À voir l'accueil que lui firent les journaux, on n'eût pas promis
longue vie au nouveau cabinet. Sauf le _Journal des Débats_, tous se
montraient violemment hostiles, depuis le _National_ et la _Tribune_
jusqu'au _Constitutionnel_, en passant par le _Temps_, le _Courrier
français_, le _Journal du Commerce_. «Non, mille fois non, s'écriait
le _Constitutionnel_, ce n'est pas l'opposition seule, c'est la France
entière qui pousse ce cri: Arrière! arrière! hommes de la
Doctrine[212]!»Le ministère était comparé à celui de M. de Polignac et
devait conduire à une semblable catastrophe; on racontait que
Louis-Philippe préparait déjà sa fuite et faisait passer des fonds à
l'étranger. Grisés par leur propre tapage, les opposants finissaient
par se croire sûrs d'une prochaine victoire. Par contre, les amis du
cabinet, assourdis, quelque peu intimidés, se demandaient avec
inquiétude ce qui allait se passer à la rentrée des Chambres[213]. Ne
savaient-ils pas combien était encore peu consistante la majorité de
combat que Périer avait rassemblée et entraînée, pour ainsi dire, à la
force du poignet? La situation pouvait donc devenir périlleuse. Les
ministres comprirent qu'il leur fallait, dans les quatre ou cinq
semaines qui les séparaient du 19 novembre, date indiquée pour
l'ouverture de la session, accomplir au dedans ou au dehors quelque
acte qui en imposât à l'opinion.
[Note 212: 6 novembre 1832.]
[Note 213: Le 11 octobre, jour même de la formation du ministère,
l'ordonnance de convocation avait été publiée. À la même date, une
autre ordonnance avait créé d'un coup soixante pairs. Une telle
«fournée» n'était pas faite pour augmenter beaucoup l'autorité de la
Chambre haute: mais c'était la conséquence nécessaire de la révolution
qui avait dépeuplé cette Chambre et en avait arrêté le recrutement
héréditaire.]
La question belge offrait précisément une occasion d'agir. On a vu
comment, depuis quelques mois, elle semblait arrêtée dans une sorte
d'impasse. Peu de jours avant la formation du cabinet, le 1er octobre,
la France, appuyée par l'Angleterre, avait proposé à la Conférence de
Londres des mesures coercitives pour imposer à la Hollande l'exécution
du traité du 15 novembre 1831; les autres puissances avaient élevé des
objections, et la Conférence, définitivement impuissante, s'était
séparée, chaque État restant désormais juge de ce qu'il avait à faire
comme signataire de ce traité. Force était au nouveau cabinet de se
prononcer. Laisser les choses plus longtemps en suspens, c'était
risquer l'avenir de la Belgique, irriter l'opinion en France, et
fournir à l'opposition un redoutable terrain d'attaque. Mais recourir
à la force, sans et malgré les autres puissances, c'était une
opération difficile, périlleuse, exigeant ce rare mélange d'autorité
et de prudence, d'audace, de sang-froid et de mesure, qui avait marqué
la politique extérieure de Périer. Le duc de Broglie n'hésita pas un
instant. À peine au pouvoir, il avertit les autres puissances, sans se
laisser intimider par leur mauvaise humeur, de son intention d'agir;
en même temps, il fit d'instantes démarches pour obtenir le concours
indispensable de l'Angleterre. M. de Talleyrand, notre ambassadeur à
Londres, mena cette négociation avec autant d'habileté que de vigueur,
et, dès le 22 octobre, triomphant des hésitations méfiantes de lord
Palmerston, il signait avec lui une convention réglant les conditions
d'une action commune de la France et l'Angleterre, à l'effet de
contraindre la Hollande à l'exécution du traité du 15 novembre 1831.
Parmi les moyens prévus de coercition, figuraient d'abord des mesures
maritimes, telles que blocus et embargos, et ensuite--ce qui était
pour nous le point capital--une expédition française contre la
citadelle d'Anvers qui faisait partie du territoire attribué par la
Conférence à la Belgique, et que l'armée hollandaise se refusait à
évacuer.
Le duc de Broglie n'avait pas caché de quel intérêt parlementaire il
était, pour le ministère français, d'agir, et d'agir tout de suite.
Dès le 11 octobre, le jour même où il prenait possession du ministère,
il écrivait à M. de Talleyrand: «Il dépend de l'Europe, et surtout de
l'Angleterre, de consolider ce cabinet et de mettre un terme par là
aux dangers que la victoire du parti contraire entraînerait, dangers
dont l'Europe aurait assurément sa bonne part. Nous allons combattre
pour la cause de la civilisation; c'est à la civilisation de nous
aider; c'est à vous, mon prince, de lui dire ce qu'il faut faire pour
que nous ouvrions la session avec éclat.» Le lendemain, il revenait
avec insistance sur la même idée: «Que l'Angleterre nous voie, sans en
prendre alarme, enlever la citadelle d'Anvers aux Hollandais... Si la
session prochaine s'ouvre sous de tels auspices, soyez certains d'un
triomphe éclatant. S'il nous faut, au contraire, défendre de nouveau à
la tribune les délais, les remises, les procrastinations de la
diplomatie, notre position sera très-périlleuse.» Il ajoutait encore,
le 18 octobre: «Notre sort dépend de nos oeuvres d'ici à la session,
et, de toutes les oeuvres, la véritable, la seule qui préoccupe
l'opinion, c'est l'expédition d'Anvers[214].» Ce fut, en somme, cette
considération du péril couru par le ministère français, qui détermina
le gouvernement de Londres à céder. Nous avons, sur ce point, le
témoignage du roi Léopold, bien mis au courant des choses
d'outre-Manche par son ami Stockmar: «Le ministère Broglie,
écrivait-il un peu plus tard à M. Goblet, était mort sans Anvers, et
le ministère anglais a jugé plus sage de laisser faire que d'avoir un
ministère de l'extrême gauche qui menait à la guerre générale[215].»
[Note 214: _Papiers inédits._]
[Note 215: Cité par M. HILLEBRAND, _Geschichte Frankreichs_,
1830-1870, t. I, p. 509.]
La nouvelle de la convention du 22 octobre produisit un vif
mécontentement chez les trois puissances continentales. À Vienne, M.
de Metternich dogmatisa sur ce qui lui paraissait être une violation
du droit des gens, s'épancha en sombres prédictions[216] et surtout en
gémissements rétrospectifs, maudit le jour où s'était soulevée cette
malheureuse affaire de la Belgique et où il s'était laissé attacher au
«détestable char» de la Conférence[217]; mais, comme mesures
effectives, il se borna à prêcher une union plus étroite des «trois
cours» en face de l'alliance anglo-française[218]. La Russie protesta
avec irritation et reprit diplomatiquement tout ce qu'elle avait cédé
à la Conférence. Mais, à Saint-Pétersbourg comme à Vienne, on estimait
qu'en cette affaire le premier rôle et l'initiative appartenaient à
Berlin. Dans le monde militaire prussien, l'émotion fut extrême. On
n'y pouvait supporter qu'une armée française parût et agît si près du
Rhin. Le roi Frédéric-Guillaume, bien que plus pacifique que son
entourage, dut ordonner la réunion de deux corps d'armée, l'un sur la
frontière belge, l'autre sur le Rhin; sorte de menace à laquelle nous
répondîmes aussitôt en formant, derrière l'armée destinée à opérer en
Belgique, un corps d'observation massé dans les environs de Metz.
[Note 216: «On a vu, disait M. de Metternich dans une de ses dépêches,
l'Europe entière misé en feu par suite d'une excitation bien moindre
que celle qui sera nécessairement produite par celle d'Anvers.»
(_Mémoires_, t. V, p. 298.)]
[Note 217: _Ibid._, p. 398, 408. Le chancelier d'Autriche en venait à
regretter ouvertement que la Prusse n'eût pas étouffé l'insurrection
belge dès le début, fût-ce au prix d'une guerre avec la France.
(_Ibid._, p. 411, 412.)]
[Note 218: _Ibid._, p. 400, 401.]
La correspondance du duc de Broglie et de ses ambassadeurs, à cette
époque, trahit l'anxiété d'une grosse partie où se jouait la paix de
l'Europe. M. de Talleyrand lui-même déclarait en avoir perdu le
sommeil. Toutefois, ni lui, ni le ministre ne se laissèrent un instant
détourner de leur dessein. Ils avaient mesuré d'avance, avec
sang-froid, jusqu'où ils pouvaient aller, sans rencontrer autre chose
que de la mauvaise humeur. Le 1er novembre 1832, M. de Talleyrand
écrivait au duc de Broglie, dans une lettre confidentielle: «Je n'ai
pas cru devoir vous parler, dans ma dépêche, des bruits de coalition
entre les trois puissances, répandus par quelques journaux français et
allemands. Nous n'avons pas à nous inquiéter de pareils projets.
L'union de la France et de l'Angleterre arrête tout, et, d'ailleurs,
les dispositions certaines des cabinets de Berlin et de Vienne
indiquent plutôt de la crainte que l'esprit d'entreprise.» Et il
ajoutait dans un _post-scriptum_: «Laissez-moi vous recommander de
faire plutôt trop que pas assez pour la grande entreprise actuelle:
songez bien qu'il vous faut un succès[219].» Le gouvernement avait
devancé ce dernier conseil. Dès le premier jour, il avait poussé
activement ses préparatifs militaires et réuni, sur sa frontière du
Nord, une armée considérable, bien pourvue, sous le commandement du
maréchal Gérard.
[Note 219: _Papiers inédits._]
Le 2 novembre, au terme extrême fixé par la convention, la Hollande
n'ayant pas cédé, les premières exécutions maritimes furent ordonnées
par la France et l'Angleterre. Restait l'action principale:
l'expédition française contre Anvers. Le Roi des Belges la demanda, le
9 novembre. Toutes les conditions prévues par la convention étaient
dès lors remplies, et cependant l'Angleterre, retenue par ses propres
méfiances et par les efforts des autres puissances, hésitait à donner
son assentiment. Vainement le cabinet de Paris la pressait-il,
vainement lui offrait-il toutes les garanties, elle répondait toujours
d'une façon dilatoire. On ne pouvait cependant retarder davantage.
L'opinion était de plus en plus agitée. Le jour de la réunion des
Chambres approchait. Le maréchal Gérard s'impatientait, déclarant que
bientôt la mauvaise saison rendrait l'opération à peu près impossible.
Le 14 novembre, les ministres, réunis sous la présidence du Roi,
délibérèrent s'il convenait de passer outre aux hésitations de
l'Angleterre. Les dispositions de l'Europe donnaient à cette question
une particulière gravité. Le duc de Broglie et M. Thiers opinèrent
résolûment pour qu'on allât de l'avant, sans attendre plus longtemps
une approbation si lente à venir. «Eh bien! messieurs, conclut le Roi,
entrons en Belgique.» Les ordres furent aussitôt envoyés au maréchal
Gérard. C'était procéder à la Périer. L'assentiment du cabinet de
Londres, dont on s'était passé, arriva dans la nuit suivante.
Notre armée, qui ne comptait pas moins de soixante-dix mille hommes,
et avait à son avant-garde les deux fils aînés du Roi, franchit
rapidement et allègrement la frontière. Le 19 novembre, jour même fixé
pour l'ouverture des Chambres, elle se déployait devant la citadelle
d'Anvers, et les opérations du siége commençaient aussitôt avec
vigueur.
V
En même temps que l'expédition d'Anvers, le ministère en entreprenait
une autre à l'intérieur, toute différente, où la police remplaçait
l'armée, mais qui ne devait pas être d'un effet moins décisif sur
l'opinion d'alors. On avait beaucoup reproché au cabinet précédent de
n'avoir pas pu ou pas voulu découvrir la cachette de la duchesse de
Berry. Son séjour prolongé dans l'Ouest était une cause d'agitation
permanente, et pouvait même devenir un embarras sérieux, au moment où
l'on s'apprêtait à tirer le canon sur l'Escaut. Ce qui avait été saisi
de la correspondance de la princesse prouvait qu'elle entretenait des
négociations avec le roi de Hollande et qu'elle fondait tous ses
calculs sur les complications européennes qui pouvaient se produire
de ce côté. Ces considérations, jointes à la pression chaque jour plus
vive de l'opinion, donnèrent au ministère le sentiment qu'il fallait à
tout prix en finir. M. Thiers se chargea spécialement de cette
entreprise. Dans ce dessein, il s'était fait donner le ministère de
l'intérieur, réduit aux attributions de police; les services
administratifs furent transférés au ministère du commerce et des
travaux publics. Il se réservait de faire tout lui-même et lui seul,
sans être obligé de tenir ses collègues au courant. Parvenu de la
veille, cette besogne policière amusait sa curiosité, sans exciter
chez lui les répugnances qu'eût ressenties un homme d'éducation plus
achevée et plus délicate[220]. Son animosité contre les Bourbons y
trouvait d'ailleurs son compte. Et puis, s'il s'était associé à M.
Guizot et au duc de Broglie, sans trop se troubler de les entendre
traiter d'hommes de la Restauration, il n'était pas fâché cependant de
les compromettre par un acte qui fût une rupture éclatante avec la
vieille monarchie, un gage décisif donné à la révolution. Quelques
jours plus tard, l'arrestation faite, M. Thiers s'en servait à la
tribune, comme d'une preuve que le ministère n'hésitait pas à «se
séparer de la dynastie déchue», et il demandait à ses adversaires
comment il eût pu davantage «se compromettre». De son côté, le
_Journal des Débats_ y montrait une marque de «dévouement à la
révolution de Juillet[221]».
[Note 220: M. Thiers se lassa, du reste, assez vite de ce rôle. «Je ne
veux pas, dit-il, être le Fouché de ce régime», et, dès le 31 décembre
1832, il passa au ministère des travaux publics et du commerce. Le
ministère de l'intérieur, rentré en possession de ses attributions
administratives, fut alors confié à M. d'Argout.]
[Note 221: Séance du 29 novembre 1832 et _Journal des Débats_ du 14
novembre précédent.]
M. Thiers choisit des instruments peu nombreux et énergiques. Le mot
d'ordre était de se saisir de la princesse par tous les moyens, en
évitant les violences contre la personne, en écartant même d'elle
toute chance d'accident. «En un mot, écrivait le ministre, nous
voulons prendre le duc d'Enghien, mais nous ne voulons pas le
fusiller; nous n'avons pas assez de gloire pour cela, et, si nous
l'avions, nous ne la souillerions pas.» Au fond même, on désirait
plutôt le départ que l'arrestation de la duchesse. Au moment où toutes
les mesures étaient prises pour la serrer de près, le Roi, la Reine,
les ministres la firent plusieurs fois avertir qu'on était sur sa
trace, et que, si elle voulait se retirer volontairement, on l'y
aiderait[222]. Mais tout échouait devant cette obstination, qui avait
déjà résisté aux instances des royalistes et aux ordres de Charles X.
Les premières recherches furent sans succès. Elles se heurtaient à
cette fidélité royaliste qui, depuis plusieurs mois, déjouait toutes
les ruses de la police. Un traître finit cependant par se trouver; son
nom est connu et flétri: il s'appelait Deutz, Juif prétendu converti,
qui avait capté la confiance de la duchesse de Berry. Dans un
rendez-vous donné la nuit aux Champs-Élysées,--vraie scène de
roman,--il fit ses offres à M. Thiers. Celui-ci acheta sans scrupule
ce honteux concours. Conduits par Deutz, les agents du ministre
pénétrèrent, à Nantes, chez mademoiselle Duguigny, et, après
vingt-quatre heures de perquisition, ils finirent par découvrir la
princesse dans l'étroite cachette où elle s'était enfermée avec
quelques amis. C'était le 7 novembre 1832.
[Note 222: Sur ce point les témoignages abondent. Cf. notamment la
_Captivité de madame la duchesse de Berry, à Blaye, Journal du docteur
Ménière_, t. 1, p. 187.]
«Croyez-moi», disait la duchesse de Berry au général Dermoncourt, peu
après son arrestation, «ils sont plus embarrassés que moi.» C'était
vrai. La loi du 10 avril 1832 avait interdit le territoire de la
France aux membres de l'ancienne famille royale, mais sans mettre
aucune sanction à cette interdiction. Le plus sage eût été de
reconduire la duchesse à la frontière. C'était le sentiment du Roi,
qui disait, quelques jours après, à M. Guizot: «On ne sait pas quel
embarras on encourt en la retenant; les princes sont aussi incommodes
en prison qu'en liberté; on conspire pour les délivrer comme pour les
suivre, et leur captivité entretient chez leurs partisans plus de
passions que n'en soulèverait leur présence.» Tel avait été aussi le
dessein premier du gouvernement; il s'en était même ouvert aux
cabinets étrangers, au moment où il prévoyait une arrestation
prochaine[223]. Les ministres comprenaient que leur jeu n'était pas de
grossir l'affaire et d'allumer les passions; dans la maison où était
cachée la duchesse, ils avaient saisi des papiers qui eussent permis
d'étendre singulièrement les poursuites; ils n'en firent pas usage,
sachant que les gouvernements n'ont pas intérêt à pousser les
représailles jusqu'au bout. On raconte que M. Thiers lui-même, le plus
animé de tous, ayant invité, quelque temps après, M. Berryer à
déjeuner, lui ouvrit un portefeuille contenant les plus compromettants
de ces papiers; puis, après l'avoir assuré qu'il en avait gardé le
secret pour lui seul, il les jeta au feu devant son convive. Le
gouvernement eût sagement agi, en ne se montrant pas plus impitoyable
contre la duchesse elle-même. Il ne l'osa pas. Il eut peur de
mécontenter l'opinion, vivement excitée par la nouvelle de
l'arrestation. La violence des légitimistes, l'insolence impérieuse
avec laquelle ils exigeaient une mise en liberté immédiate, n'étaient
pas faites pour lui rendre la modération plus facile. Ajoutez que ceux
des ministres qui jugeaient utile de compromettre leurs collègues dans
le sens de la révolution de Juillet, poussaient à la rigueur.
Résolution fut donc prise de ne pas relâcher immédiatement la
princesse. Mais ce n'était qu'accroître et prolonger les difficultés.
Que faire, en effet, de la prisonnière? L'idée d'une poursuite en
justice pour crime de droit commun, bruyamment soutenue par
l'opposition de gauche, fut aussitôt écartée comme odieuse et
périlleuse. Quelle dynastie eût pu gagner à voir, sous prétexte
d'égalité devant la loi, une femme de sang royal rabaissée au rang
d'un criminel vulgaire? L'appareil même du procès aurait enflammé
encore les passions des deux partis. L'issue n'en pouvait être que
funeste: une condamnation fût devenue très-embarrassante, si les
esprits excités en avaient exigé la rigoureuse exécution; un
acquittement eût été aussitôt interprété comme une condamnation de la
royauté de Juillet. La vue de ces périls détermina le gouvernement à
faire insérer, dès le 9 novembre, dans le _Moniteur_, une note
annonçant «qu'un projet de loi serait présenté aux Chambres, pour
statuer relativement à madame la duchesse de Berry». Seulement ce
parti n'était pas, lui aussi, sans de graves inconvénients qui ne
tarderont pas à se produire. En attendant, la princesse fut transférée
dans la citadelle de Blaye, où elle entra le 17 novembre.
[Note 223: M. de Metternich écrivait à son ambassadeur en France, le
30 octobre 1832: «Tout ce que veut le roi des Français, à l'égard de
madame la duchesse de Berry, est d'accord avec ce que doit vouloir
l'Empereur..... Il faut la sauver malgré elle, et on ne peut la sauver
qu'en la faisant sortir de France. Ce but une fois atteint, elle devra
être remise à sa famille.»]