[Note 1: _Traité sur les apparitions des esprits_, t. IV, p. 39.]
«Au commencement de septembre, mourut dans le village de Kisilova, à trois
lieues de Gradisch, un vieillard âgé de soixante-deux ans. Trois jours
après avoir été enterré, il apparut la nuit à son fils, et lui demanda à
manger; celui-ci lui en ayant servi, il mangea et disparut.
«Le lendemain, le fils raconta à ses voisins ce qui étoit arrivé.
«Cette nuit le père ne parut pas; mais la nuit suivante il se fit voir, et
demanda à manger. On ne sait pas si son fils lui en donna ou non, mais on
trouva le lendemain celui-ci mort dans son lit: le même jour, cinq ou six
personnes tombèrent subitement malades dans le village, et moururent l'une
après l'autre, peu de jours après.
«On ouvrit tous les tombeaux de ceux qui étoient morts depuis six semaines:
quand on vint à celui du vieillard, on le trouva les yeux ouverts, d'une
couleur vermeille, ayant une respiration naturelle, cependant immobile
comme mort; d'où l'on conclut qu'il étoit un signalé vampire. Le bourreau
lui enfonça un pieu dans le coeur.
«On fit un bûcher, et l'on réduisit en cendres le cadavre.
«On ne trouva aucune marque de vampirisme, ni dans le cadavre du fils, ni
dans celui des autres.»
Dom Calmet[1] rapporte en outre d'autres cas:
[Note 1: _Traité sur les apparitions des esprits_, t. II, p. 43.]
«Dans un certain canton de la Hongrie, nommé en latin _Oppida Heidonum_, le
peuple connu sous le nom de _Heiduque_ croit que certains morts, qu'ils
nomment vampires, sucent tout le sang des vivants, en sorte que ceux-ci
s'exténuent à vue d'oeil, au lieu que les cadavres, comme les sangsues, se
remplissent de sang en telle abondance, qu'on le voit sortir par les
conduits et même par les porres. Cette opinion vient d'être confirmée par
plusieurs faits dont il semble qu'on ne peut douter, vu la qualité des
témoins qui les ont certifiés.
«Il y a environ cinq ans, qu'un certain Heiduque, habitant de Médreïga,
nommé Arnold Paul, fut écrasé par la chute d'un chariot de foin. Trente
jours après sa mort, quatre personnes moururent subitement, et de la
manière que meurent, suivant la tradition du pays, ceux qui sont molestés
des vampires. On se ressouvint alors que cet Arnold Paul avoit souvent
raconté qu'aux environs de Cassova et sur les frontières de la Servie
turque, il avoit été tourmenté par un vampire turc: car ils croyent aussi
que ceux qui ont été vampires passifs pendant leur vie, les deviennent
actifs après leur mort, c'est-à-dire que ceux qui ont été sucés, sucent
aussi à leur tour; mais qu'il avoit trouvé moyen de se guérir, en mangeant
de la terre du sépulchre du vampire et en se frottant de son sang,
précaution qui ne l'empêcha pas cependant de le devenir après sa mort,
puisqu'il fut exhumé quarante jours après son enterrement, et qu'on trouva
sur son cadavre toutes les marques d'un archi-vampire. Son corps étoit
vermeil, ses cheveux, ses ongles, sa barbe, s'étoient renouvellés, et ses
veines étoient toutes remplies d'un sang fluide et coulant de toutes les
parties de son corps sur le linceul dont il étoit environné. Le Haduagi ou
le bailli du lieu, en présence de qui se fit l'exhumation, et qui étoit un
homme expert dans le vampirisme, fit enfoncer selon la coutume, dans le
coeur du défunt Arnold Paul, un pieu fort aigu, dont on lui traversa le
corps de part en part, ce qui lui fit, dit-on, jetter un cri effroyable,
comme s'il étoit en vie. Cette expédition faite, on lui coupa la tête, et
l'on brûla le tout. Après cela, on fit la même expédition sur les cadavres
de ces quatre autres personnes mortes de vampirisme, crainte qu'ils n'en
fissent mourir d'autres à leur tour.
«Toutes ces expéditions n'ont cependant pu empêcher que sur la fin de
l'année dernière, c'est-à-dire au bout de cinq ans, ces funestes prodiges
n'ayent recommencé, et que plusieurs habitans du même village ne soient
péris malheureusement. Dans l'espace de trois mois, dix-sept personnes de
différent sexe et de différent âge sont mortes de vampirisme, quelques-unes
sans être malades, et d'autres après deux ou trois jours de langueur.
«Une nommée Stanoska, fille, dit-on, du Heiduque Sovitzo, qui s'étoit
couchée en parfaite santé, se réveilla au milieu de la nuit, toute
tremblante et faisant des cris affreux, disant que le fils du Heiduque
Millo, mort depuis neuf semaines, avoit manqué de l'étrangler pendant son
sommeil. Dès ce moment elle ne fit que languir, et au bout de trois jours
elle mourut. Ce que cette fille avoit dit du fils de Millo le fit d'abord
reconnoître pour un vampire; on l'exhuma, et on le trouva tel. Les
principaux du lieu, les médecins, les chirurgiens, examinèrent comment le
vampirisme avoit pu renaître après les précautions qu'on avoit prises
quelques années auparavant. On découvrit enfin, après avoir bien cherché,
que le défunt Arnold Paul avoit tué non seulement les quatre personnes dont
nous avons parlé, mais aussi plusieurs bestiaux, dont les nouveaux vampires
avoient mangé, et entr'autres, le fils de Millo. Sur ces indices, on prit
la résolution de déterrer tous ceux qui étoient morts depuis un certain
tems, etc. Parmi une quarantaine, on en trouva dix-sept avec tous les
signes les plus évidents de vampirisme: aussi leur a-t-on transpercé le
coeur et coupé la tête, et ensuite on les a brûlés, et jetté leurs cendres
dans la rivière.
«Toutes les informations et exécutions dont nous venons de parler ont été
faites juridiquement, en bonne forme, et attestées par plusieurs officiers,
qui sont en garnison dans le pays, par les chirurgiens majors, et par les
principaux habitans du lieu. Le procès-verbal en a été envoyé vers la fin
de janvier dernier au conseil de guerre impérial à Vienne, qui avait établi
une commission militaire, pour examiner la vérité de tous ces faits.»
Dom Calmet[1] imprime une lettre d'un officier du duc Alexandre de
Wurtemberg qui certifie tous ces faits.
[Note 1: Même ouvrage, t. I, p. 64.]
«Pour satisfaire, y est-il dit, aux demandes de Monsieur l'Abbé dom Calmet,
le soussigné a l'honneur de l'assurer, qu'il n'est rien de plus vrai et de
si certain que ce qu'il en aura sans doute lu dans les actes publics et
imprimés, qui ont été insérés dans les Gazettes par toute l'Europe; mais à
tous ces actes publics qui ont paru, Monsieur l'Abbé doit s'attacher pour
un fait véridique et notoire à celui de la députation de Belgrade par feu
S. M. Imp. Charles VI, de glorieuse mémoire, et exécutée par feu son
Altesse Sérénissime le Duc Charles-Alexandre de Wurtemberg, pour lors
Vice-Roi, ou Gouverneur du Royaume de Servie.
«Ce Prince fit partir une députation de Belgrade moitié d'officiers
militaires, et moitié du civil, avec l'Auditeur général du Royaume, pour se
transporter dans un village, où un fameux Vampire décédé depuis plusieurs
années faisoit un ravage excessif parmi les siens: car notez que ce n'est
que dans leur famille et parmi leur propre parenté, que ces suceurs de sang
se plaisent à détruire notre espèce. Cette députation fut composée de gens
et de sujets reconnus pour leurs moeurs, et même pour leur savoir,
irréprochables et même savans parmi les deux ordres: ils furent sermentés,
et accompagnés d'un lieutenant de Grenadiers du Régiment du Prince
Alexandre de Wurtemberg, et de 24 Grenadiers dudit Régiment.
«Tout ce qu'il y eut d'honnêtes gens, le Duc lui-même qui se trouvèrent à
Belgrade, se joignirent à cette députation, pour être spectateurs oculaires
de la preuve véridique qu'on allait faire.
«Arrivés sur les lieux, l'on trouva que dans l'espace de quinze jours le
vampire, oncle de cinq, tant neveux que nièces, en avoit déjà expédié trois
et un de ses propres frères; il en étoit au cinquième, belle jeune fille,
sa nièce, et l'avoit déjà sucée deux fois, lorsque l'on mit fin à cette
triste tragédie par les opérations suivantes.
«On se rendit avec les commissaires députés pas loin de Belgrade, dans un
village, et cela en public, à l'entrée de la nuit, à sa sépulture. Il y
avoit environ trois ans qu'il étoit enterré; l'on vit sur son tombeau une
lueur semblable à celle d'une lampe, mais moins vive.
«On fit l'ouverture du tombeau, et l'on y trouva un homme aussi entier, et
paroissant aussi sain qu'aucun de nous assistans: les cheveux et les poils
de son corps, les ongles, les dents et les yeux (ceux-ci demi-fermés) aussi
fortement attachés après lui, qu'ils le sont actuellement après nous qui
avons vie, et existons, et son coeur palpitant.
«Ensuite l'on procéda à le tirer hors de son tombeau, le corps n'étant pas
à la vérité flexible, mais n'y manquant nulle partie ni de chair, ni d'os;
ensuite on lui perça le coeur avec une espèce de lance de fer rond et
pointu; il en sortit une matière blanchâtre et fluide avec du sang, mais le
sang dominant sur la matière, le tout n'ayant aucune mauvaise odeur;
ensuite de quoi on lui trancha la tête avec une hache semblable à celle
dont on se sert en Angleterre pour les exécutions: il en sortit aussi une
matière et du sang semblable à celle que je viens de dépeindre, mais plus
abondamment à proportion de ce qui sortit du coeur.
«Au surplus, on le rejetta dans la fosse, avec force chaux vive pour le
consommer plus promptement; et dès-lors sa nièce, qui avoit été sucée deux
fois, se porta mieux. A l'endroit où ces personnes sont sucées, il se forme
une tache très bleuâtre; l'endroit du moment n'est pas déterminé, tantôt
c'est en un endroit, tantôt c'est en un autre. C'est un fait notoire
attesté par les actes les plus autentiques, et passé à la vue de plus de
1,300 personnes toutes dignes de foi.»
Le même abbé donne cette autre lettre sur le même sujet[1]:
[Note 1: Même ouvrage, t. II, p. 68.]
«Vous souhaitez, mon cher cousin, être informé au juste de ce qui se passe
en Hongrie au sujet de certains revenants, qui donnent la mort à bien des
gens en ce pays-là. Je puis vous en parler savamment: car j'ai été
plusieurs années dans ces quartiers-là, et je suis naturellement curieux.
J'ai ouï en ma vie raconter une infinité d'histoires ou prétendues telles,
sur les esprits et sortilèges; mais de mille à peine ai-je ajouté foi à une
seule: on ne peut être trop circonspect sur cet article sans courir risque
d'en être la dupe. Cependant il y a certains faits si avérés, qu'on ne peut
se dispenser de les croire. Quant aux revenants de Hongrie, voici comme la
chose s'y passe. Une personne se trouve attaquée de langueur, perd
l'appétit, maigrit à vue d'oeil, et au bout de huit ou dix jours,
quelquefois quinze, meurt sans fièvre ni aucun autre symptôme, que la
maigreur et le dessèchement.
«On dit en ce pays-là que c'est un revenant qui s'attache à elle et lui
suce le sang. De ceux qui sont attaqués de cette maladie, la plupart
croyent voir un spectre blanc, qui les suit partout comme l'ombre fait le
corps. Lorsque nous étions en quartier chez les Valaques, dans le Bannat de
Temeswar, deux cavaliers de la compagnie dont j'étois cornette moururent de
cette maladie, et plusieurs autres qui en étoient encore attaqués en
seroient morts de même, si un caporal de notre compagnie n'avoit fait
cesser la maladie, en exécutant le remède que les gens du pays emploient
pour cela. Il est des plus particuliers, et quoiqu'infaillible, je ne l'ai
jamais lu dans aucun rituel. Le voici: «On choisit un jeune garçon qui est
d'âge à n'avoir jamais fait oeuvre de son corps, c'est-à-dire, qu'on croit
vierge. On le fait monter à poil sur un cheval entier qui n'a jamais
sailli, et absolument noir; on le fait promener dans le cimetière, et
passer sur toutes les fosses: celle où l'animal refuse de passer malgré
force coups de corvache qu'on lui délivre, est réputée remplie d'un
vampire; on ouvre cette fosse, et l'on y trouve un cadavre aussi gras et
aussi beau que si c'étoit un homme heureusement et tranquillement endormi:
on coupe le col à ce cadavre d'un coup de bêche, dont il sort un sang des
plus beaux et des plus vermeils et en quantité. On jureroit que c'est un
homme des plus sains et des plus vivans qu'on égorge. Cela fait, on comble
la fosse, et on peut compter que la maladie cesse, et que tous ceux qui en
étoient attaqués, recouvrent leurs forces petit à petit, comme gens qui
échappent d'une longue maladie, et qui ont été exténués de longuemain.
C'est ce qui arriva à nos cavaliers qui en étoient attaqués. J'étois pour
lors commandant de la compagnie, et mon capitaine et mon lieutenant étant
absens, je fus très-piqué que ce caporal eût fait faire cette expérience
sans moi.»
Dom Calmet[1] rapporte encore deux faits de vampirisme en Pologne:
[Note 1: Même ouvrage, t. II, p. 72-73.]
«A Warsovie, un prêtre ayant commandé à un sellier de lui faire une bride
pour son cheval, mourut auparavant que la bride fût faite; et comme il
étoit de ceux que l'on nomme vampires en Pologne, il sortit de son tombeau
habillé comme on a coutume d'inhumer les ecclésiastiques, prit son cheval à
l'écurie, monta dessus, et fut à la vue de tout Warsovie à la boutique du
sellier, où d'abord il ne trouva que la femme qui fut fort effrayée, et
appela son mari, qui vint; et ce prêtre lui ayant demandé sa bride, il lui
répondit: Mais vous êtes mort, M. le curé; à quoi il répondit: Je te vas
faire voir que non, et en même tems le frappa de telle sorte que le pauvre
sellier mourut quelques jours après et le prêtre retourna en son tombeau.»
«L'intendant du comte Simon Labienski, Staroste de Posnanie, étant mort, la
comtesse douairière de Labienski voulut, par reconnaissance de ses
services, qu'il fut inhumé dans le caveau des seigneurs de cette famille;
ce qui fut exécuté. Quelque tems après, le sacristain qui avoit soin du
caveau s'aperçut qu'il y avoit du dérangement, et en avertit la comtesse,
qui ordonna suivant l'usage reçu en Pologne qu'on lui coupât la tête, ce
qui fut fait en présence de plusieurs personnes, et entre autres du sieur
Jonvinski, officier polonois et gouverneur du jeune comte Simon Labienski,
qui vit que lorsque le sacristain tira ce cadavre de sa tombe pour lui
couper la tête, il grinça les dents, et le sang en sortit aussi fluide que
d'une personne qui mourroit d'une mort violente, ce qui fit dresser les
cheveux à tous les assistans, et l'on trempa un mouchoir blanc dans le sang
de ce cadavre dont on fit boire à tous ceux de la maison pour n'être point
tourmentés.»
PRÉSAGES
I.--PRÉSAGES DE GUERRE, DE SUCCÈS ET DE DÉFAITES.
«Parcourez, si vous voulez, tous les siècles, dit Gaffarel[1], vous n'en
trouverez pas un, suivant ceste vérité, où quelque nouveau prodige n'ait
monstré ou les biens, ou les malheurs qu'on a veu naistre. Ainsi vit-on un
peu auparavant que Xerxès couvrît la terre d'un million d'hommes des
horribles et espouventables météores, présages du malheur, qui arriva tout
aussi bien du temps d'Attila surnommé _flagellum Dei_; et si on veut se
donner la peine de prendre la chose de plus haut, la pauvre Jérusalem
fut-elle pas advertie du malheur qui la rendit la plus désolée des villes,
par mille semblables prodiges? car souvent on vit en l'air des armées en
ordre avec contenance de se vouloir choquer: et un jour de la Pentechoste,
le grand prestre entrant dans le temple pour faire les sacrifices que Dieu
ne regardait plus, on ouït un bruit tout soudain et aussitost une voix qui
cria: «Retirons-nous d'icy!» Je laisse l'ouverture de la porte de cuivre
sans qu'on la touchast et mille autres prodiges racontés dans Josephe.
[Note 1: _Curiositez inouyes_, p. 57.]
«Apian a marqué ceux qui furent veus et ouys devant les guerres civiles,
comme voix espouvantables et courses étranges des chevaux qu'on ne voyait
point. Pline a descrit ceux qui furent pareillement ouys aux guerres
Cymbriques et entre autres plusieurs voix du ciel et l'alarme que sonnaient
certaines trompettes horribles. Auparavant que les Lacédémoniens fussent
vaincus en la bataille Leuctrique, on oüyt dans le temple les armes qui
rendirent son d'elles-mesmes: et environ ce temps, à Thebes, les portes du
temple d'Hercule furent ouvertes sans qu'aucun les ouvrit, et les armes qui
estoient pendues contre la muraille furent trouvées à terre comme le déduit
Cicéron, non sans estonnement. Du temps que Miltiades alla contre les
Perses, plusieurs spectres en firent voir l'événement, et sans m'escarter
si loin, voyez Tite Live qui, pour s'estre pleu à descrire un bon nombre de
semblables merveilles, quelques autheurs lui ont donné le titre non
d'historien, mais de tragédien. Que si nous voulons passer dans les autres
siècles qui ne sont pas si éloignés de nous, nous trouverons que du règne
de Théodose, on vit de mesme une estoille portant espée: et du temps du
sultan Selim, mille croix qui brillaient en l'air et qui annonçaient la
perte que les chrétiens firent après.»
François Guichardin[1] parlant du commencement de la guerre portée par les
Français au delà des monts pour la conquête du royaume de Naples, dit ceci
sur les affaires de 1494: «Chascun demeuroit esperdu des bruits courans
qu'en divers endroits d'Italie l'on avoit veu des choses repugnantes au
cours de nature et des cieux. Que de nuit en l'Apouille estoyent aparus
trois soleils au milieu du ciel, environnez de nuages, avec horribles
esclairs, foudres et tonnerres. Qu'au territoire d'Arezze estoyent
visiblement passez par l'air infinis hommes armez, montez sur puissans
chevaux, avec un terrible retentissement de trompettes et de tambours. Que
les images des saints avoyent sué en plusieurs lieux d'Italie. Que partout
estoyent nez plusieurs monstres d'hommes et d'animaux. Que plusieurs autres
choses estoyent avenues contre l'ordre de nature en divers endroits, au
moyen de quoi se remplissoyent d'une crainte incroyable les peuples desja
estonez pour la renommée de la puissance et vaillance ardente des
François.»
[Note 1: Au Ier livre de son _Histoire des guerres d'Italie_,
section XVI, cité par Goulart, _Thrésor des histoires admirables_,
t. V, p. 322.]
«Le Milanois, dit Goulart, fut averti en l'an 1520 et en l'an 1521 par
divers estranges présages des grands changemens qui y avinrent es divers
evenements de la guerre, et les désolations incroyables de tout le pays sur
lequel il tomba du ciel douze cens pierres de grele de couleur de fer
enrouillé, extremement dures, et qui sentoyent le soulfre. Deux heures
devant qu'elles tombassent, il se fit au ciel un feu du tout extraordinaire
de merveilleuse estendue et fort ardant. Cest merveille que l'air ait
soustenu si longuement un poids si lourd de tant de pierres entre
lesquelles on en trouva une pesant soixante livres et une autre deux fois
autant. Dedans deux ans apres les François quitterent l'Italie, en laquelle
ils rentrèrent l'an 1515. Milan se vit réduite à toute extrémité de
saccagement, guerres, embrasements, pestes. La foudre qui fit tant de
dommage au chateau de Milan l'an 1521 sembla présager aussi la grande
révolution des afaires qui y aparut depuis, tant en la mesme année qu'es
suivantes comme il se void es récit de Guichardin en son _Histoire des
guerres d'Italie_.»
D'après Gomez[1], «Quelques mois devant la bataille de Ravenne, l'an 1512,
l'Italie fut estonnée par divers prodiges et fit estat d'estre battue de
force coups. Sur le couvent des Cordeliers de Modène furent veus de nuict
des flambeaux allumez en l'air, et de jour apparurent là mesme des
fantosmes en forme d'hommes qui s'entretuoyent. La ville de Creme fut en
plein midi couverte de si espaisses tenebres, que chascun y pensoit estre
en plein minuict. Tout l'air retentissoit de bruits espouvantables, les
esclairs extraordinaires, et multipliez sans guère d'intervalles faisoyent
un nouveau jour. Parmi cela survindrent des gresles extrêmement violentes
et si pesantes que le raport en semble incroyable.»
[Note 1: _Histoire de Ximenes_, liv. V, cité par Goulard, _Thrésor
des histoires admirables_, t. IV, p. 780.]
Paul Jove[1] raconte que «Devant que les Suisses sortissent de Novarre, où
ils tenoient bon, l'an 1513, pour Maximilien Sforce, duc de Milan, contre
l'armée françoise, à laquelle commandoit le sieur de la Trimouille, assisté
de Jean-Jacques Trivulce et autres chefs de guerre, les chiens qui estoient
au camp des François, s'amassèrent en troupes et entrèrent dedans Novarre,
où se rendans es corps de garde, ils commencèrent à faire feste aux
Suisses, par toutes les contenances coustumières à tels animaux lorsque
plus ils veulent amadouer leurs maistres. Jacques Motin d'Ury, vaillant
capitaine, comme il en fit preuve bientost après, prenant cette reddition
des chiens à bon présage, s'accourut vers l'empereur Maximilian, et
l'asseura que les François seroient mis en déroute pour ce que les anciens
Suisses avoient tousjours marqué que l'armée vers qui se rangeoyent les
chiens du parti contraire demeuroit victorieuse: les chiens quittant les
hommes couards et malheureux, pour se ranger aux vaillants et aux
fortunez.»
[Note 1: Livre II de ses _Histoires_.]
Le président de Thou[1] raconte ce qui suit: «Le propre jour que la ville
d'Afrique, jadis Aphrodisium fut prise sur les Turcs par l'armée de
l'empereur Charles V, de laquelle estoyent chefs Antoine Dore et Christofle
de Vegue, une plaisante avanture fut prise à bon présage par les
assiégeants. Vegue avoit en ses pavillons une biche privée qu'on sçait être
un animal qui se donne l'espouvante au moindre bruit qu'on face. Neantmoins
le jour de l'assaut environ le quinziesme de septembre 1550, ceste biche
non tracassée de personne, ains de son mouvement, monte a la bresche et
sans s'esfaroucher au bruit des huées de tant de soldats, ni de
l'artillerie qui tonnoit horriblement, ni des baies qui siffloient de celle
part, passa outre, et entra la première devant tous les soldats dedans la
ville, laquelle tost après fut emportée d'assaut, plusieurs Mores et Turcs
tués à la bresche et par les places, et dix mille personnes de divers aage
réduites en captivité par les victorieux.»
[Note 1: A la fin du Ve livre de l'_Histoire de son temps_.]