Cependant ces transformations ne se manifestaient que dans les églises

des grandes abbayes, les petits établissements religieux conservaient à

peu près les dispositions anciennes du transsept réservé aux moines.

L'église de Saint-Jean aux Bois, près de Compiègne, est un exemple d'une

de ces constructions monastiques élevées au XIIIe siècle sur de petites

dimensions. Dépourvue de collatéraux, cette église se compose d'une

large nef et d'un sanctuaire, séparés par un transsept dont les

croisillons sont chacun divisés par une colonne sur le prolongement des

murs latéraux[213]. Cette jolie disposition, si convenable pour une

petite église conventuelle, est présentée dans la vue perspective (fig.

10). On aperçoit dans cette figure la trabes de l'entrée du

sanctuaire[214]. Les stalles des religieux étaient adossées aux

croisillons, et ceux-ci, derrière ces stalles, laissaient des espaces

libres pour les hôtes ou les personnages qui avaient accès dans le

monastère. La nef était ainsi réservée aux gens du dehors. On ne

pénétrait dans les croisillons que par de petites portes donnant dans

l'enceinte du couvent.

Les églises paroissiales subissaient l'influence des abbayes ou

cathédrales voisines. Dès une époque reculée, elles possédaient, la

plupart, des transsepts, principalement dans les provinces du Nord, du

Centre et de l'Est. Dans le Poitou, la Saintonge et l'Angoumois, au

contraire, il n'est pas rare de trouver des églises paroissiales des

XIIe et XIIIe siècles dépourvues de transsepts. Le centre de la croisée

de ces églises paroissiales est habituellement surmonté de tours dans

les provinces de l'Île-de-France, de la Normandie, de la Bourgogne et de

l'Auvergne. Les croisillons sont, ou percés de portes, ou fermés,

surtout quand ils s'ouvrent sur des chapelles orientées, afin que les

entrants et sortant ne puissent gêner les fidèles. Nous avons un bel

exemple de ces croisillons fermés, de transsepts paroissiaux, dans

l'église si remarquable de Notre-Dame de Dijon (fig. 11). Ici la galerie

du triforium s'interrompt pour laisser la place de la rose, simplement

garnie d'une armature de fer[215]. Le passage sous cette rose est porté

sur deux colonnettes et trois arcs bombés.

Un autre passage inférieur se trouve entre ces colonnes et le fenestrage

du rez-de-chaussée. La chapelle du croisillon s'ouvre en face du

collatéral de la nef qui ne pourtourne pas le sanctuaire, de telle sorte

que chacun de ces croisillons laisse un espace libre et tranquille pour

les fidèles assistant aux offices dits dans ces chapelles. C'est bien là

une disposition convenable pour une église paroissiale de peu d'étendue.

Le plan horizontal explique parfaitement l'heureuse composition du

transsept de l'église paroissiale de Notre-Dame de Dijon.

Mais ce plan est, à un autre point de vue, intéressant à étudier. Quand

on veut connaître une architecture, il ne suffit pas d'en apprécier le

style, d'en analyser les formes et les moyens pratiques; il est

nécessaire de découvrir les principes généraux qui ont servi à la

constituer, à lui donner l'homogénéité résultant de l'emploi d'une

méthode. C'est en prétendant étudier l'architecture des anciens,

indépendamment de ces lois primordiales, que l'on est tombé dans les

plus graves erreurs et que l'anarchie s'est emparée des esprits en

raison même de l'étendue de ces études. On nous dit parfois, il est

vrai, que ce que nous appelons anarchie, absence de méthode, n'est autre

chose qu'une inspiration pleine de promesses, et que l'_art de l'avenir_

sortira tout armé, quelque jour, de ce chaos de styles et de formes

adoptés sans critique et sans examen. Cette espérance n'est, suivant

notre sentiment, qu'illusion; car les travaux de l'esprit n'atteignent

un développement qu'autant qu'ils reposent sur un principe ayant toute

la rigueur d'une formule. Quand cette base est bien établie, que

l'artiste se livre à l'inspiration:

«S'il a _reçu_ du ciel l'influence secrète.»

C'est pour le mieux; mais il lui faut s'appuyer sur un terrain solide,

pour pouvoir s'élever.

Quand il s'agissait de couper les nefs d'une basilique par ce transsept

et de couvrir le tout avec des charpentes, ou bien quand des rangs de

piliers étaient destinés à porter des berceaux de voûtes, le tracé d'un

transsept ne présentait point de sérieuses difficultés: il en était

autrement lorsque le système français d'architecture à voûtes en arcs

d'ogive fut définitivement adopté au commencement du XIIIe siècle; alors

ces tracés demandaient une attention particulière. Il fallait songer aux

poussées qui allaient agir en tous sens; dégager ces espaces qui

demandaient des points d'appui d'autant plus solides, qu'ils étaient

plus larges; combiner l'arrivée des bas côtés dans cette grande nef

transversale de manière que leur ordonnance s'accordât avec les

croisillons; penser aux retours des galeries supérieures, à un éclairage

qui fût en rapport avec l'étendue du vaisseau; proportionner la

dimension du choeur à celle du transsept; ordonner, soit les chapelles

orientées des croisillons, soit la reprise du collatéral autour du

choeur, etc.

Quand, pour remplir ces conditions si diverses, on n'a pour toute

méthode que sa propre inspiration, ou le vague souvenir de ce qui a été

fait en ce genre avant nous, qu'il faut saisir le crayon et le compas,

convenons franchement qu'on ne sait guère par quel bout s'y prendre, et

que l'on ne peut arriver à un résultat à peu près satisfaisant qu'après

de longs tâtonnements; encore n'a-t-on pas l'esprit bien tranquille, et

peut-on craindre que cette inspiration derrière laquelle s'abritent tant

de vagues esprits n'ait failli sur quelque point.

Or, si nous prenons des plans d'églises de cette époque, nous

reconnaissons que les méthodes de tracés adoptés généralement alors, non

sans raison, sont suivies avec plus d'attention encore lorsqu'il s'agit

de planter les transsepts.

Nous choisirons donc pour exemple d'une méthode de tracé le plan du

transsept de Notre-Dame de Dijon (fig. 12).

Soit en E une échelle de six toises. Toute la partie de l'église, depuis

le transsept jusqu'à l'abside, est comprise dans un triangle équilatéral

dont la moitié est _abc_. Les côtés de ce triangle équilatéral ont

chacun quatorze toises; donc, la moitié _ab_ a sept toises. Suivant la

nécessité imposée par le système d'architecture voûtée, c'est le tracé

des voûtes qui détermine le tracé des piles. L'épaisseur du mur _b'_ du

transsept étant fixée à trois pieds, la ligne _ab_, déduction faite de

cette épaisseur de mur, a été divisée en trois parties égales: la

première ligne de division donnant l'axe _p_ des piles de la nef, et la

seconde l'axe des piles de recoupement de la voûte du bras de croix. Le

tracé des piles a été arrêté ainsi qu'on le voit en A pour les grosses

piles, et en B pour celles de la nef. Bien entendu (voyez TRAIT), ces

tracés de piles résultent de la forme et de la dimension des arcs des

voûtes, dimensions et formes fixées tout d'abord en raison de la portée

de ces arcs. La pile, dont un quart est tracé en A, étant connue, il ne

s'agit plus que de faire courir la ligne d'axe de cette pile sur la

ligne d'axe _p_ de division, suivant le cas, ainsi que nous allons le

voir.

L'épaisseur du mur _e_ de l'abside étant fixée à trois pieds, on a

prétendu d'abord obtenir les ouvertures _gh_, _hi_, _ij_, _jk_, des

formerets de la voûte absidale, égales. Pour ce faire, la moitié _lj_ du

décagone a été tracée de manière que les rayons _i'o_ soient égaux à la

moitié _op_ de la nef, déduction faite de l'épaisseur _rs_ (voyez le

détail A), la colonnette _r'_ étant destinée à l'arcature basse et au

formeret de la voûte haute. Alors de _j_ en _k_, on a porté un côté égal

à _ij_. Ce point _k_ connu, le patron de la pile A a été présenté, le

point _k_ étant le centre de la colonnette _r'_, toujours l'axe _s_ sur

l'axe _p_. On a eu ainsi l'axe de l'arc-doubleau _q_. Sur la base _ab_,

à sa rencontre avec l'axe _p_, le patron de la pile A a été présenté.

Restait à déterminer la position de l'axe _t_. Or, la distance de cet

axe à la base _ab_ est égale à la distance de cette base à l'axe V d'un

arc-doubleau de travée de la nef, travée qui est plus longue que large

de quelques pouces; c'est-à-dire que _tu_ égale _u_V. Le reste de la

plantation s'ensuit naturellement. La distance _tq_ est plus courte que

celle _tu_, ce qui était la conséquence du mode de tracé et ce qui donne

d'ailleurs une meilleure proportion que si ces distances eussent été

égales, car alors le choeur eût paru trop profond pour le transsept.

Un autre monument de la même époque (1230 à 1240) et de la même

province, présente une disposition de transsept fort remarquable, c'est

l'église de Notre-Dame de Semur (Côte-d'Or). Mais à Semur le bas côté

pourtournant le choeur, l'architecte a établi des chapelles latérales

parallèlement aux parties droites de ce bas côté, de manière à laisser

(la nef étant très-étroite) la place nécessaire aux fidèles les jours de

fêtes[216]. Il est rare de rencontrer dans nos églises paroissiales ou

collégiales de l'Île-de-France, de la Champagne, de la Picardie et de la

Normandie des partis aussi larges et bien appropriés au service. Dans

ces dernières provinces, les transsepts des églises paroissiales du XIIe

siècle et du commencement du XIIIe sont peu étendus, encombrés par des

piliers épais, eu égard aux vides, et ce n'est qu'en 1250 que ces

édifices religieux du second ordre prennent de l'ampleur.

Par compensation, les dispositions des transsepts de nos cathédrales du

Nord qui en sont pourvues, comme Laon, Reims, Amiens, Chartres, sont

tracées avec une largeur et une entente des grandes réunions publiques

qui ne laissent rien à souhaiter (voyez à l'article CATHÉDRALE les plans

de ces édifices). Largement éclairés par les roses qui s'ouvrent dans

les pignons des croisillons et par des galeries ajourées, donnant

entrée, du côté du choeur, dans de doubles collatéraux, percés le plus

souvent de portes sur les voies publiques, ces transsepts de nos grandes

cathédrales sont la plus belle disposition qui ait jamais été adoptée

pour réunir sur un point une grande affluence de monde. Aussi les XIVe

et XVe siècles n'apportèrent-ils aucun changement à ces dispositions.

Les doubles transsepts, avec doubles absides, l'une à l'orient, l'autre

à l'occident, adoptés assez fréquemment par l'école rhénane pendant la

période romane et jusqu'au XIIe siècle, ne se trouvent en France que

dans les provinces de l'Est. Les cathédrales de Verdun et de Besançon

possédaient de doubles transsepts, avec tours dans les angles rentrants

des absides, celles-ci n'étant point entourées de bas côtés (voyez

ARCHITECTURE RELIGIEUSE, fig. 39; voyez aussi le plan de l'abbaye de

Saint-Gall, ARCHITECTURE MONASTIQUE, fig. 1).

En France, beaucoup de nos églises abbatiales et cathédrales du Nord

avaient des tours élevées sur les ailes des transsepts. Cette

disposition existe à Notre-Dame de Reims, à Chartres, à Laon, aux

églises abbatiales de Saint-Denis, de Cluny, de Vézelay, etc.

Quelquefois de vastes porches s'ouvrent sur les extrémités des bras de

croix, mais ce parti, si franchement adopté à la cathédrale de Chartres,

est postérieur de quelques années à la construction du transsept. Après

les désastreuses guerres contre les Albigeois, la plupart des églises

que l'on rebâtit dans le Languedoc furent élevées sans transsepts. Telle

est la cathédrale d'Alby. Les églises de la ville nouvelle de

Carcassonne, celles de Montpezal, de Moissac (Tarn-et-Garonne), etc., ne

se composent que d'une nef avec chapelles. C'est qu'en effet la

construction d'un transsept nécessite des dépenses considérables, et que

si l'on prétend élever une église à l'aide de faibles ressources, il

faut éviter ces appendices.

Il est rare de trouver dans les églises postérieures à 1250 des

dispositions nouvelles dans la construction des transsepts. Cependant

une église champenoise, Saint-Urbain de Troyes, fait exception. Son

transsept, très-ingénieusement conçu, satisfait entièrement au programme

de l'église paroissiale[217]. Deux porches abritent, à l'extrémité de

chacun des croisillons, des portes doubles, et à l'intérieur les voûtes

de ces croisillons sont tracées sur une donnée nouvelle.

La vue intérieure (fig. 13) de l'un de ces croisillons explique la

disposition originale de ce transsept. Divisé par un trumeau éclairé

dans le pignon par deux fenêtres percées au-dessus du porche extérieur

et par deux autres fenêtres ouvertes dans les murs latéraux au-dessus du

bas côté de la nef et de la chapelle qui flanque le choeur, chacun de

ces croisillons est, dans sa partie supérieure, une véritable lanterne.

L'aspect du transsept de Saint-Urbain est saisissant. L'architecte a su

éviter la pauvreté de ces revers de pignons éclairés ordinairement par

des roses au-dessus de murs pleins percés seulement de portes à

rez-de-chaussée. Ce parti nous paraît préférable à celui qui fut adopté

dans quelques édifices, tels que les cathédrales de Metz et de

Soissons[218], l'église de Moret, etc., et qui consiste à remplacer les

roses par d'immenses verrières s'ouvrant sous les formerets des pignons

et descendant jusqu'aux archivoltes des portes[219], ou à considérer les

roses elles-mêmes, avec la galerie à jour qui les supporte, comme de

véritables fenêtres comprenant la largeur totale du croisillon. Mais il

faut ajouter que l'église de Saint-Urbain de Troyes est un

chef-d'oeuvre, que l'on considère la conception générale ou l'entente

des détails.

Très-rarement les transsepts des églises du moyen âge possèdent-ils des

tribunes à l'intérieur des pignons des croisillons; et quand ils

existent, comme à la cathédrale de Laon et dans l'église d'Eu, par

exemple, ces ouvrages datent d'une époque postérieure à celle de la

construction primitive de l'édifice.

On doit aussi considérer comme une exception les porches de transsepts

surmontés d'une tour. Le croisillon sud de la cathédrale du Mans nous en

fournit un exemple datant de la fin du XIIIe siècle.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 5.]

[Illustration: Fig. 6.]

[Illustration: Fig. 7.]

[Illustration: Fig. 8.]

[Illustration: Fig. 9.]

[Illustration: Fig. 10.]

[Illustration: Fig. 11.]

[Illustration: Fig. 12.]

[Illustration: Fig. 13.]

[Note 185: Voyez les fragments du plan du Capitole.]

[Note 186: Nous engageons nos lecteurs à consulter, à ce

sujet, l'excellent ouvrage de M. Henri Hubsch: _Monuments de

l'architecture chrétienne_, traduit par M. l'abbé Guerber

(1866, Morel éditeur). Ce recueil d'églises des premiers

siècles, fait avec un soin rare, montre comme nos voisins

d'outre-Rhin sondent scrupuleusement le champ des études

archéologiques.]

[Note 187: Voyez ARCHITECTURE RELIGIEUSE, fig. 2.]

[Note 188: Voyez _ibidem_, fig. 11.]

[Note 189: Voyez ARCHITECTURE MONASTIQUE, fig. 2.]

[Note 190: Voyez l'ouvrage du duc de Serradifalco: _Del duomo

di Montreale_. Palerme, 1838.]

[Note 191: Dans ce plan, toutes les parties teintées en noir

existent encore; celles hachées sont remplacées par des

constructions datant de la fin du XIIe siècle et ne sont plus

visibles que dans les fondations. Les parties anciennes

datent du Xe siècle.]

[Note 192: La nef de l'église abbatiale de Vézelay, bâtie

vers 1100, fait exception. Là on essaya de construire des

voûtes d'arête (voyez ARCHITECTURE RELIGIEUSE, fig. 21, et

TRAVÉE, fig. 4), qui sont plutôt des coupoles avec plis aux

retombées.]

[Note 193: Notre-Dame du Port, Saint-Nectaire, Issoire,

Ébreuil; l'église Saint-Étienne de Nevers doit être rangée

parmi les monuments religieux de cette belle école

auvergnate.]

[Note 194: Voyez ARCHITECTURE RELIGIEUSE, fig. 10 _bis_.]

[Note 195: Voyez à ce sujet l'article ARCHITECTURE

MONASTIQUE.]

[Note 196: Voyez Cathédrale, fig, 41 et 43, 27, 28 et 34.]

[Note 197: Nous en avons acquis la preuve dans les fondations

et au-dessus des voûtes de la croisée. Très-probablement on

ne se décida, à Paris, à donner un transsept à la cathédrale

qu'après l'achèvement du choeur, c'est-à-dire après la mort

de Maurice de Sully.]

[Note 198: Les parties du plan qui ont été modifiées pendant

les XIIIe, XIVe et XVIe siècles sont huchées.]

[Note 199: Voyez CATHÉDRALE, fig. 28 et 30.]

[Note 200: Voyez CATHÉDRALE, fig. 30.]

[Note 201: À Notre-Dame de Paris, primitivement, le

sanctuaire était de plain-pied avec son collatéral.]

[Note 202: Voyez la _Monographie de la cathédrale de Noyon_,

par MM. Vitet et D. Ramée. Voy. aussi ARCHITECTURE

RELIGIEUSE, fig. 30 et 31; CATHÉDRALE, fig. 7 et 10.]

[Note 203: Voyez ARCHITECTURE RELIGIEUSE, fig. 4.]

[Note 204: L'église abbatiale de Saint-Hilaire de Poitiers

fut dédiée en 1049. Voyez _Notes of a tour in the west of

France_ (Parker, London, 1852).]

[Note 205: Voyez ARCHITECTURE MONASTIQUE.]

[Note 206: Les hachures de gauche à droite indiquent ces

restes.]

[Note 207: Les hachures larges, de droite à gauche, indiquent

ces constructions encore visibles dans les cryptes.]

[Note 208: Les hachures serrées, de droite à gauche,

indiquent ces ouvrages.]

[Note 209: Ces descentes existent encore.]

[Note 210: Une opération analogue fut faite à la cathédrale

de Paris, à celles de Bourges et de Chartres. Les sculptures

du XIIe siècle furent jugées dignes d'être conservées et

furent remontées dans les constructions du XIIIe.]

[Note 211: En fouillant tout le centre du transsept, nous

avons trouvé, au-dessous du sol de l'église de Dagobert, de

nombreux sarcophages mérovingiens. (Voyez TOMBEAU, fig. 1.)]

[Note 212: Pour se rendre compte de la disposition ancienne

du transsept qui composait en partie le choeur des religieux

de Saint-Denis, voyez l'article CHOEUR, fig. 2. Aujourd'hui

les monuments sont rétablis dans le transsept, suivant la

disposition adoptée sous saint Louis.]

[Note 213: Voyez les plans et élévations de ce joli édifice

dans l'ouvrage de M. de Baudot: _Églises de bourgs et

villages_ (Morel, éditeur).]

[Note 214: Voyez TRABES.]

[Note 215: Voyez ARMATURE, fig. 6 et 7.]

[Note 216: Voyez, _Archives des monuments historiques_, les

plans et les coupes de cet édifice.]

[Note 217: Voyez le plan de cette église à l'article

CONSTRUCTION, fig. 102.]

[Note 218: Bras de croix nord.]

[Note 219: Voyez PIGNON.]

TRAVAISON, s. m. Vieux mot correspondant à ce que l'on entend

aujourd'hui par _entablement_, mais ne s'appliquant qu'aux ouvrages de

bois.

TRAVÉE, s. f. Mot employé pour désigner toute ordonnance entre les

points d'appuis principaux ou pièces maîtresses d'une construction:

ainsi, on dit _travée de plancher_, pour indiquer le solivage compris

entre deux poutres. _Travée de pont_, est la portion du tablier de bois

comprise entre deux files de pieux ou entre deux piles. _Travée de

salle_ ou d'église, est l'ordonnance comprise entre deux piles

maîtresses, entre deux arcs-doubleaux. Une _travée de comble_ est

l'espace entre deux fermes de charpente.

Du moment qu'une salle est divisée par des points d'appuis espacés, dans

sa longueur, pour porter soit une voûte, soit des fermes ou des poutres,

cette salle se compose d'autant de travées qu'elle contient de

divisions.

Dans la structure du moyen âge, en France, l'histoire de la travée est

intéressante, parce qu'elle détermine les essais successifs par

lesquels, de la basilique romaine couverte en charpente, on arrive à la

nef voûtée en arcs d'ogive.

Personne n'ignore que la basilique romaine se composait habituellement

d'une nef principale, dont les murs portés sur des rangées de colonnes

étaient flanqués latéralement de collatéraux simples ou doubles. Les

collatéraux étaient parfois surmontés de galeries ou tribunes au-dessus

desquelles s'ouvraient les jours qui éclairaient la charpente

lambrissée. Cette disposition fut suivie dans la construction des

premières églises et des grandes salles d'assemblée élevées dans les

Gaules. Chaque entre-colonnement de la basilique constituait une travée.

Le plan de la basilique romaine fut suivi, dans le nord des Gaules,

jusque vers le milieu du XIe siècle; mais déjà, antérieurement à cette

époque, le mode de structure avait subi des modifications par suite des

rapports fréquents des peuples occidentaux avec l'Orient. Le plus ancien

monument de ce temps que nous possédions sur des dimensions

considérables, dans la France septentrionale, est certainement la nef de

l'église abbatiale de Saint-Rémi de Reims. Cette nef était--ainsi qu'il

est facile encore de le reconnaître--primitivement couverte par une

charpente apparente, tandis que les collatéraux, voûtés à

rez-de-chaussée, étaient surmontés d'une galerie couverte par des

charpentes avec arcs-doubleaux. La figure 1 donne une travée de la nef

de l'église abbatiale de Saint-Rémi[220]. Le grand mur A repose sur une

file de piles composées de colonnes en faisceaux, à rez-de-chaussée, et

sur des piliers à section quadrangulaire au niveau de la galerie du

premier étage. Des colonnes avec arcatures divisent les ouvertures

donnant sur cette galerie. Au-dessus des combles des collatéraux

s'ouvrent les deux rangs de fenêtres B et C. Les voûtes des bas côtés, à

rez-de-chaussée, se composent d'arcs-doubleaux D et F, portant des

berceaux perpendiculaires à la nef et concentriques aux archivoltes E.

Les pilettes G, qui formaient comme un second collatéral étroit, avaient

pour objet de diminuer l'effet de poussée qu'aurait exercé

l'arc-doubleau unique sur le mur de clôture H. Au premier étage,

l'arc-doubleau I, ne portant qu'un solivage de bois, ne pouvait exercer

sur le mur H une poussée que ce mur renforcé de contre-forts

cylindriques ne put maintenir. Le grand mur A se trouvait étrésillonné

par ces berceaux du rez-de-chaussée et par les arcs-doubleaux de la

galerie. Il n'était décoré, suivant l'usage du temps, que par des

peintures[221].

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 9 - (T - U - V - Y - Z) · 第 16 / 41 段