On observera que cette tour interrompt le chemin de ronde des courtines

sur lesquelles, d'ailleurs, elle prend un commandement considérable. Un

large degré à rampe droite, posé sur des arcs (voyez en E, fig. 68),

atteint le niveau d'un des chemins de ronde et débouche en face d'une

porte s'ouvrant sur l'escalier à vis. La pente du sol intérieur

s'inclinant vers l'entrée, une gargouille est percée en G, à 2 mètres

environ au-dessus du sol des lices, et pouvait, au besoin, servir de

porte-voix pour des patrouilles rentrantes. Cet ouvrage, qui appartient

aux défenses ajoutées à la cité de Carcassonne par Philippe le Hardi,

est construit comme la tour de l'Évêché, en assises de grès dur, à

bossages, et appareillé avec soin. Il domine la barbacane de l'enceinte

extérieure et tous les alentours, car il se trouve planté sur le point

le plus élevé du plateau. Sa masse sert de masque à l'église de

Saint-Nazaire, distante seulement de 25 mètres. Sa plate-forme est

couverte de dalles, et une guette H (voyez fig. 70) la surmonte, afin de

permettre au maître _enginéor_ de commander la manoeuvre du grand engin

mis en batterie sur cette plate-forme[153].

Du dehors, la tour de la poterne Saint-Nazaire présente un aspect plus

imposant encore, car le sol des lices est à 3 mètres en contre-bas du

seuil de la seconde porte. La figure 71 montre ces dehors du côté de la

poterne, les hourds étant supposés mis en place pour la défense.

Ces hourds ne sont posés que sur les trois faces de la tour, devant le

crénelage du chemin de ronde, laissant les échauguettes libres et leurs

meurtrières; de sorte que ces échauguettes flanquent les hourds et sont

flanquées par les archères latérales de ceux-ci. Les hourds sont doubles

et disposés ainsi que l'indique la coupe (fig. 71 _bis_).

Suivant l'usage, la communication entre le chemin de ronde A ordinaire

et le chemin de ronde B de guerre se faisait par les créneaux percés

dans le parapet. De ce chemin de. ronde B, par un bout d'échelle de

meunier, les arbalétriers montaient sur le chemin relevé C et pouvaient

envoyer des carreaux par le mâchicoulis D. Trois rangs d'arbalétriers

tiraient ainsi simultanément. De plus, des projectiles étaient jetés

verticalement, au besoin, par les mâchicoulis M.

Profitant du commandement de la plate-forme supérieure E, un quatrième

rang d'arbalétriers envoyait des carreaux au loin par les créneaux à

volets et les meurtrières percés dans le parapet F. Les lignes ponctuées

indiquent les angles de tir. Quelquefois la disposition des tours-portes

était adoptée par raison d'économie. Il était moins dispendieux d'ouvrir

une baie à la base d'une tour que de flanquer cette baie de deux tours

suivant l'usage le plus général. Plusieurs des bastides bâties dans la

Guyenne, sous la domination anglaise, ont, pour portes, des tours

carrées. On trouve même avant cette époque, dans la contrée, des traces

de portes percées à travers des ouvrages carrés ou barlongs. Telle est

la porte Brunet, à Saint-Émilion, dont la construction est encore

romane, bien qu'elle ne remonte guère plus loin que le commencement du

XIIIe siècle. Une des portes de Cadillac offre une disposition curieuse,

parmi les ouvrages de cette nature. Ce ne fut qu'en 1315 que la clôture

de la bastide de Cadillac et ses _portails_ furent commencés[154]. Les

habitants devaient élever les murs, et le seigneur du lieu, Pierre de

Grailly, les quatre _portails bons et suffisants_. Il paraîtrait que de

ces quatre portails, le sire de Grailly n'en éleva que deux. Or, voici

l'un de ceux-ci, dit _porte Garonne_, construit avec la plus grande

économie, mais présentant une disposition peu commune.

Des fossés de 20 mètres de largeur environ, remplis par les eaux de

l'Oeille, entourent l'ancienne bastide. La porte Garonne projette toute

son épaisseur en dehors de la courtine, dont les chemins de ronde

continuent derrière elle, et bat le fossé. Voici (fig. 72) le plan de

cette porte au niveau du rez-de-chaussée, en A, et au niveau du premier

étage, en B. Dans ce dernier plan, on voit en _a_ le chemin de ronde de

la courtine, que l'ouvrage n'interrompt pas. Les mâchicoulis et

meurtrières _b_ sont percés à 2 mètres en contre-haut du sol de ce

chemin de ronde, et ne pouvaient, par conséquent, être servis par les

gens postés sur ce chemin, mais bien par les soldats placés sur un

plancher de bois que l'on voit tracé en _d_ dans la coupe longitudinale

(fig. 73); or, on ne pouvait se placer sur ce plancher qu'en passant par

une porte percée au niveau du plancher du premier étage en _e_ (voyez le

plan B), et l'on ne pouvait monter sur ce plancher que par une échelle

mobile tracée en _f_ (voyez la coupe 73) et qui partait du sol de la

porte. Les gardes de la porte avaient donc l'unique charge de veiller à

sa défense et ne communiquaient pas avec les chemins de ronde des

courtines. Comme, d'après la charte d'établissement des défenses de

Cadillac, ce sont les habitants qui construisent l'enceinte et le

seigneur qui élève les portes, il se pourrait que la garde de celles-ci

eût été confiée seulement aux gens du sire de Grailly. Eux seuls

auraient pu ouvrir les portes, eux seuls devaient les défendre. Le

seigneur aurait eu ainsi moins à redouter les conséquences de la

faiblesse, du découragement, ou même de la négligence des bourgeois,

assez disposés en tout temps à ne pas affronter les longueurs et les

privations d'un siége.

S'entendre avec des ennemis et leur faciliter les moyens de passer un

fossé plein d'eau, de 20 mètres de largeur, et d'escalader un rempart de

10 mètres, c'était là un acte de trahison que de braves gens ne

pouvaient accomplir; mais laisser surprendre le poste d'une porte ou

écouter des propositions, et consentir à baisser le pont-levis devant

une troupe qui fait de belles promesses, c'était ce qui arrivait

fréquemment aux milices.

Il semble que le constructeur de la porte Garonne de Cadillac ait voulu

prévenir ce danger, en faisant de cette défense, malgré son peu

d'importance, un poste absolument indépendant des remparts de la ville.

Dans notre coupe longitudinale (73), on voit que le chemin de ronde en

_n_ n'a point de vues sur l'intérieur de la tour, et que ce chemin de

ronde est facilement surveillé par les hommes postés sur le plancher

_d_. La place de l'échelle mobile qui permettait d'atteindre la porte

_e_ (voyez le plan 72 B, et la coupe 73) est parfaitement visible

encore. Le pied-droit _p_ (voyez le plan) est plus large que le

pied-droit _q_. Puis le mâchicoulis et les meurtrières ne commencent

qu'après la porte _e_ (voyez la coupe transversale 74). Le mur de garde

de ces meurtrières, porté sur deux corbeaux saillants et sur un arc,

laisse donc une sorte de rainure entre lui et le mur latéral _g_;

rainure dans laquelle passait l'échelle.

Celle-ci était en deux parties: l'un des jambages de la partie

supérieure était fixe, posé sur un repos ménagé sur le corbeau à côté du

mur de garde; l'autre suivait le mur _g_ jusqu'au sol. La seconde partie

de l'échelle _f_ (voyez la coupe 73) coulait au besoin sur le jambage

_i_ accolé au mur, et sur l'autre jambage _l_ maintenu en l'air par la

pièce de bois _m_ appuyée sur le repos du corbeau _s_. Par la porte _e_,

au moyen d'un cordage, il était aisé de faire glisser l'échelle

descendante sur les montants de l'échelle fixe. Bien entendu, un guide

empêchait cette échelle descendante de sortir de son plan.

Les hommes de garde ayant remonté l'échelle passaient par la porte _e_

et redescendaient par la petite échelle sur le chemin de ronde spécial

_d_. De là ils pouvaient, par trois meurtrières, envoyer des carreaux

sur la première porte, et servir le mâchicoulis, si l'ennemi arrivait

jusqu'à la porte-barrière _t_. Un petit pont-levis V fermait la première

porte. Le chemin de ronde _d_ était couvert par un simple appentis

très-incliné _r_. C'était également par des échelles qu'on montait au

second étage et à la défense supérieure, consistant en des créneaux et

merlons percés de meurtrières avec mâchicoulis, sur la face et les

flancs de la tour. Si nous supposons une section faite de _x_ en _y_ (du

plan B) en regardant vers l'intérieur de la tour, nous obtenons la

figure 75. Ce tracé nous montre l'arc de la porte en _a_, le sol du

chemin de ronde des courtines pour le service des milices en _b_, et le

chemin de ronde du poste spécialement affecté à la garde de la tour en

_c_, avec sa porte _e_ donnant sur l'échelle mobile[155].

Cependant ces tours carrées servant de portes ne paraissaient pas offrir

assez de résistance contre un assaillant déterminé; leurs faces

n'étaient point flanquées, et la défense sérieuse ne commençait qu'à

l'intérieur même de la tour, lorsque la porte extérieure était déjà

prise. Il y avait dans ce parti un inconvénient. Il a toujours été

mauvais, en fait de fortifications, de réserver les moyens défensifs les

plus efficaces en arrière, car les troupes sont alors disposées à

abandonner facilement les défenses extérieures pour se réfugier dans

celles qu'elles considèrent comme plus fortes, mais qui sont les

dernières, et qui, par cela même, excitent les efforts énergiques de

l'assaillant. Place entamée est bientôt prise, l'assiégeant devenant

d'autant plus entreprenant et audacieux, qu'il a déjà obtenu un premier

avantage. Il est un autre axiome de défense qui n'a jamais cessé d'être

applicable. Il est plus aisé d'empêcher un assaillant d'avancer qu'il ne

l'est de le faire reculer lorsqu'il a gagné un poste.

Une porte non flanquée, comme celle de la bastide de Cadillac, était

bientôt forcée en comblant le fossé. Alors l'assiégeant se trouvait, il

est vrai, en face d'une seconde défense, relativement forte et bien

munie; mais il lui était facile de mettre le feu aux planchers de la

tour en accumulant des fascines sous le passage, et, dans ce cas,

l'ouvrage n'avait plus de valeur. À la fin du XIVe siècle, les tours

cependant, à cause de leur commandement, prenaient une nouvelle

importance[156], et un homme de guerre célèbre, Olivier de Clisson,

persista à les employer comme portes. Toutefois Olivier de Clisson

renonça au plan carré, et adopta la forme cylindrique. Le château de

Blain, situé entre Redon et Nantes, fut bâti à la fin du XIVe siècle par

le connétable Olivier de Clisson. La porte d'entrée de la baille est

pratiquée dans une tour ronde, dite tour du Pont-levis, qui montre

encore à l'extérieur et à l'intérieur l'M couronnée accostée d'un

heaume. Ce chiffre équivaut à une date certaine, car on le retrouve sur

le sceau d'Olivier de Clisson, de 1407, et sur les bâtiments de l'hôtel

du connétable, bâti à Paris vers 1388, et compris aujourd'hui dans

l'hôtel des Archives de l'empire[157]. On sait, d'ailleurs, que vers

1366, Olivier de Clisson, qui avait juré de n'avoir jamais d'Anglais

pour voisins, alla démolir le château de Gâvre que le duc de Bretagne

venait de donner à Jean Chandos, et en fit porter les pierres à Blain

pour les employer dans la bâtisse du nouveau château. Or, il paraîtrait

que le farouche connétable avait adopté, dans les défenses qu'il faisait

élever, un système de portes passant à travers le cylindre d'une tour

ronde, avec pont-levis, long couloir, vantaux, mâchicoulis et

herses[158].

La tour ronde avait cet avantage sur la tour carrée, qu'elle envoyait

des projectiles divergents, ne laissait pas de points morts sous les

mâchicoulis et était difficile à attaquer par la mine.

Ces tours-portes cylindriques d'Olivier de Clisson avaient sur les

courtines un commandement considérable. Celle de Blain est couverte par

un comble conique, et au-dessus du passage voûté de la porte est une

salle carrée, avec cheminée, cabinets et escalier montant aux chemins de

ronde des mâchicoulis.

Le célèbre château de Montargis possédait une tour-porte construite à

peu près suivant ce programme, mais développé. Nous en présentons les

plans (fig. 76)[159]. En A, est tracé le plan du rez-de-chaussée. Un

pont-levis s'abattait en _a_, sur une chaussée; _b_ était un large

fossé; _d_, la courtine isolée de la tour; _e_, la grande salle

crénelée[160]; _f_, un second pont-levis, de sorte que la tour pouvait

être complétement isolée des dehors et de la cour du château _g_.

Quand on avait franchi la première porte _a_, on se trouvait dans une

cour cylindrique, sorte de puits à ciel ouvert, n'ayant d'autre issue

que la porte _f_ vers la cour. Au premier étage B, la tour était mise en

communication avec la courtine _d_ au moyen d'une passerelle de bois

aboutissant à un petit poste _h_. Par deux couloirs réservés dans

l'épaisseur du cylindre, on arrivait aux deux chambres de herses, et

l'on trouvait en face de la passerelle un escalier à vis montant à

l'étage supérieur de la défense, dont le plan est figuré en C. Cet étage

ne consistait qu'en une galerie annulaire crénelée à l'extérieur et à

l'intérieur, afin de permettre aux défenseurs d'écraser les assaillants

qui se seraient aventurés dans la cour circulaire.

Du rez-de-chaussée on ne pouvait monter aux étages supérieurs. De petits

postes étaient probablement ménagés dans l'épaisseur du cylindre, entre

l'étage des chambres de herses et la galerie de couronnement. La figure

77 présente la coupe de cette tour, faite sur l'axe des portes en A, et

le détail de la galerie supérieure en B. Nous ne saurions dire si cet

ouvrage était antérieur ou postérieur aux défenses faites dans l'Ouest

sous les ordres du connétable de Clisson; mais il est certain qu'il

appartient au même ordre de défenses.

Nous avons montré, dans l'article PONT, des tours destinées à défendre

ces passages: les unes sont carrées, comme celles du pont de Cahors;

d'autres sont circulaires ou elliptiques, comme la grosse tour du pont

de Saintes. Il est donc inutile de nous étendre plus longtemps ici sur

ces tours à cheval sur des passages. Il nous reste à dire quelques mots

des tours-phares. Une des plus anciennes est la tour d'Aigues-Mortes,

dite tour de Constance, bâtie par saint Louis. Cette tour cylindrique a

29 mètres de hauteur sur 22 mètres de diamètre; une tourelle de 11

mètres s'élève près du crénelage sur la plate-forme, et portait les feux

de nuit destinés à guider les navires entrant dans le port. Cette

plate-forme est disposée pour recevoir les eaux pluviales qui s'écoulent

dans une citerne. Deux salles voûtées sont pratiquées sous le crénelage

et ne sont éclairées que par des meurtrières.

Sur la tour carrée du fort Saint-Jean qui flanque le côté gauche de

l'entrée du vieux port de Marseille, et qui date du XIVe siècle,

existait autrefois une tourelle portant un feu. Sur les côtes de la

Méditerranée, dans les environs d'Aigues-Mortes, on voit encore la trace

de tours isolées qui servaient à la fois de phares et de postes pour

défendre le littoral contre les descentes fréquentes des pirates.

La plupart de ces ouvrages datent des règnes de saint Louis, de Philippe

le Hardi et de Charles VI.

Le climat destructeur des côtes de l'Océan n'a pas laissé subsister de

tours de phares d'une époque reculée, et l'on peut considérer comme une

des plus anciennes la tour du port de la Rochelle, dite tour de la

Lanterne. Cet ouvrage, attaché aux remparts, s'élève sur le bord de la

mer, à 100 mètres environ du goulet du port, à l'extrémité du front de

gauche. C'est une grosse tour de 16 mètres de diamètre, terminée par une

flèche pyramidale de pierre.

Nous donnons les plans (fig. 78) de ses trois étages, en A à

rez-de-chaussée, en B au niveau du premier, et en C au niveau du chemin

de ronde[161]. L'étage bas est voûté; il est mis en communication avec

la ville par le couloir _a_, mais n'est relié aux étages supérieurs par

aucun escalier. On n'entre au premier étage que par le couloir _b_

donnant sur le chemin de ronde de la courtine. De ce couloir on monte

par un escalier à vis jusqu'au chemin de ronde crénelé de la tour, C;

puis à ce niveau on trouve le second escalier _h_ qui monte à la

lanterne accolée à la flèche. La figure 79 présente la coupe de la tour.

On remarquera que le chemin de ronde est percé de mâchicoulis. En A, est

la lanterne qui recevait le feu, lequel, vers certains points de

l'horizon, était masqué par la flèche. Il est vrai que la lanterne est

tournée du côté de la haute mer, et que son feu illuminait la pointe de

la flèche, ce qui pouvait être, pour les navigateurs, un moyen de ne

point confondre ce phare avec un autre. La construction de cette tour

date de la fin du XIVe siècle. La figure 80 présente son élévation du

côté de l'entrée du port. Un balcon, auquel on arrive par l'escalier à

vis, est pratiqué à mi-hauteur de la flèche de pierre, et permettait de

placer des guetteurs ou encore des feux supplémentaires.

Il a été reconnu, de nos jours, qu'il ne pouvait suffire de placer des

phares à l'entrée des rades ou des fleuves pour indiquer les passes aux

navigateurs, mais qu'il importait, avant tout, de signaler la position

du littoral. «Or, ce littoral présente une série de caps diversement

accentués, qui peuvent être considérés comme les sommets d'un polygone

circonscrit à tous les écueils; et l'on a placé un feu sur chacun d'eux,

de manière à annoncer la terre aussi loin que le permettent la hauteur

et la puissance des appareils. On a établi d'ailleurs une relation telle

entre l'espacement des sommets et la portée des phares, qu'il soit

impossible d'approcher de la côte sans avoir au moins un feu en vue,

tant que l'atmosphère n'est pas embrumée[162].» On comprendra que pour

faire un travail de cette nature, et d'après cette méthode, il faut,

avant tout, posséder des cartes côtières très-exactes. Or, la science

topographique est une science toute moderne.

Les côtes, pendant le moyen âge, aussi bien que pendant la période de

l'antiquité grecque et romaine, n'étaient reconnues que d'une manière

incomplète, assez cependant pour que les écueils ou les promontoires

aient été signalés par des tours ou de simples fourneaux dans lesquels

on brûlait des matières résineuses pendant la nuit.

Si l'on parcourt les côtes de France, particulièrement en Normandie et

sur la Méditerranée, il est bien rare que, dans le voisinage des phares

modernes, établis sur des promontoires, on ne trouve pas les traces de

constructions du moyen âge. Pendant cette période, comme pendant

l'antiquité, si l'on correspondait au moyen de signaux placés sur des

points élevés tant que durait le jour, la nuit les feux devenaient un

moyen habituel de correspondance entre des points éloignés, ainsi que

cela se pratiquait encore dans les montagnes de la Suisse et des

Cévennes, avant l'établissement des télégraphes électriques. Il n'est

pas besoin de dire que ces phares portaient, ou de simples grils à

résine, ou des feux fixes enfermés dans des lanternes, et qu'ils ne

pouvaient avoir la portée de nos appareils modernes.

L'étendue que nous avons été obligé de donner à cet article fait assez

connaître de quelle importance étaient, dans l'architecture du moyen

âge, les constructions à grands commandements. Ce désir ou ce besoin

d'élever des tour a existé chez toutes les civilisations qui ne sont

point arrivées à un développement complet. Ceux qui bâtissent tiennent à

voir au loin et à être vus. La tour devient ainsi, en même temps qu'une

sûreté, un moyen de surveillance et une marque honorifique.

Sous le régime féodal, les seigneurs seuls avaient le droit d'élever des

tours; les tenanciers ne pouvaient en posséder (voyez CHÂTEAU, MANOIR).

Bien entendu, comme seigneurs féodaux, les abbés usaient de ce même

droit, qui, pour les seigneurs laïques aussi bien que pour les

religieux, était soumis à l'autorisation du suzerain. C'est ainsi que

sous Philippe-Auguste et sous saint Louis, maint seigneur est contraint

de démolir les tours qu'il fait élever sans, au préalable, avoir obtenu

la sanction royale.

Les démolitions de tours ordonnées par le suzerain étaient presque

toujours provoquées par les plaintes de voisins. Les abbayes notamment,

et les évêques, veillaient scrupuleusement à ce qu'il ne fût pas élevé

de châteaux avec tours dans leur voisinage. Leurs plaintes à ce sujet

sont fréquentes, et quand les parties ne pouvaient s'accommoder, il

fallait recourir à l'autorité royale. Était-elle toujours respectée?

Cela est douteux; de là, entre seigneurs, des conflits qui, en fin de

compte, finissaient par provoquer l'intervention royale au détriment de

l'un des deux adversaires, quelquefois de tous les deux, et au profit du

pouvoir suzerain. Le roi, d'ailleurs, en cas de guerre, de défense du

territoire, avait le droit d'occuper et de faire occuper par ses troupes

les châteaux, tours et donjons de ses vassaux.

Or, en dépit de ce droit, il arriva parfois que les portes des châteaux

restaient closes devant leur suzerain, qui n'était pas toujours en état

de les faire ouvrir par la force. Les châteaux et leurs tours

formidables devinrent ainsi, pour la royauté, à mesure qu'elle

s'affermissait, un souvenir d'insultes souvent demeurées impunies. Louis

XI porta un premier coup à ces nids féodaux. La renaissance, plus encore

par mode que par politique, en vit détruire un grand nombre. Henri IV,

Richelieu et Mazarin démantelèrent les derniers.

Tel était leur nombre, cependant, sur le territoire français, que nous

trouvons beaucoup de ces défenses et de ces postes encore debout.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 5.]

[Illustration: Fig. 6.]

[Illustration: Fig. 7.]

[Illustration: Fig. 8.]

[Illustration: Fig. 9.]

[Illustration: Fig. 10.]

[Illustration: Fig. 11.]

[Illustration: Fig. 12.]

[Illustration: Fig. 13.]

[Illustration: Fig. 14.]

[Illustration: Fig. 15.]

[Illustration: Fig. 16.]

[Illustration: Fig. 17.]

[Illustration: Fig. 18.]

[Illustration: Fig. 19.]

[Illustration: Fig. 20.]

[Illustration: Fig. 21.]

[Illustration: Fig. 22.]

[Illustration: Fig. 23.]

[Illustration: Fig. 24.]

[Illustration: Fig. 25.]

[Illustration: Fig. 26.]

[Illustration: Fig. 27.]

[Illustration: Fig. 28.]

[Illustration: Fig. 29.]

[Illustration: Fig. 30.]

[Illustration: Fig. 31.]

[Illustration: Fig. 32.]

[Illustration: Fig. 33.]

[Illustration: Fig. 34.]

[Illustration: Fig. 35.]

[Illustration: Fig. 36.]

[Illustration: Fig. 37.]

[Illustration: Fig. 38.]

[Illustration: Fig. 39.]

[Illustration: Fig. 40.]

[Illustration: Fig. 41.]

[Illustration: Fig. 42.]

[Illustration: Fig. 43.]

[Illustration: Fig. 44.]

[Illustration: Fig. 45.]

[Illustration: Fig. 46.]

[Illustration: Fig. 47.]

[Illustration: Fig. 48.]

[Illustration: Fig. 49.]

[Illustration: Fig. 50.]

[Illustration: Fig. 51.]

[Illustration: Fig. 52.]

[Illustration: Fig. 53.]

[Illustration: Fig. 54.]

[Illustration: Fig. 55.]

[Illustration: Fig. 56.]

[Illustration: Fig. 57.]

[Illustration: Fig. 58.]

[Illustration: Fig. 59.]

[Illustration: Fig. 60.]

[Illustration: Fig. 61.]

[Illustration: Fig. 62.]

[Illustration: Fig. 63.]

[Illustration: Fig. 64.]

[Illustration: Fig. 65.]

[Illustration: Fig. 66.]

[Illustration: Fig. 67.]

[Illustration: Fig. 68.]

[Illustration: Fig. 69.]

[Illustration: Fig. 70.]

[Illustration: Fig. 71.]

[Illustration: Fig. 71. bis.]

[Illustration: Fig. 72.]

[Illustration: Fig. 73.]

[Illustration: Fig. 74.]

[Illustration: Fig. 75.]

[Illustration: Fig. 76.]

[Illustration: Fig. 77.]

[Illustration: Fig. 78.]

[Illustration: Fig. 79.]

[Illustration: Fig. 80.]

[Note 63: «Castra extollens altius et castella, turresque

adsiduas per habiles locos et opportunos, quà Galliarum

extenditur longitudo; nonnunquam etiam ultra flumen ædificiis

positis snbradens barbaros fines.» (Ammien Marcellin, lib.

XXVIII, cap. II.)]

[Note 64: C'est ainsi que sont construites les tours romaines

de Besigheim, au confluent du Necker et de l'Enz.]

[Note 65: Voyez _Essai sur le système défensif des Romains

dans le pays éduen_, par M. Bulliot, p. 26.]

[Note 66: Lib. I, cap. V.]

[Note 67: Voyez _La fortification déduite de son histoire_,

par le général Tripier. Paris, 1866.]

[Note 68: Tours visigothes de Carcassonne; tours d'Autun, de

Cologne, de Dax; tours de Rome du temps de Bélisaire.]

[Note 69: La tour dite du _Four Saint-Nazaire._]

[Note 70: Voyez HOURD.]

[Note 71: Mosaïque gallo-romaine, musée de Carpentras.]

[Note 72: Voyez HOURD, fig. 1.]

[Note 73: Quant au plomb fondu, à l'huile bouillante, ce sont

là des moyens de défense un peu trop dispendieux pour qu'on

les puisse prendre au sérieux. D'ailleurs le plomb fondu,

tombant de cette hauteur, serait arrivé en bas en gouttes

froides, ce qui n'était pas très-redoutable. Ce n'était que

par exception qu'on avait recours à ces moyens de défense. De

simples cailloux du poids de 8 à 10 kilogrammes, tombant

d'une hauteur de 20 mètres, étaient les projectiles les plus

dangereux pour des hommes armés et pavaisés.]

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 9 - (T - U - V - Y - Z) · 第 11 / 41 段