Suivant Loys Lavater[1]: «Quelquefois un esprit se montrera en la maison,

ce qu'appercevant, les chiens se jetteront entre les jambes de leurs

maîtres et n'en voudront partir, car ils craignent fort les esprits.

D'autrefois quelqu'un viendra tirer ou emporter la couverture du lit, se

mettra dessus ou dessous icelle, ou se pourmenera par la chambre. On a veu

des gens à cheval ou à pied comme du feu, qu'on cognoissoit bien et qui

estoyent morts auparavant. Parfois aussi ceux qui estoyent morts en

bataille ou en leur lict venoyent appeler les leurs, qui les cognoissoyent

à la voix. Souventes fois on a veu la nuict des esprits trainans les pieds,

toussans et souspirans, lesquels estans interroguez, se disoyent estre

l'esprit de cestui ou de cestui là. Estans de rechef enquis comme on

pourroit les aider, requeroyent qu'on fit dire des messes, qu'on allast en

pèlerinage et qu'ainsi ils seraient délivrés. Puis après sont apparus en

grande magnificence et clarté, disant qu'ils estoyent délivrés et

remercyoient grandement leurs bienfaiteurs: promettans d'intercéder pour

eux envers Dieu et la vierge Marie.»

[Note 1: _Des apparitions des esprits, etc._]

«Mélanchthon, dit le même auteur[1], en son _Traité de l'âme_ escrit avoir

eu lui mesme plusieurs apparitions, et connu plusieurs personnes dignes de

foy qui affirmoyent avoir parlé à des esprits. En son livre intitulé

_Examen ordinandorum_, il dit avoir eu une tante soeur de son père,

laquelle demeurée enceinte après la mort de son mari, ainsi qu'elle estoit

assise près du feu, deux hommes entrent en sa maison, l'un desquels

ressembloit au mari mort, et se donnoit a conoistre pour tel, l'autre de

fort haute taille, estoit vestu en cordelier. Celui qui ressembloit au mari

s'approche du fouyer, salue sa femme, la prie de ne s'estonner point,

disant qu'il venoit lui donner charge de faire quelque chose. Sur ce, il

commande au cordelier de se retirer dedans le poisle. Et ayant devisé

longuement avec la femme, lui parlant de prestres et de messes, estant

prest à partir, il lui dit, tendant sa main: Touchez là; mais pour ce

qu'elle estoit saisie d'estonnement, il l'asseura qu'elle n'auroit aucun

desplaisir. Ainsi donc elle le toucha et combien que la main d'icelle ne

devinst impotente, tant y a qu'il la brusla tellement qu'elle fut tousiours

nouée depuis. Cela fait, il appelle le cordelier, puis tous deux

disparurent.

[Note 1: Livre I, ch. XIV.]

Suivant Le Loyer[1], «Jean Pic de la Mirandole apparut à Hierosme

Savonarolle, jacobin ferrarais, et luy dist qu'il souffrait les peines du

purgatoire pour n'avoir assez fait profiter le talent que Dieu luy avait

donné et pour avoir faict fort peu de cas des révélations intérieures à luy

faictes, qui l'advertissaient de continuer ses honnêtes travaux et achever

ce qu'il avait pourpensé en son esprit. Et ne craignit point Savonarolle de

dire en plein sermon la révélation qu'il avait eue, admonestant ses parents

et amis de prier et faire prier Dieu pour son âme.»

[Note 1: _Discours et histoires des spectres_, p. 649.]

«Les trespassez, dit Jean des Caurres[1], recognoissent les biens qu'on

leur faict, comme a esté cogneu de nostre temps, en la cité de Ponts, près

Narbonne, où trespassa un escolier qui estoit excommunié, pour le salaire

qu'il devoit à un sien regent, à la cité de Rhodes, l'esprit duquel parla à

son amy, le priant s'en aller audit Rhodes querir son absolution, ce que

son compagnon luy accorda, et s'en allant, passa par les montagnes chargées

de neige; ledict esprit l'accompagnoit tousiours, et parloit à luy sans

qu'il veit rien. Et à cause que le chemin estoit couvert de neige, l'esprit

lui ostoit la neige et luy monstroit le chemin. Après avoir obtenu

l'absolution de l'évesgue de Rhodes, l'esprit le conduit derechef à

Saint-Ponts, et donna l'absolution au corps mort comme est la coustume en

l'Eglise catholique, et ledit esprit et ame du trespassé, ayans tous, print

congé de luy, le remerciant et promettant luy rendre le service.»

[Note 1: _Oeuvres morales et diversifiées_, p. 377.]

Ils se vengent aussi de ce qu'on leur manque de parole:

«Aux gestes de Charles le Grand, on lit, dit des Caurres[1], qu'un de ses

capitaines pria un sien compagnon que s'il mouroit en la bataille, qu'il

donnast un beau cheval qu'il avoit pour son ame. Luy trespassé, son

compagnon voyant la beauté du cheval, le tient pour luy. Douze jours après,

le trespassé s'apparut à luy, se lamentant, que à faute de n'avoir donné le

cheval en aumosne pour son ame, il avoit demouré douze jours en peine, et

qu'il en porteroit la peine. Pour quoy mourut soudain.»

[Note 1: _Oeuvres morales et diversifiées_, p. 377.]

«J'ai vu, dit Bodin[1], un jeune homme prisonnier l'an 1590 qui avoit tué

sa femme en cholère, et avoit eu sa grace qui lui fut intériné, lequel

néanmoins se plaignoit qu'il n'avoit aucun repos, estant toutes les nuicts

battu par icelle, comme il disoit. Les anciens tenoyent que les ames des

occis souvent pourchassent la vengeance des meurtriers. Nous lisons en

Plutarque que Pausanias, roy de Lacedemone, estant à Constantinople, on lui

fit présent d'une jeune damoiselle... Entrant, de nuit en la chambre, elle

fit tomber la lumière, ce qui esveilla Pausanias en sursaut, et pensant

qu'on voulust le tuer en tenebres; tout effrayé il print sa dague, et tua

la demoiselle sans connoistre qui elle estoit. Dès lors Pausanias fut

incessamment tourmenté d'un esprit jusques à la mort, qui ressembloit

(comme il disoit) à la damoiselle.»

[Note 1: _Démonomanie_, livre II, ch. III.]

Selon Taillepied[1]: «Si un brigand s'approche du corps qu'il aura occis,

le mort commencera à escumer, suer, et donner quelque autre signe. Platon

au neufviesme livre de ses loix, dit que les ames des meurtris poursuivent

furieusement, et souvent, les ames des meurtriers. A l'occasion de quoy

Marsile Ficius, au seiziesme livre de l'_Immortalité des âmes_, chapitre

cinquiesme, estime qu'il advient que si un meurtrier vient où sera à

descouvert le corps de celuy qu'il aura fraischement tué, et il approche

près pour regarder et contempler la playe, le sang en sortira de rechef. Ce

qu'aussi Lucrèce affirme estre véritable, et les juges l'ont observé...

Quand un voleur sera assis à table, s'il advient que quelque verre de vin

soit espandu, le vin ne tombera de côté ne d'autre, ains percera la

table...

[Note 1: _Traité de l'apparition des esprits_ p. 139.]

«D'après Jean de Caurres[1], saint Augustin au II de _Civitate Dei_ parle

de Tiberius Graccus, duquel aussi fait mention Saluste _de Bello

Jugurtino_, lequel fut meurdry estant tribun du peuple, et comment après sa

mort, son frère Caius Graccus, aspiroit audit office odieux au peuple, la

nuict en dormant luy apparut la face de son frère, luy disant que s'il

acceptoit ledit office, qu'avoit esté cause de sa mort, qu'il mourroit de

mesme mort que luy, ce qu'advint.

[Note 1: _Oeuvres morales et diversifiées_, p. 377.]

«Valère au premier[1], qui parle des songes et des miracles recite de

Simonides, lequel venant à un port de mer par navire, trouva audict port un

homme mort, non ensevely, lequel il ensevelit. Et pour recompense de ceste

oeuvre de charité l'esprit appartenant à ce corps, la nuict, en dormant,

parla à luy, en demonstrant qu'il se gardast le matin de monter sur le

navire s'il aymoit ne point mourir. Simonides creut, et estant au port, il

vit devant ses yeux perir le navire et tous ceux qui estoient avec luy. Le

jour precedent, ledit Simonides encore receut une autre bénéfice, pour

avoir ensevely celuy que dessus: car soupant chez Stophas, au village de

Cyanone en Thessale, voicy un messager qui vient à luy soudain, disant

qu'il y avoit à l'huys deux jeunes jouvenceaux qui instamment demandoient

parler à luy: parquoy il sortit sur l'heure, et s'en alla à l'huys, et ne

trouva aucun. Et estant là, le soupoir où Stophas, et autres invités

faisoient grande chere, tomba et tous moururent à ceste ruine, hormis le

Simonides.

[Note 1: En son premier livre.]

«Avenzoar Albamaaron, medecin arabe mahométiste, escrit comment luy estant

malade d'une grande maladie des yeux, un sien amy medecin; desia trespassé,

luy apprint en dormant la medecine pour sa maladie, par laquelle il guarit.

Loys Lavater[1] rapporte, d'après Manlius, en ses _Lieux communs_, le fait

suivant:

[Note 1: _De l'apparition des esprits_, liv. I, ch. II.]

«Théodore Gaza, docte personnage, avoit obtenu en don du pape certaine

mestairie. Son fermier fossoyant un jour en certain endroit trouva une buye

ou urne, en laquelle y avoit des os. Sur ce un fantosme lui aparut et

commanda de remettre cette urne en terre, autrement son fils mourroit. Et

pour ce que le fermier ne tint conte de cela, bien peu de temps apres son

fils fut tué. Au bout de quelques jours le fantosme retourna, menassant le

fermier de lui faire mourir son autre fils, s'il ne remettoit en terre

l'urne et les os qu'il avoit trouvés dedans. Le fermier ayant pensé à soy,

en voyant son autre fils tombé malade, conta le tout à Théodore, lequel

estant allé en sa mestairie, et au lieu d'où le fermier avoit tiré l'urne,

fit refaire une fosse au mesme endroit, où ils cachèrent et l'urne et les

os; ce qu'estant fait, le fils du fermier recouvra incontinent la santé.»

«Il y avoit, dit Jean des Caurres[1], en Athenes, une grande maison, mais

fort descriée et dangereuse. Lorsqu'il estoit nuict, on y entendoit un

bruict, comme de plusieurs fers, lequel commençoit premièrement de loin:

mais puis estant approché plus pres, il sembloit que ce fut le bruit de

quelques menotes, ou des fers que l'on met aux pieds des prisonniers.

Incontinent apparoissoit la semblance d'un vieil homme tout atténué de

maigreur et rempli de crasse, portant une longue barbe, et les cheveux

hérissés. Il avoit les fers aux pieds, et des menotes aux mains, qu'il

faisoit cliqueter. Et aussi ceux qui habitoient la dedans, passoient les

miserables nuicts sans dormir, estans remplis de peur et d'horreur: dont

ils tomboient en maladie, et en la fin, par augmentation de la peur, ils

mouroient. Car le long du jour encore que l'image fut absente, si est-ce

que la mémoire leur en demeuroit en l'entendement: si bien que la premiere

crainte estoit cause d'une plus longue. Ainsi la maison descriée demeura

deserte, et du tout abandonnée à ce monstre. Toutefois on y avoit mis un

escriteau pour la vendre ou louer à quelqu'un qui par aventure ne seroit

adverty du faict. Or sus ces entrefaictes, le philosophe Athenodore vint en

Athènes. Il leut l'escriteau, il sceut le prix, et soupçonnant par le bon

marché qu'on luy en faisoit, et s'en estant enquis, on luy en dist la

verité. Ce nonobstant il la loua de plus grande affection. Le soir

approchait, il commanda que l'on fist son lict en la première partie de la

maison. Il demanda ses tablettes à escrire, sa touche, sa lumière, et

laissa tous ses domestiques au dedans. Et à fin que son esprit oisif ne luy

fantastiquast les espouvantails et craintes, dont on luy avoit parlé, il se

mit attentivement à escrire, et y employa, non seulement les yeux, mais

aussi l'esprit et la main. La nuict venue, il entendit le fer qui

cliquetoit: toutefois il ne leva point l'oeil, et ne laissa d'escrire, mais

il s'asseura davantage, et presta l'aureille. Alors le bruit augmenta,

redoubla et approcha: tellement qu'il l'entendoit desia comme à l'entrée,

puis au dedans. Il regarde, et voit, et recognoist la semblance de laquelle

on luy avoit parlé. Elle estoit debout, et lui faisoit signe du doigt,

comme si elle l'eust appellé. Et luy au contraire luy faisoit signe de la

main qu'elle attendist un petit. Derechef il se mit à escrire. Mais elle

vint sonner ses chaisnes à l'entour de la teste de l'écrivain, lequel la

regarda comme auparavant. Et voyant qu'elle lui faisoit signe, tout

soudainement il prit sa lumière, et la suyvit. Elle alloit lentement comme

si elle eust eu peine à marcher, à cause de ses fers. Et incontinent

qu'elle fut au milieu de la maison, elle se disparut et laissa le

philosophe tout seul. Lequel print quelques herbes et feuilles, pour

marquer le lieu auquel elle l'avoit laissé. Le jour suivant il s'en alla

vers le magistrat, et l'advertit de faire fouiller au lieu marqué. On

trouva des os entrelassez de chaisnes, que le corps pourry par la terre, et

par la longueur du temps, avoit quitté aux fers, lesquels estant rassemblez

furent enterrez publiquement, et n'y eust onques depuis esprit qui apparust

en la maison.»

[Note 1: _Oeuvres morales et diversifiées_, p. 388.]

Goulart[1] rapporte l'histoire suivante:

[Note 1: _Trésor des histoires admirables_, t. I, p. 543.]

«Jean Vasques d'Ayola et deux autres jeunes Espagnols partis de leur pays

pour venir estudier en droit à Boulogne la Grasse, ne pouvant trouver logis

commode pour faire espargne, furent avertis qu'en la rue où estoit leur

hostellerie y avoit une maison déserte et abandonnée, à cause de quelques

fantosmes qui y apparoissoyent, laquelle leur seroit laissée pour y habiter

sans payer aucun louage, tandis qu'il leur plairoit y demeurer. Eux

acceptent la condition, sont mesmes accommodez de quelques meubles, et font

joyeusement leur mesnage en icelle l'espace d'un mois, au bout duquel comme

les deux compagnons d'Ayola se fussent couchez d'heure, et lui fust en son

estude fort tard, entendant un grand bruit comme de plusieurs chaisnes de

fer, que l'on bransloit et faisoit entrechoquer, sortit de son estude, avec

son espée, et en l'autre main son chandelier et la chandelle allumée, puis

se planta au milieu de la salle, sans resveiller ses compagnons, attendant

que deviendroit ce bruit, lequel procedoit à son advis du bas des degrez du

logis respondant à une grande cour que la salle regardoit. Sur ceste

attente, il descouvre à la porte de ces degrez un fantosme effrayable,

d'une carcasse n'ayant rien que les os, traînant par les pieds et le faut

du corps ces chaisnes qui bruioyent ainsi. Le fantosme s'arreste, et Ayola

s'acourageant commence à le conjurer, demandant qu'il eust à lui donner à

entendre en façon convenable ce qu'il vouloit. Le fantosme commence à

croiser les bras, baisser la teste, et l'appeler d'une main pour le suivre

par les degrez. Ayola respond: Marchez devant et je vous suivray. Sur ce le

fantosme commence à descendre tout bellement, comme un homme qui traîneroit

des fers aux pieds, suivi d'Ayola, duquel la chandelle s'esteignit au

milieu des degrez. Ce fut renouvellement de peur: néantmoins, s'esvertuant

de nouveau, il dit au fantosme: Vous voyez bien que ma chandelle s'est

amortie, je vay la r'allumer; si vous m'attendez ici, je retourneray

incontinent. Il court au foyer, r'allume la chandelle, revient sur les

degrez, où il trouve le fantosme et le suit. Ayant traversé la cour du

logis, ils entrent en un grand jardin, au milieu duquel estoit un puits; ce

qui fit douter Ayola que le fantosme ne lui nuisît: pourtant il s'arresta.

Mais le fantosme se retournant fit signe de marcher jusques vers un autre

endroit du jardin: et comme ils s'avançoyent celle part, le fantosme

disparut soudain. Ayola resté seul commence à le rappeler, protestant qu'il

ne tiendroit à lui de faire ce qu'il seroit en sa puissance; et attendit un

peu. Le fantosme ne paroissant plus, l'Espagnol retourne en sa chambre,

resveille ses compagnons, qui le voyant tout pasle, lui donnerent un peu de

vin et quelque confiture, s'enquerans de son avanture, laquelle il leur

raconta. Tost après le bruit semé par la ville de cest accident, le

gouverneur s'enquit soigneusement de tout, et entendant le rapport d'Ayola

en toutes ses circonstances, fit fouiller en l'endroit où le fantosme

estoit disparu. Là fut trouvée la carcasse enchaînée ainsi qu'Ayola l'avoit

veuë, en une sépulture peu profonde, d'où ayant esté tirée et enterrée

ailleurs avec les autres, tout le bruit qui paravant avoit esté en ce grand

logis cessa. Les Espagnols retournez en leur pays, Ayola fut pourvu

d'office de judicature: et avoit un fils président en une ville d'Espagne

du temps de Torquemada, lequel fait ce discours en la troisième journée de

son _Hexameron_.»

Taillepied[1] raconte le fait suivant: «Environ l'an 1559, un gentilhomme

d'un village près de Meulan sur Seine, seigneur de Flins, avoit ordonné par

testament qu'on ensevelist son corps avec ses ancetres en la ville de

Paris. Quand il fut trespassé, son fils héritier ne s'en souciant beaucoup

d'exécuter la volonté de son père le fit inhumer dans l'église dudit

village. Mais advint que l'esprit du père fit tant grand bruit et tourmente

dans la chambre du fils qui couchoit en son lict à Paris que le fils fut

contrainct d'envoyer des saquemans (pillards, voleurs) qu'il loua à prix

d'argent, pour aller deterrer le corps dudit trespassé, et le faire

apporter au lieu où il avait esleu sa sépulture. Le lendemain matin je fus

à ce village, en un jour de dimanche, où l'histoire me fut récitée tout au

long, et y avoit dans l'église une si grande puanteur de ce corps qui avoit

esté levé le jour précédent, qu'on n'y pouvoit aucunement durer pour

l'infection.»

[Note 1: _Traité de l'apparition des esprits_, p. 123.]

«En Islande, dit Jean des Caurres[1], qui est une isle vers Aquilon des

dernières en laquelle, au solstice de l'esté, n'y a nulle nuit, et à celuy

de l'hyver n'y a nul jour, il y a une montagne nommée Hecla, qui est

bruslante comme Ethna, et là bien souvent les morts se monstrent aux gens

qui les ont cogneus, comme s'ils estaient vifs: en sorte que ceux qui n'ont

sceu leur mort, les estiment vivans. Et revelent beaucoup de nouvelles de

loin pays. Et quand on les invite de venir en leurs maisons, ils respondent

avec grands gemissemens qu'ils ne peuvent, mais faut qu'ils s'en aillent à

la montaigne de Hecla, et soudain disparaissent, et ne les voit-on point.

Et communément apparoissent ceux qui ont esté submergez en la mer, ou qui

sont morts de quelque mort violente.»

[Note 1: _Oeuvres morales et diversifiées_, p. 378.]

Adrien de Montalembert[1] raconte cette histoire d'Antoinette, jeune

religieuse de l'abbaye de Saint-Pierre à Lyon et d'une grande piété, qui

parlait souvent de l'abbesse du monastère, morte dans le repentir après une

vie déréglée et se recommandait à elle:

[Note 1: _La merveilleuse histoire de l'esprit qui depuis naguères

est apparu au monastère des religieuses de Saint-Pierre de Lyon,

laquelle est plaine de grant admiration, comme l'on pourra voir à

la lecture de ce présent livre_, par Adrien de Montalembert Paris,

1528, in-12.]

«Or advint une nuit que la dicte Antoinette, jeune religieuse, estoit toute

seule en sa chambre, en son lict couchée et dormoit non point trop durement

si luy fut advis que quelque chose luy levoit son queuvrechef tout

bellement et luy fesoit au front le signe de la croix puis doulcement et

souef en la bouche le baisoit. Incontinent la pucelle se réveille non point

grandement effrayée ains tant seulement esbahye, pensant a par soy que ce

pourroit estre qui l'auroit baisée et de la croix signée, entour d'elle

rien n'apperçoit... pour cette fois la pucelle ne y prinst pas grand advis

cuydant qu'elle eust ainsi songé et n'en parla a personne.

Advint aucuns jours après qu'elle ouyt quelque chose entour d'elle faisant

aucun son, et comme soubz ses pieds frapper aucuns petiz coups, ainsi qui

heurteroit du bout d'un baston dessoubz ung carreau ou un marchepied. Et

sembloit proprement que ce qui fesoit ce son et ainsi heurtoit fust dedans

terre profondement; mays le son qui se faisoit estoit ouy quasi quatre doys

en terre tousjours soubz les piedz de la dicte pucelle. Je l'ay ouy maintes

fois et en me repondant sur ce que l'enqueroys frapoit tant de coups que

demandoys. Quand la pucelle eut ja plusieurs fois entendu tel son et bruyt

estrange elle commença durement s'esbahir, et toute espouvantée le compta a

la bonne abbesse, laquelle bien la sceut réconforter et remectre en bonne

asseurance non pensant à autre chose qu'à la simplesse de la pucelle. Et

pour mieulx y pourvoir ordonna qu'elle coucheroit en une chambre prochaine

d'elle si que la pucelle n'eust sceu tant bellement se remuer que

incontinent ne l'eust ouye.

«Les povres religieuses de léans furent toutes esperdues de prime face,

ignorans encore que c'estoit. Si vindrent premièrement au refuge à nostre

Seigneur et se misrent toutes en bon estat. Et fut interroguée la pucelle

diligemment assavoir que lui sembloit de ceste adventure. Elle respond

qu'elle ne sçait que ce pourroit estre si ce n'estoit seur Alis la

secrétaine pourtant que depuys son trespas souvant l'avoit songée et veue

en son dormant. Lors fut conjuré l'esperit pour sçavoir que c'estoit. Il

respondit qu'il estoit l'esperit de seur Alis véritablement de léans jadis

secrétaine. Et en donna signe évident. La chose fut assez facile à croyre

par ce que moult tousjours avoit aymé la pucelle. L'abbesse, voyant ce,

délibéra apres soy estre conseillée envoyer quérir le corps de la

trespassée et pour ce fut enquise l'âme premierement si elle vouldroit que

son corps fust léans en terre. Elle incontinent donna signe que moult le

désiroit; adonc la bonne dame abbesse l'envoya déterrer et amener

honnestement en l'abbaye. Cependant l'ame menoit bruit entour la pucelle a

mesure que son corps de léans approuchait de plus en plus. Et quand il fut

à la porte du monastère moult se démenoit en frappant et en heurtant

dessoubz les pieds de la pucelle. Durant aussi que les dames faisoient le

service de ses funérailles ne cessoit et n'avoit aucun repos. Bonnemens ne

sçait-on pourquoy ainsy se démenoit cette ame ou pour la douleur qu'elle

enduroit ou pour le plaisir qu'elle avoit de veoir son corps en son abbaye

dont jadis elle estoit partie. Le service achevé fut mys en une fousse la

casse ou cercueil qui contenoit les ossements en une petite chapelle de

Notre-Dame, sans les couvrir aultrement fors d'ung drap mortuaire. Et ainsi

me fust montré.

«Or sachez sire que cest esperit ne faisoit aucun mal, frayeur ne

destourbier a créature, ains les dames de léans le tindrent depuys à grande

consolation pourtant que le dit esperit faisoit signe de grand

resjouissance quand l'on chantoit le service divin et quand l'on parloit de

Dieu fust à l'esglise ou aultre part. Mais jamais n'estoit ouy si la

pucelle n'estoit présente, car jour et nuict luy tenoit compaignie et la

suyvoit; ny oncques puis ne l'abandonna en quelque lieu qu'elle fust. Je

vous diray grand merveille de ceste bonne ame. Je luy demanday en la

conjurant ou nom de Dieu assavoir si incontinent qu'elle fut partie de son

corps elle suyvit ceste jeune religieuse. L'ame respondit que ouy

véritablement ny jamais ne l'abandonneroit que ne vollast au ciel pour

jouyr de la vision éternelle entièrement. Ce sçay bien véritablement car ce

luy ay je demandé depuys et l'ay ouy maintes fois. Et moult estoit

famyliere de moy. Et par elle ont esté sceuz de grans cas qui ne pourroient

estre congneuz de mortelle créature dont je me suys donné grand admiration

et merveilles. Les secretz de Dieu sont inscrutables et aux ignorants

incrédibles. Mais ceulx qui ont ouy et veu telles choses certes l'en les

doit croire plus entièrement.»

II.--REVENANTS, SPECTRES, LARVES.

Curiosités Infernales · 第 17 / 22 段