fenêtres rectangulaires[266].

Ces larges triforiums voûtés étaient d'une construction dispendieuse et

ne pouvaient convenir qu'à d'assez grands édifices. Ils exigeaient, pour

trouver des fenêtres dans les tympans des voûtes hautes, une

sur-élévation des murs, afin d'adosser les combles en appentis qui

couvraient les galeries de premier étage. Leur utilité ne se faisait

sentir que lors des grandes solennités, et encore les deux ou trois

premiers rangs de fidèles pouvaient, de ces galeries, voir ce qui se

passait dans l'église, si toutefois, comme à Notre-Dame de Paris, à

Mantes, à Saint-Rémi de Reims, les bahuts de pierre étaient supprimés.

Pour des églises bâties avec plus d'économie et dans lesquelles il n'y

avait pas d'occasion de recevoir un grand concours de fidèles, le

triforium voûté ne pouvait faire partie du programme. Aussi des églises

qui datent de la même époque que celles désignées ci-dessus, et qui

appartiennent à la même école d'architectes, n'en sont-elles pas

pourvues. Cependant nous retrouvons dans l'Île-de-France une tendance

prolongée à conserver ce parti. Ce n'est plus le triforium voûté

occupant toute la largeur du collatéral, mais ce n'est pas non plus le

triforium laissant une galerie étroite, un passage de service en dedans

de l'adossement du comble des bas côtés, comme dans les cathédrales de

Reims, d'Amiens, de Bourges et de Chartres. Ce système intermédiaire est

adopté dans l'église conventuelle de Saint-Leu d'Esserent (Oise)[267].

Voici (fig. 6) la coupe du triforium de la nef de cette église. Le mur

d'adossement du comble A du collatéral ne s'élève pas assez pour

interdire l'ouverture de petites fenêtres B. À défaut de la voûte, un

arc de décharge C reçoit la partie supérieure du mur, et le passage

porte en plein sur la voûte du collatéral. À l'intérieur, cette

disposition présente l'aspect reproduit en perspective dans la figure 7.

Comme pour rappeler la voûte des grands triforiums, l'architecte a bandé

l'arc D, qui n'est plus qu'un simulacre, puisque le véritable arc de

décharge est beaucoup plus bas et simplement bombé (voy. la coupe). Le

triforium ainsi rétréci n'ayant plus besoin d'être couvert par un comble

en appentis, mais simplement par un dallage G (voy. la coupe), on

pouvait ouvrir les fenêtres hautes immédiatement au-dessus de l'arc D

(voy. la fig. 7), et même, si le constructeur n'avait pas tenu à la

conservation de cet arc, il eût pu descendre l'appui de la fenêtre

beaucoup plus bas. Bien entendu, ce parti exigeait impérieusement la

structure d'arcs-boutants pour maintenir les hautes voûtes, car on

n'avait plus la ressource des demi-pignons noyés sous les combles en

appentis du triforium voûté, pour remplir cette fonction, ainsi que cela

avait été pratiqué à Saint-Germer.

Un autre monument, contemporain de l'église de Saint-Leu d'Esserent,

donne à la fois le triforium avec voûtes et le triforium étroit éclairé

par des fenêtres: c'est la petite église de Moret (Seine-et-Marne). Les

parties parallèles du choeur de cette église possédaient une galerie de

premier étage ou triforium voûté au-dessus des ailes; mais l'abside,

semi-circulaire, sans collatéraux, possède, au-dessus d'un rang de

fenêtres basses, un triforium dont la composition originale nous montre

une suite de lunettes ou roses sans meneaux, entre lesquelles est ménagé

un passage. La vue perspective (fig. 7 _bis_) explique cette singulière

structure. En A, est le triforium projeté conformément à la méthode de

l'Île-de-France, c'est-à-dire voûté. Un degré posé derrière le parement

B monte au triforium de l'abside, qui n'est plus qu'un passage

traversant les piles et s'ouvrant sur le dehors et sur l'intérieur de

l'église par des roses. On remarquera que ces roses (voy. le plan en P)

ne sont pas percées normalement à la courbe de l'abside, mais sont

biaisées de manière à être vues de l'entrée du choeur. Pénétrant un

cylindre, ces oeils n'ont jamais été garnis de meneaux; leurs vitraux,

qui sont posés dans le cercle extérieur, ne sont maintenus que par des

armatures de fer. Les détails de cette partie de l'église de Moret sont

du meilleur style des premières années du XIIIe siècle. Il ne faut point

oublier qu'à l'église de Mantes (Seine-et-Oise), il existe un large

triforium voûté comme celui de la cathédrale de Paris, éclairé par des

roses ou oeils circulaires, et que ce triforium, au-dessus du collatéral

de l'abside, présente une disposition qui, bien que conçue d'après des

données très-monumentales, paraît avoir fourni l'idée de la composition

de celui de Moret. Le triforium absidal de Mantes date des dernières

années du XIIe siècle. Soit que l'architecte ait voulu éviter les

difficultés résultant de la combinaison de voûtes sur plan annulaire,

soit qu'il ait craint la poussée de ces voûtes à l'extérieur du cylindre

(poussée qui, à Notre-Dame de Paris, est neutralisée par une suite

d'arcs-boutants assez compliqués, élevés sur le second collatéral),

parce qu'il n'avait qu'un bas côté et que la construction était faite

évidemment avec parcimonie; le fait est que cet architecte a voûté le

triforium absidal de l'église de Mantes au moyen d'une suite de berceaux

convergents. La coupe (fig. 7 _ter_) explique ce système de

construction; les colonnes A reposent sur l'arc-doubleau inférieur;

elles portent des linteaux de pierre dure, sur lesquels reposent les

berceaux B. Mais comme ces colonnes sont, en plan, posées normalement à

la courbe du rond-point, les travées sont plus larges en C, le long de

la claire-voie qui s'ouvre extérieurement; il en résulte que ces

berceaux sont ou rampants, ou présentent des surfaces curvilignes

gauches. L'architecte de Notre-Dame de Mantes paraît s'être arrêté à

cette dernière disposition, après quelques tâtonnements; c'est-à-dire

qu'il a voulu maintenir la section _ab_ des clefs du berceau en

tiers-point de niveau ou à très-peu près. Alors la trace _ac_ du berceau

n'est pas concentrique à la trace _bd_ (voy. en M). Les baies F sont des

roses. Il est clair que l'architecte de l'église de Moret n'a fait

qu'interpréter à une petite échelle ce qui avait été fait à Mantes

quelques années avant lui.

Ces exemples, ces déductions variées, montrent combien ces maîtres

cherchaient sans cesse à perfectionner ce qu'ils voyaient faire autour

d'eux. Sans abandonner le principe admis, et sans imiter platement ce

qui semblait présenter les résultats les plus satisfaisants, ils

prétendaient au contraire développer ce principe, en tirer toutes les

conséquences; et, avant tout, ils savaient qu'un système de structure

doit être modifié en raison de la dimension des édifices.

Mais, dans d'autres provinces, on procédait différemment: le triforium

n'était, dès le XIe siècle, qu'une claire-voie ouverte dans le mur

d'adossement du comble du collatéral; claire-voie laissant pénétrer le

regard, de l'intérieur, sous la charpente. Cependant, à l'origine, ces

ouvertures étaient plutôt des fenêtres percées de distance en distance

dans les tympans d'une arcature aveugle, qu'une galerie (voy. TRAVÉE,

fig. 2). Ce n'est que vers le milieu du XIIe siècle que l'arcature

aveugle, avec fenêtres donnant sous les combles des bas côtés, se

transforme en claire-voie. Le choeur de la cathédrale de Langres, qui

date de cette époque, nous fournit un bel exemple de ces arcatures

s'ouvrant dans le mur d'adossement de la charpente du collatéral. La

figure 8 donne le géométral du triforium de la cathédrale de Langres, en

supposant la travée développée sur un plan droit, cette abside étant

circulaire. En A, est tracé le plan. La voûte B est un cul-de-four en

tiers-point dans lequel pénètrent les fenêtres hautes C. Des colonnettes

jumelles[268] supportent la double arcade qui compose la galerie entre

chaque pilier du rond-point. Ce parti pouvait être adopté dans une

abside, là où les travées sont étroites. Il eût été dangereux de faire

porter des tympans larges et épais sur une suite de colonnettes. Aussi,

dans la nef de la même église, le triforium n'est-il qu'une arcature

aveugle percée d'une baie cintrée à chaque travée. Même système adopté à

la cathédrale d'Autun, qui est quelque peu antérieure à celle de

Langres. Les architectes tenaient cependant à occuper l'espace compris

entre les archivoltes des collatéraux et les fenêtres hautes par des

claires-voies; les arcatures aveugles ne présentaient qu'une décoration

plate et sans utilité. Le maître auquel on doit la cathédrale de Sens,

dont la construction présente des dispositions si intéressantes, eut

l'idée, vers la fin du XIIe siècle, d'établir un triforium d'après un

principe nouveau alors. Afin de bien porter les parties supérieures, qui

se composaient primitivement d'un fenestrage avec haut appui et pile

intermédiaire, il divisa de même la galerie en deux travées, avec pile

intermédiaire portant sur la clef de l'archivolte du collatéral. Puis,

dans chacune des travées, il établit une arcature jumelée reposant sur

une colonnette et deux pieds-droits. La figure 9 donne en A le plan et

en B l'élévation du triforium de la nef de la cathédrale de Sens. En C,

est la colonne qui porte l'arc-doubleau de recoupement de la voûte

haute. Des fenêtres refaites, après l'incendie, à la fin du XIIIe

siècle, ont remplacé les anciennes baies D, qui étaient jumelées comme

l'arcature principale du triforium. Cette construction, qui date de 1180

environ, nous montre un triforium simplement percé dans le mur

d'adossement du comble du collatéral, comme à l'abside de la cathédrale

de Langres, sans cloison séparative entre ce comble et la claire-voie.

Une disposition analogue, mais avec des formes architectoniques

très-différentes, se retrouve dans une autre province. À la cathédrale

d'Évreux, dans la première travée de la nef, en partie masquée par le

buffet d'orgues, est un reste du triforium du XIIe siècle, qui, percé

simplement dans le mur d'adossement du comble de l'ancien bas côté,

aujourd'hui occupé par un clocher, se compose d'une arcature avec

tympans reposant sur des pilettes isolées. Nous en donnons (fig. 10)

l'élévation et le plan horizontal. Ce triforium, à peu près contemporain

de celui de Sens, est beaucoup moins bien entendu, au point de vue de la

structure; car ces arcs, entrecroisés, constituent une assez médiocre

décharge, et ces tympans-linteaux peuvent être brisés facilement, ou

briser les portées des chapiteaux au moindre mouvement de la

construction. Cependant cet exemple fait ressortir encore une fois les

ressources variées dont ces architectes du XIIe siècle savaient

profiter. C'est là une disposition toute normande, et que l'on retrouve

en Angleterre, dans les monuments de cette époque.

Le triforium, s'ouvrant directement sous le comble du collatéral,

présentait des inconvénients qu'il est facile d'apprécier. Il donnait du

froid et de l'humidité dans l'église, car les couvertures de tuiles ou

d'ardoises, si bien faites qu'elles soient, laissent toujours passer

l'air extérieur. La vue des charpentes à travers ces claires-voies

n'était pas agréable. Il était difficile d'entretenir la propreté sous

ces combles, et, dans les grands vents, la poussière se répandait dans

l'église. Aussi on ne tarda guère à isoler le triforium du comble,

c'est-à-dire à élever entre celui-ci et la claire-voie une cloison de

pierre qui formait ainsi mur d'adossement. On l'avait bien tenté à

Saint-Leu d'Esserent, ainsi que nous l'avons vu, mais là c'est un moyen

terme entre ce dernier parti et celui du triforium voûté.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 9 - (T - U - V - Y - Z) · 第 19 / 41 段