[Note 222: Cette disposition fut adoptée dans l'église de

San-Miniato, près de Florence; elle était assez fréquente au

milieu du XIe siècle dans nos provinces du Nord, et notamment

dans la Champagne.]

[Note 223: Voyez, à ce sujet, _Étude sur l'architecture

lombarde_ par M. de Dartein, ingénieur des ponts et

chaussées. Toutefois, si nous ne contestons pas l'ancienneté

de la disposition du plan de l'église de Saint-Ambroise de

Milan, il nous semble que l'auteur de cet excellent ouvrage,

dans la notice qu'il donne sur cette église, ne tient pas

assez compte des restaurations qu'elle eut à subir, et qu'il

s'appuie d'une manière peut-être trop absolue sur des textes.

Combien n'avons-nous pas d'édifices en France, par exemple,

dont la reconstruction presque totale n'est mentionnée que

d'une manière incidente, ou ne l'est pas du tout! Aucun texte

ne fait mention de la reconstruction de la façade de

Notre-Dame de Paris, entre autres; en faut-il conclure que

cette façade est celle d'Étienne de Garlande, 1140, ou date

de l'épiscopat de Maurice de Sully (1160-1190)? Après le

grand désastre de 1196, c'est-à-dire après la ruine des

voûtes de l'église de Saint-Ambroise de Milan, ce monument

dut subir un remaniement presque total. Des voûtes ne

s'écroulent pas sans cause; un sinistre aussi grave est

habituellement la conséquence d'un déversement des piles; or,

les piles actuelles de Saint-Ambroise ne paraissent pas avoir

subi des altérations de nature à pouvoir occasionner la chute

des grandes voûtes. De l'examen que nous avons fait de cet

édifice, il y a peu d'années, il résulte que nous ne

pourrions assigner à sa nef (les voûtes non comprises) la

date du IXe siècle. Les profils, les sculptures de toutes les

parties supérieures, la structure même de ces parties,

semblent appartenir au XIIe siècle, époque brillante pour

l'art en Lombardie comme en France. Les monuments élevés sur

le sol du nord de l'Italie et dont la date carlovingienne ne

saurait être discutée, ont un caractère barbare, comme

structure, que l'on ne retrouve pas dans Saint-Ambroise de

Milan. Toutefois, nous le répétons, nous croyons bien, comme

M. de Dartein, que la disposition du plan appartient au IXe

siècle, ainsi qu'une partie des constructions inférieures,

l'autel, etc.]

[Note 224: En 1845, M. Vitet écrivait ceci: «Que tous ceux à

qui ces questions inspirent un sérieux intérêt cessent de

s'évertuer à prouver, les uns que l'ogive nous est venue

d'Orient, les autres qu'elle est indigène: querelles vides et

oiseuses! Qu'ils cherchent _par qui_ a été mis en oeuvre le

système à ogive; pourquoi l'influence de ce système a été si

grande et si universelle, comment pendant trois siècles il a

pu exercer sur une moitié de l'Europe une absolue

souveraineté; qu'ils cherchent enfin si la naissance et les

progrès de ce système ne sont pas inséparablement liés à la

grande régénération des sociétés modernes, dont le XIIe

siècle voit éclore les premiers germes... Les révolutions

architecturales ainsi envisagées ne se confondent plus avec

ces _fantaisies futiles et éphémères_ qui font préférer telle

étoffe à telle autre pendant un certain temps; elles sont de

sérieuses, de _véritables révolutions_, elles _expriment des

idées_.» (_Monographie de Notre-Dame de Noyon_, p. 130.)]

[Note 225: Voyez CONSTRUCTION, fig. 19, la coupe de ce

porche. Voyez PORCHE et OGIVE, fig. 3, 4 et 5.]

[Note 226: Voyez la coupe.]

[Note 227: La construction de l'église de Nesle

(Seine-et-Oise) date de 1175 environ. Cet édifice est

contemporain de la cathédrale de Senlis, de l'église

abbatiale et de Saint-Leu d'Esserent.]

[Note 228: Voyez ÉCHELLE.]

[Note 229: Voyez, à l'article CATHÉDRALE, une travée de

Notre-Dame de Paris, fig. 4.]

[Note 230: Voyez le plan de cette église à l'article

CATHÉDRALE, fig. 6, et sa coupe, PROPORTION, fig. 7.]

[Note 231: Voyez CATHÉDRALE, fig. 35.]

[Note 232: Voyez CATHÉDRALE, fig. 44 et 45, le plan et la

coupe transversale de la cathédrale de Poitiers.]

[Note 233: Voyez son plan, CATHÉDRALE, fig. 44.]

[Note 234: Une disposition analogue existe dans la nef de

l'église abbatiale de Sainte-Radegonde, à Poitiers, et

existait, au XIIe siècle, dans la nef de la cathédrale de

Bordeaux.]

[Note 235: En A est tracé le plan de la pile, avec le chemin

de ronde au niveau _a_.]

[Note 236: Voyez ARCHITECTURE RELIGIEUSE, fig. 35;

CATHÉDRALE, fig. 19 et 20.]

[Note 237: Notre figure, à cause du manque d'espace, et pour

conserver la même échelle que celle des précédentes (0,005

pour mètre), divise la travée en deux parties. La partie B

surmontant, en exécution, la partie A.]

[Note 238: Voyez ARCHITECTURE RELIGIEUSE, fig. 36.]

[Note 239: Travée des parties parallèles du choeur.]

[Note 240: Voyez ARCHITECTURE RELIGIEUSE, fig. 62.]

TRÈFLE, s. m. Nom que l'on donne à un membre d'architecture de forme

géométrique, obtenu au moyen de trois cercles dont les centres sont

placés aux sommets des angles d'un triangle équilatéral. On dit aussi

_trilobe_ (fig. 1). À dater de la fin du XIIe siècle jusqu'au XVIe, on

s'est beaucoup servi de cette figure dans la composition des meneaux,

des roses, des arcatures, et en général des claires-voies. Quelquefois

les points de rencontre des cercles sont terminés par un ornement

feuillu A, par une tête humaine ou d'animal.

Il arrive souvent qu'un trèfle inscrit trois autres trèfles, ainsi que

l'indique le tracé B. (Voy. BALUSTRADE, FENÊTRE, MENEAU, ROSE.)

Quelques auteurs ont voulu voir dans cette figure un symbole. Rien ne

vient appuyer cette opinion. Le trèfle résultait tout naturellement de

l'emploi, très-fréquent, du triangle équilatéral, dans l'architecture du

moyen âge, comme figure génératrice (voy. PROPORTION). Il avait

l'avantage, pour les claires-voies des meneaux, par exemple, de pouvoir

inscrire facilement dans un arc en tiers-point _ab_ des figures

engendrées par le triangle équilatéral.

[Illustration: Fig. 1.]

TREILLAGE, s. m. Claire-voie composée de lattes ou de bois légers

réunis, pendant le moyen âge, par des pointes ou de petites chevilles de

bois; puis, vers la fin du XVe siècle, par du fil de fer.

Déjà, vers la fin du XIIe siècle, des treilles étaient établies dans les

jardins privés, et, sous saint Louis, ce mode de former des berceaux

avec de la vigne était fort répandu. À cette époque, les treilles du

jardin du Palais, sur l'emplacement de la place Dauphine actuelle,

étaient en grande réputation. Les treillages consistaient habituellement

alors, si l'on s'en rapporte aux vignettes des manuscrits, en des bois

souples croisés, retenus par des pointes ou des liens d'osier

quelquefois entrelacés. La mode des _architectures_ en treillages ne

paraît pas remonter au delà du commencement du XVIe siècle. C'était une

importation italienne, et non point une des plus heureuses.

TREILLIS, s. m. Clôture de fenêtre de fer léger, mais très-serrée; sorte

de grillage (voy. ce mot), mais capable d'opposer une résistance

sérieuse. Il est souvent question, dans les romans des XIIIe et XIVe

siècles, de fenêtres ainsi treillissées au dehors d'une manière

permanente (voy. GRILLE). On donnait aussi le nom de _treillis_ à des

grilles en façon de chevaux de frise, pour défendre la contrescarpe des

fossés des châteaux. «Tout à l'environ de Plessis, il fist faire (Louis

XI) un treillis de gros barreaux de fer, et planter dedans la muraille

des broches de fer, ayant plusieurs poinctes, comme à l'entrée par où

l'on eu pu entrer aux fossés dudit Plessis[241].»

TRÉSOR, s. m. Pièce réservée, à côté des églises abbatiales et

cathédrales, aussi dans les châteaux, pour renfermer les objets les plus

précieux; tels que vases sacrés, reliquaires, pièces d'orfévrerie, puis

encore les chartes, les titres, etc.

La cathédrale de Paris avait son trésor au-dessus de la sacristie (voy.

SACRISTIE, PALAIS). La sainte Chapelle du Palais, à Paris, possédait

également un joli édifice annexe, qui contenait les sacristies et le

trésor des chartes. De même, à la chapelle du château de Vincennes (voy.

CHAPELLE). Souvent aussi les trésors des églises étaient pratiqués dans

l'intérieur même de l'édifice. On voit encore à la cathédrale de Reims,

dans le bas côté du bras de croix septentrional, le trésor entresolé,

grillé, qui renfermait les beaux objets que possédait le chapitre de

cette église. À la cathédrale de Rouen, dans celle d'Évreux, le trésor

n'était qu'une chapelle grillée. À Sens, à Troyes, les trésors des

cathédrales sont annexés à l'église, au côté méridional du choeur, et

l'on y accède par des escaliers donnant dans le collatéral. Dans les

châteaux, les trésors des chartes étaient placés dans le donjon, ceux de

la vaisselle dans une tour, proche de la grand'salle, et celui de la

chapelle à côté ou au-dessus de la sacristie. Ces trésors,

habituellement voûtés et ainsi à l'abri des incendies, n'étaient

éclairés que par des fenêtres élevées au-dessus du sol et soigneusement

grillées. Leurs portes étaient de fer et doubles, ou tout au moins

munies de deux serrures. On voit encore, dans l'hôtel de Jacques Coeur,

à Bourges, la pièce qui servait de trésor.

L'habitude de disposer, dans les châteaux ou hôtels, des pièces

spécialement affectées à la conservation des trésors, et

particulièrement des archives, ne paraît guère remonter, chez les

seigneurs laïques, au delà de Philippe-Auguste. Jusqu'alors il était

d'usage, parmi les nobles, d'emporter partout avec soi les titres

précieux et la plupart des objets précieux que l'on possédait. C'était

une habitude mérovingienne que l'on trouve répandue chez tous les

peuples de race indo-européenne. Le chef ne se fiait qu'à lui seul pour

garder son bien et sa famille, et pendant l'époque romaine on voit que

les armées de _barbares_ ne marchent qu'accompagnées des lourds chariots

qui portent les vieillards, les femmes, les enfants et les dépouilles

amassées à la guerre. Pendant la campagne de 1194, contre Richard, le

bagage de Philippe-Auguste tomba dans une embuscade tendue près de

Fréteval, en Vendômois, par le roi d'Angleterre, qui mit ainsi la main,

non-seulement sur la vaisselle et les joyaux de son rival, mais aussi

sur les registres de cens, de taille, de servage, «bref, le chartrier

complet de France, que les rois avaient coutume de porter avec eux dans

tous leurs voyages. Ce fut, disent les chroniques de Saint-Denis, une

rude tâche que de réparer cette perte et de rétablir toute chose en

légitime état[242].» Ce fut à dater de cet événement que les rois

français déposèrent les registres d'État dans une résidence fixe. Le

chartrier de France, placé d'abord au Temple, fut transféré partie dans

la grosse tour du Louvre, partie dans le trésor de la sainte Chapelle,

dont nous avons parlé ci-dessus.

[Note 241: _Mémoires de Philippe de Commines_, liv. VI, chap.

VII.]

TRIBUNE, s. f. (du lat. _tribuna_). Partie principale des édifices

sacrés, suivant les académiciens de la Crusca. En effet, dans les

basiliques chrétiennes primitives, la tribune est l'hémicycle qui forme

l'abside, où se tenait l'évêque ou l'abbé entouré de son clergé (voy.

CHOEUR, TRANSSEPT), en souvenir de la place qu'occupait, dans la

basilique romaine antique, le préteur. Des pères de l'Église donnent

parfois le nom de tribunal à l'un des ambons placés des deux côtés du

choeur, notamment à celui du haut duquel on lisait l'Évangile aux

fidèles assemblés dans les nefs[243].

Le dessus des jubés, d'où on lisait également l'Évangile et d'où l'on

instruisait les fidèles, prit dès lors le nom de tribune. Par extension;

on donna le nom de tribune, dans l'église, à toute partie élevée

au-dessus du sol, soit sur des colonnes et des arcs, soit sur des

encorbellements[244]. C'est ainsi que ces édifices religieux eurent

leurs tribunes du jubé, des orgues, de l'horloge, du trésor; parfois

aussi des tribunes particulières réservées à quelques fidèles

privilégiés, à de grands personnages, aux familles des fondateurs, etc.

On monte à ces loges, relevées au-dessus du pavé, par des escaliers

donnant, soit dans l'église, soit dans des bâtiments voisins, quand

elles sont privées, c'est-à-dire réservées à certains personnages. Les

tribunes étaient encore un moyen d'augmenter les surfaces données aux

fidèles dans de petites églises. Nous n'avons à nous occuper ici que des

tribunes comprises comme annexes intérieures et élevées des églises, non

comme sanctuaires, ambons ou jubés (voy. JUBÉ, CHOEUR). Or, l'usage des

tribunes remonte assez loin. Galbert raconte comment, en 1127, Charles

le Bon fut assassiné dans la tribune où il était monté pour prier avec

Thancmar, châtelain de Bourbourg; tribune pratiquée dans l'église de

Saint-Donatien, à Bruges. Les corps de ces deux personnages ayant été

transportés dans le choeur par les religieux pour être inhumés, le parti

qui avait fait consommer le meurtre résolut de les enlever: «La nuit

suivante, le prévôt ordonna de munir d'armes l'église et de garnir de

sentinelles la tribune (_solarium_) et la tour, afin qu'il pût s'y

retirer avec les siens en cas d'attaque de la part des citoyens. D'après

l'ordre du prévôt, des chevaliers entrèrent armés cette nuit dans la

tribune de l'église[245]... Ces misérables (les partisans) ne pouvant

s'emparer des lieux inférieurs de l'église, avaient encombré de bois et

de pierres l'escalier qui menait à la tribune, en sorte que personne ne

pouvait y monter et qu'eux-mêmes ne pouvaient descendre, et ils

cherchèrent seulement à se défendre du haut de la tribune et de la tour.

Ils avaient établi leurs repaires et leur demeure entre les colonnes de

la tribune, avec des tas de coffres et de bancs, d'où ils jetaient des

pierres, du plomb, et toutes sortes de choses pesantes sur ceux qui

attaquaient... Enfin, les chanoines de l'église, montant du choeur dans

la tribune, par des échelles[246]...» Ces curieux passages font

connaître que la tribune en question était placée sous une tour de

l'église, qu'elle avait un escalier communiquant avec les logis

extérieurs, et qu'elle était voisine du choeur. C'était une pièce de

premier étage, s'ouvrant sur l'église par des arcatures à claire-voie,

comme le sont les galeries supérieures des collatéraux de nos églises

des XIe et XIIe siècles. Si cette pièce servait de tribune, c'est-à-dire

d'oratoire élevé au-dessus du sol de l'église, elle n'avait point la

forme tout exceptionnelle que nous attachons aujourd'hui à cette partie

de l'édifice religieux.

On voit une tribune d'un caractère bien franc et d'une époque assez

ancienne (1130 environ) dans le narthex de l'église abbatiale de

Vézelay[247]. Nous en trouvons une autre dans la petite église de

Montréal (Yonne), qui est adossée à la façade et regarde le choeur, dont

les dispositions sont très-remarquables. La figure 1 présente en A le

plan de cette tribune, et en B la coupe faite sur _ab_. On monte à cette

tribune par deux escaliers donnant dans les collatéraux, et pris aux

dépens de pierre l'épaisseur du mur de face. Entièrement construite en

belles dalles de dure, elle repose sur une colonne jumelée monolithe et

quatre grandes consoles composées de longues pierres en encorbellement.

L'arrangement de la colonne avec un cul-de-lampe et des corbeaux est

extrêmement intéressant, comme construction, en ce qu'il se combine avec

le trumeau de la porte[248]. Une table d'autel portée sur la balustrade

pleine et sur une seule colonne jumelée, est placée dans l'axe de la

tribune, en C. Les queues des claveaux D d'archivolte de la porte et le

tympan E dégagent naturellement, en s'abaissant, les portes d'entrée P

de la tribune. Une rose, d'un excellent style, s'ouvre en G, au-dessous

des voûtes de la nef. La figure 2 donne la vue perspective de cette

tribune, prise de la nef. Cet ouvrage a été conçu et élevé en même temps

que la façade, qui date de la fin du XIIe siècle, puisque la

construction des encorbellements se relie intimement à cette façade, et

que les deux escaliers ont été réservés dans le mur en le bâtissant.

L'église de Montréal est petite, et est terminée par un sanctuaire carré

avec un transsept et deux petites chapelles, également sur plan carré,

orientées. La tribune, qui peut contenir facilement vingt à vingt-cinq

personnes, ajoutait donc à sa surface. Peut-être était-elle réservée au

seigneur, car l'église était attenante à un château dont il ne reste

plus traces. La position du petit autel C le ferait croire. Cette

tribune pouvait ainsi servir de chapelle privée. Construite en

magnifiques matériaux taillés avec une pureté remarquable, cette église,

et sa tribune (si rare), est, entre les monuments de la Bourgogne, un de

ceux qui présentent le plus d'intérêt.

Tout le monde connaît la tribune de la cathédrale de Paris, qui, à

l'intérieur, s'élève sous la grande rose occidentale, entre les deux

tours, et dont l'arc sert d'étrésillonnement à la base de ces tours.

Cette tribune, construite en même temps que la partie inférieure de la

façade, et qui date, par conséquent, de 1210 environ, sert aujourd'hui à

porter le buffet des grandes orgues. Elle se compose seulement d'un arc

qui franchit toute la largeur du vaisseau central, et d'une voûte en

arcs d'ogive. En largeur, elle occupe la moitié de l'épaisseur des tours

et met en communication les belles salles voûtées du premier étage de

ces deux clochers, par de larges arcades. Deux autres arcades

semblables, s'ouvrant dans ces salles, donnent directement sur la nef.

Nous ne parlerons pas ici des salles de premier étage, des porches ou

clochers posés dans l'axe des nefs principales, et qui, s'ouvrant sur

ces nefs, sont de véritables tribunes, parce que nous avons l'occasion

ailleurs de signaler ces dispositions[249].

Au XIVe siècle, on éleva, dans l'intérieur de la cathédrale de Laon,

trois tribunes sous les pignons de la façade occidentale et des deux

bras de croix, pour étrésillonner les piliers des six tours qui

flanquent ces pignons. Ces trois tribunes n'ont donc point une

destination définie, c'est un moyen de consolidation utilisé. Elles

consistent simplement en un arc bombé, avec voûte en arcs d'ogive bandée

entre les piliers de la première travée. Pendant la seconde moitié du

XVe siècle, une tribune fut élevée entre la première travée de la nef de

la cathédrale d'Autun[250]. Cette tribune, destinée à porter un buffet

d'orgues, est disposée sur un plan original, ainsi que le montre la

figure 3, en A. Elle occupe un trapèze _abcd_, dont les angles _b_, _c_,

sont contre-butés par les arcs _bf_, _ce_. La voûte, avec arcs ogives,

tiercelets, liernes, etc., est compliquée et assez plate. C'est une

construction bien conçue, si l'on a égard aux dispositions des piliers

anciens que l'on prétendait ne pas modifier. On arrive au sol de la

tribune par deux escaliers à vis anciens, qui, primitivement, donnaient

accès à une sorte de loge extérieure, qui, vers la fin du XIIe siècle,

fut remplacée par un beau porche[251]. La vue perspective de cette

tribune en fait saisir la construction et le caractère. En B, est un des

deux arcs-boutants qui maintiennent la poussée de la voûte, dont l'arc

de tête _bc_ est porté sur les deux clefs de jonction oblique _b_ et

_c_. Il y a là une combinaison très-simple dans son principe, dont on

pourrait tirer un excellent parti. Les redents et poinçons avec liens

courbes n'ajoutent rien à la solidité, et ne sont pas du meilleur style,

appliqués à une construction de pierre.

Indépendamment de ces tribunes ouvertes, faites pour recevoir des

chanteurs, des jeux d'orgues, ou un public privilégié, on pratiquait

parfois, dans les églises abbatiales ou paroissiales, et surtout dans

les chapelles de châteaux, de petites tribunes fermées, destinées à

certains personnages. Cet usage devint fréquent pendant le XVe siècle.

Les abbés ne descendaient plus au choeur et avaient leur tribune. Les

seigneurs avaient aussi leur tribune spéciale, soit dans l'église

paroissiale, soit dans leur propre chapelle.

Voici (fig. 4) une de ces petites tribunes closes, pratiquée dans le mur

de face du bas côté de l'église abbatiale de Montivilliers

(Seine-Inférieure). Cette église est romane; mais, au XVe siècle, on

rétablit un bas côté, dans le mur duquel est ménagée une tribune[252].

En A, est tracé le plan de la tribune avec l'escalier qui y conduit, et

en B l'élévation sur le collatéral. Ces claires-voies étaient garnies

intérieurement de courtines, afin que les assistants aux cérémonies

pussent voir dans l'église sans être vus. Le service des tribunes

prenait parfois, dans les chapelles de châteaux, une grande

importance[253]. L'une était disposée pour le seigneur et les siens,

d'autres pour les habitants du château, pour les familiers. La garnison

et tout le service se tenaient sur le pavé, à rez-de-chaussée. Il

arrivait souvent même que ces tribunes étaient faites de bois. Les

grand'salles des châteaux possédaient également de ces sortes de

tribunes de menuiserie peinte et décorée d'étoffes. On y plaçait les

musiciens les jours de fête et de banquets, les femmes, ou des personnes

étrangères auxquelles on voulait faire honneur les jours de plaids. Ces

sortes de tribunes étaient élevées dans un angle de la salle, et l'on y

arrivait par des escaliers extérieurs.

Dans les églises, on suspendait aussi des tribunes de bois pour recevoir

des orgues, des choeurs ou des personnes privilégiées. À la cathédrale

de Reims, on voit encore les restes d'une de ces sortes de tribunes

accolée au pignon nord du transsept, et qui date du XVe siècle.

Au-dessus de la porte d'entrée principale de la cathédrale d'Amiens, il

existe également une tribune de bois, dont la construction remonte à

1500 environ, et qui porte sur une ferme armée, masquée derrière trois

arcs en menuiserie.

L'église de Saint-Andoche, de Saulieu (Côte-d'Or), possède encore une

jolie tribune de bois de la fin du XVe siècle, au-dessus de la porte

centrale. La figure 5 en donne l'élévation perspective, prise de

l'intérieur de la nef.

En A, est tracé le système de construction de ces tribunes de charpente

et menuiserie. L'entrait B est entaillé à mi-bois pour laisser passer le

poinçon C, qui s'élève jusqu'à la longrine D et reçoit les deux

arbalétriers E. Les liens G soulagent les parties intermédiaires de

l'entrait, le pied de ces liens reposant sur les murs latéraux en I et

venant s'assembler à l'extrémité inférieure du poinçon C rendu fixe par

les deux arbalétriers E. Une doublure décorée masque l'entrait, et la

balustrade de menuiserie fixée de B en D sur cette doublure et sur la

longrine D roidit tout le système. Le solivage repose sur une lambourde

fixée derrière l'entrait. C'est un système analogue qui est appliqué à

la cathédrale d'Amiens, quoique la portée soit beaucoup plus

grande[254]. La forme de charpente, formant le devant de la tribune, est

divisée en trois travées (voyez en P). De même les poinçons F sont

entaillés à mi-bois dans l'entrait H. Le trapèze KLMN maintient la tête

de ces poinçons qui reçoivent les pieds des liens O. Les assemblages des

arbalétriers sont maintenus dans l'entrait par des étriers boulonnés et

par les deux contre-fiches K, N. Une triple arcature en menuiserie, qui

paraît suspendue, masque les poinçons, les liens, et contribue encore à

donner du roide à tout l'ensemble. Ces arcatures retombant sur des

culs-de-lampe en l'air ne sont donc pas un vain ornement, mais sont la

véritable décoration de la structure en charpente.

On élevait aussi des tribunes sur les places pendant les fêtes

publiques, pour y placer des choristes et des acteurs qui récitaient des

mystères devant la foule. Pendant les tournois, des tribunes de

charpente recouvertes d'étoffes et d'écus armoyés étaient construites

sur l'un des côtés de la lice et servaient d'abri aux seigneurs et aux

dames. Mais ces ouvrages provisoires sortent du domaine de

l'architecture.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 5.]

[Note 242: _Chronique de Saint-Denis_ (_Histoire de France_

de M. Henri Martin, t. III, p. 551).]

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 9 - (T - U - V - Y - Z) · 第 18 / 41 段