Il blasmoit ceux qui prient Dieu qu'il les entretiene en leur opinion, et

continuant ceste prière et lisant les sainctes Escritures il trouve en

Philon, Hebrieu, au livre des Sacrifices que le plus grand et le plus

agréable sacrifice que l'homme de bien et entier peut faire à Dieu, c'est

de soi-mesme estant purifié par lui. Il suivit ce conseil offrant à Dieu

son âme. Depuis il commença comme il m'a dit d'avoir des songes et visions

pleines d'instructions: tantost pour corriger un vice, tantost un autre,

tantost pour se garder d'un danger, tantost pour estre résolu d'une

difficulté, puis d'une autre, non seulement des choses divines, mais

encores des choses humaines. Entre autres il lui sembla avoir ouy la voix

de Dieu en dormant, qui lui dit: Je sauverai ton âme: c'est moi qui te suis

apparu ci-devant. Depuis, tous les matins, sur les trois ou quatre heures,

l'esprit frappoit à sa porte: lui se leva quelquefois ouvrant la porte et

ne voyoit personne. Tous les matins l'esprit continuoit: et s'il ne se

levoit, il frappoit de rechef et le resveilloit jusques à ce qu'il se fust

levé. Alors il commença d'avoir crainte pensant que ce fust quelque malin

esprit, comme il disoit: pour ceste cause il continuoit de prier Dieu, sans

faillir un seul jour, que Dieu lui envoyast son bon ange, et chantoit

souvent les Psalmes qu'il sçavoit quasi tous par coeur. Et lors l'esprit se

fit connoistre en veillant, frappant doucement. Le premier jour il

apperceut sensiblement plusieurs coups sur un bocal de verre, ce qui

l'estonnoit bien fort: et deux jours après ayant un sien ami secrétaire du

Roy disnant avec lui oyant que l'esprit frappoit sur une escabelle joignant

de lui, commença à rougir et craindre; mais il lui dit: N'ayez point de

crainte, ce n'est rien. Toutes fois pour l'asseurer il lui conta la vérité

du fait. Or il m'a asseuré que depuis cest esprit l'a toujours accompagné,

lui donnant un signe sensible, comme le touchant tantost l'oreille dextre,

s'il faisoit quelque chose qui ne fust bonne, et à l'oreille senestre, s'il

faisoit bien. Et s'il venoit quelqu'un pour le tromper et surprendre, il

sentoit soudain le signal à l'oreille dextre; si c'estoit quelque homme de

bien, et qui vinst pour son bien, il sentoit aussi le signal à l'oreille

senestre. Et quand il vouloit boire et manger chose qui fust mauvaise, il

sentoit le signal; s'il doutoit aussi de faire ou entreprendre quelque

chose, le mesme signal lui avenoit. S'il pensoit quelque chose mauvaise, et

qu'il s'y arrestast, il sentoit aussi tost le signal pour s'en destourner.

Et quelquesfois quand il commençoit à louer Dieu par quelque psalme ou

parler de ses merveilles, il se sentoit saisi de quelque force spirituelle,

qui lui donnoit courage. Et afin qu'il discernast le songe par inspiration

d'avec les autres resveries qui aviennent quand on est mal disposé, ou que

l'on est troublé d'esprit, il estoit esveillé de l'esprit sur les deux ou

trois heures du matin; et un peu après il s'endormoit. Alors il avoit les

songes véritables de ce qu'il devoit faire ou croire des doutes qu'il

avoit, ou de ce qui lui devoit avenir. En sorte qu'il dit que depuis ce

temps-là ne lui est advenu quasi chose dont il n'ait eu advertissement, ni

doute des choses qu'on doit croire, dont il n'ait eu resolution. Vrai est

qu'il demandoit tous les jours à Dieu qu'il lui enseignast sa volonté, sa

loy, sa vérité... Au surplus de toutes ses actions il estoit assez joyez et

d'un esprit gay. Mais si en compagnie il lui advenoit de dire quelque

mauvaise parole et de laisser pour quelques jours à prier Dieu, il estoit

aussi tost adverti en dormant. S'il lisoit un livre qui ne fust bon,

l'esprit frappoit sur le livre, pour le lui faire laisser, et estoit aussi

tost destourné s'il faisoit quelque chose contre sa santé, et en sa maladie

gardé soigneusement... Surtout il estoit adverti de se lever matin, et

ordinairement dès quatre heures, il dit qu'il ouyt une voix en dormant qui

disoit: Qui est celui qui le premier se lèvera pour prier? Aussi dit-il

qu'il estoit souvent adverti de donner l'aumosne; et lorsque plus il

donnoit l'aumosne, plus il sentoit que ses afaires prosperoyent. Et comme

ses ennemis avoyent délibéré de le tuer, ayans sceu qu'il devoit aller par

eau, il eust vision, en songe, que son père lui amenoit deux chevaux, l'un

rouge et l'autre blanc; qui fust cause qu'il envoya louer deux chevaux, que

son homme lui amena, l'un rouge et l'autre blanc, sans lui avoir dit de

quel poil il les vouloit. Je lui demanday pourquoy il ne parloit à

l'esprit? Il me fit responce qu'une fois il le pria de parler à lui: mais

qu'aussi tost l'esprit frappa bien fort contre sa porte, comme d'un

marteau, lui faisant entendre qu'il n'y prenoit pas plaisir, et souvent le

destournoit de s'arrester à lire et escrire pour reposer son esprit et à

méditer tout seul, oyant souventes fois en veillant une voix bien fort

subtile et inarticulée. Je lui demanday s'il avoit jamais veu l'esprit en

forme. Il me dit qu'il n'avoit jamais rien veu en veillant, hors-mis

quelque lumière en forme d'un rondeau, bien fort claire. Mais un jour

estant en extrême danger de sa vie, ayant prié Dieu de tout son coeur,

qu'il lui plust le préserver, sur le poinct du jour entre-sommeillant dit

qu'il apperceut sur le lict où il estoit couché, un jeune enfant vestu

d'une robe blanche, changeant en couleur de pourpre, d'un visage de beauté

esmerveillable: ce qu'il asseuroit bien fort. Une autre fois, estant aussi

en danger extreme, se voulant coucher, l'esprit l'en empescha, et ne cessa

qu'il ne fust levé; lors il pria Dieu toute la nuict sans dormir. Le jour

suivant Dieu le sauva de la main des meurtriers d'une façon estrange et

incroyable. Après s'estre eschappé du danger, dit qu'il ouit en dormant une

voix qui disoit: Il faut bien dire qui en la garde du haut Dieu pour jamais

se retire. Pour le faire court, en toutes les difficultez, voyages,

entreprises qu'il avoit à faire, il demandoit conseil à Dieu. Et comme il

priait Dieu qu'il lui donnast sa bénédiction, une nuict il fut advis en

dormant qu'il voyoit son père qui le bénissoit.»

«Il y a, dit Bodin[1], un gentilhomme en Picardie, auprès de

Villiers-Costerets, qui avoit un esprit familier en un anneau, duquel il

vouloit disposer à son plaisir, et l'asservir comme un esclave, l'ayant

acheté bien cher d'un Espagnol; et d'autant qu'il lui mentoit le plus

souvent, il jetta l'anneau dedans le feu, pensant y jetter l'esprit aussi,

comme si cela se pouvoit enclorre. Depuis il devint furieux et tourmenté du

diable.»

[Note 1: _Démonomanie_, liv. II, ch. III.]

Au récit de Paul Jove[1], Corneille Agrippa avait un chien noir qui n'était

autre que le diable, lequel lui apprenait ce qui se passait partout. Ce

chien noir se tenait dans le cabinet de Corneille Agrippa couché sur des

tas de papiers, pendant que son maître travaillait. Au moment de mourir et

pressé de se repentir, Agrippa ôta à ce chien un collier de clous qui

formaient des inscriptions magiques, et lui dit d'un ton affligé: Va-t'en,

malheureuse bête, qui es cause de ma perte. Ce chien voyant son maître prêt

à expirer alla se précipiter dans le Rhône.

[Note 1: _Elogia virorum illustrium_. Venise, 1546, in-fol.]

«J'ay connu un personnage, dit Bodin[1], lequel me descouvrit une fois

qu'il estoit fort en peine à cause d'un esprit qui le suivoit et se

présentoit à lui en plusieurs formes: de nuict le tiroit par le nez,

l'esveilloit, le battoit souvent, et quoy qu'il le priast de laisser

reposer, il n'en vouloit rien faire; et le tourmentoit sans cesse lui

disant: Commande moi quelque chose: et qu'il estoit venu à Paris pensant

qu'il le deust abandonner, ou qu'il y peust trouver remede à son mal, sous

ombre d'un proces qu'il estoit venu solliciter. J'apperçus bien qu'il

n'osoit pas me descouvrir tout. Lui demandant quel profit il avoit eu de

s'assujettir à tel maistre, il me dit qu'il pensoit parvenir aux biens et

honneurs, et sçavoir les choses cachées: mais que l'esprit l'avoit toujours

abusé; que pour une vérité il disoit trois mensonges, et ne l'avoit jamais

sceu enrichir d'un double, ni faire jouir de celle, qu'il aimoit,

principale occasion qui l'avoit induit à l'invoquer, et qu'il ne lui avoit

aprins les vertus des plantes, ni des pierres, ni des sciences secrettes,

comme il esperoit, et qu'il ne lui parloit que de se venger de ses ennemis,

ou faire quelque tour de finesse et de meschanceté. Je lui dis qu'il estoit

aisé de se défaire d'un tel maistre, et sitost qu'il viendroit, qu'il

appelast le nom de Dieu à son aide et qu'il s'adonnast à servir Dieu de bon

coeur. Depuis je n'ay veu le personnage, ni peu sçavoir s'il s'estoit

repenti.»

[Note 1: _Démonomanie_, liv. II, ch. III.]

PRODIGES

I.--PRODIGES CÉLESTES

«L'an 1500, dit Goulart[1] d'après Conrad Licosthenes[2], qui avait

recueilli toutes ces histoires de Job Fincel, de Marc Frytsch, et de

plusieurs autres, l'on vit en Alsace, près de Saverne, une teste de

taureau, entre les cornes de laquelle estincelloit une fort grande estoile.

[Note 1: _Thrésor des histoires admirables_, t. I, p. 46 et suiv.]

[Note 2: _De prodigiis et ostentis_.]

«En la même année, le vingt uniesme jour de may, sur la ville de Lucerne en

Suisse, se vid un dragon de feu, horrible à voir, de la grosseur d'un veau,

et de douze pieds de long, lequel vola vers le pont de la rivière de Russ

qui y passe.

«L'an 1503, en la duché de Bavière, sur une villette nommée Vilsoc, fut veu

un dragon couronné et jettant des flammes de feu par la gorge.

«Sur la ville de Milan, en plein jour, le ciel net et serain, furent veuës

plusieurs estoiles merveilleusement luisantes.

«Au commencement de janvier l'an 1514, environ les huit heures du matin, en

la duché de Witemberg furent veus trois soleils au ciel. Celui du milieu

estoit beaucoup plus grand que les autres. Tous les trois portoient la

figure d'une longue espée, de couleur luisante et marquettée de sang, dont

les poinctes s'estendoyent fort avant. Cela avint le douziesme jour du

mois. Le lendemain sur la ville de Rotvil on vid le soleil monstrant une

face effroyable, environné de cercles de diverses couleurs. Deux jours

auparavant, et le dix-septième de mars suivant, furent veus trois soleils,

et trois lunes aussi l'onziesme de janvier et le dix-septiesme de mars.

Jacques Stopel, médecin de Memminge fit un ample discours et prognostic sur

ces apparitions suivies de grands troubles, notamment en Souabe.

«En l'année 1520, les bourgeois de Wissembourg, ville assise au bord du

Rhin, entendirent un jour en plein midi bruire estrangement en l'air un

horrible cliquetis d'armes, et des courses de gens combatans et crians

comme en bataille rangée. Ce qui donna telle espouvante que tous coururent

aux armes, pensans que la ville fust assiégée et que les ennemis fussent

près des portes.

«Lorsque l'empereur Charles V fut couronné en la ville d'Aix-la-Chapelle,

on vid le soleil environné d'un grand cercle, avec un arc en ciel. En la

ville d'Erford furent veus trois soleils. Outre plus un chevron ardant

terrible à regarder à cause de sa masse et de sa longueur. Ce chevron

baissant en terre, y fist un grand degast, puis remontant en l'air, se

convertit en forme de cercle.

«Job Fincel, en son recueil _des Merveilles de nostre temps_, remarque que

l'an 1523, un paysan de Hongrie, faisant quelque voyage avec son chariot,

fut surpris de la nuict et contraint demeurer à la campagne pour y attendre

le jour. Ayant dormi quelque temps il se resveille, descend du chariot pour

se promener, et, regardant en haut, vid en l'air les semblances de deux

princes combatans avec les espées es mains l'un contre l'autre. Il y en

avoit un de haute taille et robuste: l'autre estoit plus petit et portoit

une couronne sur la teste. Le grand mit bas et tua le petit, puis luy ayant

osté la couronne la jetta comme contre terre, tellement qu'elle fut

despecée en diverses pièces. Trois ans après, Ladislas, roy de Hongrie, fut

tué en bataille par les Turcs.

«En l'an 1525 fut veu en Saxe, environ le trespas de l'électeur Frédéric,

surnommé le Sage, le soleil couronné d'un grand cercle entier et tout rond,

resemblant en couleur l'arc céleste. Au mois d'aoust de la mesme année, le

soleil se monstra l'espace de quelques jours ainsi qu'une grosse boule de

feu allumée et de toute autre couleur que l'ordinaire. S'ensuivit tost

après la sédition des paysans en Alemagne.

«L'an 1528, environ la mi-may, sur la ville de Zurich furent veus quatre

parélies environnez de deux cercles entiers et le soleil entouré de quatre

petits cercles. Au mesme an, la ville d'Utrecht, estroitement assiégée et

finalement prinse par les Bourguignons, apparut en l'air un prognostic de

ce malheur, dont les habitants furent aussi merveilleusement estonnez.

C'est à sçavoir une grande croix qu'on surnomme de sainct André, laquelle

estoit de couleur blafarde et hideuse à voir.

«Le septiesme jour de février 1536, environ minuict, furent veus au ciel,

sur un quartier d'Espaigne, deux hommes armez, et courans sus l'un à

l'autre avec l'espée au poing; l'un portoit au bras gauche une rondelle où

estoit peint un aigle avec ce mot autour, _Regnabo_, c'est-à-dire _Je

régnerai_. L'autre avoit un grand bouclier avec une estoile et un croissant

et cette inscription _Regnavi_, c'est-à-dire _J'ai régné_. Celui qui

portoit l'aigle renversa l'autre.

«En l'an 1537, le premier jour de février, fut veu en Italie un aigle

volant en l'air, portant au pied droict une bouteille et au gauche un

serpent entortillé, suivi d'un nombre innombrable de pies. Au même temps

fut veue aussi en l'air une croix bourguignonne de diverses couleurs.

Quinze jours auparavant, fut veue en Franconie, entre Pabenberp et la

forest de Turinge, une estoile de grandeur merveilleuse, laquelle s'estant

abaissée peu à peu se réduisit en forme d'un grand cercle blanc, dont tost

après sortirent des tourbillons de vent et des touffes de feu, qui tombans

en terre, firent fondre des pointes de picques, fers et mords de cheval,

sans offenser homme ni édifice quelconque.

«Le vingt-neuviesme jour de mars 1545, environ les huict heures du matin,

cheut es environs de Cracovie un esclat de fouldre après un tonnerre si

impétueux que toute la Pologne en fust esmeue. Incontinent aparurent au

ciel trois croix roussastres, entre lesquelles estoit un homme armé de

toutes pièces, lequel, avec une espée ardante, combatoit une armée,

laquelle il desfit: et là-dessus survint un horrible dragon lequel

engloutit cest homme victorieux. Incontinent le ciel s'ouvrit comme tout en

feu, et fut ainsi veu l'espace d'une bonne heure. Puis aparurent trois arcs

en ciel avec leurs couleurs acoustumées, sur le plus haut desquels estoit

la forme d'un ange comme on le représente en figure de jeune homme qui a

des ailes aux espaules, tenant un soleil en l'une de ses mains, une lune en

l'autre. Ce deuxiesme spectacle ayant duré une demi-heure en présence de

tous ceux qui voulurent le voir, quelques nuées s'eslevèrent qui couvrirent

ces aparences.

«Un jour d'octobre 1547, environ les sept heures du matin, fut veue au pays

de Saxe la forme d'une bière de trespassé couverte d'un drap noir, chamarré

d'une croix de couleur rousse, précédée et suivie de plusieurs figures

d'hommes en dueil, chacun d'iceux portant une trompette dont ils

commencerent à sonner si haut que les habitans du pays en entendoyent

aisement le bruit. En ces entrefaites aparut un homme armé de toutes

pieces, de terrible regard, lequel desgaignant son espée coupa une partie

du drap, puis de ses deux mains deschira le reste, quoi fait lui et tous

les autres s'esvanouyrent.

«Au mois de juin 1553, furent veus en l'air serain et descouvert, sur la

ville de Cobourg, entre cinq et six heures du soir, diverses sortes

d'hommes, puis des armées qui se donnoyent bataille, et un aigle

voltigeant, les ailes tout espandues. En juillet furent veus au ciel deux

serpens entrelassez, se rongeans l'un l'autre, et au milieu d'eux une croix

de feu. En cette mesme année décéda le duc George, prince d'Anhalt,

excellent théologien. Le jour qu'il trespassa, l'on apperceut de nuict au

ciel sur la ville de Witteberg une croix bleue. Quelques jours devant la

bataille donnée entre Maurice, duc de Saxe et Albert, marquis de

Brandebourg, l'image d'un grand homme apparut es nuées en un endroit de

Saxe. Du corps de cest homme, lequel paroissoit nud, commença tout premier

à découler du sang goute après goute, puis on en vid sortir des étincelles

de feu, finalement il disparut peu à peu.

«L'onziesme jour de janvier 1556, vers les montagnes qui ceignent d'un

costé la ville d'Augsbourg, le ciel s'ouvrit, et sembla se fendre, dont

tous furent merveilleusement estonnez: surtout à cause des cas pitoyables

qui avindrent incontinent après. Car au mesme jour le messager d'Augsbourg

tua d'un coup de pistole certain capitaine aux portes de la ville. Le

lendemain la femme d'un forgeur d'espées, estimant faire un grand butin,

tua dedans sa maison un marchant. Incontinent après sa servante se tua

soi-mesme d'un coup de cousteau. Un jour après, en querelle, un boucher fut

renversé mort d'un coup d'espée: et deux villages furent tous bruslez. Le

quinziesme jour du mesme mois, le garde de la forest de Saincte-Catherine

fut transpercé et trouvé occis d'un coup de harquebuse. Et le

dix-septiesme, un valet d'orfevre, poussé de désespoir, se noya. La nuict

suivante, plusieurs furent blessez à mort par les rues.

«En divers jours et mois de la mesme année 1556 furent remarquées autres

apparitions; comme en février furent veus au ciel sur la comté de Boets des

armées à pied et à cheval qui combatoyent furieusement. Au mois de

septembre, sur une villette du marquisat de Brandebourg, nommée Custrin,

environ les neuf heures du soir, on vid infinies flammesches de feu

saillans du ciel, et au milieu deux grands chevrons ardans. Sur la fin fut

entendue une voix criant: Malheur, malheur à l'Église!

«Wolfgang Strauch, de Nuremberg, escrit que l'an 1556, sur une ville de

Hongrie qu'il nomme Babatscha, fut veue, le sixiesme jour d'octobre, peu

avant soleil levant, la semblance de deux garçons nuds combatans en l'air

avec le cimeterre es mains et le bouclier es bras. Celui qui portoit en son

bouclier un aigle double chamailla si rudement sur l'autre dont le bouclier

portoit un croissant, qu'il sembla que le corps navré de plusieurs playes

tombast du ciel en terre. Au mesme temps et lieu fut veu l'arc en ciel avec

ses couleurs accoustumées et aux bouts d'icelui deux soleils. Non gueres

loin d'Augsbourg fut veu au ciel le combat d'un ours contre un lyon, au

mois de decembre en la mesme annee; et à Witteberg, en Saxe, le sixiesme

jour d'icelui mois, trois soleils et une nuée tortue marquetée de bleu et

de rouge, estendue en arc, le soleil paroissant pasle et triste entre les

parélies.

Fr. des Rues[1] rapporte que «L'an 1558, veille de Pasques, s'esleva de

terre sur le midi en la lande de Raoul en Normandie un tourbillon tel,

qu'il entrainoit tout ce qui lui estoit à la rencontre, enfin se haussant

en l'air, parut une colonne coulourée de rouge et de bleu, qui

l'accompagnoit et s'arresta en l'air. Cependant on voyoit des flesches et

dards qui s'eslançoyent contre ceste colonne, sans que l'on vist ceux qui

les descochoyent: et au haut du tourbillon, sur la colonne, l'on entendoit

crier des oiseaux de diverses sortes voltigeans à l'entour. Ce tourbillon

fut suivi de griefve mortalité au pays.»

[Note 1: Dans ses _Antiquitez de France_.]

«Après la considération des nues, dit Gaffarel[1] vient celle de la pluye

en laquelle on ne peut rien lire que par la troisième espèce de lecture qui

est par hieroglyphe, et de ce genre est la pluye de sang ou de couleur

rouge tombée en Suisse l'an 1534, laquelle se formait en croix sur les

habits. Jean Pic a immortalisé ce prodige par une longue suite de vers,

dont ceux-ci expriment nettement l'histoire:

[Note 1: _Curiositez inouyes_.]

Permixtam crucem rubro spectavimus olim

Nec morum discrimen erat sacer alque prophanus

Jam conspecta sibi gestabant mystica Patres

Conscripti et pueri, conscriptus sexus aterque

Et templa et vestes, a summa Caesari aula

Ad tenues vicos, ad dura mapalia ruris

Cernere erat liquido deductum ex aethere signum.

Ces gouttes d'eau ne formaient pas seulement des croix sur les vetements

mais encore sur les pierres et sur la farine, conséquence assuree, dit

Gaffarel, qu'il y avait quelque chose de divin.

«La neige, la gresle et la gelée, continue le même auteur, portent encore

quelquefois des charactères bien estranges, et dont la lecture n'est pas à

mespriser. On a souvent veu de la gresle sur laquelle on a remarqué ou la

figure d'une croix, ou d'un bouclier, ou d'un coeur, ou d'un mort, et si

nous ne méprisions pas ces merveilles, nous lirions sans doute dans

l'advenir la vérité de ces figures hieroglyphiques. Faict quelques ans

qu'en Languedoc, un de mes amis, se trouvant à la chasse, fut estonné par

le bruit extraordinaire du tonnerre et d'un vent fort violent; il pensa de

se mettre à l'abry, mais comme il estoit bien avant dans le bois, jugeant

qu'avant la pluie qui suit ordinairement cet orage, il ne pourrait arriver

à sa maison, il choisit la couverture d'un rocher, sous lequel après qu'il

eust demeuré l'espace d'un quart d'heure, que la malice du temps estoit

passée avec une légère pluie il se remit en route malgré la grele.

Mais comme il prit garde que cette grele estoit faite à son advis autrement

que la commune, il s'arrête pour la considérer, il en prend une, et veid en

même temps, prodige espouventable! qu'elle portait la figure d'un casque,

d'autres un escusson, et d'autres une espée. Ce nouveau prodige l'estonne,

et l'appréhension de quelque malheur luy fit reprendre le chemin du rocher,

où il ne fut pas plustost arrivé, qu'il tomba si grande quantité de gresle

et avec telle violence qu'elle tua, non pas seulement les oyseaux, mais

quantité d'autres animaux. Il me souvient d'avoir veu le mesme autrefois en

Provence... Quelque temps après, le Languedoc veit ses campagnes couvertes

de soldats et les places rebelles assiégées et assaillies avec tant de sang

répandu que le seul souvenir en sera à jamais funeste.»

Goulart[1] rapporte que «Au mois de novembre de l'année 1523 fut veue une

comete et tost apres le ciel tomba tout en feu, lançant une infinité

d'esclairs et foudres en terre, laquelle trembla, puis survindrent des

estranges ravines d'eaux, notamment au royaume de Naples. Peu après

s'ensuivit la prise de François Ier, roi de France; l'Allemagne fut

troublée d'horribles séditions, Louys, roi de Hongrie, fut tué en bataille

contre les Turcs. Il y eut par toute l'Europe de merveilleux remuements.

Rome fut prinse et pillée par l'armée impériale.

[Note 1: _Thrésor des histoires admirables_.]

«En cette mesme année de la prinse et du sac de Rome, à sçavoir l'an 1527,

on vid une comete plus effroyable que les précédentes. Après icelle

survindrent les terribles ravages des Turcs en Hongrie, la famine en

Souabe, Lombardie et Venise, la guerre en Suisse, le siege de Viene, en

Autriche, la suete en Angleterre, le desbord de l'Océan en Hollande et

Zélande, où il noya grande estendue de pays, et un tremblement de terre de

huict jours durant en Portugal.»

«La plus redoutable des cometes de notre temps, ajoute le même auteur, fut

celle de l'an 1527. Car le regard d'icelle donna telle frayeur à plusieurs

qu'aucuns en moururent, autres tombèrent malades. Elle fut veue de

plusieurs milliers d'hommes paraissant fort longue et de couleur de sang.

Au sommet d'icelle fut veue la représentation d'un bras courbé tenant une

grande espée en sa main, comme s'il eust voulu frapper. Au bout de la

pointe de cette espée, il y avoit trois estoiles: mais celle qui touchoit

droitement la pointe estoit plus claire et plus luisante que les autres.

Aux deux costez de cette comete se voyaient force haches, poignards, espées

sanglantes, parmi lesquelles on remarquait un grand nombre de testes

d'hommes descapitez, ayant les barbes et cheveux hérissez horriblement. Et

qu'a veu l'espace de soixante-trois ans l'Europe, sinon les horribles

effects en terre de cest horrible présage au ciel?»

II.--ANIMAUX PARLANTS

Un ancien auteur[1] nous rappelle plusieurs histoires d'animaux parlants:

[Note 1: _Le chois de plusieurs histoires et autres choses

mémorables_, p. 648 et suiv.]

«Quelquefois, dit-il, Dieu fait parler les bestes brutes pour enseigner les

créatures humaines en leur ignorance. Une asnesse me servira de caution,

laquelle comme elle portait Balaam sur son dos, apperceut l'ange du

Seigneur. A raison de quoy elle se destourna de la voye pour luy ceder la

place: mais Balaam qui ne sçavoit point la cause de ce desvoyement, battit

avec exceds ceste simple beste, toutes les trois fois qu'elle s'estoit

desplacée de son chemin, pour la reverance qu'elle portoit au serviteur de

Dieu: et à cause de ce respectueux devoir, le Seigneur disposa la bouche de

l'asnesse à proferer tels propos: «Quel sujest t'ay-je donné pour estre si

rudement frapée de toy d'un baston par trois diverses reprises? Ne suis-je

pas ta beste qui t'ay tousiours fidelement porté jusques à ce jour? Et

n'eust esté la reverance que j'ai referé à l'ange du Seigneur, je ne me

fusse retiré du chemin par lequel je t'ay fort souvent porté en toutes les

affaires.» Ces paroles finies, Dieu dessilla les yeux de Balaam pour

contempler l'ange tenant un glaive nud en la main, et lors il s'inclina en

terre, et adora ce messager du Tout-Puissant, qui luy fit une reprimende

pour avoir outragé son asnesse, mesme luy dit qu'il estoit sorti tout

expres pour estre son adversaire à cause de sa vie perverse, et du tout

esloignée des ordonnances du Seigneur. Ce n'est donc à tort que nous sommes

envoyez par les sages à l'escolle des bestes, l'instinct naturel desquelles

Dieu fortifie souventes fois de la parole, pour recevoir d'elles quelque

instruction en nos impiétés.

«Quelque temps auparavant la mort de Caesar, dictateur, un boeuf, tirant à

la charrue, se tourna vers le laboureur qui le pressoit par trop à la

besongne, et luy dit qu'à grand tort il le frappoit, parce que la récolte

des bleds seroit si abondante qu'il ne se trouveroit pas assez d'hommes

pour les manger.

«Sur la fin de l'empire de Domitian, l'on entendit une corneille prononcer

ces mots en grec: _Toutes choses prendront un heureux succeds_, voulant par

là signifier que les injustices et severitez de Domitian devoient bien tost

prendre fin avec sa vie, selon qu'il advint. Car la benignité et clemence

de Nerva et Trajan succédèrent à l'arrogance et cruauté de Domitian, au

grand contentement de tout l'empire romain.

«Le seigneur de Moreuil, père de Joachime de Soissons, dame de Crequi,

estoit si adonné au plaisir de la chasse, qu'il ne se contentoit point d'y

emploier les jours ouvriers, mais davantage desroboit à l'Eglise catholique

les festes pour les prophaner à tels vains exercices. Tellement qu'un jour

il se seroit monstré si aveuglé et refroidy de devotion que d'aller courir

un lievre le jour du vendredy sainct, au lieu qu'il ne devoit bouger de

l'Eglise pour vacquer à prières et contemplation de la douloureuse mort de

Jesus-Christ, qui avoit esté flagellé et attaché à l'arbre de la croix, ce

jour-là, pour la rédemption de nos âmes. Mais son péché fut tallonné de

près d'une grande repentance. Car il courut un lievre qui luy fit tant de

ruses et de hourvaris que non seulement il eschapa de la poursuite des

chiens, et rendit vaine l'expérience des veneurs, mais davantage ce maistre

lievre se mettant sur son derriere tourna les yeux devers ledit seigneur de

Moreuil, en luy disant: «Que t'en semble? n'ay-je pas bien couru pour un

courtault?» Cest estrange prodige donna une telle espouvante à ce seigneur,

qu'il ne pouvoit assez tost retrouver son chasteau pour se debotter et

aller à l'Eglise, à celle fin que par sa penitence et prieres il peust

expier l'énormité de son offence, faisant voeu que delà en avant il ne

prostitueroit plus les jours de festes en la vanité de tels plaisirs, ains

les passeroit en toutes sainctes occupations. Or comme l'asnesse de Balaam

se plaignoit à son maistre d'avoir esté batue quand elle honora l'ange de

Dieu, tout de mesme le lievre fit cognoistre au seigneur de Moreuil qu'il

ne devoit estre si maltraicté de ses veneurs et chiens en un jour plus

convenable aux oeuvres pieuses qu'à se donner du plaisir.»

EMPIRE DES MORTS

I.--AMES EN PEINE. LAMIES ET LÉMURES.

Curiosités Infernales · 第 16 / 22 段