Lorsque les tourelles sont posées en encorbellement, les constructeurs

du moyen âge ont apporté un grand soin dans la disposition de l'appareil

et dans la répartition des charges, pour éviter la bascule. Ces

encorbellements naissent beaucoup au-dessous du sol inférieur de la

tourelle, et le cylindre est complet, afin de pouvoir être maintenu dans

son centre de gravité. Il est assez rare qu'une tourelle d'angle soit

tracée ainsi que l'indique le plan (fig. 4, A), c'est-à-dire ayant les

trois quarts de sa surface en dehors de la construction inférieure. Le

plus habituellement, ou un contre-fort soulage une partie du

porte-à-faux (voyez en B), ou plus d'un quart de la tourelle est engagé

dans l'angle (voy. en C). Mais le XVe siècle se permettait des

hardiesses de construction et aimait à les montrer. On éleva donc

parfois, à cette époque, des tourelles d'angle suivant le tracé A. Or,

pour maintenir la bascule de toute la portion _abc_ du cylindre, il

fallait que le cul-de-lampe prît naissance assez bas pour être chargé

par l'angle _h_, avant de commencer le dégagement complet de l'intérieur

de la tourelle. Les constructeurs procédaient ainsi. Soit (fig. 5) une

coupe faite sur _bh_; soit _g_ le niveau du sol de l'étage en

communication avec le sol inférieur de la tourelle. La naissance du

cul-de-lampe était placée en _n_, et assez bas pour que la charge du

quart du plan _nopq_, posant sur l'angle de pierre, fût équivalente au

moins à la charge _nst_ des trois quarts du cul-de-lampe en

porte-à-faux. À cet effet, il était laissé en _v_ un vide que l'on

recouvrait avec un bout de plancher. C'est ce vide que l'on prend, dans

les tourelles anciennes où il existe, pour des cachettes

préméditées[172]. Les trois quarts du cylindre en porte-à-faux étaient

facilement reliés au quart engagé dans l'angle, mais encore fallait-il

que ce quart engagé fût, à lui seul, aussi lourd que les trois quarts en

porte-à-faux; et c'est pourquoi les murs des tourelles en encorbellement

sont très-minces, souvent évidés, et présentent une section horizontale

analogue à celle tracée en D dans notre figure 5.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2,]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 5.]

[Note 163: Voyez MANOIR.]

[Note 164: On voit encore plusieurs tourelles tenant à des

hôtels du XVIIe siècle, dans la rue Hautefeuille, à Paris.]

[Note 165: Voyez CLÔTURE, fig. 5.]

[Note 166: Voyez ÉCHAUGUETTE.]

[Note 167: Voyez, à l'article ARCHITECTURE MONASTIQUE, les

figures 18 et 19, qui donnent les plans de cette porte, en B

et C fig. 18, et en A fig. 19.]

[Note 168: Voyez, dans les _Archives des monuments

historiques_, le travail de M. Devrez, architecte, sur le

mont Saint-Michel en mer.]

[Note 169: Voyez PALAIS, fig. 15 et 16 (XIVe siècle).]

[Note 170: La partie supérieure de ces tourelles était encore

intacte au commencement du siècle; l'ouvrage a été rasé au

niveau du chemin de ronde depuis lors, mais il existe des

dessins et tableaux, dans la bibliothèque d'Avignon, qui

permettent de le rétablir dans son intégrité.]

[Note 171: Voyez MAISON, fig. 36 et 37. Des fragments de

cette tourelle ont été déposés dans la cour de l'École des

Beaux-Arts à Paris.--Voyez encore l'_Architecture civile et

domestique_ de MM. Verdier et Cattois.]

[Note 172: J'ai vu ruiner une tourelle dans laquelle le

propriétaire d'un manoir avait eu l'idée de faire enlever le

massif d'angle formant contre-poids, croyant que ce massif

devait renfermer quelque trésor. Il serait tout aussi

dangereux de faire remplir de maçonnerie les prétendues

cachettes.]

TRABES, s. f. Mot latin _trabs_, adopté par l'Église, et signifiant: les

poutres de bois placées en travers ou autour du choeur, sur lesquelles

on posait des lumières et auxquelles on attachait des lampes. Les

églises abbatiales possédaient des trabes en avant de l'autel principal

(voyez CHOEUR). Un crucifix était habituellement fixé au milieu de la

trabes. Ces poutres reposaient parfois sur quatre colonnes entourant

l'autel. Elles étaient sculptées et peintes, ou revêtues de pièces

d'orfévrerie de cuivre ou d'argent[173], surmontées d'arcatures entre

lesquelles brûlaient des lampes. Quelquefois des figures les

décoraient[174]. Il n'existe plus aucune de ces trabes dans nos

anciennes églises françaises, mais on en voit encore quelques-unes dans

les églises d'Italie. La petite église conventuelle de Saint-Jean au

Bois, dans la forêt de Compiègne (Oise), laisse encore voir les deux

extrémités sciées d'une trabes du XIIIe siècles couvertes de jolies

peintures. Ces extrémités reposent sur deux chapiteaux ménagés au droit

des piliers de l'entrée du choeur (fig. 1). C'était à la trabes que,

pendant la semaine sainte, on suspendait le voile funèbre qui cachait

l'autel et le sanctuaire. L'usage des trabes est antérieur à celui des

jubés et date des premiers temps du christianisme. Il a été conservé,

comme beaucoup d'autres coutumes primitives, dans l'Église grecque, et

nous ne saurions dire pourquoi ces poutres porte-lumières ont été

supprimées en France. Les églises abbatiales de Saint-Denis, de Cluny,

possédaient des trabes magnifiquement ornées d'orfévreries et de

chandeliers de vermeil, qui étaient posées entre les stalles et le

sanctuaire.

[Illustration: Fig. 1.]

[Note 173: Voyez du Cange, _Gloss_.]

[Note 174: «Transpositam veterem trabem, quæ supra majus

altare ponebatur,... in qua etiam trabe series 12.

Patriarcharum et 12. Apostolorum, et in medio Majestas cum

Ecclesia et Synagoga figuratur.» (_Vitæ abbatum S. Albani_.)]

TRAIT (_Art du_). C'est ainsi que l'on désigne l'opération qui consiste

à dessiner, grandeur d'exécution, sur une aire, les projections

horizontales et verticales, les sections et rabattements des diverses

parties d'une construction, de telle sorte que l'appareilleur puisse

découper les panneaux d'appareil, le _gâcheur_ faire tailler les pièces

de bois qui constituent une oeuvre de charpenterie; le menuisier, les

membrures et assemblages des lambris, portes, croisées, etc.

Le _trait_ est une opération de géométrie descriptive, une décomposition

des plans multiples qui composent les solides à mettre en oeuvre dans la

construction.

L'art du trait, développé pendant l'antiquité grecque, était à peu près

ignoré par les constructeurs de la première période du moyen âge, et il

ne semble pas, à voir les monuments carlovingiens, que les efforts

tentés par Charlemagne pour faire enseigner la géométrie aux architectes

occidentaux aient produit des résultats sensibles. Ce n'est qu'après les

premières croisades que l'on s'aperçoit d'un développement notable de

ces connaissances en France. À la fin du XIIe siècle, les maîtres des

oeuvres avaient repris possession de la géométrie, et, depuis cette

époque, leur habileté en cette science s'accrut d'année en année,

jusqu'à la fin du XVe siècle.

La pratique de la géométrie descriptive était fort avancée chez les

peuples orientaux et chez les Égyptiens dès une époque très-reculée.

Après la translation de l'empire romain à Byzance, les sciences

mathématiques eurent des foyers puissants à Byzance même, à Alexandrie,

et plus tard à Bagdad, et dans les contrées soumises à la domination des

kalifes. Les premiers croisés trouvèrent en Syrie des écoles dont ils

surent tirer profit, et, dès le commencement du XIIe siècle, l'art de

projeter les solides, de développer leurs surfaces, était déjà mis en

pratique en Occident. Si les éléments de la géométrie semblent à peine

connus des constructeurs carlovingiens, ils sont évidemment familiers

aux architectes clunisiens, qui ont élevé la nef de Vézelay vers 1100;

et, trente ans plus tard, on s'aperçoit, dans la construction du porche

de la même église, que ces constructeurs ont, en géométrie descriptive,

des connaissances déjà étendues, car toutes les parties de ce porche, et

l'appareil notamment, sont tracées avec sûreté et précision. Bien plus,

on voit naître, dans les tracés de cette belle école clunisienne, une

méthode, non plus empirique comme celle des constructeurs antérieurs du

moyen âge, mais appuyée sur un principe qui, à nos yeux du moins, est

excellent, puisqu'il est logique et vrai. Nous expliquerons cette

méthode en quelques mots. Toute structure est élevée pour remplir un

objet, se propose une fin; il semble donc que ce soit l'objet qui doive

imposer les moyens; ces moyens sont ou doivent être subordonnés

essentiellement à l'objet. Une salle, par exemple, a pour objet un

espace vide couvert; c'est ce vide couvert qui est l'objet, et non les

piliers ou les murs; ceux-ci ne sont et ne doivent être que les moyens

d'obtenir le vide. Supposons que la salle soit voûtée, c'est la voûte

qui couvre l'espace vide, c'est elle qui est la partie essentielle de la

structure, parce que c'est elle qu'il s'agit de maintenir en l'air;

c'est donc la voûte, sa forme, son étendue et son poids qui commandent

la disposition; la forme et la résistance des points d'appui. Par

déduction logique, la surface à couvrir, et le moyen de la couvrir (soit

une voûte) étant donnés, c'est la voûte qu'il s'agit d'abord de tracer,

et c'est son tracé qui doit imposer celui des piliers ou des murs. En

toute chose, c'est la conclusion à laquelle on veut arriver qui commande

les prémisses, et personne ne commencera un livre ou un discours sans

savoir, au préalable, ce qu'il veut démontrer.

Une méthode aussi naturelle, aussi simple, aussi logique, ouvrait alors

un champ nouveau à l'architecture, comme elle l'ouvrirait encore

aujourd'hui, si l'on voulait se donner la peine de l'appliquer avec

rigueur et en utilisant les éléments dont nous disposons. Nous disons

qu'alors, au XIIe siècle, cette méthode ouvrait un champ nouveau à

l'art, parce que, depuis la décadence antique, l'art ne vivait plus que

sur des traditions assez confuses et corrompues, traditions dont les

éléments étaient oubliés ou incompris, parce qu'on ne se mettait guère

en peine, pas plus qu'aujourd'hui, en architecture, de faire concorder

les prémisses avec la conclusion, ou les moyens avec l'objet; on parlait

pour parler. Au milieu de cette confusion et de cette ignorance de la

pratique de l'art, l'introduction d'une méthode satisfaisante pour

l'esprit, facilement applicable, qui ne demandait tout d'abord que des

connaissances en géométrie peu étendues, qui d'ailleurs était

susceptible de perfectionnements infinis, comme la suite l'a prouvé, et

comme on le reconnaît encore quand on veut l'appliquer, devait produire

un de ces développements subits signalés de loiu en loin dans l'histoire

de l'art. C'est ce qui arriva. Heureusement pour ce temps, les

monastères clunisiens renfermaient l'élite des intelligences en

Occident, et étaient à la tête, par l'enseignement, de toutes les

connaissances qui pouvaient alors donner une direction nouvelle aux arts

et aux lettres. Si l'on examine les monuments que ces religieux ont

élevés pendant la première moitié du XIIe siècle, on constate jusqu'à

quel degré ils avaient pu s'assimiler cette architecture dont ils

avaient pris les éléments en Syrie, mais aussi comment ils allaient

fertiliser ces éléments en les soumettant à une méthode géométrique

rigoureusement déduite de l'objet. Dorénavant, dans le tracé de la

structure, c'était la chose portée, sa configuration, sa pesanteur, sa

position logique, qui allaient imposer les membres et les formes de la

chose qui porte. Encore une fois c'était là un progrès, une idée

nouvelle, car cette idée n'avait été développée avec cette rigueur, ni

chez les Grecs, ni dans les édifices romains. Elle sera encore de nos

jours un des éléments de progrès en laissant faire au temps, et en

tenant compte des études qui se poursuivent malgré les entraves

académiques, parce qu'elle est singulièrement propre à l'emploi des

nouveaux matériaux que l'industrie nous fournit.

Il faut dire que pour appliquer rigoureusement la méthode de tracé

qu'inauguraient les maîtres, dès le milieu du XIIe siècle; il fallait

que ceux-ci fussent eux-mêmes traceurs, et que les formes de

l'architecture fussent combinées en raison des nécessités de la

structure. Il fallait qu'ils eussent sans cesse devant les yeux de leur

intelligence les moyens pratiques applicables, non-seulement à la

partie, mais à l'ensemble. Ils ne se fiaient point à l'opération du

_ravalement_, si commode pour dissimuler des négligences, des oublis ou

des erreurs; car chaque pierre sortie de la main de l'ouvrier devait

prendre exactement la place qui lui était destinée, suivant la forme

nécessaire et tracée d'avance, pour ne plus être retouchée. Le système

de voûte trouvé par ces maîtres, vers 1150, et atteignant si rapidement

son développement logique, système dont les éléments étaient entièrement

neufs, dérivait d'une méthode de tracé spéciale, rigoureuse dans son

principe, mais très-étendue dans ses applications. En étudiant les

édifices élevés dans l'ancienne France de 1130 à 1160, on découvre

aisément les _écoles_ qu'ont dû faire les constructeurs pendant cette

période, les difficultés qui surgissent d'une application encore

incomplète de la méthode à suivre, les perfectionnements qui se

développent à mesure que ces maîtres entrent plus avant dans

l'application vraie du système adopté. C'est ainsi, en effet, que se

forme un art, et non par des essais vagues, produits de ce que l'on

croit être une inspiration spontanée, ou d'un éclectisme nuageux ne se

rattachant à aucun principe arrêté. En architecture, tout est problème à

résoudre; des traditions établies peuvent être suivies et fournir

longtemps une carrière à l'artiste, mais si ces traditions viennent à

manquer, ou sont reconnues insuffisantes, l'art, pour ne pas tomber au

dernier degré de l'affaissement, a besoin de recourir à des principes

absolus, doit adopter une méthode logique dans sa marche, serrée dans

son application. Les maîtres du XIIe siècle comprirent ainsi leur rôle,

et s'ils ne nous ont pas laissé d'écrits pour nous le dire, ils ont

élevé assez de monuments, encore entiers, pour nous le prouver. Alors

les développements de l'architecture religieuse et de l'architecture

militaire étaient ce qui préoccupait le plus ces maîtres, et cependant

les principes qu'ils adoptent, s'étendent sur toutes les autres branches

de l'art. Une fois dans la voie logiquement tracée, ils ne s'en écartent

pas, car elle les conduit aussi bien à la structure de l'église, sur des

formes nouvelles, qu'à celle de la forteresse, du palais ou de la

maison.

Nous avons été si fort déshabitués de raisonner, quand il s'agit

d'architecture; les formules académiques sont tellement ennemies de

l'examen, de la critique, de la juste appréciation de l'objet, du besoin

et des moyens pratiques, que, de nos jours, la nécessité faisant loi et

étant supérieure aux préjugés d'écoles, les architectes ont vu s'élever

à côté d'eux un corps puissant destiné probablement à les absorber. Ceux

que nous appelons _ingénieurs_ ne font pas autre chose, à tout prendre,

que ce que firent les maîtres laïques vers le milieu du XIIe siècle. Ils

prennent pour loi: le besoin exactement rempli à l'aide des moyens les

plus vrais et les plus simples. Si leur méthode n'a pu encore développer

des formes d'art nouvelles, il faut s'en prendre à l'influence de ces

préjugés d'écoles auxquels ils n'ont osé se soustraire encore

entièrement. Ils arriveront à s'en affranchir, on n'en saurait douter,

car, encore une fois, la nécessité les y pousse: l'exemple que nous

présentons ici finira tôt ou tard par les convaincre qu'il est des

traditions abâtardies avec lesquelles il faut rompre; que l'on ne

renouvelle pas un art comme l'architecture, en s'assimilant des formes

antérieures sans les passer au crible d'un examen scrupuleux, mais bien

plutôt en partant d'un principe établi sur le raisonnement et sur la

logique.

Peut-être les moines du XIIe siècle exprimèrent-ils leurs regrets de

voir abandonner les traditions de l'art roman et les restes des arts

antiques, en face de la nouvelle école des maîtres laïques qui

cherchaient à établir leur système sur l'examen, les procédés

géométriques et la stricte observation du besoin...; leurs doléances ne

sont point parvenues jusqu'à nous; et, d'ailleurs, si elles se

produisirent, le mouvement social qui prétendait soustraire la

civilisation à leur influence exclusive fut le plus fort. Les écoles des

couvents elles-mêmes, bien que puissantes, furent entraînées, en tant

que les établissements monastiques aient conservé des écoles de maîtres

des oeuvres, le XIIe siècle écoulé. Il faut rendre cependant à ces

établissements la justice qui leur est due, ils avaient commencé (les

Clunisiens entre tous) la révolution savante qui allait renouveler l'art

de l'architecture. Dans leurs écoles, ainsi que nous le disions tout à

l'heure, l'étude de la géométrie était évidemment en honneur dès la

première moitié du XIIe siècle. Ils commencèrent, sans en avoir

conscience peut-être, la ruine de l'art roman, ou du moins ils ne

prétendirent pas établir l'hiératisme. En supposant qu'ils aient reconnu

le danger qui menaçait les traditions romanes, ils n'avaient pas, pour

le combattre, cet éclectisme irraisonné de nos Académies d'art modernes,

puisqu'ils ne connaissaient guère qu'une forme architectonique, celle

qu'ils avaient pratiquée. Un moine de génie semble même avoir provoqué

cette révolution de l'art de bâtir. Suger fit reconstruire l'église de

Saint-Denis en 1137. Elle était terminée, ou peu s'en faut, en 1141. Or,

on voit apparaître déjà, dans ce qui nous reste de ce monument, le

système de structure dit _gothique_.

Les voûtes, qui constituent la partie la plus importante de ce système,

sont conçues en dehors des données romanes. La figure 1re explique

l'ensemble du tracé de la partie. conservée du tour du choeur élevé par

Suger. Le plein cintre a complétement disparu; tous les arcs sont tracés

en tiers-point, et c'est leur projection horizontale qui commande

impérieusement déjà la place et la forme des piliers. En d'autres

termes, l'architecte a dû tracer les voûtes d'abord sur son plan, avant

d'arrêter la disposition des piliers. Son intention a été, évidemment,

de chercher, autant que possible, des branches d'arcs d'une portée

égale, puisque, dans toute cette partie occupée par les chapelles et les

doubles collatéraux, il était nécessaire que les clefs des voûtes

fussent de niveau, ou à très-peu près.

Les piliers A, B, C, D, E, et les archivoltes AB, BC, CD, DE, ont été

refaits sous saint Louis, mais les socles des piliers A, B, C, datent de

l'époque de Suger. Quant aux voûtes hautes du sanctuaire, elles ont été

reconstruites également au XIIIe siècle. Nous ne nous occupons donc que

de la partie comprenant les chapelles et le double collatéral qui

appartient à la structure de 1137.

On remarquera que les branches d'arcs ogives _ab_, _cd_, _de_, _df_,

etc., sont sensiblement égales. Du moment que l'arc brisé était admis,

les petites différences de longueur de ces branches n'empêchaient pas

que leurs clefs atteignissent un même niveau. Les clefs des

arcs-doubleaux FG, HI (arcs en tiers-point), sont à un niveau plus bas

que les clefs _b_ et _d_; ce qui devait être, puisque les branches F_g_,

_g_G, etc., de ces arcs, sont plus courtes que celles des arcs ogives.

Quant aux arcs doubleaux KL, tracés sur plan horizontal circulaire,

leurs clefs sont à un niveau intermédiaire entre celui des clefs _b d_

et celui des clefs _g h_. Les clefs _m_ des formerets _ef_ n'atteignent

pas non plus le niveau des clefs _d_. Il en résulte que les voûtes

d'arête LKI_fe_, LKFO, sont bombées d'une manière sensible[175]. Ces

arcs de voûte et leurs rabattements tracés, le maître de l'oeuvre a

projeté leurs naissances sur les points où elles devaient porter, ainsi

que nous l'avons indiqué en P pour la colonne _p_,--le profil des

arcs-doubleaux étant _n_ et celui des arcs ogives _s_;--ces naissances

ont imposé la forme et la dimension des tailloirs, et par suite celle du

chapiteau et de la colonne: de telle sorte que (voyez le détail R d'une

chapelle) ces colonnes prennent un diamètre en raison de la puissance ou

du nombre des arcs qu'elles portent, ce qui est parfaitement raisonné et

logique.

Il existe, dans le tracé général de ces chapelles et collatéraux du

choeur de l'église de Saint-Denis, une irrégularité notable. Les

projections d'arcs-doubleaux normaux au cercle du rond-point ABC ne

tendent pas au centre Q de ce cercle. Le centre de la seconde

précinction LK est en T, au delà du centre Q sur le grand axe, tandis

que le centre de la troisième précinction _d, d'_, sur laquelle sont

posés les centres des chapelles circulaires, est en Q, et celui de la

tête I des chapelles est en V. L'arc-doubleau _ce_ a donc plus

d'ouverture que l'arc-doubleau HI, plus encore que celui _xi_, plus

encore que celui _pr_. Par contre, l'arc-doubleau O_a_ a moins

d'ouverture que celui FG, etc. Si nous prolongeons jusqu'au grand axe

les projections horizontales d'arcs-doubleaux A_e_, BI, C_i_, D_p_, nous

voyons que seule la ligne A_e_ tombe sur le centre T, et que les autres

rencontrent le grand axe au delà de ce point. Le traceur a fait _danser_

ces lignes comme on fait danser les marches d'un escalier dans une

partie tournante, pour éviter les différences trop grandes que

donneraient les secteurs à chacune de leurs extrémités. En effet, si le

maître eût tracé les rayons tendants à un centre, les arcs d'entrée des

chapelles eussent eu une ouverture hors de proportion avec celle des

archivoltes AB du sanctuaire. Le tracé des arcs des voûtes devenait plus

difficile, ou plutôt les écarts considérables entre les longueurs de

branches d'arcs eussent été un embarras pour le constructeur, sans

compter le mauvais effet produit à l'oeil.

Il y a aussi dans ces irrégularités, appréciables seulement sur un plan

exactement rapporté, un effet de perspective cherché. Il faut se

rappeler que la place Z, dans le sanctuaire, était occupée par un

magnifique autel avec le reliquaire des martyrs, le tout refait avec

luxe par Suger, et que par suite de la déviation des rayons des

chapelles, les cérémonies pratiquées en avant de l'autel des reliques se

faisaient ainsi réellement au centre de ces chapelles. Quant à la plus

grande ouverture des arcs-doubleaux _ce_, relativement à celles des

arcs-doubleaux des chapelles antérieures, c'était un moyen de donner

plus de profondeur à l'église suivant son grand axe, et de combattre

l'effet de raccourcissement de l'abside produit par la perspective.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 9 - (T - U - V - Y - Z) · 第 13 / 41 段