La stérile abondance de tous ces coups de pinceau bleus et jaunes ne
démontrera que l'inanité du fond.
Peintre manqué, Gautier s'est fait poète. Il fait des vers parce qu'il a
lu des vers, et il imite les vers qu'il a lus, en se servant du
vocabulaire à la mode. Il est aussi incapable d'enthousiasme que de
fiel. Toujours monotone, il est aussi médiocre que possible. Au moment
où l'on croit que le badaud va s'élever à l'art, on est tout surpris de
tomber dans la niaiserie. Il ne bourdonne pas plus fort et ne s'élève
pas plus haut que le hanneton; avec un dictionnaire de poche, le gamin
est assez éclairé pour l'écraser sous le ridicule.
Si l'on veut savoir son idéal, il répond naïvement dans son _Ambition_:
Etre Shakspeare, être Dante, être Dieu!
Comme c'est impossible, il faut bien qu'il cherche. Dans un moment
d'ennui, il dira:
Ici-bas être heureux, c'est oublier.
Il a le bon goût de ne pas se désespérer. Aussi parvient-il à trouver le
bonheur:
Car le bonheur est fait de trois choses sur terre,
Qui sont:--Un beau soleil, une femme, un cheval.
Il ne veut pas de gêne dans le plaisir. Dans la _Débauche_, il exècre
les gens qui gardent les convenances sociales dans l'immoralité de la
vie privée:
J'aime trente fois mieux une débauche franche.
Dans le _Triomphe de Pétrarque_, il explique pourquoi il s'est dispensé
de tout:
Rêveur harmonieux, tu fais bien de chanter:
Car c'est le _seul devoir_ que Dieu donne aux poètes,
Et le monde à _genoux_ les devrait écouter.