Cette tour B, plus grosse et plus haute que les quatre autres qui

flanquent le donjon, a 9m,85 de diamètre au-dessus du talus (30 pieds);

le niveau de sa plate-forme était à 35 mètres environ au-dessus du seuil

de la porte du donjon. Son plan présente des particularités curieuses.

Une poterne relevée, fermée par une herse, donne sur les dehors

indépendamment de la porte qui s'ouvre sur la cour. Deux étages étaient

voûtés, trois autres supérieurs fermés par des planchers. Une ceinture

de corbeaux, comme ceux du donjon de Coucy, recevait des hours à double

étage; une porte s'ouvrait aussi sur le chemin de ronde de la courtine

C. Cette entrée passait à travers la cage d'un escalier à vis qui,

inscrit dans une tourelle cylindrique, partait du niveau de ce chemin de

ronde pour arriver à tous les étages supérieurs. Du rez-de-chaussée on

montait au premier étage par un degré pris dans l'épaisseur du mur du

côté intérieur. En D, il existait un bâtiment d'habitation assez vaste,

dont on aperçoit aujourd'hui seulement les fondations. On sait quel rôle

important joua le château de Montlhéry pendant le moyen âge.

Cette valeur tenait plus encore à sa position stratégique qu'à la

puissance de ses ouvrages; et la grosse tour B du donjon était bien plus

un point d'observation qu'une défense. Il est évident que pour la

garnison de Montlhéry, l'essentiel était d'être prévenue à temps, car

alors il devenait impossible à des assaillants d'aborder la motte élevée

sur laquelle s'étageaient les défenses; quelques hommes suffisaient à

déjouer un coup de main.

TOUR DE GUET (_guettes)_.--Les châteaux, les donjons, avaient leur

guette mais aussi les villes. Dans l'état présent de l'Europe, on ne

saurait comprendre l'importance de ces observatoires élevés sur les

points dominants des châteaux et des villes.

Si nous avons encore conservé les voleurs qui cherchent à s'introduire

la nuit dans les habitations des cités et des campagnes, du moins cette

corporation n'exécute-t-elle ses projets qu'en se cachant du mieux

qu'elle peut. Mais il n'en était pas ainsi depuis l'empire romain

jusqu'au XVIIe siècle. Pendant l'administration des derniers empereurs,

les _villæ_ et même les bourgades n'étaient pas toujours à l'abri des

expéditions de bandes d'aventuriers qui, en plein jour, rançonnaient les

particuliers et les petites communes, ainsi que nous voyons encore la

chose se faire parfois en Italie, en Sicile et sur une partie du

territoire de l'Asie. Le brigandage (pour nous servir d'un mot qui ne

date que du XVe siècle) existait à l'état permanent sous

l'administration romaine, aux portes mêmes de la capitale de l'empire,

et il n'est pas équitable de faire remonter cette institution au moyen

âge seulement; elle appartient un peu à tous les temps, et aux sociétés

particulièrement qui inclinent vers la dissolution. Le moyen âge féodal

ne pratiqua pas le brigandage et ne l'éleva pas à la hauteur d'une

institution, ainsi que plusieurs feignent de le croire pour arriver à

nous démontrer que l'histoire de la civilisation ne date que du XVIe

siècle.

La féodalité entreprit au contraire de détruire le brigandage qui, après

la chute de l'empire romain, était passé dans les moeurs et s'étendait à

l'aise sur toute l'Europe occidentale. La féodalité fut une véritable

gendarmerie, une magistrature armée, et malgré tous les abus qui

entourent son règne, elle eut au moins cet avantage de relever les

populations de l'affaissement où elles étaient tombées à la fin de

l'empire et sous les Mérovingiens. Ces premiers possesseurs terriens,

ces leudes, surent grouper autour de leurs domaines les habitants

effarés des campagnes, et si des colons romains ils ne firent pas du

jour au lendemain des citoyens (tâche impossible, puisque à peine les

temps modernes ont pu la remplir), du moins leur enseignèrent-ils par

l'exemple à se défendre et à se réunir au besoin, à l'ombre du donjon,

contre un ennemi commun. Que des châtelains aient été des voleurs de

grands chemins, le fait a pu se présenter, surtout au déclin de la

féodalité; mais il serait aussi injuste de rendre l'institution féodale

responsable de ces crimes qu'il serait insensé de condamner les

institutions de crédit, parce qu'il se rencontre parfois des

banqueroutiers parmi les financiers. Les _Assises de Jérusalem_, ce code

élaboré par la féodalité taillant en plein drap, est, pour l'état de la

société d'alors, un recueil d'ordonnances fort sages, et qui indique une

très-exacte appréciation des conditions d'ordre social; et les barons,

guerriers et légistes qui ont rédigé ce code, eussent été fort surpris

si on leur eût dit qu'un siècle comme le nôtre, qui se prétend éclairé

sur toutes choses, les considérerait comme des détrousseurs de pèlerins;

des soudards, pillards sans vergogne.

La guette, ou la tour de guet, est le signe visible du système de police

armée établi par la féodalité. La tour de guet du château n'a pas

seulement pour objet de prévenir la garnison d'une approche suspecte,

mais bien plus d'avertir les gens du bourg ou du village de se défier

d'une surprise et de se prémunir contre une attaque possible. Il n'était

pas rare de voir une troupe de partisans profiter de l'heure où les gens

étaient aux champs pour s'emparer d'une bourgade et la mettre à rançon.

À la première alarme, le châtelain et ses hommes avaient bientôt fait de

relever le pont et de se mettre à l'abri des insultes; mais ces

garnisons, très-faibles en temps ordinaire, n'eussent pas pu déloger des

troupes d'aventuriers et empêcher le pillage du bourg; il fallait avoir

le temps de rassembler les paysans dispersés dans la campagne: c'est à

cette fin que les tours de guet étaient élevées. Aux premiers sons du

cor, aux premiers tintements du beffroi, les populations rurales se

groupaient sous les murs du château et organisaient la défense, appuyées

sur la garnison de la forteresse. Les villes possédaient, par le même

motif, des tours de guet sur les points qui découvraient la campagne au

loin. Ces tours de guet établies le long des remparts devinrent, vers le

XIVe siècle, le beffroi de la ville; outre les guetteurs, elles

renfermaient des cloches dont les tintements appelaient les habitants

aux points de leurs quartiers désignés d'avance, d'où les quarteniers

les dirigeaient d'après les instructions qui leur étaient transmises par

les chefs militaires.

Dans les châteaux, les tours de guet ne servaient pas seulement à

prévenir les dangers d'une surprise; les guetteurs, qui veillaient nuit

et jour à leur sommet, avertissaient les gens du château de la rentrée

du maître, de l'heure des repas, du lever et du coucher du soleil, des

feux qui s'allumaient dans la campagne, de l'arrivée des visiteurs, des

messagers, des convois. La guette était ainsi la voix du château, son

avertisseur; aussi les fonctions de guetteur n'étaient-elles confiées

qu'à des hommes éprouvés et étaient-elles largement rétribuées, car le

métier était pénible.

Souvent les tours de guet ne sont que des guettes, c'est-à-dire des

tourelles accolées à une tour principale et dépassant en hauteur ses

couronnements[137]. Mais aussi existe-t-il de véritables tours de guet,

c'est-à-dire uniquement destinées à cet usage.

La cité de Carcassonne en possède une très-élevée d'une époque ancienne

(fin du XIe siècle), entièrement conservée. Cette tour dépend du

château, domine toute la cité et le cours de l'Aude; elle est bâtie sur

plan rectangulaire[138] et ne contenait qu'un escalier de bois avec

paliers. Son sommet pouvait être garni de hourds[139].

L'angle sud-ouest des murs romains de la ville d'Autun, point culminant

de l'enceinte, possède une tour de guet du XIIe siècle, dont nous

donnons (fig. 59) la vue prise au dehors des murs. Cette tour contenait

plusieurs chambres les unes au-dessus des autres et un escalier de bois.

Les fenêtres jumelles de la chambre supérieure s'ouvrent du côté de la

ville. La corniche de couronnement formait parapet, et le chéneau du

comble en charpente, chemin de ronde. Les eaux de ce comble plat, posé

en contre-bas du couronnement, s'écoulaient par des gargouilles[140].

La tour de Nesle, à Paris, qui commandait, sur la rive gauche, le cours

de la Seine à sa sortie de la ville, était plutôt une tour de guet qu'un

ouvrage propre à la défense. Elle était mise en communication par une

estacade avec la tour de la rive droite (dite _tour qui fait le coin_),

qui, en amont du Louvre, terminait l'enceinte de la ville. Un fanal

était suspendu à ses créneaux pour indiquer aux bateliers l'entrée de

l'estacade qui barrait une partie notable du fleuve. De sa plate-forme

on découvrait les enceintes de l'ouest (rive gauche), le faubourg

Saint-Germain, le Pré aux Clercs, le Louvre et la Cité.

La tour de Nesle, bâtie sous le règne de Philippe-Auguste, en même temps

que l'enceinte de Paris, c'est-à-dire vers 1200, est désignée dans un

acte de 1210: _Tornella Philippi Hamelini supra Sequanam_[141]. Ce n'est

qu'un siècle plus tard qu'elle est connue sous le nom de _tour de Nesle_

ou _de Nelle_. Elle était plantée à la place qu'occupe le pavillon

oriental du palais de l'Institut. Sur le quai, près d'elle, s'ouvrait la

porte de la ville dite porte de Nesle (voyez le plan, fig. 60), et en A

s'étendait l'hôtel de même nom. La tour de Nesle D avait, hors oeuvre,

cinq toises de diamètre, possédait deux étages voûtés et deux étages

plafonnés, avec une plate-forme à laquelle arrivait l'escalier à vis E,

après avoir desservi tous les étages. Cet escalier dépassait de beaucoup

le niveau de la plate-forme (qui peut-être était primitivement couverte

par un comble conique) et servait de guette.

La vue perspective de cette tour (fig. 61), prise en dehors de la porte

de Nesle[142], en fait comprendre la valeur comme poste d'observation

sur le fleuve. De là des signaux pouvaient être transmis au Louvre, et

_vice versa_, sur tout le front occidental des remparts de la rive

gauche[143] et au palais de la Cité. En amont de Paris, deux autres

tours à peu près semblables à celle-ci barraient la rivière: l'une, dite

_tour Barbeau_, formait tête du rempart sur la rive droite; l'autre,

dite _la Tournelle_, avait la même destination sur la rive gauche. Ces

deux ouvrages, qui se trouvaient au droit du milieu de l'île

Saint-Louis, se reliaient avec deux autres tours élevées sur les berges

de cette île, coupée alors par un fossé que remplissait la Seine[144].

La tour de Villeneuve-lez-Avignon, bâtie sur la rive droite du Rhône, au

débouché du pont de Saint-Bénezet, par Philippe le Bel, en 1307, est une

tour d'observation en même temps qu'un donjon propre à la défense. Elle

se reliait à un vaste système de fortifications qui défendait de ce côté

le territoire français contre les empiétements de la Provence[145], et

qui, plus tard, contribua à enlever aux papes d'Avignon tous droits de

seigneurie sur le cours du Rhône.

Cette tour, bâtie sur plan quadrilatère losangé, possède plusieurs

salles voûtées et une guette carrée au sommet, avec tourelle propre

encore à recevoir un guetteur. C'est un ouvrage admirablement construit,

avec plate-forme, crénelage armé de mâchicoulis, et échauguettes aux

angles. Ce genre de défenses nous amène à parler des tours considérées

comme postes isolés, sortes de blockaus permanents.

TOURS-POSTES ISOLÉES. TOURS DÉFENSES DE PASSAGES, DE PONTS.--Le cours de

nos fleuves, les passages des montagnes, certaines lignes de défense

d'un territoire, laissent encore voir des traces de tours, carrées

habituellement, qui servaient à assurer le péage sur les cours d'eau, à

réprimer le brigandage, arrêter les invasions, les surprises de voisins

trop puissants ou turbulents. Ces tours, que l'on trouve encore en grand

nombre dans les passages des Pyrénées, le long de la haute Loire, du

Rhône, de la Saône, de l'Aveyron et du Tarn, du Doubs et de l'Isère, sur

les frontières du Morvan, dans les Vosges, sont plantées sur des points

élevés et peuvent correspondre au moyen de signaux. L'assiette choisie

est habituellement un promontoire escarpé ne se reliant aux hauteurs

voisines que par une langue de terre, de manière à n'être accessible que

vers un point. Cette chaussée naturelle est parfois coupée par un fossé

ou défendue par un rempart qui sert de chemise à la tour. On ne peut

pénétrer dans l'intérieur de celle-ci que par une porte relevée

au-dessus du sol et par une échelle ou par un pont volant jeté sur le

chemin de ronde de la chemise. Un exemple type fera comprendre cette

disposition adoptée fréquemment dans les passages des Pyrénées (fig.

62). Devant la porte de la chemise était placée une barrière de bois. Un

mâchicoulis défendait cette première porte. Pour pénétrer dans la

tour-poste, on montait un degré qui aboutissait au chemin de ronde de la

chemise. Ce chemin se présentait latéralement à la face de la tour dans

laquelle était percée la porte. Un pont mobile qui s'abattait d'un

encorbellement sur le chemin de ronde de la chemise au moyen d'un treuil

placé dans le mâchicoulis-échauguette, permettait de pénétrer dans ce

réduit contenant plusieurs étages et une plate-forme supérieure destinée

à la défense et aux signaux. Ces postes sont souvent munis de cheminées

et même d'un four et d'un puits allant chercher une source, ou d'une

citerne creusée dans le roc et recueillant les eaux de pluie de la

plate-forme et du plateau.

Les chevaliers du Temple possédaient beaucoup de ces postes établis, sur

une grande échelle, en Syrie. «Les diverses places de guerre possédées

au moyen âge par les chrétiens, en terre sainte, étaient reliées entre

elles par de petits postes ou tours élevés d'après un plan uniforme: un

grand nombre subsistent encore aujourd'hui, savoir: Bord-ez-Zara,

Bordj-Maksour, Om-el-Maasch, Aïn-el-Arab, Miar, Toklé, etc.[146].»

Ces tours-postes bâties par les chevaliers du Temple, en Syrie et en

Occident, sont sur plan barlong. M. G. Rey, auquel nous empruntons les

renseignements concernant celles de la Syrie, donne les plans et la

coupe d'une de ces tours, celle de Toklé, que nous reproduisons ici

d'après lui (fig. 63). On pénètre dans la salle basse par une porte A.

Au centre de cette salle est creusée une citerne. Pour aller chercher la

porte qui donne dans les escaliers droits montant aux étages supérieurs,

il fallait atteindre le niveau du plancher B au moyen d'une échelle. Une

voûte en berceau forme le premier étage, et une voûte d'arête, sans

arêtiers, supporte la plate-forme supérieure; un second plancher divise

ce second étage en deux pour réserver, sous la plate-forme, un magasin à

provisions. Un mâchicoulis commande la porte. Le rez-de-chaussée pouvait

servir d'écurie pour quelques chevaux.

Il est intéressant de retrouver à Paris une tour bâtie par les

chevaliers du Temple, et qui présente une disposition analogue à celles

que l'on rencontre en Syrie dans les postes de cet ordre militaire.

Cette défense, placée en face du Collège de France actuel, était connue

sous le nom de _tour Bichat_, parce que le célèbre professeur y fit

longtemps ses cours[147].

Elle dépendait de la commanderie de Saint-Jean de Jérusalem, qui plus

tard, au XVIe siècle, prit le nom de Saint-Jean de Latran. «L'entrée

principale de la commanderie s'ouvrait, dit M. le baron de

Guilhermy[148], en face du Collége de France. Les bâtiments les plus

notables de l'enclos étaient la grange aux dîmes, le logis du commandeur,

la tour, l'église et le cloître... Nous pensons que cette tour était le

donjon de la commanderie, le dépôt des titres, des armes, des objets

précieux, le lieu de réunion des chevaliers, le signe de la suzeraineté

du commandeur sur les fiefs qui relevaient de Saint-Jean....»

La tour de la commanderie de Saint-Jean de Jérusalem, bâtie sur plan

barlong, se rattachait au logis du commandeur par un de ses angles; par

l'autre elle se reliait à la courtine. Cette commanderie ayant été

transformée à plusieurs reprises, il devenait difficile de reconnaître

exactement quelle était la position de la tour par rapport aux bâtiments

de la même époque. Cependant le plan de Gomboust la montre comme faisant

face sur les dehors du côté de l'occident, et en effet ses défenses

principales se présentaient de ce côté. Du reste, les relevés sur place

nous en apprendront plus que ne pourraient le faire les documents

fournis par les plans anciens de Paris. Voici donc (fig. 64), en A, le

plan de la tour à rez-de-chaussée. Ce rez-de-chaussée consistait en une

salle voûtée en deux travées d'arcs ogives, avec une poterne basse _a_

qui donnait autrefois sur les fossés extérieurs; une porte _b_ s'ouvrait

également sur l'escalier qui permettait d'atteindre le niveau _h_ du sol

de la cour en passant sur un pont mobile _g_, car le fossé intérieur _f_

se prolongeait par un redan jusqu'à cet escalier. D était donc le fossé

de clôture de la commanderie; _f_, le fossé spécial à la tour. La salle

basse n'avait aucune communication avec les étages supérieurs. Pour

arriver au premier étage B, il fallait monter par l'escalier C accolé à

la courtine occidentale. Ce premier étage ne communiquait pas avec le

logis du commandeur situé en H; il fallait reprendre l'escalier C pour

atteindre le niveau du deuxième étage E. De cette salle on pouvait

entrer dans le bâtiment du commandeur par la porte _e_, percée dans un

pan coupé. C'était encore par l'escalier C que l'on montait à la

plate-forme G, qui était couverte par un comble en pavillon. Cet

escalier C était de bois, enfermé dans une cage dont les murs de pierre

étaient minces. Du logis du commandeur, à mi-étage du premier, on

communiquait par une galerie crénelée I (voyez le plan K), avec le

chemin de ronde O de la courtine. Une coupe longitudinale faite sur _mn_

expliquera plus clairement ces dispositions (voyez fig. 65). A est le

fond du fossé, dont la contrescarpe ne paraît pas avoir dépassé le

niveau B. En C, on retrouve la porte qui donne entrée dans la cage de

l'escalier. En D, des meurtrières sont percées au fond de trois niches

ouvertes dans la salle du premier étage. En E, est le passage crénelé

communiquant, à mi-étage, du logis du commandeur à la courtine de

l'ouest. La salle basse n'était éclairée que par des soupiraux; quant

aux deux salles voûtées au-dessus, des fenêtres assez nombreuses y

laissaient pénétrer la lumière. Les créneaux supérieurs étaient fermés

par des volets de bois entrant en feuillure. La figure 66 présente la

coupe en travers de la salle du premier étage du côté de la défense. On

aperçoit les trois niches pratiquées au fond de la salle. Devant celle

du milieu, est plantée une colonne double qui porte les deux arcs de

décharge sur lesquels repose le mur supérieur (voyez le plan B et la

coupe longitudinale). Car on observera que pour donner plus de solidité

à la construction et porter ses pressions vers l'intérieur, les murs se

retraitent intérieurement sur les formerets des voûtes. De l'extérieur

de la commanderie, la tour avait un aspect sévère. Nous en donnons la

vue (fig. 67), avec la courtine, la cage de l'escalier et l'amorce du

logis du commandeur.

Cette construction, de petit appareil, était bien traitée et n'avait

subi d'autres altérations que celles causées par le voisinage de

constructions modernes accolées à ses flancs. Les voûtes des salles

étaient en bon état, et la restauration de ce curieux spécimen d'une

tour de commanderie n'eût été ni difficile ni dispendieuse.

La tour du Temple, à Paris, datait de la fin du XIIIe siècle et avait

été achevée en 1306, peu avant la dissolution de l'ordre[149]. Cette

tour était sur plan carré, avec quatre tourelles aux angles, montant de

fond. Elle servait de trésor, de dépôts de titres et de prison, comme la

plupart de ces donjons appartenant aux établissements des chevaliers du

Temple. Cet édifice fut détruit en 1805.

Nous possédons encore à Paris un de ces ouvrages servant de retrait, de

trésor, de lieu de sûreté, dans les hôtels que les princes possédaient

au milieu des villes: c'est la tour que l'on voit encore dans la rue du

Petit-Lion, et qui dépendait de l'hôtel des ducs de Bourgogne.

«L'édifice, dit notre savant ami M. le baron de Guilhermy[150], est

solidement construit en pierres de taille soigneusement appareillées; il

est percé de baies en tiers-point et couronné de mâchicoulis. Un large

escalier à vis monte à l'étage supérieur, comprenant une belle salle

voûtée en arcs ogives. Les fenêtres qui éclairent l'escalier sont

rectangulaires et décorées de moulures. Les degrés tournent autour d'une

colonne qui se termine par un chapiteau très-simple; mais ce chapiteau

sert de support à une caisse cylindrique d'où s'élancent des tiges

vigoureuses figurant des branches de chêne dont les entrelacs forment

les nervures de quatre voûtes d'arête et dont le feuillage se détache en

saillie sur les remplissages de la maçonnerie.» Une chambre secrète est

disposée au sommet de la tour, et pouvait être isolée des passages au

moyen d'une bascule.

La tour a été bâtie par le duc Jean-sans-Peur, dans les premières années

du XVe siècle. Ce prince habitait cet hôtel lorsqu'il fit assassiner

Louis d'Orléans dans la rue Barbette. L'hôtel de Jacques Coeur, à

Bourges, possédait aussi sa tour, réduit et trésor, dont la pièce

principale, au niveau du premier étage, était fermée par une porte de

fer[151].

Nous ne saurions passer sous silence les tours-portes. Souvent des

portes secondaires, ou même des poternes étaient percées à travers des

tours, au lieu d'être flanquées par elles. Cette disposition n'apparaît

guère qu'à la fin du XIIIe siècle, et est-elle assez rare. C'est encore

dans la cité de Carcassonne que nous trouverons un des exemples les plus

remarquables de ces sortes d'ouvrages. Sur le front sud de la seconde

enceinte s'élève une haute tour carrée avec quatre échauguettes montant

de fond, qui, à l'extérieur, ne laisse voir aucune issue, mais sur l'un

de ses flancs (celui de l'est) s'ouvre une porte ou plutôt une large

poterne dont le seuil est posé à 2 mètres au-dessus du sol extérieur.

La figure 68 présente le plan de cette tour au niveau du

rez-de-chaussée. Pour atteindre le seuil A, il fallait disposer en

dehors une échelle ou un plan incliné de bois. Cette première entrée est

défendue par un mâchicoulis _a_, une herse _b_ et des vantaux _c_. On

pénètre alors sous la voûte percée d'un oeil carré au centre; puis il

faut se détourner à droite, et l'on se trouve en face d'une seconde

porte également défendue par un mâchicoulis _d_, une herse _f_, et des

vantaux _g_. Cette seconde porte franchie, on est dans la cité[152]. Lès

courtines de l'enceinte sont en B et en C. Les deux portes _h_ et _i_

donnent dans un couloir qui communique à l'escalier à vis montant à la

guérite _l_ et aux étages supérieurs. Le premier étage (fig. 69) montre

en _o_ le mâchicoulis extérieur, qui est servi par-dessus la herse _p_,

lorsque celle-ci est baissée; le second mâchicoulis _q_ et la seconde

herse _r_, servie par le passage _t_. La salle du premier étage contient

une cheminée _k_ avec four, trois armoires _s_, et un puits _v_, qui

possède aussi une ouverture sur les lices. Deux fenêtres _f_ éclairent

la pièce. L'escalier à vis monte, au-dessus de cette salle, sur un

premier crénelage entourant une seconde salle voûtée en berceau,

couronnée par une plate-forme propre à recevoir un engin à longue

portée.

La figure 70 donne l'aspect de la tour du côté de la ville.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 9 - (T - U - V - Y - Z) · 第 10 / 41 段