trouvent guère passé le XIIe siècle, mais ils sont très-nombreux pendant
les périodes mérovingienne et carlovingienne.
Voici (fig. 1) quelques-unes des formes qu'affectent ces
sarcophages[18]. Pendant les XIIe et XIIe siècles, on creusa encore des
sarcophages rectangulaires, comme pendant la période gallo-romaine, avec
bas-reliefs sculptés sur les parois. Nous citerons, entre autres, le
sarcophage de saint Hilaire le Grand, de Poitiers, dessiné par Gaignères
(_Collect. Bodléienne_), et qui datait du XIe siècle; celui de saint
Hilaire, près de Carcassonne, du XIIe siècle; ceux des comtes de
Toulouse, placés contre les parois du transsept méridional de
Saint-Sernin de Toulouse, XIe et XIIe siècles. Ces derniers ont été
posés sur des colonnettes, dans une sorte de petite chapelle extérieure,
vers la fin du XIIe siècle. Dans les provinces méridionales, la
Provence, le Languedoc, le Lyonnais, l'usage de déposer les corps dans
des sarcophages de marbre persista longtemps: c'était une habitude
antique conservée chez ces populations. Au musée de Toulouse, on voit
des sarcophages du XIVe siècle, qui affectent absolument la forme des
cuves sépulturales romaines, mais qui sont décorés d'ornements et
d'attributs qui appartiennent à cette époque avancée du moyen âge[19].
Les corps étaient bien évidemment renfermés dans ces auges; tandis que
dans les provinces du Nord, ainsi que nous l'avons dit plus haut, ils
étaient enterrés sous le simulacre du sarcophage, qui était alors un
cénotaphe.
Le sarcophage devenant cénotaphe, il était naturel de couvrir celui-ci
d'un dais, d'un arc, d'en faire un monument honorifique, de le
considérer comme un lit de parade sur lequel l'effigie du mort était
posée.
Les artistes du moyen âge ont apporté, dans la composition des tombeaux,
l'esprit logique que nous retrouvons dans leurs oeuvres. Le tombeau,
pour eux, était la perpétuité de l'exposition du mort sur son lit de
parade. Ce qui avait été fait pendant quelques heures avant
l'ensevelissement, on le figurait en pierre ou en marbre, afin de
reproduire aux yeux du public la cérémonie des funérailles dans toute sa
pompe. Mais à cette pensée se mêle un sentiment qui exclut le réalisme.
Des anges thuriféraires soutiennent le coussin sur lequel repose la tête
du mort. Sur les parois du sarcophage sont sculptés les pleureurs, les
confréries, quelquefois les saints patrons du défunt, ou des anges.
C'est l'assistance poétisée. Nous allons tout à l'heure présenter des
exemples de ces dispositions.
Un curieux monument nous explique l'origine de ces tombeaux cénotaphes,
avec l'exposition du mort. C'est un chapiteau du porche occidental de
l'église de Saint-Séverin (vulgairement Saint-Seurin) de Bordeaux. Ce
porche date du commencement du XIIe siècle. L'une de ses colonnes
engagées est couronnée par une représentation du tombeau de saint
Séverin, formant chapiteau sous une naissance d'arc-doubleau. Le corps
du saint (fig. 2), enveloppé d'un linceul, ayant une crosse à son côté
gauche, est placé sur une sorte de lit de parade supporté par des
colonnettes[20]; sur les parois de ce lit est gravée l'inscription
suivante[21]. Sur la face:
+ SCS SEVERINVS + : +
Sur la face de droite:
SIGNIFICAT
HAC (_sic_) PETRA
SEPVLCRVM
SCTI SEVERINI.
Sur celle de gauche:
QVANDO
MIGRAVIT
A SECVLO
...M...
Pour éviter la confusion dans cet article, nous poursuivrons l'examen
des tombeaux en maintenant le classement que nous venons d'indiquer.
On peut considérer comme un des tombeaux les plus anciens parmi ceux
accolés à des monuments religieux, le tombeau que l'on voit à Toulouse,
entre les contre-forts des bâtiments des Chartreux. Ce monument du XIIe
siècle, bien conservé, se compose d'un sarcophage placé dans une niche
élevée au-dessus du sol, sur des colonnettes. Une arcature formant
claire-voie défend le sarcophage. La figure 3 présente le plan de ce
tombeau, et la figure 4 son élévation et sa coupe. Les colonnettes sont
de marbre, ainsi que le sarcophage, les arcatures en pierre, et le reste
de la construction en briques. Ce tombeau était entièrement peint. On ne
sait pour quel personnage il fut élevé, mais il est bien certain qu'ici
le corps était déposé dans le sarcophage même, placé sur cinq
colonnettes au-dessus du soubassement, conformément à l'usage admis
encore au XIIe siècle dans les provinces méridionales, et qui semble
dériver de traditions fort anciennes, étrangères à l'antiquité
chrétienne gallo-romaine. Un siècle plus tard, cet usage d'enfermer les
corps dans des sarcophages juchés sur des colonnettes était, comme nous
l'avons dit plus haut, entièrement abandonné dans les provinces
septentrionales, et très-rarement pratiqué même dans celles du Midi. Les
corps étaient enterrés. Cependant la tradition influe sur la forme
apparente des tombeaux. On voit encore dans le cloître de l'église de
Saint-Salvy (d'Alby) un tombeau datant de la seconde moitié du XIIIe
siècle, qui présente une disposition analogue à celle du monument des
Chartreux de Toulouse donné ci-dessus. À Saint-Salvy, la claire-voie ne
préservait point le sarcophage, mais bien le massif élevé sur la fosse
et formant soubassement. Voici (fig. 5) le plan du tombeau du cloître de
Saint-Salvy, et (fig. 6) son élévation. La niche sous laquelle est placé
le sarcophage est divisée par une pilette contre laquelle est adossée
une statue[22]. Deux petites voûtes d'arêtes couvrent cet enfoncement de
0m,97 de profondeur. Au-dessus de l'arcature sont placées trois statues:
la Vierge, et deux figures agenouillées, un homme et une femme, qui ne
peuvent être que les personnages pour lesquels le tombeau a été fait.
Ces trois statues sont abritées sous une triple arcature couronnée par
un gâble très-obtus. On retrouve encore les traces des peintures qui
recouvraient entièrement l'architecture et la statuaire. Des anges
remplissaient les deux tympans de la niche inférieure au-dessus du
sarcophage, et nous ne pensons pas que l'homme et la femme en adoration
des deux côtés de la Vierge aient été représentés sur la dalle
recouvrant leur sépulture. La pilette engagée A (voyez le plan) formait
une croix se détachant sur les deux tympans (voyez le détail B, fig. 6).
Un petit bénitier est engagé dans la muraille du côté droit.
Sur les flancs des églises collégiales et paroissiales, il existait
habituellement des cloîtres, et ces cloîtres servaient de lieu de
sépulture, non-seulement pour les clercs, mais aussi pour les laïques
qui payaient fort cher l'avantage d'être enterrés près de l'église[23].
La place préférée était toujours le mur de l'église même. Aussi, le long
de nos monuments religieux, entre les contre-forts qui donnaient sur
l'une des galeries du cloître, trouve-t-on encore des traces nombreuses
de ces sépultures.
Au XIIIe siècle, les lois ecclésiastiques qui défendaient d'enterrer des
laïques dans l'enceinte même des églises tombèrent en désuétude. Les
chapitres des cathédrales seuls continuèrent généralement d'observer ces
règles, mais les paroisses, les collégiales, les églises abbatiales
mêmes, tirèrent un profit considérable de la vente du droit de sépulture
dans les églises, et bientôt les murs et les pavés des nefs furent
couverts de monuments, d'inscriptions et d'effigies. Les choeurs étaient
réservés pour les membres du clergé ou pour de très-hauts personnages.
De même que dans les cathédrales les évêques étaient ensevelis sous le
pavé du choeur ou entre les piliers du sanctuaire, par exception des
princes profitaient du même privilége. En fouillant le choeur de
Notre-Dame de Paris pour y établir le caveau actuel des archevêques,
nous avons trouvé la tombe d'Isabelle de Hainaut, première femme de
Philippe-Auguste, qui dut être enterrée sous ce pavé, l'église à peine
élevée jusqu'aux voûtes[24].
C'était principalement dans les églises abbatiales que les princes se
faisaient ensevelir. Les fondateurs d'abbayes se réservaient la faculté
d'être enterrés, eux et leurs successeurs, dans l'église érigée avec
leurs dons. C'est ainsi que beaucoup de monuments remarquables ont pu
être conservés jusqu'à la fin du dernier siècle, et même jusqu'à nos
jours. Les abbayes de Saint-Denis, en France, de Sainte-Geneviève, de
Saint-Germain des Prés à Paris, de Braisne, de Vendôme, de Jumiéges, de
Fécamp, de Longpont, de Royaumont, d'Eu, des Célestins à Paris, de
Poissy, renfermaient des sépultures splendides de princes et seigneurs,
et quelques-uns de ces monuments nous sont restés. L'abbaye de
Saint-Denis, fondée par Dagobert, fut particulièrement destinée à la
sépulture des rois français, et reçut en effet les dépouilles de la
plupart de ces princes, depuis le fondateur jusqu'à Louis XV. L'église
ayant été rebâtie par Suger, il est à croire que les monuments anciens
(si tant est qu'il y ait eu des mausolées élevés sur les tombes des
princes) furent détruits ou fort endommagés. Quand, plus tard, vers le
milieu du XIIIe siècle, on remplaça la plus grande partie des
constructions du XIIe siècle, que l'on reconstruisit la nef, le
transsept et tout le haut choeur, les derniers restes des tombeaux
antérieurs à Louis IX furent dispersés; si bien que pour ne pas laisser
perdre la mémoire de ces vénérables sépultures, saint Louis résolut de
rétablir tous ces tombeaux, à commencer par celui de Dagobert. Les
ossements que l'on put retrouver dans les anciens cercueils furent
replacés dans les nouvelles tombes. Parmi les tombeaux antérieurs à
saint Louis, un seul fut conservé et replacé au milieu du choeur des
religieux: c'était celui de Charles le Chauve, qui était de bronze, avec
parties émaillées, et qui dut probablement à la solidité du métal de ne
pas être détruit, comme les autres. Du tombeau de Dagobert il restait,
sous le cloître de l'église de Suger, un fragment dont parle dom
Doublet[25], et que M. Percier a dessiné en 1797. C'était une statue
colossale, assise, couronnée, vêtue d'une tunique longue et d'un
pallium. Nous reproduisons ici (fig. 7) le fragment conservé par le
dessin de Percier, et qui ferait croire que ce monument n'était pas
antérieur au commencement du XIIe siècle. Quoi qu'il en fût, nous
n'avons pu trouver trace de cette figure, non plus que de celles des
deux princes Clovis et Sigebert, qui faisaient partie du même monument.
Saint Louis n'en éleva pas moins un nouveau tombeau au fondateur de
l'abbaye, et le fit placer à l'entrée du sanctuaire, côté de
l'épître[26]. Ce tombeau, qui date par conséquent du milieu du XIIIe
siècle, est un des plus curieux monuments funéraires de cette époque. Il
se compose (fig. 8) d'une grande niche surmontée d'un gâble; au bas de
la niche est déposé un sarcophage[27], dont le couvercle sert de lit à
l'effigie du roi, couchée sur le côté gauche. Au fond de la niche se
développe, par bandes superposées, la légende relative à la mort de
Dagobert.
Debout, des deux côtés de l'effigie royale, sont les statues de
Nantilde, seconde femme de Dagobert, et de Sigebert, son fils aîné, qui
furent enterrés près de lui. Dans les voussures qui forment la niche,
sont sculptés des anges thuriféraires, et, dans le tympan du gâble, le
Christ et deux évêques, saint Denis et saint Martin, lesquels, en
compagnie de saint Maurice, au dire de la légende, délivrèrent l'âme du
roi des mains des démons, et la conduisirent en paradis. Le devant du
sarcophage est fleurdelisé, ainsi que le socle[28]. Tout ce monument
était peint; outre les traces encore visibles de ces peintures, les
dessins-minutes de Percier fournissent tous les détails de la
coloration. Ce tombeau, n'étant pas adossé, laisse voir sa partie
postérieure dans le bas côté. Celle-ci est de même surmontée d'un gâble
avec figures, crochets et fleurons, la partie inférieure restant unie,
sans sculpture.
Certaines parties de la statuaire du tombeau de Dagobert sont
très-remarquablement traitées. La statue de Nantilde, à laquelle, au
musée des Petits-Augustins, M. Lenoir avait fait adapter une tête
d'homme[29], les groupes des évêques dans les zones légendaires, les
anges des voussures et la sculpture du tympan, sous le gâble, sont d'un
style excellent et d'une exécution parfaite. Ce tombeau n'est point dans
les données des monuments placés dans l'intérieur des églises: c'est une
chapelle, un de ces édicules comme on en élevait dans les cloîtres,
entre les contre-forts des églises, et c'est pourquoi nous l'avons
présenté ici; cependant l'effigie du mort est sculptée sur le sarcophage
vrai ou feint, tandis que ni le tombeau de Toulouse, ni celui de
Saint-Salvy d'Alby, n'avaient de statues couchées.
Voici encore un de ces monuments en forme de niche dépourvue d'effigies:
c'est celui des deux prélats Beaudoin II et Beaudoin III, évêques de
Noyon, qui était placé contre la muraille de l'église abbatiale
d'Ourscamp, côté de l'évangile (fig. 9)[30]. Beaudoin II mourut en 1167.
Les épitaphes étaient peintes sur les parois de la niche, et avaient été
remplacées cent ans avant Gaignères, auquel nous empruntons ce dessin,
par des inscriptions sur vélin posées dans des cadres attachés avec des
chaînettes. Ici, comme à Saint-Salvy, la pilette qui forme claire-voie
repose sur le sarcophage et protége son couvercle. Ce tombeau, pas plus
que ceux de Saint-Salvy et de Dagobert, ne présente d'attributs
funèbres. Des fleurs, des feuillages, des sujets légendaires, ou des
personnages n'affectant en aucune manière les attitudes de la douleur,
décorent ces édicules et en font des oeuvres d'art agréables à voir, où
rien ne fait songer à la décomposition matérielle, à la nuit éternelle.
Sur les tombeaux, les artistes du moyen âge affectent, au contraire, de
répandre des fleurs et des feuillages à profusion, ainsi qu'on le
faisait, d'ailleurs, autour des corps, au moment de
l'ensevelissement[31]. Des animaux, des chasses, des processions de
personnages, rappellent, sur ces monuments, la vie et non la mort. Quand
les effigies des défunts sont sculptées couchées sur le sarcophage,
elles ne prennent l'attitude de la mort que fort tard. Habituellement
ces figures, pendant les XIIe et XIIIe siècles, ont les yeux ouverts,
les gestes et les attitudes de personnes vivantes. C'est vers le milieu
du XIVe siècle que les statuaires leur donnent parfois l'apparence du
sommeil, mais sans aucun des signes de la mort. Ces personnages sont
d'ailleurs vêtus de leurs habits, armés, si ce sont des guerriers,
couverts de vêtements religieux, si ce sont des clercs.
Avant de parler des tombeaux formant des édicules isolés, il nous faut
citer encore quelques-uns de ces monuments en forme de niches ou
chapelles, mais avec effigies des morts posées sur le sarcophage. Dans
le collatéral du choeur de la cathédrale de Rouen, il existe un de ces
tombeaux, appartenant à un évêque, qui date de la fin du XIIe siècle, et
qui est d'un très-beau travail. Ce monument ne présente d'ailleurs
aucune particularité remarquable. La statue du prélat est couchée sous
une arcature surmontée d'un gâble peu élevé. Comme toujours, ce tombeau
était peint.
En voici un autre (fig. 10)[32], qui était placé à Fontevrault, contre
le mur du bas côté, à la droite du maître autel (côté de l'évangile).
C'était celui de l'évêque Pierre de Poitiers (XIIIe siècle). La statue,
couchée sur un lit drapé, est entourée de figurines en ronde bosse
représentant les religieux assistant aux funérailles de l'évêque. Parmi
ces religieux, on distingue l'abbesse de Fontevrault et un abbé, tous
deux tenant la crosse, signe de leur dignité. Les autres personnages
portent des croix et des cierges. La chasuble de l'évêque était d'un
bleu verdâtre, aux croisettes d'or, doublée de rouge; sa mitre blanche
avec un bandeau rouge, l'aube blanche, l'étole verte, les chaussures
noires. L'abbesse était vêtue de noir, et les religieux, les uns de
blanc, les autres de vert, se détachant sur un fond rouge. Une arcature
couvrait le sarcophage, mais elle était déjà détruite du temps de
Gaignères, qui nous a laissé le dessin de ce curieux monument.
On voit encore dans la cathédrale de Limoges, adossé au collatéral nord,
un de ces tombeaux en forme de niches ou chapelles, datant du XIVe
siècle: c'est celui de l'évêque Bernard Brun. Ce monument est gravé dans
l'ouvrage de M. Gailhabaud[33]. Au fond de la niche, séparée par une
pile centrale, des bas-reliefs représentent des sujets de la légende de
sainte Valérie, un crucifiement, un couronnement de la Vierge et un
jugement dernier. Il faut citer aussi les deux jolis tombeaux
appartenant à la même époque, et qui sont adossés au mur de la chapelle
de la Vierge, dans la cathédrale d'Amiens. Ils sont en forme de niche
couverte par une arcade basse surmontée d'un gâble. Sur le socle,
portant les statues couchées des défunts, sont sculptés, dans de petites
niches, des personnages religieux, chanoines et laïques, qui composent
le cortége accompagnant les corps à leur dernière demeure. Les écus
armoyés des deux personnages, un évêque et un chanoine, sont peints au
fond des niches.
Un des monuments funéraires les plus intéressants, affectant la forme
d'une niche avec sujets, est le tombeau du prêtre Bartholomé, placé dans
l'église de Chénerailles (Creuse), et dont il fut probablement le
fondateur. Ce tombeau, engagé dans la troisième travée du côté
méridional, est posé à 2 mètres au-dessus du pavé, et est taillé dans un
seul bloc de pierre calcaire. Son architecture présente un arc en
tiers-point avec deux contre-forts. L'enfoncement est divisé en zones,
dans chacune desquelles se détachent des personnages en ronde bosse. La
zone inférieure représente la scène de l'ensevelissement du mort. La
sainte Vierge occupe, dans la zone du milieu, le sommet d'un édicule
avec escalier. Saint Martial gravit l'escalier, un encensoir à la main.
Sur le terrain à la droite de la Vierge, est représenté le martyre de
saint Cyr et de sa mère sainte Julite. À sa gauche, le prêtre
Bartholomé, agenouillé, est présenté à l'enfant Jésus par son patron, et
saint Aignan, évêque. Sous l'arcade est sculpté un crucifiement. Sur
deux phylactères placés sous la seconde et la première zone, on lit:
«_Hic. jacet. dominus. Bartholomeus. de Plathea. presbiter. qui. obiit.
die. fest. V. M. (Virginis Marioe) anno. Dni. M°CCC[34]._»
La sculpture de ce petit monument est d'un style médiocre, mais sa
composition est heureusement trouvée.
Voici (fig. 11) un autre exemple de ces tombeaux adossés, en forme de
niche, avec effigie du mort. Cet exemple date de 1300 environ. Le nom du
défunt ne nous est pas conservé. Ce tombeau fut incrusté après coup dans
le mur du collatéral nord de l'église de Saint-Père (Saint-Pierre) sous
Vézelay. Le fond de la niche est occupé par un bas-relief d'un bon
style. Au centre, le Christ assis reçoit de saint Pierre agenouillé un
objet brisé qu'il tient dans sa main droite. De l'autre côté, la sainte
Vierge semble intercéder auprès de son divin Fils. Deux anges
thuriféraires terminent la scène. Évidemment, la Vierge et saint Pierre
font ici valoir auprès du Juge suprême les mérites du mort, qui pourrait
être un des fondateurs des portions de cette église reconstruites vers
la fin du XIIIe siècle. L'objet que tenait saint Pierre était-il le
simulacre de l'église restaurée? Cela paraît plausible. Ce monument est
d'ailleurs fort mutilé, et la statue du personnage vêtu d'habits civils
est complétement fruste. La sculpture et l'architecture étaient peintes
et dorées. L'inscription, également peinte, et dont on distingue à peine
quelques lettres sous le badigeon; était placée sous le bas-relief.
On le reconnaît facilement, la donnée de ce tombeau est la même que
celle adoptée pour le beau monument de Saint-Denis, élevé à Dagobert.
Nous ne pensons pas qu'il soit nécessaire d'insister davantage sur ce
genre de sépultures en forme de niches ou chapelles adossées, et nous
passerons à l'examen des tombeaux isolés, en commençant par les plus
simples et qui sont aussi les plus anciens.
Sur les sommets des Vosges, près de Saverne, on trouve des restes
d'enceintes et de débris qui remontent à une époque reculée, et
particulièrement, entre Saverne et Dabo, de nombreux cimetières ont été
découverts. La plupart des tombes qu'ils renferment présentent une
disposition singulière. Ces monuments funéraires consistent en une auge
ou un simple trou en terre, entouré de pierres sèches, contenant un vase
cinéraire; le tout est couvert par une pierre en forme de prisme
triangulaire, légèrement convexe. À la base de la face antérieure est
percé un trou en façon de petit arc, et correspondant une cavité faite
aux dépens du bloc[35].
La figure 12 montre un de ces monuments en coupe (A), et le couvercle
séparé en B. Parfois, mais plus rarement, ces couvercles ne sont pas
curvilignes (fig. 13). La rouelle gauloise, des imbrications ou des
ornements dans le style gallo-romain les décorent. M. le colonel Morlet,
qui a mis en lumière ces découvertes, considère en effet, et avec
raison, ces tombeaux comme postérieurs à la conquête des Gaules par les
Romains; les objets, médailles et vases trouvés autour d'eux, les
inscriptions qui sont gravées sur leurs parois, ne peuvent laisser de
doutes à cet égard.
«Les monuments funèbres que recèlent les sommets des Vosges, entre
Saverne et Dabo, n'étaient pas répandus au hasard sur ces hauts
plateaux, dit en terminant M. le colonel Morlet, mais réunis en de
véritables cimetières entourés de temples, d'autels et d'habitations;
ils annoncent la présence permanente d'une population nombreuse, chargée
de défendre les grands camps fortifiés dont nous voyons les traces.
Favorisées par la configuration du sol qui descend en pente douce vers
la Lorraine, tandis qu'il s'arrête brusquement à pic du côté de
l'Alsace, ces positions ont dû être occupées et fortifiées dès la plus
haute antiquité, pour arrêter les invasions d'outre-Rhin. Bien avant les
Romains, il y eut donc de sanglants combats sur cette barrière
naturelle, où chaque invasion kymrique, celtique et germanique, vit
s'élever de nouveaux travaux de défense, au-dessus desquels l'époque
gallo-romaine a laissé une dernière empreinte.
C'est ainsi, sans doute, que les tombeaux décrits ci-dessus se trouvent
mêlés à des ruines d'une époque plus ancienne, telles que ces grandes
murailles doubles du Gros-Limmersburg, où je ne puis reconnaître l'art
romain.
La monnaie de Titus trouvée au Kempel, ainsi que la bonne facture du
vase découvert au même lieu, annoncent que ces nécropoles existaient dès
les premiers temps de l'ère chrétienne.
Ces tombeaux n'ont rien de germanique; ils sont gaulois de l'époque
romaine. Leur caractère spécial consiste dans la petite ouverture que
l'on voit toujours à leur base, et dans l'arc aigu qui termine
généralement leur sommet.
L'ouverture de la base est difficile à expliquer, à moins d'admettre que
ce soit un moyen de communiquer avec les cendres du mort et de faire des
libations.
L'arc aigu, dont on retrouve l'image exacte dans les monuments funèbres
de l'Asie Mineure, ne serait-il pas l'indice d'une tradition antérieure
à l'invasion celtique, qui se serait conservée chez une tribu campée au
sommet des Vosges?»
En effet, des tombeaux lyciens, en grand nombre, se terminent à leur
sommet par une sorte de couvercle ou de couverture imitée d'un ouvrage
de bois, qui affecte la forme d'un prisme curviligne[36], et, en
pénétrant dans l'extrême Orient, on retrouve des sépultures hindoues qui
présentent la même apparence géométrique. Sans attacher à ces rapports
plus d'importance qu'il ne convient, il est nécessaire d'en tenir
compte, car nous voyons cette forme de recouvrement du corps persister
chez les populations sorties de l'Orient septentrional.