Jean et de Blanche de France, enfants de saint Louis, et déposées, avant
la révolution, dans l'église de l'abbaye de Royaumont, sous deux niches
décorées de peintures. Ces tombes, fort petites, représentent, en cuivre
repoussé, doré et gravé, les deux enfants, sur deux plaques de cuivre
doré et émaillé, avec riche bordure également émaillée aux armes de
France, de Castille et d'Aragon. Le jeune prince pose ses pieds sur un
lion, et la princesse sur un lévrier. Des anges thuriféraires, en
demi-relief, sont fixés aux côtés de la tête de chacun d'eux, et des
religieux, aussi en demi-relief, se détachent sur les fonds d'émail aux
côtés des personnages. Ces deux plaques très-intéressantes sont
aujourd'hui déposées dans l'église de Saint-Denis, à côté du maître
autel, en face du tombeau de Dagobert[59].
Les tombes plates de cuivre, isolées, comme celles de Charles le Chauve
et des deux évêques d'Amiens, précieuses par la matière et le travail,
étaient très-probablement, comme nous l'avons dit plus haut, protégées à
certains jours par des poêles de riches étoffes, et illuminées au moyen
de porte-lumières. Nous avons la preuve de cette dernière disposition
dans les magnifiques tombeaux de cuivre doré et émaillé qui se voyaient,
avant 1793, dans l'église de Villeneuve, près de Nantes, et dont les
dessins nous sont conservés dans la collection de Gaignières. L'un de
ces monuments, élevé sur la sépulture de deux princesses qui sont Alix,
comtesse de Bretagne, morte en 1221, et sa fille Yolande de Bretagne,
qui mourut en 1212, date de cette dernière époque. Le vêtement de la
comtesse Alix appartient même aux années comprises entre 1225 et 1235.
Cette figure était-elle déjà faite alors, ou le statuaire voulut-il
reproduire le costume de la princesse, morte en 1221? Nous ne pourrions
décider la question; cependant on peut admettre que la statue d'Alix
était faite après sa mort, ainsi que la plaque sur laquelle on l'avait
fixée (car l'ornementation émaillée de cette plaque est évidemment plus
ancienne que celle de Yolande), et qu'après la mort de celle-ci les deux
tombes furent encadrées dans un même socle. Quoi qu'il en soit, sur les
bordures armoyées qui entourent et séparent les deux plaques, sont
disposées douze _douilles_ en forme de fleurettes fermées, qui étaient
destinées évidemment à recevoir des bobèches et des cierges, ainsi que
l'indique notre figure 29. Les socles très-bas de la tombe jumelle sont
également couverts d'émaux armoyés. Aux angles sont quatre lions issants
de bronze doré. Le tout reposait sur une marche de pierre.
C'est aux angles de ce socle de pierre que l'on retrouve presque
toujours la trace de scellements de métal ou de bases de colonnettes,
soutenant l'armature de fer sur laquelle on jetait une étoffe aux
anniversaires ou à certaines occasions. La figure 29 rend compte de
cette disposition.
Rien n'égale la splendeur de ces monuments de métal doré et émaillé.
L'abbaye de Braisne, les cathédrales de Beauvais et de Paris, l'abbaye
de Royaumont, en possédaient plusieurs[60].
Il y a une sorte de monument intermédiaire entre ces derniers tombeaux
et les plates-tombes: ce sont des statues couchées sur un lit légèrement
incliné, et ayant au-dessus du pavé un faible relief. Ces tombes étaient
placées dans le choeurs des églises ou dans des chapelles, de façon à
être vues des fidèles et à ne pas gêner la circulation. Il existait
avant la révolution, dans l'église de Chaloché, au milieu du choeur, un
tombeau ainsi composé: c'était celui de Thibaut, seigneur de Mothefélon,
de Béatrix de Dreux, sa femme, de leur fils et de leur bru. Les quatre
statues étaient couchées sur un socle peu élevé, en forme de lit de camp
(fig. 30); les statues étaient peintes; les deux sires de Mothefélon
avaient leurs mailles dorées et portaient des cottes armoyées de leurs
armes, qui sont de gueules aux six écussons d'or posés 3, 2 et 1. Ce
tombeau datait du commencement du XIVe siècle[61].
Les tombés plates gravées ne remontent pas, comme nous l'avons dit déjà,
au delà du XIIIe siècle. Mais vers la fin du XIIe et le commencement du
XIIIe, on plaçait dans les églises beaucoup de pierres tombales, au ras
du sol, qui présentaient l'effigie du mort en bas-relief. Le respect que
l'on avait pour les sépultures faisait que les fidèles ne marchaient
point sur ces pierres; mais s'il y avait foule dans l'église, il était
assez difficile d'éviter de butter contre ces saillies, si faibles
qu'elles fussent: aussi se contenta-t-on bientôt de graver sur des
dalles de pierre ou des plaques de bronze la figure entière du défunt.
Nous possédons en France un assez grand nombre de ces plates-tombes en
bas-relief. Il nous suffira d'en donner ici un exemple qui se trouve
aujourd'hui déposé dans la nef, à l'entrée de l'église de Saint-Martin
de Laon (fig. 31). La tombe, de pierre noire de Belgique, est celle d'un
chevalier portant le costume militaire du commencement du XIIIe siècle.
Son écu est _vairé_; la sculpture du personnage, de grandeur naturelle,
est très-peu saillante sur le fond légèrement taillé en cuvette.
D'ailleurs il est à croire que ces plates-tombes étaient, au moins
pendant un laps de temps après la mort du personnage et à l'occasion des
anniversaires, surmontées de dais d'étoffes. La forme de ces dalles
sculptées est souvent celle d'un trapèze, c'est-à-dire que la pierre est
plus étroite du côté des pieds que du côté de la tête.
Les pavages de nos églises ne se composaient plus, à la fin du XVe
siècle déjà, que de dalles tombales juxtaposées, et bien que depuis lors
on ait détruit une prodigieuse quantité de ces monuments si précieux
pour les études historiques et archéologiques, il en reste encore
beaucoup. Plusieurs de ces plates-tombes sont même d'une grande beauté
de style, et montrent à quel degré de perfection l'art du dessin s'était
élevé pendant le moyen âge. Les meilleures sont celles qui appartiennent
aux XIIIe et XIVe siècles.
Les plates-tombes de cuivre gravé ou légèrement modelé ont toutes été
fondues. Celles que nous possédons encore dans quelques églises sont de
pierre, parfois avec incrustations de marbre blanc pour les nus, et noir
pour certaines parties des vêtements ou pour les fonds. Le trait gravé
est rempli de plomb ou de mastic noir et brun rouge. La forme de ces
tombes est trop connue pour qu'il soit nécessaire d'en donner ici des
exemples. Nous citerons parmi les plus belles celles de la cathédrale et
de l'église Notre-Dame de Châlons-sur-Marne, celles des églises de
Troyes, de Beaune, de la sainte Chapelle du Palais à Paris, etc.
Gaignières nous a laissé les dessins de plusieurs de ces plates-tombes
provenant de l'abbaye de Jumiéges, et qui étaient de terre cuite
émaillée.
Souvent ces plates-tombes n'étaient décorées que par une inscription
gravée sur les bords et un emblème sur le milieu. L'abbé Lebeuf cite un
certain nombre de ces dalles placées dans des paroisses du diocèse de
Paris, et qui avaient pour toute gravure un écu, ou une croix, ou un
calice. Ces dernières sont des tombes de curés. Les pierres tombales
posées sur les sépultures des templiers ne portaient habituellement
aucune inscription, mais une simple croix grecque, un écu, et parfois un
triangle équilatéral (voyez TEMPLE)[62]. On cessa de graver l'effigie du
mort sur les dalles tombales vers le milieu du XVIIe siècle.
[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 11.]
[Illustration: Fig. 12.]
[Illustration: Fig. 13.]
[Illustration: Fig. 14.]
[Illustration: Fig. 15.]
[Illustration: Fig. 16.]
[Illustration: Fig. 17.]
[Illustration: Fig. 18.]
[Illustration: Fig. 19.]
[Illustration: Fig. 20.]
[Illustration: Fig. 21.]
[Illustration: Fig. 22.]
[Illustration: Fig. 23.]
[Illustration: Fig. 24.]
[Illustration: Fig. 25.]
[Illustration: Fig. 26.]
[Illustration: Fig. 27.]
[Illustration: Fig. 27. bis.]
[Illustration: Fig. 28.]
[Illustration: Fig. 29.]
[Illustration: Fig. 30.]
[Illustration: Fig. 31.]
[Note 14: _La Normandie souterraine_, par M. l'abbé Cochet.
Paris, 1855.]
[Note 15: L'évêque Aravatius «s'étant rendu dans la ville de
Maestricht, y fut attaqué d'une fièvre légère dont il mourut.
Son corps, lavé par les fidèles, fut enterré près de la voie
publique.» (_Hist. franç._, liv. II, chap. V.)]
[Note 16:
«Un sarkeu fist apareillier (Richard)
Lez la meisiere del mustier (contre le mur de l'église),
A metre emprès sa mort sun core
Suz la gutiere de defors
. . . . . . . . . . .»
(_Le roman de Rou_, vers 5879 et suiv.)]
[Note 17: Nous avons trouvé, dans l'église abbatiale de
Saint-Denis, au-dessous du pavé de la basilique de Dagobert,
plusieurs sarcophages de pierre, plus larges d'un bout que de
l'autre. Sur le couvercle et l'un des bouts d'un seul de ces
sarcophages sont gravées grossièrement des croix pattées; les
autres sarcophages sont unis. Ils contenaient des ossements
complétement réduits en poussière, des traces d'étoffes et
des fils d'or qui entraient dans le tissu, quelques bouts de
courroie de bronze (déposés au musée de Cluny). Plusieurs de
ces corps avaient été ensevelis sans la tête, ce qui ferait
supposer que les _chefs_ étaient placés à part dans des
reliquaires.]
[Note 18: A, dessus et bout d'un des sarcophages mérovingiens
de Saint-Denis; B, sarcophage de saint Andoche (dom Planchet,
_Hist. de Bourgogne_, t. II, p. 520); C, couvercle d'un
sarcophage dans l'église de Saint-Hilaire de Poitiers, VIIIe
siècle.]
[Note 19: Sur les sarcophages des derniers temps de l'empire
romain, on voit très-souvent des représentations sculptées de
chasses. Cette tradition se retrouve encore dans des
monuments funéraires du XIIe siècle. Il existe au musée de
Niort, entre autres, un sarcophage de cette époque, sur le
couvercle duquel sont représentés un seigneur et sa femme, à
cheval, chassant au faucon, puis, au milieu d'arbres, un
homme qui tend des panneaux propres à prendre des oiseaux, un
archer, des chiens et des lièvres.]
[Note 20: Sur le sarcophage de saint Hilaire le Grand, de
Poitiers, est représenté de même le corps du saint posé sur
une sorte de lit de parade; l'archange Michel est placé d'un
côté, un second ange de l'autre; puis viennent divers
personnages, saints et assistants. Dans la crypte
d'Aix-la-Chapelle, le corps de Charlemagne, embaumé, était
placé dans une chaire, revêtu de ses habits, la couronne en
tête, l'épée à son côté.]
[Note 21: Grâce aux soins de M. Durand, architecte à
Bordeaux, qui a fait estamper cette inscription, il a été
possible de la lire.--Voyez la Notice qu'a publiée M. Durand
sur ce monument (Bordeaux, 1844).]
[Note 22: Cette statue, mutilée, est celle de saint Paul,
patron du défunt probablement.]
[Note 23:
«Parler vueil de la saincte terre,
De lesglise, ou lon enterre
Riches, pouvres, communement;
Elle se vent moult chierement
A tous ceulx qui ont de lavoir
Pour deux ou trois pas en avoir
Et toujours la terre demeure
Pour aultre fois mettre en euvre.
Chiere terre se peut nommer
Sans riens la saincteté blasmer.
Grans debas souventes fois ont
Les paroisses, dont se meffont,
Pour les corps mors mettre en terre.
Ils sen playdoyent et font guerre.
Helas ce nest pas pour le corps
Dont est issue l'ame hors,
Cest pour avoir la sepulture;
Du corps aultrement ils nont cure
...»
(_Complainte de François Garin_, XVe siècle, édit. de 1832.
Impr. Crapelet, p. 32.)]
[Note 24: Le sceau d'argent de cette princesse était déposé
dans le cercueil. Conservé pendant quelques années dans le
trésor de la cathédrale, il a été volé.]
[Note 25: «À l'entrée de cette porte» (celle du transsept
donnant au midi, dans le cloître des religieux), «entrant en
iceux cloistres, à main droite, se voit l'effigie du très
chrestien Roy Dagobert, d'une grandeur extraordinaire, assise
en une chaire, la couronne sur la teste et une pomme en la
main droite; ayant à ses deux costez les effigies de ses deux
enfans Clovis et Sigebert, de pierre de liais...» (Dom
Doublet, _Antiq. et recherches de l'abbaye de Sainct-Denis en
France_, liv. I, chap. XLIV.)]
[Note 26: Ce tombeau est aujourd'hui replacé en ce même
endroit, après avoir été transporté au musée des monuments
français, puis de là rendu à l'église, où les deux faces,
séparées pour faire _pendants_, avaient été placées des deux
côtés du narthex.]
[Note 27: Ce sarcophage était feint, car le corps du roi
Dagobert avait été déposé sous le maître autel de l'église
primitive; peut-être était-il enfermé dans le cercueil dont
nous avons donné le couvercle et un bout, ornés de croix
pattées (fig. 1, A). Cependant la pierre replacée sous le
règne de saint Louis avait été creusée comme pour y déposer
un corps, et des restes d'ossements y furent trouvés lors de
la violation des sépultures en 1793.]
[Note 28: Ce sarcophage a dû être refait, ainsi que la statue
couchée et celle de Sigebert, qui, dans les transports
successifs qu'avait subis ce monument, furent perdues.
D'ailleurs le sarcophage et les deux statues ont été copiés
aussi fidèlement que possible sur les dessins (minutes) que
Percier avait faits de ce tombeau avant sa translation au
musée des Petits-Augustins. Le sarcophage primitif était, au
dire de dom Doublet, de _porphyre gris_, mais les fragments
que nous en avons eus entre les mains étaient d'un grès
tendre, grisâtre.]
[Note 29: Il faut noter que cette statue, ainsi ridiculement
défigurée, a été moulée, réduite, vendue partout comme une
des oeuvres remarquables du moyen âge.]
[Note 30: Ce tombeau datait des premières années du XIIIe
siècle.]
[Note 31: Nous avons très-fréquemment trouvé, sous les restes
des personnages ensevelis pendant les XIIe, XIIIe et XIVe
siècles, des litières encore visibles d'herbes et de fleurs,
notamment des roses facilement reconnaissables à leurs tiges
garnies d'épines. N'était-il pas plus sensé de porter ainsi
une personne regrettée, à son dernier séjour, que de placer
son corps dans ces chars noirs et blancs dont les formes sont
ridicules, les décorations du plus mauvais goût, conduits par
des cochers vêtus d'une façon burlesque?]
[Note 32: Collect. Gaignères, _Bibl. Bodléienne d'Oxford._]
[Note 33: _L'architecture et les arts qui en dépendent_.]
[Note 34: Voyez, dans les _Annales archéol._, Didron, la
notice de M. l'abbé Texier sur ce monument, et la gravure de
M. Gaucherel, t. IX, p. 193.]
[Note 35: Voyez l'intéressante Notice de M. le colonel de
Morlet sur ces monuments (Strasbourg, 1863).]
[Note 36: Voyez, entre autres, les beaux exemples de ces
tombeaux déposés au British Museum.]
[Note 37: Le texte 5e dit: «Si quelqu'un a détruit le petit
édifice, qui est le petit pont, tel qu'on le fait suivant
l'usage de nos pères...»]
[Note 38: Lib. VI, cap. X.]
[Note 39: Voyez l'ouvrage du docteur Rock: _The Church of our
fathers_, et la notice de M. Ernest Feydeau, _Annales
archéol._, t. XV, p. 38,--Voyez le monument de Beauchamp.]
[Note 40: Voyez du Cange, _Gloss_.]
[Note 41: Voyez les portefeuilles de Gaignères, _Bibl.
Bodléienne_.]
[Note 42: _Annales archéol._, t. XVIII; p. 49.]
[Note 43: Voyez, dans les _Annales archéol._, la gravure de
ce tombeau, t. XIX, p. 315.]
[Note 44: Voyez l'ouvrage de M. le comte Melchior de Vogüe,
_Syrie centrale_.]
[Note 45: Toutes les effigies de ces tombeaux replacés depuis
peu dans le transsept, où ils se trouvaient avant 1793, sont
anciennes. Les socles, dossiers et colonnettes, ont été
rétablis d'après les dessins de Gaignières et sur des
fragments déposés dans les magasins de l'abbaye.]
[Note 46: L'effigie de l'arbre blanc existe encore à
Saint-Denis. C'est une statue d'un admirable travail.]
[Note 47: Voyez les portefeuilles de Gaignières, _Bibl.
Bodléienne d'Oxford_.]
[Note 48: Ce tombeau n'existe plus, mais il est reproduit par
Gaignières; et bien que celui-ci n'en donne pas l'épitaphe,
les armoiries (_fascé de vair et de gueules_) ne laissent
aucun doute sur la qualité du personnage.]
[Note 49: Voyez la collection de Gaignières, _Bibl.
Bodléienne d'Oxford_.]
[Note 50: Parmi ces ornements, d'un goût déplorable, qui
vinrent remplacer de précieux monuments que leur caractère,
sinon leur valeur comme art, eût dû au moins faire respecter,
il faut signaler une certaine Gloire, de bois doré, qui vient
étaler ses rayons de charpente et ses nuages de plâtre sur
les piliers de l'abside jusqu'à la hauteur de la galerie, et
détruit ainsi l'effet merveilleux de ce rond-point avec sa
chapelle absidale.]
[Note 51: Voyez, pour de plus amples détails sur ces
tombeaux, _la Monographie de l'église royale de Saint-Denis_,
par M. le baron de Guilhermy, 1848.]
[Note 52: Voici ce qu'en dit dom Doublet (_Hist. de l'abb. de
Saint-Denys en France_), 1625, liv. IV. «Son effigie (du roi
Charles VIII) revestue à la royalle, et de genoux au-dessus
du tombeau, est représentée après le naturel, laquelle est de
fonte; le haut du dit tombeau couvert de cuivre doré, et au
devant de l'effigie il y a un oratoire, ou appuy, et couvert
de cuivre doré, sur lequel est posée une couronne avec un
livre ouvert, aussi de cuivre doré. Pareillement y a aux
quatre coins quatre anges de fonte bien dorez et eslabourez,
lesquels tiennent les armoiries des royaumes de Naples et
Sicile, aussi de fonte, dorées et peintes. Aux costés du
tombeau y a des niches rondes, et au dedans, des bassins de
cuivre bien doré, et en iceux bassins de basses figures de
fonte bien dorées.»
D. Millet, dans son _Trésor sacré de l'abbaye royale de
Saint-Denys en France_, 1640, dit: «Son sepulchre (du roi
Charles VIII) est le plus beau qui soit dans le choeur, sur
lequel on voit son effigie représentée à genouil près le
naturel, une couronne et un livre sur un oratoire
(prie-Dieu), et quatre anges à genoux aux quatre coings du
tombeau, le tout de cuivre doré, sauf l'effigie dont la robe
est d'azur, semée de fleurs de lys d'or.»]
[Note 53: De la _Bibl. Bodléienne_. Voyez la gravure de
l'ouvrage de Félibien, _Abbaye royale de Saint-Denis_.]
[Note 54: Voyez CATHÉDRALE, fig. 49. Le tombeau de Pierre de
Roquefort est placé contre le mur occidental de la chapelle
du nord. Ce prélat est mort en 1321.]
[Note 55: _Histoire de l'abbaye royale de Saint-Germain des
Près._ Paris, 1724]
[Note 56: Cette tombe a été souvent reproduite par la gravure
et la chromolithographie (voyez la _Statistique de Paris_,
par M. Alb. Lenoir; l'ouvrage de M. Gailhabaud,
l'_Architecture et les arts qui en dépendent_; D. Bouillard,
_Hist. de l'abbaye de Saint-Germain des Près_; Alex. Lenoir,
_Musée des monuments français_; de Guilhermy, _Monographie de
l'église royale de Saint-Denis_).]
[Note 57: Voyez l'ouvrage cité de M. Gailhabaud.]
[Note 58: Ce monument a été envoyé à la fonte en 1793.]
[Note 59: L'une d'elles est gravée dans la _Monographie de
l'église royale de Saint-Denis_ par M. le baron de
Guilhermy.]
[Note 60: Voyez Gaignières, _Bibl. Bodléienne_, et la
_Monographie de saint Yved de Braisne_, par Stanislas Prioux
(Paris, 1859, Didron, édit.).]
[Note 61: Voyez Gaignières, _Bibl. Bodléienne_.]
[Note 62: Nous aurons l'occasion, dans le tome II du
DICTIONNAIRE DU MOBILIER FRANÇAIS, de donner un grand nombre
de ces gravures tombales si précieuses pour l'étude des
habillements; c'est pourquoi nous n'en donnons point
d'exemple ici: d'ailleurs ces objets sortent du domaine de
l'architecture.]
TOUR, s. f. (_tor_). Dans l'ancienne fortification, la tour est un
ouvrage saillant sur les courtines, à plan carré ou circulaire, et
formant un flanquement suffisant avant l'emploi des bouches à feu.
Il serait difficile de remonter au premier emploi de la tour comme
défense. Dès la plus haute antiquité, la tour est connue: les Asiatiques
et les Grecs, les Phéniciens et les Étrusques bâtissaient des tours pour
fortifier les murailles de leurs villes et forteresses. Ces tours
étaient généralement élevées sur plan carré ou barlong, et dépassaient
le niveau du chemin de ronde des courtines.
Les Romains avaient pris la tour aux Étrusques et aux Grecs, et dès
l'époque des rois ils flanquaient les courtines au moyen de tours à plan
carré. Autour de Rome, sous les remparts de l'empire, des bas temps et
du moyen âge, on retrouve encore d'assez nombreuses traces de ces
ouvrages élevés en gros blocs de pépérin par les Tarquins.
Cependant il n'est pas rare de trouver des tours romaines d'une époque
assez ancienne, sur plan circulaire, flanquant des portes. À Arles, on
voit encore, du côté opposé au Rhône, deux souches de tours qui
flanquaient une porte, qui datent d'une très belle époque et sont sur
plan circulaire. Ces tours ont 8 mètres de diamètre et sont espacées
l'une de l'autre de 15 mètres. À Nîmes, la porte dite d'Auguste était
flanquée de deux tours circulaires. Il en était de même aux portes
d'Arroux et de Saint-André, à Autun (IVe siècle), à la porte de Vézone
(Périgueux), à l'est de l'ancienne cathédrale. Les tours romaines sur
plan circulaire, flanquant des courtines, sont beaucoup plus rares: on
en voit quelques-unes sur le front occidental des remparts d'Autun, mais
qui appartiennent à une très basse époque; de même à Rome.
Les Romains élevaient aussi des tours isolées en dehors des remparts,
sortes d'ouvrages avancés qui protégeaient un point faible, un passage
de rivière, et commandaient la campagne. Ces tours tenaient lieu de ce
que nous appelons aujourd'hui des forts détachés; elles étaient parfois
reliées par un _vallum_, ou relief de terre avec fossé, soit avec
d'autres tours, soit avec les murailles de la ville. L'édifice auquel, à
Autun, on donne le nom de temple de Janus, paraît avoir été un de ces
ouvrages, qui formait le saillant d'une large tête de pont, d'un camp
retranché sur la rive droite de l'Arroux.
Quand les frontières de l'empire furent menacées, les empereurs romains
firent bâtir des tours isolées pour protéger les passages et pour
maintenir les populations voisines[63]. Ces tours, comme plus tard les
donjons féodaux, n'avaient point de portes au niveau du sol, mais à une
certaine hauteur, de manière qu'on fût obligé de se servir d'une échelle
pour entrer[64]. La tour carrée d'Autun, dont nous venons de parler,
paraît avoir eu sa porte relevée au-dessus du sol extérieur.
Certaines tours romaines n'étaient que des postes d'observation. «Une
ligne non interrompue de ces tours part de Beuvray et se dirige, par la
Vieille-Montagne, vers le cours de l'Aron, jusqu'à Decize, par
_Cercy-la-Tour_... La plaine d'Autun en offre une autre semblable qui
longe la chaîne des montagnes au nord-ouest, entre les camps de la
vallée d'Arroux, au-dessus et au-dessous de la ville. Elle commence au
coude d'Arroux, sur la rive droite, entre le Mont-Dru et la Perrière,
et, franchissant le bassin d'Autun, sur les points culminants de la
plaine, va aboutir à la vallée de Barnay, en face du camp de la montagne
de Bar, sans qu'aucune des tours qui composent cette ligne se perde
jamais de vue l'une l'autre. Le souvenir de leurs fanaux s'est conservé
presque partout, soit dans leur nom, soit dans la tradition populaire.
Le nom de Montigny, _Mons ignis, Mons ignitus_, est resté à plusieurs de
ces localités[65].»