On donnait le nom de temples, pendant le moyen âge, aux chap

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PARIS.--IMP. E. MARTINET, RUE MIGNON, 2.

DICTIONNAIRE RAISONNÉ

DE

L'ARCHITECTURE

FRANÇAISE

DU XIe AU XVIe SIÈCLE

PAR

M. VIOLLET-LE-DUC

ARCHITECTE

TOME NEUVIÈME

[Illustration]

PARIS

A. MOREL, ÉDITEUR

RUE BONAPARTE, 13.

T

TABERNACLE, s. m. Nom que l'on donne aujourd'hui à une petite armoire

placée sur l'autel, au milieu du retable, et qui sert à déposer le

ciboire.

L'établissement des tabernacles sur les autels ne date que du dernier

siècle. Les hosties étaient déposées, jusqu'au XVIIe siècle, dans des

édicules placés à côté de l'autel, ou dans une suspension (voyez AUTEL,

et dans le _Dictionnaire du mobilier français_, l'article TABERNACLE).

Ces édicules placés près de l'autel étaient de bois, de pierre ou de

métal, avec lanterne pour loger une lampe. On voit encore quelques-uns

de ces tabernacles, datant du XVIe siècle, dans des églises de Belgique.

Souvent ces _réserves_ de la sainte Eucharistie étaient mobiles, et

n'étaient placées près de l'autel que pendant le service divin.

TAILLE, s. f. On dit: «Une bonne taille, une taille négligée, une taille

layée, pour indiquer la façon dont est traité un parement de pierre. La

nature de la taille est un des moyens les plus certains de reconnaître

la date d'une construction; mais, dès le XIIe siècle, les diverses

écoles de tailleurs de pierre ont des procédés qui leur appartiennent,

et qu'il est nécessaire de connaître pour éviter la confusion. Ainsi

certaines provinces n'ont jamais adopté la laye ou bretture[1], ou n'ont

employé cet outil que très-tard. Des tailleurs de pierre ne se sont

servis que du ciseau étroit ou large; quelques contrées ont employé de

tout temps le marteau taillant sans dents, avec plus ou moins d'adresse.

Autant les ravalements des édifices romains, élevés sous l'influence ou

sous la direction d'artistes grecs, sont faits avec perfection, autant

les parements de nos monuments gallo-romains de l'empire sont négligés.

D'ailleurs les Grecs, comme les Romains, posaient la pierre d'appareil à

joints vifs sans mortier, épannelée, et ils faisaient un ravalement

lorsque l'oeuvre était montée. Quand ils employaient des matières dures

comme le granit ou le marbre, la taille était achevée avant la pose.

Beaucoup de monuments grecs, en pierre d'appareil, sont restés

épannelés. Le temple de Ségeste, par exemple, le grand temple de

Sélinonte, de l'époque dorienne, ne montrent, sur bien des points, que

des tailles préparatoires.

Quant aux édifices romains en pierre d'appareil, il en existe très-peu

qui aient été complétement ravalés. Le Colisée, la porte Majeure à Rome,

les arènes de Nîmes et d'Arles, celles de Pola, ne présentent que des

ravalements incomplets. Il est évident que, la bâtisse achevée, on

s'empressait d'enlever les échafaudages, et l'on se souciait peu de

terminer les ravalements, ou bien ils étaient faits avec une négligence

et une hâte telles, que ces ravalements conservaient une apparence

grossière.

Il suffit d'examiner les nombreux débris que nous possédons de l'époque

gallo-romaine des bas temps, pour constater l'infériorité de la taille

des parements, tandis que les lits et joints sont dressés avec une

précision parfaite; si bien que les blocs de pierre, même dans des

monuments d'une très-basse époque, sont exactement jointifs. Cette

négligence des parements tenait donc au peu d'importance que les Romains

attachaient à la forme, et non à l'inhabileté des ouvriers. Les tailles

préparatoires sont faites, dans les monuments gallo-romains, au moyen

d'une ciselure sur l'arête; le nu vu de la pierre conservant la taille

de la carrière, faite à l'aide d'un taillant droit peu large. Quant aux

lits et joints, ils sont taillés au moyen d'une ciselure très-fine sur

les arêtes bien dégauchies, le milieu étant parfaitement aplani à l'aide

d'un taillant droit large et fin. Quelquefois ces lits et joints sont

moulinés, probablement à l'aide d'une pierre dure et rugueuse, comme de

la meulière, par exemple, ou de la lave. L'emploi de la lave, pour

mouliner les lits et joints, parait avoir été en usage dans les Gaules,

car là où il existe des restes de constructions gallo-romaines, nous

avons fréquemment trouvé des morceaux de lave, bien que les contrées où

existent ces restes soient fort éloignées des pays volcaniques.

À la chute de l'empire romain, les connaissances de l'appareilleur se

perdent entièrement. On ne construit plus qu'en moellon smillé, et les

quelques blocs de pierre de taille qu'on met en oeuvre dans les bâtisses

sont à peine dégrossis. Cependant une façon nouvelle apparaît dans la

taille de ces parements de moellons. On sait le goût des races

indo-germaniques pour les entrelacs de lignes. Les bijoux que l'on

découvre dans les tombeaux mérovingiens présentent une assez grande

variété de ces combinaisons de lignes croisées, contrariées, en épis,

formant des méandres ou des échiquiers. On voit apparaître à l'époque

mérovingienne les tailles dites en arête de poisson (fig. 1), et ce

genre de tailles persiste assez tard chez les populations qui conservent

les traditions germaniques. Ces tailles en épis sont faites à l'aide du

taillant droit romain large. Jusqu'à l'époque carlovingienne, la

ciselure semble abandonnée. On ne construit plus en pierres d'appareil.

Nous voyons au contraire la ciselure employée partout dans les tailles

de pierre appartenant aux VIIIe et IXe siècles, ciselure inhabilement

faite, mais cependant cherchée, travaillée. Les moulures sont

complétement traitées pendant cette époque, à l'aide du ciseau. Pour les

parements simples, ils sont grossiers, faits à la pointe et dressés avec

le taillant droit large. C'est en Bourgogne et dans le Charolais, pays

riches en pierres dures, que vers la fin du XIe siècle on voit

apparaître une taille très-bien faite à l'aide du taillant droit étroit,

sans ciselures. Alors les pierres d'appareil étaient toutes entièrement

taillées avant la pose, on ne faisait pas de ravalements: l'habitude que

les ouvriers avaient prise, depuis la chute de l'empire romain, de bâtir

en moellon smillé, posé sur lits épais de mortier, leur avait fait

perdre la tradition des ravalements. Du moellon smillé ils arrivaient

peu à peu à employer des pierres d'un échantillon plus fort, puis enfin

la pierre d'appareil, mais ils continuaient à la poser comme on pose le

moellon qui ne se ravale pas; et ils taillaient chaque bloc sur le

chantier, soignant d'ailleurs autant les lits et joints que les

parements. Les constructions du XIe siècle que l'on voit encore en

Bourgogne, et sur les bords de la Saône, présentent de beaux parements,

dont la taille par lignes verticales sur les surfaces droites, et

longitudinales sur les moulures, est égale partout, fine et serrée.

C'est à cette époque que l'on reconnaît souvent l'emploi du tour pour

les colonnes et bases, et le polissage parfois pour des moulures

délicates à la portée de la main. En Auvergne, vers ce même temps, les

tailles, quoique un peu plus lourdes que dans la Bourgogne et le

Charolais, sont bien faites, régulières, et parfois rehaussées par de la

ciselure sur les moulures. Avant le XIIe siècle, dans l'Île-de-France,

les tailles sont grossières, mal dressées, et rappellent celle des

monuments gallo-romains.

Dans le Poitou, le Berri et la Saintonge, les tailles, avant le XIIe

siècle, sont extrêmement grossières, faites à l'aide d'un taillant

épais, coupant mal, écrasant le parement, et laissant voir partout les

coups du pic ou du poinçon à dégrossir. La ciselure apparaît dans les

moulures, mais elle est exécutée sans soin et par des mains inhabiles.

C'est avec le XIIe siècle, au moment où se fait sentir en Occident

l'influence des arts gréco-romains de la Syrie, que les tailles se

relèvent et arrivent très-promptement à une perfection absolue. Dans

toutes les provinces, et notamment en Bourgogne, dans la haute

Champagne, dans le Charolais et dans la Saintonge, les progrès sont

rapides, et les tailleurs de pierre deviennent singulièrement habiles.

On voit alors apparaître certaines recherches dans la façon de traiter

les diverses tailles: les parements unis sont dressés au taillant droit,

tandis que les moulures sont travaillées au ciseau et souvent polies.

L'emploi de la bretture commence à se faire voir sur les bords de la

Loire, dans le pays chartrain et dans le domaine royal. C'est vers 1140

que cet outil paraît être d'un usage général dans les provinces au nord

de la Loire, tandis qu'il n'apparaît pas encore en Bourgogne et dans

tout le midi de la France. Les tailles à la bretture ne se montrent en

Bourgogne que vers 1200, et elles n'apparaissent que cinquante ans plus

tard sur les bords de la Saône et du Rhône, en Auvergne et dans le

Languedoc. Le choeur de l'église abbatiale de Vézelay, qui date des

dernières années du XIIe siècle, et qui présente des tailles si

merveilleusement exécutées, montre en même temps l'emploi du taillant

droit très-fin, du ciseau, du polissage, et, dans quelques parties, de

la bretture à larges dents. Les bases, les tailloirs des chapiteaux, les

moulures des bandeaux, sont polis et d'une pureté d'exécution

incomparable. Même exécution dans l'église de Montréal (Yonne), de la

même époque. Ces différences de natures de taille produisent beaucoup

d'effet et donnent aux profils une finesse particulière. À dater du

XIIIe siècle, l'école de l'Île-de-France, qui prend la tête de l'art de

l'architecture, n'emploie plus que la bretture, mais elle polit souvent

les profils à la portée de la main, tels que les bases des colonnes. Ce

fait peut être observé à Notre-Dame de Paris, à Notre-Dame de Chartres,

à la cathédrale de Troyes, à Saint-Quiriace de Provins, à la sainte

Chapelle du Palais, et dans un grand nombre de monuments.

Pendant ce temps, dans les contrées où le grès rouge abonde, dans les

Vosges et sur les bords du Rhin, on continue de faire les tailles à

l'aide du poinçon, du large ciseau et du marteau de bois. On voit

beaucoup de tailles de ce genre à Strasbourg, où l'on se sert encore

aujourd'hui du même outillage. Dans la cathédrale de cette ville, on

remarque une grande variété de tailles du XIe au XIVe siècle, obtenues

avec les mêmes outils. Ainsi, dans la crypte de ce monument, sur le mur

nord, on voit des tailles faites au poinçon qui donnent ce dessin (fig.

2). Aux voûtes de cette même crypte (XIIe siècle), les tailles sont

façonnées en épis à l'aide du large ciseau strasbourgeois (fig. 3).

L'église de Rosheim, près de Strasbourg (XIIe siècle), présente

extérieurement et intérieurement des parements taillés au ciseau large,

ainsi que l'indique la figure 4. Il faut dire que le grès rouge des

Vosges ne peut guère être parementé autrement qu'à l'aide de ce large

ciseau, et les tailleurs de pierre de cette contrée mettaient une

certaine coquetterie à obtenir des tailles d'une régularité et d'une

finesse que permettait la nature des matériaux. Dans l'Île-de-France,

nos tailleurs de pierre, au XIIIe siècle, taillent non-seulement les

parements, mais aussi les moulures les plus délicates, à la bretture, ce

qui exige une grande adresse de main. Cet outil (la bretture) est

dentelé avec d'autant plus de finesse, que les profils deviennent plus

délicats. Au XIVe siècle, ces profils acquièrent souvent une telle

ténuité, que la bretture ne saurait les dégager; alors on emploie la

_ripe_, sorte de ciseau recourbé et dentelé très-fin, et c'est

perpendiculairement à la moulure que cet outil est employé (fig. 5).

Ainsi le tailleur de pierre modèle son profil, comme le ferait un

graveur, pour faire sentir les diverses courbures. La ripe, au XVe

siècle, est l'outil uniquement adopté pour terminer tout ce qui est

mouluré, et la bretture n'est plus employée que pour les parements

droits.

Dans des contrées où l'on n'avait que des pierres très-dures, telles que

certains calcaires jurassiques, le grès, la lave et même le granit, on

continue à employer le poinçon, le ciseau et le taillant droit. La

bretture, et à plus forte raison la ripe, n'avaient pas assez de

puissance pour entamer ces matières. Tous les profils étaient dégagés au

ciseau et terminés au taillant droit très-étroit, employé

longitudinalement. On ne voit de traces de l'outil appelé boucharde que

dans certains monuments du Midi bâtis de grès dur, comme à Carcassonne,

par exemple, et cet outil n'apparaît-il que fort tard, vers la fin du

XVe siècle. Encore n'est-il pas bien certain qu'il fût fabriqué comme

celui que l'on emploie trop souvent aujourd'hui. C'était plutôt une

sorte de grosse bretture à dents obtuses, au lieu d'être coupantes.

Jusqu'à la fin du XVe siècle, la taille de la pierre, en France, est

faite avec une grande perfection, souvent avec une intelligence complète

de la forme et de l'effet à obtenir. Les parements unis ne sont jamais

traités comme les moulures. Le grain de la bretture, et plus tard de la

grosse ripe, apparaît sur ces parements, tandis qu'il est à peine

visible sur les parties profilées. Des détails polis viennent encore

donner de la variété et du précieux à ces tailles.

Avec le XVIe siècle, trop souvent la négligence, l'uniformité, le

travail inintelligent, remplacent les qualités de tailles qui ressortent

sur nos vieux édifices. Puis, depuis le milieu du XVe siècle, on ne

mettait plus guère en oeuvre que les pierres tendres à grain fin et

compacte, comme la pierre de Vernon, les pierres de Tonnerre, le

Saint-Leu le plus serré. Il n'était plus possible, sur ces matériaux, de

se servir de la bretture, on employait les ripes grosses et fines. Ces

outils ont l'inconvénient, pour les parements unis surtout, si l'ouvrier

n'a pas la main légère, d'entrer dans les parties tendres, et de se

refuser à attaquer celles qui sont plus dures. Il en résulte que les

surfaces ripées sont ondulées, et produisent le plus fâcheux effet sous

la lumière frisante. On en vient à passer le grès sur ces parements pour

les égaliser, et cette opération amollit les tailles, leur enlève cette

pellicule grenue et chaude qui accroche si heureusement les rayons du

soleil. Les moulures, les tapisseries, prennent un aspect uniforme,

froid, mou, qui donne à un édifice de pierre l'apparence d'une

construction couverte d'un enduit.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 5.]

[Note 1: Outil dont le taillant est dentelé (voyez

BRETTURE).]

TAILLOIR, s. m.--Voyez ABAQUE.

TAPISSERIE, s. f. Nom que l'on donne à tout parement uni, soit à

l'intérieur, soit à l'extérieur d'un édifice. On dit: «Les tapisseries

sont bien dressées», pour indiquer qu'un parement est bien fait, bien

dégauchi et bien ravalé ou enduit.

TAPISSERIE, tenture d'étoffe.--Voyez le _Dictionnaire du mobilier

français_.

TAS, s. m. Ensemble de l'oeuvre où sont mis en place les divers

matériaux préparés sur les chantiers.

TAS DE CHARGE, s. m. Assises de pierres à lits horizontaux que l'on

place sur un point d'appui, sur une pile ou un angle de mur entre des

arcs, pour recevoir des constructions supérieures. Se dit aussi de

certains encorbellements, comme, par exemple, des séries de corbeaux qui

reçoivent le crénelage d'une courtine ou d'une tour (voyez MÂCHICOULIS).

On conçoit aisément que lorsque plusieurs arcs viennent reposer sur la

tête d'une pile dont la section n'est pas considérable, les lits

inclinés des claveaux _a_ (fig. 1) ne présentent pas une assiette propre

à recevoir une charge supérieure _b_. Celle-ci tend à faire glisser ces

claveaux ou à les écraser, parce qu'ils présentent leur angle d'extrados

sous son action verticale. Alors (voyez en B), dans les constructions

bien entendues, ou on laisse entre l'extrados de ces claveaux des

assises horizontales _c_ épousant la courbure de l'arc, ou, si la place

ne le permet pas, on pose une série de sommiers _d_ (voy. en C) avec

lits horizontaux (voyez CONSTRUCTION, fig. 46, 46 bis, 48 _ter_, 49

_bis_, 81, 96 et 127). Quelquefois les constructeurs du moyen âge ont

formé des arcs presque entièrement composés d'assises en tas de charge,

pour éviter les poussées sous une pression considérable. Telles sont

appareillées les archivoltes des grandes baies des deux tours

occidentales de la cathédrale de Reims, afin de supporter les flèches de

pierre projetées sur ces tours.

L'absence des tas de charge sur des piliers a occasionné l'écrasement de

ceux-ci. Cela se rencontre assez fréquemment dans des constructions de

la fin du XIIe siècle. Il est clair que si l'on appareille sur une pile

des arcs ainsi que ceux tracés en _a_ (fig. 2), tout le poids des

constructions supérieures, glissant le long des extrados de ces arcs,

vient faire coin en _b_ et exercer sur ce seul point une pression qui

eût dû être répartie sur toute la surface de la pile. Les arcs pressés à

la clef en _c_ tendent à s'écraser en _d_, peuvent se disloquer, ne plus

épauler qu'imparfaitement le coin de pression. Celui-ci, reposant sur

son angle seulement, s'écrase, et les pressions, agissant

très-irrégulièrement sur la pile, brisent ses assises. Cet accident,

assez fréquent, ainsi que nous venons de le dire, dans des édifices

bâtis au XIIe siècle, où l'on n'avait pas encore acquis une parfaite

expérience de l'effet des grandes constructions voûtées reposant sur des

points d'appui grêles, doit éveiller l'attention des architectes chargés

de la restauration de ces constructions. Souvent, en apercevant des

piles écrasées, bien que d'une section notable, on croit à

l'insuffisance des matériaux employés, et l'on se contente de remplacer

les assises éclatées. C'est là l'effet; mais la cause réside presque

toujours dans les sommiers qui n'ont pas de tas de charge ou de lits

horizontaux au-dessus des chapiteaux, à la naissance des arcs. Il est

donc urgent de supprimer cette cause.

L'opération est souvent périlleuse, et demande de l'attention. Remplacer

les assises écrasées d'une pile, dans ce cas, sans relancer les sommiers

en tas de charge ou à lits horizontaux, à la place des claveaux disposés

comme il est dit ci-dessus, c'est faire un travail inutile.

Les accidents qui s'étaient produits dans des édifices du XIIe siècle, à

cause de l'absence ou de l'insuffisance des tas de charge, ne furent pas

perdus pour les maîtres du XIIIe, siècle. Ceux-ci en vinrent bientôt,

ainsi que nous le démontrons dans l'article CONSTRUCTION, à ne plus

donner de coupes aux claveaux que quand leur extrados échappait à

l'aplomb de la charge supérieure (fig. 3). Ce principe une fois admis,

ils en tirèrent des conséquences nombreuses; ils parvinrent ainsi

souvent à neutraliser presque complétement des poussées d'arcs sur des

murs, ou à diminuer considérablement le volume et le poids des

maçonneries destinées à contre-buter ces poussées.

La théorie de ce principe est celle-ci (fig. 4): Soit une nef voûtée en

arcs d'ogives A, avec triforium B et galerie C au-dessus, à la naissance

des grandes voûtes, avec bas côté D également voûté en arcs d'ogives. Il

s'agit: 1° de ne pas écraser les piles cylindriques E; 2° de ne pas

avoir un cube de culées d'arcs-boutants F considérable. Les contre-forts

G sont élevés suivant une saillie assez prononcée pour présenter

non-seulement une butée suffisante aux voûtes des collatéraux, mais

encore une assiette assez large pour résister à une pression inégale.

Les assises H de ces contre-forts sont taillées en tas de charge au

droit de la naissance des arcs-doubleaux et arcs ogives I des voûtes des

bas côtés, afin de recevoir sur leurs lits horizontaux le porte-à-faux

de la pile F en K. De même en L, les assises au droit de la naissance

des arcs-boutants M sont taillées en tas de charge pour recevoir le

pinacle N en porte-à-faux. La ligne ponctuée NO étant l'aplomb du

parement intérieur P, il est clair que si l'arc-boutant M n'existait

pas, tout le système de la pile butante serait en équilibre avec une

propension, au moindre mouvement, à se déverser en L. Cet empilage

d'assises tend donc à s'incliner vers la grande voûte, et à exercer par

conséquent sur celle-ci une pression. C'est l'arc-boutant qui transmet

cette pression. Au-dessus de la pile ou colonne E, les assises sont

taillées en tas de charge en R, pour recevoir sur des lits horizontaux

la pile S. Les assises de naissance des arcs-doubleaux et arcs ogives de

la grande voûte T sont taillées en tas de charge pour reporter la

pression des claveaux sur la pile V et sur la colonne E. Ainsi c'est à

l'aide de ces tas de charge que l'équilibre du système général est

obtenu. C'est grâce à l'équilibre de la pile F, tendant à s'incliner

vers l'intérieur de l'édifice, que la butée de l'arc-boutant peut être

sensiblement réduite. Le chapiteau de la pile E étant plus saillant vers

la nef que vers le bas côté, a ainsi son axe sous la résultante des

pressions de la grande voûte, résultante rendue presque verticale par la

butée de l'arc-boutant. Les assises en tas de charge R ont encore pour

effet d'empêcher la poussée des voûtes des bas côtés, de faire rondir

les piliers E vers l'intérieur, en reportant la résultante de pression

de ces voûtes suivant l'axe de ces piliers.

C'est conformément à cette théorie que l'église si intéressante de

Notre-Dame de Dijon a été construite. Malheureusement l'exécution peu

soignée, faite avec trop de parcimonie et par des ouvriers qui ne

comprenaient pas parfaitement le système adopté, laisse trop à désirer.

La conception n'en est pas moins très-remarquable et due à un maître

savant. C'est en mettant d'accord l'exécution avec la théorie, que ce

monument peut être restauré sans beaucoup d'efforts. Il ne faudrait pas

croire que ces combinaisons de structure nuisent à l'effet, car

certainement l'église de Notre-Dame de Dijon est un des beaux monuments

de la Bourgogne. Il ressort même de l'adoption de ce système d'équilibre

une franchise de parti, une netteté, qui charment les yeux les moins

exercés.

Les maîtres des XIVe et XVe siècles, très-savants constructeurs, ne

négligèrent pas d'employer les tas de charge, et ils en comprenaient si

bien l'importance, qu'ils avaient le soin de les faire tailler dans de

très-hautes assises, pour supprimer les chances de rupture. Mais à

l'article CONSTRUCTION on trouvera de nombreux exemples de l'emploi de

ce système d'appareil.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

TEMPLE, s. m. Neuf chevaliers, compagnons d'armes de Godefroy de

Bouillon, firent voeu devant Garimond, patriarche de Jérusalem, de se

consacrer à la terre sainte[2]. Vivant d'aumônes, voués au célibat,

consacrant tous les instants de leur vie à protéger les pèlerins, à

détruire le brigandage et à combattre les infidèles, ils obtinrent de

Baudouin II, roi de Jérusalem, de demeurer près du temple, dans une des

dépendances du palais de ce prince. Dès lors ils furent appelés

Templiers ou chevaliers du Temple, ou encore soldats du Christ (_Christi

milites_).

Ces premiers chevaliers du Temple étaient soumis à la règle de

Saint-Augustin. Ayant été admis près du pape Honoré II pour obtenir une

constitution particulière, ce pontife les envoya au concile de Troyes,

en 1128, où saint Bernard composa pour eux une règle fixe qui fut

adoptée. Bientôt cet ordre devint un des plus riches et des plus

puissants de la chrétienté. Du temps de Guillaume de Tyr, le couvent de

Jérusalem comptait trois cents chevaliers et un nombre beaucoup plus

considérable de frères servants. Des commanderies s'élevèrent sur tout

le sol de l'Occident, en outre des établissements de Palestine et de

Syrie. Les templiers, dès le XIIe siècle, possédaient des châteaux, des

places fortes, des terres en nombre prodigieux, si bien que le P. Honoré

de Sainte-Marie estime que les revenus de l'ordre s'élevaient à la somme

de 54 000 000 de francs[3].

On donnait le nom de temples, pendant le moyen âge, aux chapelles des

commanderies de templiers; ces chapelles étaient habituellement bâties

sur plan circulaire, en souvenir du saint sépulcre, et assez exiguës.

Bien entendu, les plus anciennes chapelles de templiers ne remontent

qu'au milieu du XIIe siècle environ, et elles furent presque toutes

bâties à cette époque.

Le chef-lieu de l'ordre, après l'abandon de Jérusalem par les

Occidentaux était Paris. Le Temple de Paris comprenait de vastes

terrains dont la surface équivalait au tiers de la capitale; il avait

été fondé vers 1148, ou, d'après Félibien, au retour de la croisade de

Louis VII. Au moment du procès des templiers, c'est-à-dire en 1307, les

bâtiments du Temple à Paris se composaient de la chapelle circulaire

primitive du XIIe siècle, qui avait été englobée dans une nef du XIIIe,

d'un clocher tenant à cette nef, de bâtiments spacieux pour loger et

recevoir les frères hospitaliers. Mathieu Paris raconte que Henri III,

roi d'Angleterre, à son passage à Paris, en 1254, logea au Temple, où

s'élevaient de nombreux et magnifiques bâtiments destinés aux

chevaliers, lors de la tenue des chapitres généraux; car il ne leur

était permis de loger ailleurs[4]. En 1306, une année avant l'abolition

de l'ordre, le donjon était achevé; il avait été commencé sous le

commandeur Jean le Turc. Ce donjon consistait en une tour carrée fort

élevée, flanquée aux quatre angles de tourelles montant de fond,

contenant des escaliers et des guettes[5]. L'étendue, la beauté, la

richesse et la force du Temple à Paris, provoquèrent l'accusation portée

contre eux. En effet, l'année précédente, en 1306, le roi Philippe le

Bel s'était réfugié au Temple pendant les émeutes soulevées contre les

faux monnayeurs, et, de cette forteresse, il put attendre sans crainte

l'apaisement des fureurs populaires. Il songea dès lors à s'approprier

une résidence plus sûre, plus vaste et splendide que n'étaient le Palais

et le Louvre.

L'hospitalité magnifique donnée aux princes par les templiers,

possesseurs de richesses considérables, sagement gouvernées, ne pouvait

manquer d'exciter la convoitise d'un souverain aussi cupide que l'était

Philippe le Bel. Plus tard l'hospitalité que Louis XIV voulut accepter à

Vaux ne fut guère moins funeste au surintendant Fouquet.

Les derniers chevaliers du Temple qui quittèrent la Palestine revinrent

en Occident, possesseurs de 50 000 florins d'or et de richesses

mobilières considérables. Ces trésors n'avaient fait que s'accroître

dans leurs commanderies par une administration soumise à un contrôle

sévère. Le mystère dont s'entouraient les délibérations de l'ordre ne

pouvait d'ailleurs qu'exagérer l'opinion que l'on se faisait de leurs

biens. Dès qu'ils eurent été condamnés et exécutés, Philippe le Bel

s'installa au Temple. Quant aux trésors, ils passèrent dans ses mains et

dans celles du pape Clément V, complice du roi dans cette inique et

scandaleuse procédure. Plus tard le Temple de Paris et les commanderies

de France furent remis aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem[6],

puis de Rhodes et de Malte.

Sauval[7] s'exprime ainsi au sujet du Temple: «C'est une église

gothique, accompagnée devant la porte d'un petit porche ou vestibule

antique, et enrichi en entrant d'une coupe (coupole), dont la voûte est

égale à celle du vaisseau, et soutenue sur six gros piliers qui portent

des arcades au premier étage, et sur autant de pilastres au second, qui

s'élèvent jusqu'à l'arrachement de la voûte. Cette coupe (coupole) est

entourée d'une nef, dont la voûte a une élévation pareille à ces

arcades. Cette partie d'entrée, qui est l'unique en son espèce que j'ai

encore vue en France, en Angleterre et dans les dix-sept provinces,

non-seulement est majestueuse et magnifique par dedans, mais encore fait

un effet surprenant et plaisant à la vue par dehors.

Le circuit de ce lieu, dit Corrozet[8] (le Temple, ses dépendances et

cultures), est très-spacieux et plus grand que mainte ville renommée de

ce royaume; il est clos de fortes murailles à tourelles et carneaux

larges, pour y cheminer deux hommes de front. Là sont plusieurs

chapelles et logis en ruyne, qui servaient aux congrégations des

templiers, chacun en sa nation... Y sont aussi plusieurs riches

bastimens nouveaux faits par les chevaliers de Rhodes, auxquels les

biens desdits templiers furent donnez, et par conséquent ledit lieu du

Temple, dont l'église est faite à la semblance du temple de

Jérusalem....»

Réunissant les renseignements que nous avons pu nous procurer sur le

Temple de Paris[9], nous donnons le plan de l'église (fig. 1). La

rotonde datait de la première moitié du XIIe siècle. Après la sortie des

templiers de la Palestine, cette rotonde fut augmentée au porche A, dont

parle Sauval, et un peu plus tard de la grande nef B. Le bas du clocher

C datait également du XIIe siècle, et l'étage du beffroi du commencement

du XIIIe siècle.

Le porche A était à claire-voie dans la partie inférieure, et vitré dans

la partie supérieure. Cette disposition, adoptée fréquemment pour les

cloîtres, produisait ici un effet très-pittoresque, ainsi que le

remarque Sauval. Une coupe longitudinale (fig. 2) fera saisir la

disposition originale de ces constructions ajoutées à la rotonde

primitive. En A, est le porche avec ses claires-voies latérales;

au-dessus, les fenêtres vitrées. C'est à peu près la disposition qui

subsiste à Aix-la-Chapelle, mais mieux entendue. La rotonde englobée

avait conservé ses voûtes et son étage supérieur, qui formait saillie

extérieurement sur les parois du narthex et de la grande nef[10]. Le

triangle équilatéral avait été le générateur du plan de la rotonde. On

sait que le triangle équilatéral était un des signes adoptés par les

templiers. Des fragments de vitraux fournis par M. de Penguern, et

provenant de la chapelle de la commanderie de Brelvennez, laissent voir

la croix de gueules entourée de l'orle d'or des templiers et le

triangle équilatéral. Dans la chapelle de Saint-Jean de Creac'h, près de

Saint-Brieuc, sont placées plusieurs dalles tombales de chevaliers du

Temple. Sur l'une d'elles est gravée une petite croix latine, et

au-dessous une épée posée diagonalement; entre l'épée et la croix est un

triangle équilatéral[11].

Il ne faut pas oublier que les fondateurs de l'ordre du Temple étaient

au nombre de _neuf_ (carré de 3), qu'il ne leur fut permis d'ordonner de

nouveaux frères qu'après neuf années, et que les nombres 3 et 9 se

retrouvent fréquemment dans les chapelles des commanderies. La grande

rotonde de Paris possédait à l'intérieur six piliers, et extérieurement

douze travées (fig. 1). Son tracé n'avait pu être obtenu donc que par

deux triangles équilatéraux se pénétrant, ainsi que l'indique la figure

3.

La chapelle de la commanderie de Laon, qui date du milieu du XIIe siècle

environ, est un octogone dont les côtés, intérieurement, ont neuf pieds.

Cette chapelle (fig. 4) parait avoir été bâtie d'un seul jet, sauf

l'abside, qui peut être quelque peu postérieure. Elle possède un porche

ou narthex, avec tribune au-dessus, bâtie après coup, et qui était mise

en communication avec les logis de la commanderie. Les murs de

l'octogone ont trois pieds d'épaisseur, les contre-forts trois pieds de

largeur. Une assise de bancs de pierre est disposée à la base des parois

intérieures. Voici (fig. 5) la coupe longitudinale de cette chapelle. La

voûte est construite à pans, avec nervures saillantes sous les arêtes

rentrantes.

Les dispositions de ces chapelles exiguës, avec sanctuaire peu

important, indiquent assez que les chevaliers du Christ ou du Temple

n'admettaient pas le public pendant les cérémonies religieuses. Ces

chapelles servaient aussi de lieu de séances pour les délibérations,

qui, d'ordinaire, se tenaient la nuit. D'ailleurs d'une extrême sobriété

d'ornementation, ces petits monuments du XIIe siècle se ressentent de

l'influence de l'abbé de Citeaux, qui avait rédigé les statuts de

l'ordre. Cette simplicité se retrouve sur les dalles tumulaires que l'on

rencontre encore dans ces édifices; dépourvues d'inscriptions, elles ne

montrent que la croix de l'ordre, une épée, un triangle ou quelques

attributs, très-rarement des écussons armoyés[12]. Dans la chapelle de

Laon, trois de ces tombes existent à l'entrée du sanctuaire; elles sont

ornées de la croix pattée en gravure.

Les templiers possédaient en Syrie et en Occident un grand nombre de

châteaux et de forteresses[13]. Obligés de quitter la terre sainte après

le siége d'Acre, en 1291, rentrés en France, en Angleterre, en Espagne,

où ils possédaient des commanderies, et rapportant avec eux de grandes

richesses, malgré les désastres de leur ordre, ils employèrent ces

trésors à augmenter et à embellir leurs résidences; leurs loisirs, à

former, dans l'État féodal déjà vers son déclin, une corporation

compacte, puissante, occupée d'intrigues diplomatiques, hautaine, avec

laquelle tous les pouvoirs devaient compter. Leurs grands biens,

administrés avec économie à une époque où tous les propriétaires

terriens et les suzerains eux-mêmes manquaient toujours d'argent, leur

permettaient de prêter des sommes importantes: il est à croire que ce

n'était pas sans intérêts. Une pareille situation leur créa de nombreux

et puissants ennemis, et le jour où Philippe le Bel, qui était parmi

leurs débiteurs, se décida à les faire arrêter et à leur intenter le

plus inique et le plus monstrueux procès, le roi eut pour lui l'opinion

de la féodalité, du clergé et des établissements monastiques. Le mystère

dont s'entouraient les templiers prêtait merveilleusement aux

accusations absurdes auxquelles ils furent en butte. Il est certain que

l'ordre des Templiers, la Palestine perdue, devenait pour les États de

l'Occident un grand embarras, sinon un grand danger. Le coup d'État qui

supprima cet ordre délivra le pouvoir suzerain d'un des nombreux périls

qui l'entouraient, mais lui enleva dans l'opinion du peuple une partie

de la foi en sa justice et en sa grandeur morale que Louis IX avait su

imposer à toutes les classes du pays.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 5.]

[Note 2: Ces neuf chevaliers sont: Hugues de Payens, Godefroy

de Saint-Omer, André de Montbard, Gundomar, Godefroy, Roral,

Geoffroy Bisol, Payen de Montdésir, Archambaud de

Saint-Aignan, ou, suivant _Lejeune_, Hugues, comte de

Champagne, fondateur de Clairvaux.]

[Note 3: Voyez l'_Histoire des chevaliers templiers_, par

Élizé de Montagnac. Paris, 1864.]

[Note 4: Voyez Dubreul, Théâtre des antiquités de Paris,

livre III.]

[Note 5: C'est dans ce donjon que Louis XVI fut détenu en

1792.]

[Note 6: C'est en 1317 que par une transaction passée entre

les chevaliers hospitaliers et Philippe le Long, il est

démontré que le séquestre des biens des templiers s'était

prolongé jusqu'en 1313. Donc la couronne avait perçu, pendant

une période de six ans, les énormes revenus de ces biens; de

plus, tous les biens meubles et les trésors étaient restés

entre les mains du roi.]

[Note 7: Livre IV, p. 454.]

[Note 8: _Antiquitez de Paris_, G. Corrozet Parisien, 1586,

part. I, p. 108.]

[Note 9: Voyez le plan de Paris de Verniquet, le grand plan

de Mérian, les gravures d'Israël Sylvestre, l'oeuvre de

Marot: _l'Architecture françoise_.]

[Note 10: Voyez les gravures de Marot et d'Israël Sylvestre.]

[Note 11: _Hist. des chevaliers templiers_, par Élizé de

Montagnac. Paris, A. Aubry, 1864. Les francs-maçons ont

prétendu continuer l'ordre du Temple, et posséder même un

testament ou charte de transmission d'un grand maître dont le

pouvoir secret avait été reconnu par les frères

postérieurement à la mort de Jacques de Molay.]

[Note 12: Une des tombes de la chapelle de la commanderie,

près du hameau de Creac'h, présente une croix ancrée,

accostée à gauche d'une épée, à droite d'un écusson à sept

macles trois, trois, un, qui est Rohan ancien. (_Hist. des

chevaliers templiers_, ouvr. déjà cité, p. 135.)]

[Note 13: Parmi les châteaux importants que les templiers

avaient élevés en Syrie, nous citerons ceux de Tortose

(Antarsous) de Safita, d'Areymeh, de Toron et d'Athlit. Ces

châteaux renferment habituellement un gros donjon carré ou

sur plan barlong et leurs enceintes sont également flanquées

de tours quadrangulaires. «Les châteaux de Safita, d'Areymeh,

d'Athlit, et surtout la forteresse de Tortose», dit M. G.

Rey, dans son _Essai sur la domination française en Syrie_,

«nous fournissent une série de types permettant de donner une

étude aussi complète que possible de cet art, dont les

meilleures productions se trouvent dans les principautés

d'Antioche et de Tripoli, si riches, la première

particulièrement, en monuments byzantins.» Tortose, adossée à

la mer, fut la dernière place qu'occupèrent les templiers en

Orient. Ils n'évacuèrent cette forteresse que le 5 juin 1291.

En Occident, les templiers adoptèrent également, pour la

construction de leurs donjons, le plan carré ou barlong.

C'est sur cette donnée qu'était bâtie la tour dite de Bichat,

à Paris, et qui ne fut détruite qu'en 1855. (Voy. TOUR.)]

THÉÂTRE, s. m. Pendant le moyen âge, il n'existait pas de locaux

destinés aux représentations scéniques. Les mystères, les farces et

_mômeries_, les chansons de gestes dites par des acteurs, étaient

représentés dans les grand'salles des châteaux, dans les églises, dans

les cimetières, ou sur des échafauds dressés dans les carrefours, ainsi

que cela se pratique encore pendant les foires. Ce n'est qu'au XVIIe

siècle que l'on commença en France à élever des salles uniquement

destinées aux jeux scéniques. Le goût pour le théâtre, cependant,

remonte chez nous à une époque éloignée, et il existe des mystères et

moralités qui datent de la fin du XIIe siècle.

TIERCERON, s. m. (_tierceret_). Nervure de voûte en tiers-point, qui,

bandée entre l'arc-doubleau et le formeret, aboutit à la _lierne_,

laquelle réunit la clef de l'arc-doubleau ou du formeret à celle des

arcs ogives. (Voy. VOÛTE.)

TIRANT, s. m. Pièce de fer ou de bois qui maintient l'écartement des

arbalétriers d'une ferme, ou le devers de deux murs parallèles, ou la

poussée d'un arc. Les entraits, dans les charpentes de combles, sont de

véritables tirants (voy. CHARPENTE). Pour fermer leurs voûtes, les

constructeurs du moyen âge plaçaient provisoirement des tirants, afin

d'éviter les poussées, en attendant que les piles fussent chargées. Ces

tirants étaient habituellement de bois, et étaient sciés au ras de

l'intrados du sommier des arcs, quand les constructions étaient

terminées. À la cathédrale de Reims, ces tirants étaient de fer, avec

des oeils passant dans des crochets qui sont restés en place. Il est peu

de voûtes de collatéraux où l'on n'ait l'occasion d'observer la trace de

ces tirants.

TOILES (PEINTES). On employait souvent, pendant le moyen âge, les toiles

peintes pour tapisser les intérieurs des appartements et pour décorer

les grandes salles et églises. Le trésor de la cathédrale de Reims

possède encore un certain nombre de toiles peintes de la fin du XVe

siècle, qui sont d'un grand intérêt. Ces toiles, dans les intérieurs des

châteaux et hôtels, étaient attachées à des châssis, ou simplement

suspendues à des tringles de bois ou de fer. Les _clotets_, ces cabinets

que l'on improvisait dans les grandes pièces, étaient souvent composés

de simples châssis de bois tendus de toiles peintes. (Voyez le

_Dictionnaire du mobilier français_.)

TOMBEAU, s. m. (_sepouture_, _sepoulture_, _tumbe_). De tous les

monuments, les tombeaux sont ceux qui présentent peut-être le sujet le

plus vaste aux études de l'archéologue, de l'ethnologue, de l'historien,

de l'artiste, et voire du philosophe. Les civilisations, à tous les

degrés de l'échelle, ont manifesté la nature de leurs croyances en une

autre vie par la façon dont elles ont traité les morts. Supprimez toute

idée de la durée de l'individu au delà de l'existence terrestre, et le

tombeau n'a plus de raison d'être. Or, depuis les races supérieures

jusqu'aux noirs du sud de l'Afrique, on voit, en tout temps, les hommes

ensevelir leurs morts avec l'idée plus ou moins nette d'une prolongation

ou d'une transformation de l'existence. On pourrait faire l'histoire de

l'humanité à l'aide des tombeaux, et le jour où un peuple cessera de

perpétuer l'individualité des morts par un monument, un signe

quelconque, la société, telle du moins qu'elle a vécu depuis les temps

historiques, aura cessé d'exister. Le culte des morts est le ciment qui

a constitué les premières sociétés, qui en a fait des institutions

permanentes, des nationalités, c'est-à-dire la solidarité du présent

avec le passé, la perpétuité des tendances, des aptitudes, des désirs,

des regrets, des haines et des vengeances. Faites que les morts, chez un

peuple, soient confondus dans un engrenage administratif de salubrité,

et traités _décemment_, mais comme une matière dont il faut hâter la

décomposition pour en rendre le plus tôt possible les éléments à la

nature inorganique, ainsi qu'on traite un engrais; faites que cela entre

dans les moeurs et les nationalités, ces agglomérations traditionnelles,

puissantes et vivaces, ne seront plus que des sociétés anonymes

constituées pour... tant d'années, à moins de supposer toutefois que les

idées métaphysiques les plus abstraites sur l'existence de l'âme soient

communément acceptées comme elles peuvent l'être par une demi-douzaine

de philosophes au milieu d'un pays de plusieurs millions d'habitants. Il

sera bien difficile de faire admettre l'indifférence absolue pour la

dépouille périssable d'une personne que l'on a aimée, respectée ou

connue. Et dans nos grandes villes, s'il est une chose qui choque le

sentiment populaire, c'est ce qu'on appelle _la fosse commune_.

Ce n'est que depuis le XVIe siècle que l'on a imaginé de donner aux

sépultures un caractère funèbre; de les entourer d'emblèmes, d'attributs

ou d'allégories qui rappellent la fin, la décomposition, la douleur sans

retour, l'anéantissement, la nuit, l'oubli, le néant. Il est assez

étrange que ces idées se soient fait jour chez des peuples qui se

piquent d'être chrétiens, et chez lesquels, en chaire, on montre la mort

comme une délivrance, comme la fin des misères attachées à la courte

existence terrestre. Les _païens_, par opposition, ont donné aux

monuments funéraires un caractère plutôt triomphal que désolé. Le moyen

âge avait conservé cette saine tradition; les tombeaux qu'il a élevés

n'adoptent jamais ces funèbres attributs mis à la mode depuis le XVIe

siècle, ces effets théâtrals ou ces froides allégories qui exigent

toujours pour être comprises la présence d'un cicerone.

De la mort il ne faut point tant dégoûter les gens, puisque chacun doit

subir sa loi; il ne paraît pas nécessaire de l'entourer de toute cette

friperie de mélodrame, disgracieuse et ridicule. C'est à la fin de la

renaissance que l'on éleva les premiers mausolées décorés d'allégories

funèbres sorties de cerveaux malades: d'os de mort, de linceuls soulevés

par des squelettes, de cadavres rongés de vers, etc. L'art du _grand

siècle_ ne pouvait manquer de trouver cela fort beau, et le XVIIIe

siècle renchérit encore sur ces pauvretés. Ce moyen âge, que plusieurs

nous présentent toujours comme maladif, ascétique, mélancolique, ne

prenait pas ainsi les choses de la mort, non plus que les Grecs et les

Romains. Ceux-ci avaient, comme on sait, l'habitude de brûler les

cadavres, ce qui avait beaucoup d'avantages. Le long des chemins qui

rayonnaient vers les cités, étaient élevés des tombeaux. Cette

disposition seule indique assez que, pour ces _païens_, la sépulture ne

faisait pas naître les idées lugubres qui s'emparent de nous aujourd'hui

dans les cimetières. Ces voies des tombeaux, dont les faubourgs de Rome

étaient entourés, n'empêchaient pas les gens qui passaient sur les

chemins de s'entretenir des sujets les moins graves, sans que pour cela

le respect pour les morts fût moins profond. Pendant le moyen âge, les

cimetières ne sont pas davantage pris au point de vue lugubre,

romantique. Le moyen âge, pas plus que l'antiquité, n'a peur de ses

morts. Si les Grecs aimaient à s'asseoir et à deviser au pied d'une

tombe placée sur le bord d'un chemin, nos aïeux se réunissaient

volontiers dans les cimetières pour traiter de certaines affaires. La

nuit, ces enceintes, indiquées par un fanal, servaient au besoin de

refuge au voyageur, qui ne songeait point aux _revenants_, du moins dans

nos contrées françaises. Ces cimetières étaient presque toujours

entourés d'un portique bas, et c'était sous cet abri que le pauvre et le

voyageur attardés, qui ne pouvaient se faire ouvrir les portes de la

ville, attendaient le jour.

Nous n'entreprendrons pas la description des cimetières gallo-romains et

mérovingiens. Ce travail, fait et bien fait sur une partie de la France

par M. l'abbé Cochet[14], nous dispensera de parler des sépultures des

premiers conquérants barbares des Gaules, d'autant que ces sépultures

n'affectent aucune apparence architectonique. Ce sont des

ensevelissements dans des cercueils de bois, de pierre, ou à même le

sol, qui n'ont d'intérêt qu'au point de vue de l'histoire ou de

l'archéologie.

Il paraîtrait que l'usage d'élever des tombeaux le long des voies

publiques ne fut pas entièrement abandonné pendant la période

mérovingienne. Grégoire de Tours cite plusieurs exemples de ces sortes

de monuments[15]. Plus tard, sous les premiers Carlovingiens, les

personnages considérables tenaient à être ensevelis sous l'égout des

toits des églises, chapelles ou oratoires[16]. Cette coutume persista

jusque vers le milieu du XIIe siècle. On enterrait aussi sous les

porches des églises et dans les lieux voisins qui étaient bénis. Ce ne

fut qu'à la fin du XIIe siècle que s'établit l'usage d'enterrer dans les

églises, et d'élever des monuments ou de graver des dalles

commémoratives sur les sépultures.

Les premiers chrétiens, contrairement à l'usage admis chez les Grecs et

chez les Romains, ne brûlaient pas les corps, ils les ensevelissaient

dans des niches pratiquées dans les parois de cryptes, ou dans des

sarcophages de pierre ou de marbre. Ces sarcophages, si les personnages

étaient considérables, restaient souvent apparents dans des chambres

souterraines; ils étaient décorés de sculptures symboliques ou de signes

religieux, croix, monogrammes du Christ, colombes, etc. Habituellement

ils étaient posés sur des dés ou colonnettes, afin de les isoler de

terre. Ces sarcophages se composaient d'une auge oblongue

quadrangulaire, avec couvercle en forme de toit à deux pentes ou bombé.

Le corps du défunt était déposé dans cette auge[17]. Les tombeaux du

moyen âge procèdent de ce principe. Mais, vers le milieu du XIIe siècle,

on plaça sur le couvercle l'effigie du mort, et alors le sarcophage

n'était plus ordinairement qu'un simulacre et le corps était déposé

au-dessous, dans une fosse ou un petit caveau. Ce fut aussi vers cette

époque que l'on se contenta souvent de placer sur le cercueil enterré

une dalle gravée ou une lame de bronze représentant le défunt. La partie

principale du tombeau, le sarcophage, ou plutôt son simulacre, ne fut

bientôt qu'un accessoire, un véritable socle portant des figures

couchées, et le monument, outre ces statues, se composa de dais élevés

ou de sortes de chapelles en façon de larges niches.

Les tombeaux du moyen âge peuvent donc être divisés en trois séries: la

première comprend les sarcophages proprement dits, plus ou moins décorés

de sculptures, mais sans représentation du défunt; sarcophages

apparents, placés au-dessus du sol; la seconde, les socles posés sur une

sépulture, portant parfois l'effigie du mort, et placés, soit dans une

sorte de niche ou petite chapelle, soit sous un édicule en forme de

dais; la troisième, les tombes plates posées au niveau du pavé des

églises, gravées ou en bas-relief, et formant comme le couvercle de la

fosse renfermant le cercueil.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 9 - (T - U - V - Y - Z) · 第 1 / 41 段